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Le regard par Hélène Guicharousse, professeur des écoles à Pau,
engagée dans des associations d’Église et des activités hors Église.

Des engagements qui ne peuvent se vivre sans la rencontre des regards : l'ACAT et le groupe VIVACAT ; le CCFD-Terre Solidaire avec la rencontre des partenaires dans leur pays et au milieu des combats qu'ils mènent avec les populations ; la "Danse assise" qui mélange des personnes handicapées et des personnes valides, permettant aux personnes en fauteuil de bouger et d'évoluer avec leur corps (proposée par l'association sportive et culturelle Pau-Béarn-Handisport) ; la Chorale Babel (de l'association Vocale basée à Billère) qui intègre des personnes sourdes ; et le Service de la Maraude.

Extraits : « ... Personnes handicapées : j'ai été accueillie de manière très chaleureuse par ces personnes-là... Chorale Babel :  pendant que la chorale chante, les personnes sourdes signent dans la langue des signes française. Nous avons des gants blancs de manière à faire un jeu scénique comme si c'était une danse des mains, dans un certain éclairage. Là aussi, c'est une très belle aventure humaine. Moi, j'ai sympathisé très fortement avec les personnes sourdes, ce qui m'a donné envie d'apprendre leur langue... et je l'utilise également avec mes élèves en classe. Là aussi, un accueil très très chaleureux, la découverte d'un univers très particulier, parce que le monde des sourds, c'est très spécial. On partage également de belles chose entre les valides et les handicapés...

 

La Maraude de la Croix Rouge va à la rencontre des gens de la rue de novembre à avril, de 18h à minuit, ou plus... Nous chargeons un petit camion en nourriture, en boissons chaudes, en vêtements, couvertures et nous démarrons un circuit qui nous amène à des endroits plus ou moins exposés... en lien avec le 115... C'est très important que des personnes comme vous et moi téléphonions au 115 pour signaler des personnes... Je pense que ça ne va pas aller en s'arrangeant car, malheureusement, il y a de plus en plus de misère, et de jeunes en difficulté, de jeunes en rupture familiale... Ça aussi, c'est une expérience formidable, les gens de la rue, contrairement à ce que l'on pourrait penser ne sont pas agressifs (ou très rarement), ça fait 5, 6 ans que je maraude, ils sont très sympathiques, les gens de la rue nous connaissent et savent qu'on vient leur apporter un peu de chaleur, ils sont très reconnaissants, ils nous disent beaucoup merci. Ils nous remercient pour le temps qu'on leur accorde, pour les petites discussions qu'on peut avoir avec eux. Donc, ça fait chaud au cœur de s'entendre dire merci par ces personnes. Ils prennent soin de nous à la fin de la maraude : "Bon, vous avez fini, rentrez bien chez vous !". C(est assez surprenant, les rôles s'inversent. Alors, c'est vrai qu'au début, quand j'ai démarré la maraude, c'est un peu difficile de rentrer chez soi, d'aller se mettre au chaud sous la couette et de penser qu'on a laissé des gens dans la rue, dans le froid... C'est un petit travail à faire sur soi aussi, accepter que certains refusent l'hébergement. Des fois, ça nous met en colère, surtout quand il y a des places...

Quelques anecdotes parmi d'autres. On rencontre des gens dont on se demande quels ont été leur parcours pour qu'ils arrivent à être dans la rue, il y a des gens très intelligents, très cultivés, on a des surprises : ... Un SDF allemand qui avait suivi l'élection du pape sur son petit transistor (un échange très riche a suivi)... Un monsieur qui connaissait plein de choses en histoire sur les rois de France... D'autres qui lisent beaucoup et l'un d'eux m'a fait un cours quasiment sur Jack London... Au moment de Noël, les gens partagent avec nous et nous souhaitent un bon Noël pour nous et nos familles. Ils sont très attentionnés, il y en a un qui est très particulier mais qui nous appelle frangins, frangines, tonton. Voilà on est tous la même famille l'humanité, tous frères et sœurs en humanité... 

Tout ça pour dire que par rapport à mon regard, mon regard sur la vie, toutes ces expériences auprès des personnes en difficulté que j'ai rencontrées, que ce soit des personnes handicapées ou des personnes en difficulté matérielle, ça m'aide à vivre au quotidien, ça me permet de relativiser sur beaucoup de choses, de voir la vie de manière plus simple et plus légère... de moins m'attarder sur le superflu, j'apprends énormément de ces personnes là. Je trouve que ça, c'est la vraie vie, et non ce qu'on voit à la télé... On s'enrichit à leur contact... On se confronte à un autre point de vue, donc ça permet une ouverture d'esprit... c'est un peu égoïste aussi parce que ça me plait, ça me nourrit, ça me construit, ça m'apporte beaucoup de chaleur humaine, d'amitié...

