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Dax les 25 et 26 janvier, une session de deux jours intense et d'une grande richesse sur le thème :

« L’Église bousculée, un risque ou une chance ! »

Un thème d'actualité difficile, mais des intervenants de grande qualité et ouverts à toutes les questions.

Voir le résumé sur le site de l'ATPA en cliquant sur le logo.

ainsi que tous les enregistrements, ci-dessous en cliquant sur les photos
ou sur le site du diocèse,
grâce aux très bons enregistrements offerts par Radio Lapurdi.
(hélas je ne peux pas tout transcrire...)

Voir aussi, ICI, le texte de Mgr Pontier, du 24 février 2019,
à la fin de la rencontre des évêques avec le Pape François sur la question de la pédophilie,
question qui bouscule énormément l’Église,

ainsi que le discours final du Pape François, en cliquant sur la photo.

 

Dax les 25 et 26 janvier, avec l'ATPA

Abbé Michel Garat

« Vogue la barque, souffle l’Esprit »

bibliste et curé de la Paroisse saint Vincent de Paul – Bayonne.

Introduction : Bousculée, l’Église l'a été dans un passé récent, mais elle a été bousculée aussi depuis les temps bibliques eux-mêmes. Songeons aussi aux deux derniers siècles qui ont vu l'émergence des sciences diverses au service de l'histoire, de l'archéologie et des sciences du langage. Dans le quasi monopole sur l'histoire des origines, l’Église a dû composer et entrer et intégrer le meilleur de l'apport de ces mêmes sciences pour repenser l'apport de la biologie et creuser toujours d'avantage le mystère de la foi, pour le présenter aux temps qui sont les nôtres...

Aussi l’Église se trouve sans cesse dans cette même position, elle doit à la fois comprendre les sociétés dans lesquelles elle est immergée, à la lumière de la révélation et de son identité croyante, et accepter de vivre en décalage avec ces mêmes sociétés, à la lumière de sa foi passée au creuset de la tradition vivante... (suite dans la vidéo)

Abbé Louis-Marie Rineau

 « Faire confiance à l'Eglise ? »

prêtre de la Fraternité Saint Thomas Beckett,
professeur de théologie morale au séminaire de Bayonne,
directeur de l’A.T.P.A.

 

 Frère Vianney Deslandres

« Église bousculée ? Un essai de discernement

pour suivre le Christ »

moine olivétain à l’abbaye de Maylis, professeur de théologie spirituelle

 

Maïté Irazoqui

« Les exercices spirituels d'Ignace de Loyola,

un chemin de liberté »

engagé dans une équipe Coteaux Païs à Bayonne

 

Docteur Georges Lanusse-Cazalé

« Questions de bioéthique - soins palliatifs

N'ayez pas peur (Jean-Paul II) »

médecin généraliste retraité

 

Isabelle Pommel

« Deux évêques dans une Eglise en crise :

Cyprien de Carthage (IIIe s.) et Grégoire de Nazianze (IVe s.) :

les fondements de leur ecclésiologie »

docteur en théologie, maitrise en histoire

 

Mgr Jean Passicos

« Les institutions de l’Église, entre stabilité et ouverture :

une dynamique difficile aujourd'hui »

ancien professeur de droit canonique à l’Institut Catholique de Paris

Introduction : Par institution, je précise, j'entends donc ici toute organisation stable support d'une vie collective, support d'une vie pastorale, et aussi support d'une vie chrétienne inter-individuelle à l'intérieur de la collectivité, de la communauté... et comme je parle d'institution objective, je ne peux pas oublier toutes les questions que cela pose sur le plan concret car une institution doit se mettre en place...

Oui, l’Église bousculée elle l'est dans ses institutions, mais toutes les institutions sont bousculées, je ne peux pas mettre l’Église à côté de ces changements du monde d'aujourd'hui, toute vie en société est bafouée, bouleversée car les institutions sont des pivots dans la vie sociale, sont des pivots par leurs activités, par ce qu'elles portent d'hier et ce qu'elles peuvent porter pour demain... Et quand on touche aux institutions, ce sont des choix de société que l'on fait ; ce sont des choix d’Église que l'on fait et nous sommes devant des choix d’Église à faire...

