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Isabelle Parmentier, laïque consacrée du diocèse de Poitiers

Extraits : « Pas très facile de parler après avoir été touchée par ces deux paroles d’Élisabeth et d'Hélène. Je vais m'adresser à vous en prenant un peu de recul, parce que le sujet qui m'a été demandé, c'est un sujet un peu théologique : "Du regard de Jésus à mon attention aux plus fragiles".
J'ai cherché des choses simples, j'ai envie de vous parler de joie, de joie de Dieu, parce que, sans cette joie de Dieu, comment entrer dans ce regard de Jésus sur les plus fragiles ! Il y avait de la joie dans ce que nous disait Hélène : la "danse assise", la chorale Babel et puis cette quête plus douloureuse de joie avec les personnes âgées dont Elisabeth nous disait que c'est pas très gratifiant aux yeux du monde, et cependant, quel humour, quelle joie présente dans ces petits gestes, ces regards lumineux, encore faut-il savoir les voir.
Notre cher pape François va de la "Joie de l’Évangile" à la "Joie de l'amour"... et cependant quelle conscience il a de la fragilité de notre monde qui se croit tout puissant.

Je crois que le secret de Jésus pour regarder les plus fragiles, c'est sa joie.

Quand le monde regarde les gens comme étant finis : ils sont handicapés, ils sont vieux, ils sont à la rue, ils ont tout perdu, ils n'ont plus de jambes, ils n'entendent pas... eh bien Jésus revient au commencement, il ne voit pas la fin, il voit l'accomplissement ; sur la croix, il n'a pas crié en mourant "Tout est fini", il a dit "Tout est accompli". Si Jésus s’est fait proche des gens fragiles, c’est qu’il était lui-même fragile, il a renversé complètement l’image d’un Dieu tout puissant. Et pourquoi est-il fragile ?
Je crois que son secret est au commencement : il s’est fait enfant ; l'enfance de Dieu, c'est la joie éternelle de Dieu... Ce n'est pas de l'enfantillage, ce n'est pas infantile de la part de Jésus de dire "Laissez venir les petits enfants à moi", ça veut dire dans votre vie "Où est l'enfant ?", si tu ne redeviens pas ce petit enfant que tu as été, tu n'entreras pas dans le Royaume de Dieu.
Le jeune homme riche (Mt 19, 16-30), que nous avons entendu, a tout et observe tous les grands commandements... mais il lui manque le manque, or toutes ces personnes dont nous parlons, elles ont la joie de Dieu en elles car elles vivent du manque : à l'une il manque d'entendre, à l'autre il manque de voir, ou d'être jeune, ou la mémoire, ou de pouvoir sourire, ou de pouvoir dormir au chaud... A l'enfant il manque d'être grand... Mais Jésus est resté un éternel enfant, c'est pour ça qu'il aime les enfants. Jésus est éternellement le Fils qui crie « Abba » Père, il ne se prend pas pour le Père, il est le Fils. C’est pour cela qu’il regarde tout homme à partir de sa vraie richesse : le manque. Malheureux ceux qui donnent sans apprendre à recevoir. Nous savons bien qu'il faut toujours se faire pardonner ce que l'on donne, car nos richesses, nos talents, notre bonne santé sont perçus, par ceux qui manquent de talents, de santé, de jeunesse comme une blessure... Il y a parfois des joies insolentes... mais si nous n'avons que notre tristesse à partager aux autres, nous ne les aiderons pas non plus. C'est bien la joie qui peut les aider, mais quelle joie ? Quelle humble joie ? Il y avait dans Jésus cette joie dont Hélène et Élisabeth nous parlaient, cette flamme fragile, cette vie, toute petite vie, petite étoile qui brille, qui scintille sans écraser comme le soleil.

Prions le Psaume 130 avec Abba Père
comme si c'était Jésus qui le priait en nous.

