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« Donne-moi ton regard, ô Seigneur »

Du regard de Jésus à mon attention aux plus fragiles.

Un très beau thème pour cette nouvelle récollection, et six invités aux témoignages d'une très grande richesse sur des univers très différents comme les personnes ayant un handicap, les sans-abri, les personnes âgées, les réfugiés... (témoignages à lire ou à écouter)
Ajouté à cela une équipe de la Diaconie-Solidarité toujours motivée et active, comme les personnes présentes. Cette journée a été aussi portée dans la prière, en action de grâce pour tout ce qui se vit déjà, et pour avoir la force de continuer quand les difficultés sont là.
En bonus, à la fin, une vidéo du Jour du Seigneur "La fragilité est-elle une force ?" sur un "prof d'anglais en roulettes"



 (Article presque terminé, il ne manque que le 2ème texte complet (en PDF) d'Isabelle)

28 janvier à la Maison Saint Michel, toujours heureuse d'accueillir des mouvements (MEJ...),
des formations, des temps forts... comme nous l'a expliqué frère Émile.
Accueil aussi très sympathique avec thé, café, gâteaux...par les membres de la Diaconie

Mais avant tout, prions. Psaume 148.

La Parole de Dieu (Marc 10, 17-21)
Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : «Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père
et ta mère. »
L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »

N'aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ,
laisse-toi regarder, car il t'aime
(bis)

1. Il a posé sur moi son regard, un regard plein de tendresse.
Il a posé sur moi son regard, un regard long de promesse.

2. Il a posé sur moi son regard et m'a dit : « Viens et suis-moi ».
Il a posé sur moi son regard et m'a dit : « Viens, ne crains pas ».


Prière d’intercession :

« Donne-nous, Seigneur, ton regard de tendresse, pour regarder nos frères : ton regard qui pardonne, qui rencontre et fait vivre.
Donne-nous ton regard qui délivre, qui relève et guérit - regard de patience et d’émerveillement.
Donne-nous ton regard qui va loin, car l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur : avec ton Cœur, Seigneur.
Donne-nous ton regard qui comprend, qui devine et bénit.
Donne-nous ton regard pour ne plus voir qu’avec tes yeux, pour tout regarder par ton Cœur, et nous vivrons enfin ta ressemblance, Seigneur notre Dieu »

Donne-moi ton regard, Ô seigneur ! Apprends-moi à te voir !
Montre-Toi dans le frère, Ô Seigneur ! Donne-moi ton regard !

1. Un regard qui pardonne et qui ouvre nos cœurs à la vie.
Un amour qui se donne et qui fait du prochain un ami.

2. Un regard qui libère et qui brise les liens du malheur
Une envie d’être frères et d’aller vers un monde meilleur.

3. Un regard de confiance qui renforce la foi des petits.
Un élan d’espérance et de paix sur le monde d’aujourd’hui.

Prions,
Seigneur nous sommes rassemblés aujourd’hui sous ton regard  et celui de Marie notre Mère. Donne-nous de comprendre encore davantage combien tu veilles sur nous et combien tu comptes sur nous, pour que parvienne à tous ceux que nous rencontrons ton message d’amour. Que dans le visage de nos frères, nous apprenions à te reconnaître.
Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles, Amen !

 

Présentation et témoignages

Présentation, par l'abbé Joachim Jaureguy, délégué diocésain de la Diaconie,
de la Diaconie et de l’importance du regard :

Extraits : « La Diaconie est la reprise d'un terme grec très ancien, Diaconia, très utilisé dans les premières communautés chrétiennes. En français il a donné le mot Diacre (il y a ici deux diacres permanents : Bertrand et Michel) ce mot signifie Serviteur. La Diaconie, c'est le service des pauvres à la suite de Jésus, qui est venu, non pour être servi mais pour servir.
Vivre la Diaconie, c'est vouloir partager, se mettre à l'écoute, remettre debout les personnes éprouvées, être solidaire de celles et ceux qui souffrent ;  vivre la Diaconie, c'est aussi demander à son prochain, démuni et fragile, comme Jésus l'a demandé à la Samaritaine "Donne-moi à boire". En résumé, vivre la Diaconie, c'est un état d'esprit, une attitude qui consiste à se laisser animer par ce que le Christ a vécu en permanence, l'Amour de Dieu le Père, Fils et Esprit Saint. Vivre la Diaconie, c'est vivre comme le Christ, du moins essayer de vivre comme Lui, grâce à Lui et par Lui.
Le pape Benoît XVI nous rappelait que la nature profonde de l’Église s'exprime dans une triple tâche : l’annonce de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements et le service de la charité, la Diaconie... trois tâches qui ne peuvent être séparées l'une de l'autre... Tout chrétien est concerné s'il veut sincèrement pratiquer l’Évangile, au nom de son baptême. Tout chrétien est invité à donner de ses biens, de son temps, de son savoir, de son écoute, de ses compétences : personne n'est trop pauvre pour n'avoir rien à apporter aux autres... personne n'est trop riche pour n'avoir rien à recevoir...
Le Congrès national 2013 à Lourdes a été une mise en commun des toutes les initiatives prises dans l’Église de France pour que les démunis, les fragiles soient non seulement reconnus mais prennent la première place et c'est ce qui a été vécu lors du Congrès...