Quelques pistes de réflexion (extraits) :
- Tout d'abord, regardons ce qui se passe : qu'est-ce qu'on demande aux institutions aujourd'hui ? On demande transparence et authenticité, on demande efficacité et crédibilité. Quand on pose la question de légitimité, l’Église est touchée sur tous ces points-là, alors quand il y a des dysfonctionnement, cela va très loin... Ce contexte général n'est pas extérieur à nous, nous y sommes dedans... Il présente un côté individualiste très fort qui nous touche beaucoup... La question de la liberté, toutes les institutions sont touchées par cela... Et puis l'opinion difficile à endiguer et dans l’Église, on n'aime pas trop l'opinion !... Un contexte qui donne à voir un monde d’immanence, on se suffit à soit-même, on n'a pas besoin d'une transcendance... C'est tout cela que respirent nos fidèles, et puis il y a les problèmes nouveaux de la technique, de science... qui font mal à l’Église, on ne sait pas comment les aborder... Et puis le religieux n'a pas pignon sur rue... Et les mentalités qui sont autour de nous sont de plus en plus formatées par tout cela... Lois permissives et interdirions...

- L'enjeu pour l’Église : nos institutions sont mal à l'aise avec l'éloignement pratique et très grand des baptisés... mais il y a un reste qui demeure, nos institutions doivent tenir, il ne faut pas éteindre la mèche qui fume encore ; est-ce que nos institutions sont prêtes à cela ou est-ce qu'elles sont fermées dans leurs habitudes ?... Nous sommes au commencement d'une situation devant un monde indifférent... Et puis, dans un monde fondé de plus en plus sur le consentement, c'est-à-dire sur le contrat, l’Église se présente comme celle qui vient d'ailleurs... on n'entre pas dans l’Église par contrat mais par une adhésion qui nous donne le statut objectif de baptisé... Bien sûr il y a des éléments contractuels mais en profondeur l'adhésion au Christ n'est pas contractuelle, l'adhésion à l’Église non plus... L’Évangile, il faut en vivre... Quel est l'enjeu chrétien, l'enjeu de la mission ?... Le mystère de l’Église, à travers ses institutions est bien chahuté !
L’Église cherche, elle cherche à se positionner, mais c'est difficile car le monde est fluctuant, terriblement instable et l’Église doit accepter cette instabilité pour vivre sa propre instabilité...

L’Église, si elle veut réformer ses institutions, elle doit être spirituelle - Pape Benoît XVI et Pape François - Donc il faut que l’Église regarde, regarde autour d'elle, regarde en elle, regarde sa tradition pour préparer à travers le présent l'avenir. Nos institutions permettent la cohérence de la vie chrétienne... et la cohésion : sociabilité à chercher... La crise des vocations est devenue qualitative, elle n'est pas quantitative... elle atteint tous ceux qui ont des tâches dans l’Église.

 - Inventer mais selon l'esprit de l’Église, respect de la tradition : (plusieurs exemples et différents thèmes sont abordés) ainsi que les difficultés face à l'esprit mondain...

Le pape François met l’Église sur le plan de l'engagement social... et il l'a mise sur ce chemin de Miséricorde que l'on a parfois pris pour tolérance, or le Pape François n'a jamais toléré le mal, il a regardé les personnes... il a une vision du peuple d Dieu. Benoît XVI avait dit :"Il faut des petites communautés vivantes" qui soient vraiment en action de témoignage,mais le Pape François a dit : "Je regarde le peuple"... Le Concile a bien mis en valeur les qualités entre tous les baptisés, les qualités au niveau de la personne et au niveau de la fonction... Égaux en dignité par le baptême... et la fonction ? Il faut comprendre que quand la maman apprend le Notre Père à son gosse, c'est aussi important que lorsque l'évêque fait une nomination, parce que le corps du Christ grandit, même si ce n'est pas pareil...