Texte complet à lire ou à écouter (18 min) :


Diaconie 2017-2 Hélène Guicharousse par Chr-Sa-64

En bonus, un petit extrait de la Chorale Babel que j'ai eu la chance de voir et d'entendre

 
Chorale Babel en 2013 par Chr-Sa-64

Le regard par Élisabeth Bonafoux,
psychomotricienne dans une Maison de Retraite

Extraits : « ... Dans le cadre de mon travail, j’essaie de prendre soin de chacun, de vivifier le corps et le psychisme, par le biais du mouvement et de la relation.
Je n’ai pas fait le choix de travailler en MR. Au départ je m’occupais d’enfants et d’adolescents en difficulté. Mais les évènements de la vie m’ont conduit là où je suis aujourd’hui, en gériatrie... Au fil des ans, j’ai appris à aimer les personnes âgéesLes gens ont du mal à comprendre que je puisse m’épanouir dans mon travail, que je puisse y trouver du plaisir, et parfois même, y vivre de très belles choses
Aujourd’hui je suis convaincue que si le Seigneur m’a plantée là, en Son temps à Lui, c’est qu’il l’a voulu. Il m’y a préparée, et même si ce n’est pas facile tous les jours, c’est un cadeau que me font les PA quand elles m’autorisent à faire un bout de chemin avec elles.
Parce qu’avec le recul, je m’aperçois que travailler en MR, c’est pour moi un chemin de croissance spirituelle où je peux me donner, en paroles, en actes, mais aussi en vérité. C’est aussi un lieu où je reçois énormément, bien plus que je ne donne. »

Voici quelques uns des exemples concrets offerts par Élisabeth, exemples qui renvoient aux mystères de l'Amour de Dieu et de Jésus. Prenez le temps de lire ou d'écouter ces différents visages qu'elle a rencontre chaque jour.
« - Le mystère de la Vie aux "yeux de Dieu" : ... Jacqueline ne parle plus... Son regard, c’est l’essentiel de sa vie... Sa vie est habitée et précieuse aux yeux de Dieu. Et à travers son regard et son corps décharné, je pressens le grand mystère de la Vie, un peu comme le mystère de Jésus "abimé" sur la Croix, et qui pose son regard sur Jean, sur Sa Mère, et sur chacun de nous.
- Le mystère du "regard de Jésus" : ... Avec Madeleine, j’apprends à regarder "autrement", avec les yeux du cœur, pour voir "au-delà" des apparences de ce corps usé, pour que Madeleine se sente exister dans mon regard. Cela me renvoie à ce cœur-à-cœur que je vis dans l’Adoration, en présence du St Sacrement... Regarder Jésus, et me laisser regarder par Lui qui me donne Sa paix, Sa joie.
- Le mystère du "non-sens" : Face au discours décousu et incohérent d'Anne, j’apprends à écouter "autrement"… avec les oreilles du cœur...   Écouter et remettre du sens là où il n’y en a plus, c’est redonner à Anne toute sa dignité d’enfant de Dieu... Ce mystère du "non-sens", c’est un peu le mystère de la Croix du Christ... C’est Jésus qui vient donner du sens à la souffrance.
- Le mystère du "Christ défiguré" : ... Marie-Thérèse a du mal à accepter son corps et ses transformations. Ses enfants non plus n’acceptent pas la dégradation de leur mère. Marie-Thérèse ne supporte plus le regard qu’ils posent sur elle... Le Christ lui aussi a été "défiguré" et sur la Croix, les regards se sont détournés de Lui... J’espère qu’un jour, j’arriverai à regarder chaque personne au-delà de son infirmité, à regarder avec les yeux de Dieu... »
Il y a aussi le mystère de la "patience de Dieu" avec Yvette que l'anxiété extrême peut rendre insupportable, ou le mystère du "Temps de Dieu" avec Clémentine, 100 ans, qui pense que Dieu l'a oubliée. Il y a également le mystère du Retour vers le Père" avec le beau témoignage d’Élisabeth sur l'accompagnement de la fin de vie : « ... Au contact des mourants, j’apprends à être simple, naturelle et vraie, car dans ce "face-à-face" avec la mort, la vie ne triche pas… Quand c’est possible, j’essaie d’intégrer les familles dans cet accompagnement, pour qu’ils deviennent partenaires du soin à part entière... »
A côté de tout cela, le mystère de la "Présence agissante du Christ" pousse à l'émerveillement.

« Les personnes âgées ont changé mon regard : elles m’ont aidé à aborder mon travail en y mettant un sens nouveau, plus profond… à être le "Serviteur inutile dans l'instant présent"... donc à garder l'humilité... à semer ce que je peux… comme je peux…et avec ce que je suis... Le reste ne m’appartient pas, le Seigneur s’en occupe…
... Dans l’Eucharistie, Jésus se livre "pauvre" entre nos mains (tout comme les personnes âgées vulnérables) ; et il est parfois un peu négligé, voire même abandonné. Alors, en réparation de tous mes manquements, j’essaie de prendre soin des personnes qui me sont confiées, j’essaie de consoler, Jésus présent à travers mon sourire, ma prévenance, ma considération, mon attention à l’autre.
Mon travail en MR m’invite à vivre plus intensément certaines Paroles de l’Évangile ; ces Paroles sont un véritable "chemin" de croissance spirituelle... Si mon regard sur les autres change peu à peu, c’est parce que je suis portée par un groupe de prière… et cette prière communautaire m’aide à tenir dans la durée.

Conclusion. Avant, je travaillais auprès d’enfants et d’adolescents dont on attendait qu’ils construisent le monde de demain. Aujourd’hui, je travaille avec des personnes âgées dont on n’attend plus rien, et qui ne vont rien construire, tout au moins "à vue humaine". Par contre, unis à Jésus, à Sa Croix et à Sa Résurrection, ces personnes contribuent à élever le monde dans l’ordre de l’Amour, par leur offrande, ou par la mienne quand je les emporte dans ma prière à l’Eucharistie.
Au travail, je suis le témoin discret et émerveillé de cette Présence aimante et agissante du Christ auprès des personnes vers lesquelles il m’a envoyé.
... Je demande à Marie de me donner son regard pour que chacun, chacune se sente « regardé comme une personne », comme une personne « bien-aimée du Seigneur ».

Texte complet à lire ou à écouter :


Diaconie 2017-3 Elisabeth Bonafoux par Chr-Sa-64