L'importance du regard : ... dans un livre intitulé "Le goût de l'autre", Elena Lasida, uruguayenne qui enseigne à Paris, parle de son expérience assez marquante dans le Chiapas, au sud-est du Mexique, dans un village, loin de notre civilisation et divisé en deux communautés, l'une pour les militaires et l'autre zapatistes, du nom d'un révolutionnaire. Elle se trouvait au milieu des communautés indiennes du village, avec de jeunes étrangers, pour contribuer à leur défense, elle faisait partie d'une brigade d'observateurs de la paix, avec pour mission : être là, et leur seule présence avait un rôle dissuasif vis à vis des militaires. Elle écrit : « Je suis arrivée avec la mission d'observer la paix, mais , fait, ces hommes et ces femmes ont transfiguré mon regard sur le monde. Je venais pour observer, protéger et ce sont eux qui ont percé mon regard et brisé les murailles. Ils communiquent plus par le regard que par la parole et, au lieu de se dire entre eux "Ça va ?", ils se disent "Comment va ton regard ?" »... Elle raconte aussi l'histoire de Bélia qui voulait mourir et s'était abandonnée à la folie, folie qui l'a désarmée : « Quand j'ai cru que Bélia était définitivement perdue et que je n'y pouvais rien, je l'ai vue ressusciter... sûrement grâce à l'amour gratuit de ses voisins qui ont pris soin d'elle au quotidien... ». Je vais conclure sur cette deuxième partie et notre manière de regarder. »

Texte complet à écouter (9 min) :


Diaconie 2017-1 Joaquim Jaureguy par Chr-Sa-64


 

Le regard par Hélène Guicharousse, professeur des écoles à Pau,
engagée dans des associations d’Église et des activités hors Église.

Des engagements qui ne peuvent se vivre sans la rencontre des regards : l'ACAT et le groupe VIVACAT ; le CCFD-Terre Solidaire avec la rencontre des partenaires dans leur pays et au milieu des combats qu'ils mènent avec les populations ; la "Danse assise" qui mélange des personnes handicapées et des personnes valides, permettant aux personnes en fauteuil de bouger et d'évoluer avec leur corps (proposée par l'association sportive et culturelle Pau-Béarn-Handisport) ; la Chorale Babel (de l'association Vocale basée à Billère) qui intègre des personnes sourdes ; et le Service de la Maraude.

Extraits : « ... Personnes handicapées : j'ai été accueillie de manière très chaleureuse par ces personnes-là... Chorale Babel :  pendant que la chorale chante, les personnes sourdes signent dans la langue des signes française. Nous avons des gants blancs de manière à faire un jeu scénique comme si c'était une danse des mains, dans un certain éclairage. Là aussi, c'est une très belle aventure humaine. Moi, j'ai sympathisé très fortement avec les personnes sourdes, ce qui m'a donné envie d'apprendre leur langue... et je l'utilise également avec mes élèves en classe. Là aussi, un accueil très très chaleureux, la découverte d'un univers très particulier, parce que le monde des sourds, c'est très spécial. On partage également de belles chose entre les valides et les handicapés...

 

La Maraude de la Croix Rouge va à la rencontre des gens de la rue de novembre à avril, de 18h à minuit, ou plus... Nous chargeons un petit camion en nourriture, en boissons chaudes, en vêtements, couvertures et nous démarrons un circuit qui nous amène à des endroits plus ou moins exposés... en lien avec le 115... C'est très important que des personnes comme vous et moi téléphonions au 115 pour signaler des personnes... Je pense que ça ne va pas aller en s'arrangeant car, malheureusement, il y a de plus en plus de misère, et de jeunes en difficulté, de jeunes en rupture familiale... Ça aussi, c'est une expérience formidable, les gens de la rue, contrairement à ce que l'on pourrait penser ne sont pas agressifs (ou très rarement), ça fait 5, 6 ans que je maraude, ils sont très sympathiques, les gens de la rue nous connaissent et savent qu'on vient leur apporter un peu de chaleur, ils sont très reconnaissants, ils nous disent beaucoup merci. Ils nous remercient pour le temps qu'on leur accorde, pour les petites discussions qu'on peut avoir avec eux. Donc, ça fait chaud au cœur de s'entendre dire merci par ces personnes. Ils prennent soin de nous à la fin de la maraude : "Bon, vous avez fini, rentrez bien chez vous !". C(est assez surprenant, les rôles s'inversent. Alors, c'est vrai qu'au début, quand j'ai démarré la maraude, c'est un peu difficile de rentrer chez soi, d'aller se mettre au chaud sous la couette et de penser qu'on a laissé des gens dans la rue, dans le froid... C'est un petit travail à faire sur soi aussi, accepter que certains refusent l'hébergement. Des fois, ça nous met en colère, surtout quand il y a des places...