- Trois conclusions :
1- C'est dans le cadre de la Nouvelle Évangélisation que semblent désormais se situer nos institutions, elle ne fait que commencer et c'est la toile de fond de tout. On ne commence pas à partir de rien, mais avec toute une Église qui connait le Christ et qui l'a annoncé depuis tant d'années. On balbutie, on met une rustine par ci, par là, mais je crois que ça va beaucoup plus loin, cela nous oblige à faire des grands choix : abandonner ce qui est obsolète... et faire des choses nouvelles dans la tradition de l’Église
2- Le concept de communion est à creuser encore : qu'est-ce qui fait la communion dans notre diversité, dans nos choix ? Qu'est-ce qui brise la communion ? Quelle solidarité avons-nous entre nous chrétiens, dans le baptême, la même foi, la même charité, la même espérance ?... Lumen Gentium : pour l'appliquer, c'est aujourd'hui que je dois le relire...
3- Le choix des institutions est vaste : des choix à faire, des choses à changer, à continuer dans les valeurs profondes, en se référant à la tradition... et l'histoire grandit, les changements viennent rarement d'en haut, ils viennent très souvent d'en bas, les initiatives viennent des uns des autres ; si ça réussit, tant mieux, si ça ne réussit pas, on passe à autre chose... Quand je vois le Pape François, comme Benoît XVI et Jean-Paul II, qui nous mettent sur des pistes - chacun avec son propre charisme - des sentiers, des routes balisées, je me dis : c'est le peuple de Dieu voit ça et qui réagira, je ne sais pas comment... Pour l'instant, il s'est éloigné, et que faire avec ceux qui sont restés ? Ne pas les ignorer, la justice et la charité nous obligent à vivre avec eux et à les aider à aller au bout de leurs choix...


Marc Conturie

« L’Église visible et invisible selon Jacques Maritain »

professeur de philosophie

Compte-rendu qu'il a envoyé

 

Mgr Nicolas Souchu

« Quelle(s) porte(s) pour entrer dans l’Église bousculée ? »

évêque d'Aire et Dax

Extraits : Dans le diocèse Aire-Dax, une salle paroissiale s'est écroulée... Mais une Église bouleversée n'est pas forcément une Église écroulée... et dans cette salle écroulée, il y avait toujours la porte, et ceci m'a donné l'idée du programme avec vous : « Quelle(s) porte(s) pour entrer dans l’Église bousculée ? » et j'ai trouvé quatre portes :
la 1ère : l'institution ; la 2ème : le Peuple ; la 3ème le bâtiment ; la 4ème l’Église visible et spirituelle.

1- L'institution : la foi catholique reconnait l'institution de l’Église comme un acte de Jésus Christ et quand l’Église est bousculée, il est important de revenir sur l'essentiel, la pierre angulaire : Jésus n'a pas voulu que tout s'arrête avec sa mort, sa mission est destinée à se poursuivre dans l'histoire... Jésus a donné des éléments fondateurs : son enseignement, la prière du Notre Père, il a donné des gestes, le Baptême, l'Eucharistie, le Pardon des péchés, il a voulu que ce qu'il a donné à ses disciples soit ensuite transmis « Je vous transmets ce que j'ai moi-même reçu » (Saint Paul)... Jésus a voulu faire des disciples partout donc, au sens humain du terme, l’Église est aussi une institution mais qui a Jésus comme fondateur, autant l'institution peut être bousculée, que le fondateur ne peut être écroulé... Jésus est aussi le ressuscité qui nous donne son Esprit... Jésus nous dit « Je suis avec vous toujours jusqu'à la fin des temps », il est présent dans ses disciples par le don de son Esprit aujourd'hui comme hier, c'est lui qui fait les apôtres, les saints, les serviteurs de Dieu, les apôtres pour notre temps, il est le fondateur perpétuel. Sans la foi au Christ ressuscité, l’Église ne peut pas se concevoir, elle n'est pas mondaine.

