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Extraits : « C'est merveilleux ce que nous venons d'entendre, oui Magnificat ! Ce que j'avais prévu de vous dire prend visage dans ce que nous venons d'entendre.

Je pense à ce 8ème chapitre de l'exhortation apostolique "La joie de l'Amour" (291 et suivant), le pape François aborde la la fragilité, chapitre qu'il ouvre à notre discernement et qui est intitulé : "Accompagner, discerner et intégrer la fragilité". Nous ne sommes pas des numéros, nous ne sommes pas des statistiques, nous ne sommes pas des dossiers. Avez-vous vu le film qui a eu la palme d'or à Cannes "Moi Daniel Blake" de Ken Loach. C'est l'histoire d'un homme qui s'affronte à la paperasserie bureaucratique londonienne... le film finit mal, il en meurt et on trouve sur lui un papier que cette femme qu'il a pris en amitié avec ses deux enfants a lu à ses obsèques :"Je ne suis pas un numéro, je suis un homme; je ne suis pas un dossier, je suis une personne humaine... Ils ont donné la palme d'or à un film qui traite de la fraternité humaine, de la dignité humaine à travers un visage, comme vous avez dit, ce sont des visages, ce ne sont pas des statistiques...

Ce matin, je vous avais amenés vers cette enfance en nous-mêmes, alors reprenons ensemble ce psaume 130... Le cœur d'enfant de Katia qui dit : "C'est moi le prof, maintenant je vais t'appendre à faire la cuisine", où je peux imaginer la gaieté de Moufid et Christian qui choisissent la vie, qui tournent le dos à la mort, qui nous évangélisent. Ce second secret que je voudrais travailler avec vous, nous est donc offert sur un plateau d'argent : Jésus regarde les visages un à un car il a une vision beaucoup lus large, beaucoup plus longue, il voit plus loin... Nous sommes rentrés dans une année électorale difficile, mais où sont les hommes qui ont une vision, un projet capable d'enthousiasmer un pays entier ? On parle de chiffres, on décortique les programmes... Jésus voyait loin, il avait une vision. Il posait des petits gestes parce que ce petit geste posé aujourd'hui construisait une société dont il rêvait, dont son Père rêvait. Jésus a fait rêver ses disciples, mais il ne les a pas fait rêver à une utopie, une illusion, car cette vision qu'il portait, qui lui donnait de l'allégresse, qui le faisait avancer, il commençait à la réaliser par ces petits gestes, ces conversations avec telle personne, ces visages, il concrétisait...

Mon dernier livre qui s'appelle "Élève-moi" est sur l'éducation avec un sous-titre : "Aux sources de l'éducation, l’Évangile". On ne peut aider, éduquer, secourir si on n'a pas la capacité d'espérer beaucoup plus que aider cette famille à s'en sortir. C'est parce que vous croyez à une société sans frontière que vous accueillez aussi bien des Afghans, que des Chaldéens, que des Syriens chrétiens, que des Syriens musulmans. Si vous n'aviez pas une vision d'une société réconciliée, d'un monde sans frontière, vous ne commenceriez pas. La promesse de Dieu, son Père, Jésus la voit dans les commencements. Là où ses amis ne voient que des petits gestes, un style, une manière de vivre, Jésus, lui, ébauche le Royaume, aujourd'hui se gonfle d'espérance, aujourd'hui est déjà demain, le rêve de Dieu est en train de s'accomplir. (Lire le poème d'Isabelle)
Souvent nous faisons les choses à l'envers : nous posons un petit geste en espérant que ce petit geste portera du fruit et qu'un jour, ça ira mieux, mais, pour un chrétien, c'est l'inverse. Nous croyons qu'un jour notre terre sera réconciliée, que tous les hommes seront des frères et, parce que nous croyons cela, nous accueillons une famille syrienne. C'est parce que nous croyons, que nous agissons. Ce que Jésus espère, il commence à le faire... C'est la fin qui donne sens au présent. Je voyais tout ça dans ce qu'a dit Anne-Marie : "Je ne vois plus des migrants, ce sont des gens comme vous et moi", c'est parce qu'elle a cette vision d'une terre fraternelle qu'elle ne voit plus des migrants... Cette vision, quand on l'a, on la transmet comme cet acte de gratitude de vos parents, ils voyaient loin vos parents, Anne-Marie. Ce n'est pas par optimisme que nous agissons mais parce que nous croyons... A la Maison de la Fraternité où chacun apporte quelque chose, votre vision est que chacun a du talent...
Si un jour vous vous mettiez à table en disant : "Est-ce qu'on peut se dire la vision qui nous porte" et chanter Magnificat, la joie se rallumerait en chacun d'entre nous. Je connais trop de chrétiens qui font les choses par devoir, parce que on ne peut pas les laisser comme ça ces pauvres gens, il n'y a pas ce ressort d'enthousiasme, cette vision. Et puis, ce ne sont pas des pauvres gens, ce sont des gens, ils sont bien plus forts que nous, c'est nous qui sommes fragiles par rapport à eux... Ne pas confondre fragile et fragilisé, en disant qu'ils sont fragiles, on peut les enfermer dans une catégorie qui les juge. Qui sommes-nous pour penser que la personne est trop fragile ? Le vocabulaire exact serait de dire qu'elle est actuellement fragilisée, ce qui permet de sauver l'intégrité de la personne et de solliciter son courage... Nous retrouvons alors cette hauteur de visage, cette égalité entre nous, car tour à tour, nous sommes fragilisés par des situations. (Lire le texte de Jean-Pierre Denis et celui d'Antoine Bloom : "Chacun de nous est une icône endommagée", "voir la beauté cachée en chacun, comme le fait le Christ") »