Abba Père, moi ton Fils unique, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ;
je reste l'humble charpentier de Nazareth, on m'appelle le Nazaréen.
Je n'ai pas fréquenté les universités de Jérusalem...
Ô Abba Père, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux
même quand je guéris, quand je nourris les foules, quand je marche sur la mer.
Oh non, je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent,
J'arrête pas de leur dire : chut, ne dites à personne que je vous ai guéri...
je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent.
Ô mon Abba, je tiens mon âme égale et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant serré contre sa mère.
Tu te souviens, Abba, quand j'étais serré contre le sein de Marie, ma Mère.
Je me souviens de Bethléem, de cette mangeoire où tu as voulu que je vienne au monde,
à ce signe, on me reconnaitra jusqu'à la fin des temps.
Un enfant... emmailloté, couché dans la rue, c'est pourquoi je t'attends,
Abba Père, maintenant et à jamais.

Le cœur de Jésus est rempli d’une compassion jamais condescendante, jamais descendante, toujours élevante. Jésus ne rabaisse personne, surtout pas par son regard, il élève l’autre parce qu’il voit en l’autre l’enfant qui est caché derrière son visage âgé, ou défiguré par le froid de la rue, ou défiguré par la maladie… (comme la façon dont une jeune femme juive, Etty Illesum, qui a trouvé Dieu dans l'enfer des camps, a regardé un SS pour ne pas être contaminée par sa haine ; ou comme Georges Bernanos). Jésus est habité, conduit par l'enfance de Dieu en lui, qui fait qu'il regarde les autres à égalité...
Au rassemblement Diaconia 2013 où j’ai eu la joie d’être, quand on a entendu ces soi-disant pauvres nous enseigner, c’était moi la plus pauvre, il me manque d’être l’autre, il me manque tout ce qu'est l’autre, c’est pour cela que je peux dire : j’ai vraiment besoin de toi pour être moi !... Le père Vidal dit : « Il n’y a pas de grandes personnes, il n’y a pas de petites personnes, il y a quelque chose de grand en toutes personnes ». C’est pour cela que Jésus a regardé face à face. Il est venu se faire l’un de nous, ni au-dessus, ni au-dessous, mais l’un de nous. Rencontrons nos richesses et nos pauvretés avec cette même joie, cette même légèreté... Jésus est pure joie de Dieu qui aime nos richesses et nos pauvretés à égalité,
il connait le fond de notre cœur, il nous aime tels que nous sommes, il nous parle face à face, à hauteur de visage comme disait toujours Mgr Albert Ronet de Poitiers. Évangélisez à hauteur de visage, ni au-dessus, ni au-dessous...

A hauteur de visage, voilà le secret du regard de Jésus.
J'ai besoin de toi pour être moi.

Je voudrais terminer avec un texte du très, très beau livre "L'épreuve" que le père Maurice Bellet a écrit sur son lit de malade :

"... Je veux qu'on m'aime. J'attends qu'on me donne ma chance, les moyens de donner ma mesure, et qu'on apprécie ce que je fais et qu'on m'encourage ; qu'on tienne en grade estime ce que j'ai de bon et pour peu de chose ce que j'ai de mauvais (car mon bon côté est mon bon côté, mon mauvais côté est seulement l'envers du bon).

Et qu'on respecte mes secrets.
Et qu'on ne me traite jamais en inférieur, même si l'on a quelque fonction au-dessus de moi.
Et bien voilà ce que j'essaierai de donner aux autres.
Ce sera le chemin de ma perfection."

Que cette joie de notre enfance demeure en nous. Retrouvons cet esprit d'enfance qui n'est pas infantile et qui donne la vraie joie, et continuons de nous rencontrer les uns les autres à hauteur de visage .»

(textes des auteurs cités)

Texte complet à lire
ou à écouter (en 2 vidéos de 15 minutes) :


Diaconie 2017-4 Isabelle Parmentier 1a par Chr-Sa-64

Suite:


Diaconie 2017-4 Isabelle Parmentier 1b par Chr-Sa-64