Donc l’Église est d'abord un acte de la volonté de Jésus et un chrétien, un disciple de Jésus ne peut exister que parce que Jésus a institué son  Église, le baptême étant la porte d'entrée dans l’Église... Dire que l’Église est une institution, c'est dire qu'elle fait partie de l'histoire humaine, et à travers cette institution, Dieu se compromet dans l'histoire des hommes, et nous compromettons Dieu dans notre histoire de façon positive ou négative... et on pourrait dire qu'un chrétien sans Église est vite un chrétien sans Histoire et sans mémoire...

Étant dans l’histoire, il y a des facteurs propres à chaque temps de l’Église, et ces facteurs viennent amplifier parfois notre difficulté à emprunter ou assumer la porte de l'institution de l’Église, l’Église, on s'en méfie et pourtant, les institutions sont indispensables à la vie sociale de l'être humain, que ce soit l'école, l'état... L’Église est aussi mise en cause ans sa critique des institutions, mais celle-ci est nécessaire dans la mesure où la mise en cause n'est pas suppression, il faut essayer de trouver un équilibre...

Si l'institution Église Catholique est marquée par l'histoire, les défauts de ses membres, nos défauts à nous, c'est surtout un instrument formidable pour les sociétés, mais sans se laisser emporter par l'opinion commune ni la facilité... (exemples) L'institution, c'est pas simplement quelque chose qui vient d'en haut, l'institution c'est d'abord la vie et la transmission. Il est donc important d'ouvrir cette porte, même si, dans une Église bousculée, elle est difficile à emprunter.

2- Le peuple de Dieu : après l'aspect institutionnel, comment les gens peuvent-ils découvrir l’Église, en entendre parler, avoir un contact avec elle , si ce n'est par les chrétiens qui vivent au milieu d'eux (le quartier, l village...) ! L’Église avant tout ce sont des gens et l’Église se rencontre en rencontrant les gens (Église vient du grec Ekklesia qui signifie l'assemblée convoquée) A la messe le prêtre dit "Le Seigneur soit avec vous" car c'est le Seigneur qui nous rassemble, qui nous convoque, donc l’Église c'est ce peuple que Dieu constitue par sa Parole : après l'exil le peuple s'est reconstitué à partir de la Parole de Dieu car il ne restait plus rien... « Aujourd'hui, cette Parole s'accomplit » (Luc 4,21), ce qui veut dire que le peuple en soi n'a pas l'initiative de se rassembler, c'est Dieu qui appelle et le peuple lui répond en se rassemblant... C'est important, pour ouvrir la porte du peuple de Dieu, de comprendre que c'est Dieu qui nous rassemble : "Il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel, au contraire, il a voulu en faire un peuple qui le connaitrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté." (Vatican II) ça fait partie du plan de Dieu, on ne devient pas chrétien en soi, on ne devient pas chrétien tout seul, on devient chrétien ensemble (c'est le sens de la communion).

Donc, nous sommes un peuple, mais nous sommes aussi un peuple en marche. Ce peuple-là est convoqué et rassemblé par Dieu, en même temps il est en pèlerinage, l'appel de Dieu le déplace (exemple d'Abraham et de Benoît XVI : "Je vais terminer mon pèlerinage sur la terre en priant pour l’Église") « Les chrétiens résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés » (épitre à Dioclète) : « Vous êtes dans le monde, dit Jésus, mais vous n'êtes pas du monde » (Jean 17, 14-18) car, de part notre baptême, nous avons une autre vision de la vie, notre vie n'a pas une fin en soi en ce monde. Ce peuple, l’Église, n'a donc pas à s'étonner de ce qu'il vive en marge de la société, en contradiction avec celle-ci, peut-être que ça nous effraie, que ça nous étonne, et peut-être que les périodes où l’Église et le pouvoir étaient très libre ensemble étaient des périodes qui ont permis à l’Église d'être libre... Face à l’athéisme qui grandit, à l'indifférence religieuse, c'est normal que l’Église ait l'impression de se trouver en terre étrangère et en même temps c'est notre condition.