Isabelle a été appelée (après la question du mariage pour tous) à rejoindre les personnes homosexuelles et transsexuelles du diocèse « pour leur manifester la compassion du Christ et vivre quelque chose avec elles, pour les accompagner, discerner et les intégrer, qu'elles ne se sentent pas exclues... Je me suis dit que si le pape François nous envoyait aux périphéries, il ne fallait pas toujours que ce soit les autres. J'ai découvert au départ un monde blessé par l'homophobie de la société et vomissant l'église parce que les chrétiens au moins n'auraient pas dû être conformes à la société. J'ai été rejetée, haïe par ces gens, mais je me suis obstinée à leur tendre la main par amitié. Puis on a fait des soirées, je me suis fait beaucoup d'amis, groupes de parents dont les enfants sont homosexuels, ils disent avoir vécu dans la honte pendant 20 ans dans une Église où ils n'osaient pas le dire, et qui aujourd'hui, sans rougir, ont trouvé leur place dans les communautés chrétiennes, dans les paroisses. Il faut avoir une vision de cette compassion du Christ. Je n'ai jamais été tentée de juger, j'ai écouté, j'ai accompagné et j'ai prié avec eux.

Je termine avec ce petit poème perse :

Tu as de nombreux enfants. Quel est ton préféré ?

Celui de mes enfants que je préfère, dit le sage,
c'est le plus petit jusqu'à ce qu'il grandisse ;
celui qui est loin, jusqu'à ce qu'il revienne ;
celui qui est malade, jusqu'à ce qu'il guérisse ;
celui qui est prisonnier, jusqu'à ce qu'il soit libéré ;
celui qui est éprouvé, jusqu'à ce qu'il soit consolé.

... Le problème du monde est qu'il ne suffit pas d'être aimé, il faut être préféré. Alors est-ce qu'il faut préférer accueillir des migrants chrétiens ou musulmans ?... Ce qui est évangélique c'est ce "Jusqu'à ce que" qui ramène au provisoire de tout à l'heure, nous sommes fragilisé et pas fragile. Cela veut dire que notre préférence ne sera jamais sentimentale, jamais idéologique, jamais politique, jamais calculée, jamais affective. Notre préférence ira à celui qui a le plus besoin de nous quelle que soit sa race, sa religion, sa couleur de peau, sa notoriété, son bien, son mal, jusqu'à ce qu'il soit libéré, y compris de sa réputation. La source de ma préférence ne sera jamais en moi mais en l'autre. C'est l'autre que je préfère jusqu'à ce qu'i n'ait plus besoin de moi. Cette vision là, nous la recevons de Jésus qui les a tous préféré un par un jusqu'à ce que les 100 brebis soient dans l'enclos.
Merci de ce que vous êtes, du signe de l'amour de Dieu que vous êtes pour votre diocèse. Merci de ce que vous avez été pour moi aujourd'hui. »

Texte complet à lire
ou à écouter, sans les textes d'auteur qui sont ci-dessous, pour ne pas alourdir la vidéo :


Diaconie 2017-7 Isabelle Parmentier 2 par Chr-Sa-64

textes des auteurs cités à lire

ou à écouter :


Diaconie 2017-8 Poème Isabelle et textes par Chr-Sa-64

C'est avec Marie, dans la prière que s'achève cette magnifique journée


Diaconie 2017-9 Conclusion d'une très riche... par Chr-Sa-64