Quelques anecdotes parmi d'autres. On rencontre des gens dont on se demande quels ont été leur parcours pour qu'ils arrivent à être dans la rue, il y a des gens très intelligents, très cultivés, on a des surprises : ... Un SDF allemand qui avait suivi l'élection du pape sur son petit transistor (un échange très riche a suivi)... Un monsieur qui connaissait plein de choses en histoire sur les rois de France... D'autres qui lisent beaucoup et l'un d'eux m'a fait un cours quasiment sur Jack London... Au moment de Noël, les gens partagent avec nous et nous souhaitent un bon Noël pour nous et nos familles. Ils sont très attentionnés, il y en a un qui est très particulier mais qui nous appelle frangins, frangines, tonton. Voilà on est tous la même famille l'humanité, tous frères et sœurs en humanité... 

Tout ça pour dire que par rapport à mon regard, mon regard sur la vie, toutes ces expériences auprès des personnes en difficulté que j'ai rencontrées, que ce soit des personnes handicapées ou des personnes en difficulté matérielle, ça m'aide à vivre au quotidien, ça me permet de relativiser sur beaucoup de choses, de voir la vie de manière plus simple et plus légère... de moins m'attarder sur le superflu, j'apprends énormément de ces personnes là. Je trouve que ça, c'est la vraie vie, et non ce qu'on voit à la télé... On s'enrichit à leur contact... On se confronte à un autre point de vue, donc ça permet une ouverture d'esprit... c'est un peu égoïste aussi parce que ça me plait, ça me nourrit, ça me construit, ça m'apporte beaucoup de chaleur humaine, d'amitié...

Texte complet à lire ou à écouter (18 min) :


Diaconie 2017-2 Hélène Guicharousse par Chr-Sa-64

En bonus, un petit extrait de la Chorale Babel que j'ai eu la chance de voir et d'entendre

 
Chorale Babel en 2013 par Chr-Sa-64

Le regard par Élisabeth Bonafoux,
psychomotricienne dans une Maison de Retraite

Extraits : « ... Dans le cadre de mon travail, j’essaie de prendre soin de chacun, de vivifier le corps et le psychisme, par le biais du mouvement et de la relation.
Je n’ai pas fait le choix de travailler en MR. Au départ je m’occupais d’enfants et d’adolescents en difficulté. Mais les évènements de la vie m’ont conduit là où je suis aujourd’hui, en gériatrie... Au fil des ans, j’ai appris à aimer les personnes âgéesLes gens ont du mal à comprendre que je puisse m’épanouir dans mon travail, que je puisse y trouver du plaisir, et parfois même, y vivre de très belles choses
Aujourd’hui je suis convaincue que si le Seigneur m’a plantée là, en Son temps à Lui, c’est qu’il l’a voulu. Il m’y a préparée, et même si ce n’est pas facile tous les jours, c’est un cadeau que me font les PA quand elles m’autorisent à faire un bout de chemin avec elles.
Parce qu’avec le recul, je m’aperçois que travailler en MR, c’est pour moi un chemin de croissance spirituelle où je peux me donner, en paroles, en actes, mais aussi en vérité. C’est aussi un lieu où je reçois énormément, bien plus que je ne donne. »