Nous sommes un peuple local et divers, mais aussi un peuple universel et unique. Ce peuple de Dieu, c'est aussi l’Église que l'on rencontre... communauté paroissiale, groupe religieux, groupe de prière, groupe qui prépare le baptême de votre enfant, groupe de catéchisme... et ce peuple, il est universel, répandu sur toute la terre, un seul peuple réuni par la même Parole de Dieu, et le domaine visible de son unité est la foi confessée, les sacrements, le service de son peuple. L'unité et l'universalité de ce peuple distinguent les catholiques de nos autres frères des Églises chrétiennes... Cette universalité se manifeste dans des signes visibles, dans une communion visible et concrète, communion de foi, communion des sacrements, communion des frères, garanties par les ministres de cette communion, successeurs des apôtres. Le terme catholique qui est souvent traduit par universel veut dire "Selon le tout"... donc professer l’Église catholique, c'est professer qu'elle contient toute la Révélation, qu'elle porte tout le message de l’Évangile adressé à toute l'humanité... Donc l’Église catholique est une réalité bien concrète... Les gens des EPAD, ceux qui qui errent dans la rue font autant partie d diocèse que l'évêque... Nous vivons l’Église...

Donc, à partir du moment où nous nous reconnaissons chrétien, actif ou pas dans une communauté chaleureuse ou épisodique... nous sommes l’Église pour ceux qui nous entourent... et souvent, vous êtes reconnu comme tel. Nous sommes l’Église concrète, les baptisés qu'ils le veuillent ou non sont les représentants de l’Église dans leur entourage, ce qui n'est pas toujours facile à assumer comme quand on parle de pédophilie... nous sommes peut-être des représentants timides d'une Église qui ose à peine dire qu'elle existe !... "Le monde a plus besoin de témoins que de maîtres" (Paul VI)... Mais si nous sommes l’Église pour ceux qui nous entourent, nous ne sommes pas toute l’Église... heureusement ! L’Église existe par tous les baptisés, par des gens très différents de nous par la culture, par des domaines très divers, ce que nous connaissons de l’Église n'en est qu'une toute petite part car l’Église n'est pas une communion de gens semblables.

3- La porte bâtiment : nous sommes un peuple, mais un peuple qui se rassemble autour du Seigneur ressuscité. Comment une personne peut-elle avoir contact avec l’Église ? Nous avons parlé de l'institution, des chrétiens concrets qu'elle peut croiser, mais aussi des murs, des portes bien matérielles que franchissent bien des chrétiens pour des raisons très diverses, et ces lieux viennent des rassemblements des chrétiens. Je plaide pour que les églises restent ouvertes... Les disciples de Jésus ne se sont pas rassemblés dans les temples ou les synagogues, ils se sont rassemblés dans les familles, dans des salles communes... Ces lieux vont évoluer de façon complexe et passionnante et vont prendre le nom de ce qui s'y passe : ekklesia. Donc au début les églises n'ont pas été construites pour que ça fasse beau, mais pour ce qui s'y passe. Donc, même vide, une église reste le témoin de ceux qui s'y rassemblent  (sauf si les affiches et les annonces sont dépassées) et la mémoire de ceux qui s'y vit...

Nous sommes l’Église qui célèbre, c'est ça le bâtiment et cette porte de la célébration peut aider à rentrer dans cette Église bousculée et non pas effondrée... Nous sommes convoqué par le Seigneur pour lui rende un culte, ce culte est bien sûr réalisé une fois pour toute par Jésus Christ... et la liturgie chrétienne est là pour célébrer, non pas la gloire de l'homme mais la gloire de Dieu dans l'Esprit Saint ; la liturgie occupe une place essentielle. Chaque chrétien est donc invité à rendre un culte à Dieu et voir comment, avec d'autres, rappeler qu'il n'est pas lui-même la source de ce culte il le reçoit et, même quand je prie tout seul, ma prière est ecclésiale.

Ce bâtiment, même vide, c'est aussi un lieu parcouru, un lieu de passage, de prière personnelle... Baptême, mariages, obsèques... sont accueillis par ce bâtiment, il est un signe de ce qui a été célébré pour nous...

4- L’Église visible et spirituelle : pour beaucoup de chrétiens, l’Église, c'est d'abord l’Église des saints, de la Sainte Vierge, de leurs morts...Il y en a qui vont directement à la statue de la Sainte Vierge ou de Sainte Thérèse, sans saluer le Saint Sacrement, donc même de façon incomplète, ils touchent à un point essentiel : je crois à la Communion des Saints... L'église est une réalité visible signe d'un mystère invisible, elle est témoignage de la Communion des Saints, de la réalité de la vie éternelle, témoignage visible d'une réalité invisible. Témoignage de la dimension spirituelle de l'existence, elle est aussi signe intangible de l'amour de Dieu... d'une communion par la foi commune peuple de Dieu mais aussi d'une réelle communion entre les saints, tout cela, c'est la même Église... Dans une émission, des enfants orphelins disaient "Ma maman, elle est toujours près de moi"...

Ce n'est jamais une réalité coupée du mystère de Christ, elle se traduit par la prière des fidèles demandant l’intercession des saints... Dans les grandes étapes de la vie, on fait la Litanie des Saints, on implore l’Église du ciel sur l’Église de la terre, et en premier lieu la Vierge Marie, modèle de sainteté, prémisse de cette communion parfaite entre le peuple sauvé du ciel et Dieu. Cette communion est comparable à celle d'un corps. Le « Corps du Christ » (Saint Paul) n'est pas d'abord une image institutionnelle, mais une image mystique... l’Église, Corps mystique du Christ... Communion qui vient de la grâce, de la tête de ce Corps en la personne Jésus Christ.

Tous parfaitement unis par une même grâce dont nous ignorons les frontières... Un jour, un homme, un artiste sur scène, a tout d'un coup senti la grâce de Dieu et il a senti dans son cœur qu'il était appelé à être prêtre, ce qu'il est devenu, et il dit : "C'est peut-être parce que quelqu'un, à travers le monde, a prié pour les vocations, que le Seigneur m'a appelé sur cette scène où je ne m'y attendais pas du tout". L’Église invisible peu être aussi le lieu de la présence visible... Lorsque j'étais jeune prêtre, lors d'une session, un jour un prêtre me dit ;"c'est vous qui m'avez préparé à la première communion, et c'est ce jour-là, que j'ai ressenti l'appel à être prêtre" : l’Église invisible fait son travail à travers l’Église visible et avec de pauvres types comme moi...

Donc je termine avec notre communion avec ce mystère invisible. Conscient ou non, qu'on le célèbre ou qu'on l'ignore, tout être humain appartiendra à l’Église des saints, des justes au rassemblement éternel. Tous les hommes sont appelés à être sauvés. L'expression de saint Cyprien de ce matin "Hors de l’Église, point de salut" ne parlait pas pour les autres, elle parle d'abord pour nous. Notre appartenance personnelle aujourd'hui à l’Église visible, à l’Église catholique romaine, est un témoignage concret, extérieur et visible du projet d'amour de Dieu pour tous... et le chrétien appartient déjà à l’Église invisible de par son baptême, par le don de l'Esprit Saint... Nous avons déjà les armes du salut, nous vivons déjà dans cette communion intime avec Dieu, avec les saints et tout le peuple de Dieu, d'où l'importance de la prière, de cette relation intime... Il y a dans notre vie des éléments qui le manifestent, dont la prière, le discernement, l'approche chrétienne de la mort, que ce moment arrive tôt ou tard, ce sera l’œuvre de Dieu. Un prêtre à qui l'on demandait "Quel est le plus beau jour de votre vie ?" a dit "Ce sera le dernier car je verrai Dieu face à face" et il est mort après avoir célébré une messe et, avec le sourire...

Voici ces quatre portes qui peuvent nous aider à rentrer dans une Église bousculée lais pas écrasée.

 

 Un très grand merci à tous ces intervenants pour la richesse de leurs propos,
et pour avoir abordé toutes les questions... même "brûlantes"... là ou dans les tables rondes.

Merci aussi à ceux qui ont animé les débats :
Abbé Louis-Marie Rineau, Abbé Bernard Hayet et Catherine Putz