Voici quelques uns des exemples concrets offerts par Élisabeth, exemples qui renvoient aux mystères de l'Amour de Dieu et de Jésus. Prenez le temps de lire ou d'écouter ces différents visages qu'elle a rencontre chaque jour.
« - Le mystère de la Vie aux "yeux de Dieu" : ... Jacqueline ne parle plus... Son regard, c’est l’essentiel de sa vie... Sa vie est habitée et précieuse aux yeux de Dieu. Et à travers son regard et son corps décharné, je pressens le grand mystère de la Vie, un peu comme le mystère de Jésus "abimé" sur la Croix, et qui pose son regard sur Jean, sur Sa Mère, et sur chacun de nous.
- Le mystère du "regard de Jésus" : ... Avec Madeleine, j’apprends à regarder "autrement", avec les yeux du cœur, pour voir "au-delà" des apparences de ce corps usé, pour que Madeleine se sente exister dans mon regard. Cela me renvoie à ce cœur-à-cœur que je vis dans l’Adoration, en présence du St Sacrement... Regarder Jésus, et me laisser regarder par Lui qui me donne Sa paix, Sa joie.
- Le mystère du "non-sens" : Face au discours décousu et incohérent d'Anne, j’apprends à écouter "autrement"… avec les oreilles du cœur...   Écouter et remettre du sens là où il n’y en a plus, c’est redonner à Anne toute sa dignité d’enfant de Dieu... Ce mystère du "non-sens", c’est un peu le mystère de la Croix du Christ... C’est Jésus qui vient donner du sens à la souffrance.
- Le mystère du "Christ défiguré" : ... Marie-Thérèse a du mal à accepter son corps et ses transformations. Ses enfants non plus n’acceptent pas la dégradation de leur mère. Marie-Thérèse ne supporte plus le regard qu’ils posent sur elle... Le Christ lui aussi a été "défiguré" et sur la Croix, les regards se sont détournés de Lui... J’espère qu’un jour, j’arriverai à regarder chaque personne au-delà de son infirmité, à regarder avec les yeux de Dieu... »
Il y a aussi le mystère de la "patience de Dieu" avec Yvette que l'anxiété extrême peut rendre insupportable, ou le mystère du "Temps de Dieu" avec Clémentine, 100 ans, qui pense que Dieu l'a oubliée. Il y a également le mystère du Retour vers le Père" avec le beau témoignage d’Élisabeth sur l'accompagnement de la fin de vie : « ... Au contact des mourants, j’apprends à être simple, naturelle et vraie, car dans ce "face-à-face" avec la mort, la vie ne triche pas… Quand c’est possible, j’essaie d’intégrer les familles dans cet accompagnement, pour qu’ils deviennent partenaires du soin à part entière... »
A côté de tout cela, le mystère de la "Présence agissante du Christ" pousse à l'émerveillement.

« Les personnes âgées ont changé mon regard : elles m’ont aidé à aborder mon travail en y mettant un sens nouveau, plus profond… à être le "Serviteur inutile dans l'instant présent"... donc à garder l'humilité... à semer ce que je peux… comme je peux…et avec ce que je suis... Le reste ne m’appartient pas, le Seigneur s’en occupe…
... Dans l’Eucharistie, Jésus se livre "pauvre" entre nos mains (tout comme les personnes âgées vulnérables) ; et il est parfois un peu négligé, voire même abandonné. Alors, en réparation de tous mes manquements, j’essaie de prendre soin des personnes qui me sont confiées, j’essaie de consoler, Jésus présent à travers mon sourire, ma prévenance, ma considération, mon attention à l’autre.
Mon travail en MR m’invite à vivre plus intensément certaines Paroles de l’Évangile ; ces Paroles sont un véritable "chemin" de croissance spirituelle... Si mon regard sur les autres change peu à peu, c’est parce que je suis portée par un groupe de prière… et cette prière communautaire m’aide à tenir dans la durée.

Conclusion. Avant, je travaillais auprès d’enfants et d’adolescents dont on attendait qu’ils construisent le monde de demain. Aujourd’hui, je travaille avec des personnes âgées dont on n’attend plus rien, et qui ne vont rien construire, tout au moins "à vue humaine". Par contre, unis à Jésus, à Sa Croix et à Sa Résurrection, ces personnes contribuent à élever le monde dans l’ordre de l’Amour, par leur offrande, ou par la mienne quand je les emporte dans ma prière à l’Eucharistie.
Au travail, je suis le témoin discret et émerveillé de cette Présence aimante et agissante du Christ auprès des personnes vers lesquelles il m’a envoyé.
... Je demande à Marie de me donner son regard pour que chacun, chacune se sente « regardé comme une personne », comme une personne « bien-aimée du Seigneur ».

Texte complet à lire ou à écouter :


Diaconie 2017-3 Elisabeth Bonafoux par Chr-Sa-64


Isabelle Parmentier, laïque consacrée du diocèse de Poitiers

Extraits : « Pas très facile de parler après avoir été touchée par ces deux paroles d’Élisabeth et d'Hélène. Je vais m'adresser à vous en prenant un peu de recul, parce que le sujet qui m'a été demandé, c'est un sujet un peu théologique : "Du regard de Jésus à mon attention aux plus fragiles".
J'ai cherché des choses simples, j'ai envie de vous parler de joie, de joie de Dieu, parce que, sans cette joie de Dieu, comment entrer dans ce regard de Jésus sur les plus fragiles ! Il y avait de la joie dans ce que nous disait Hélène : la "danse assise", la chorale Babel et puis cette quête plus douloureuse de joie avec les personnes âgées dont Elisabeth nous disait que c'est pas très gratifiant aux yeux du monde, et cependant, quel humour, quelle joie présente dans ces petits gestes, ces regards lumineux, encore faut-il savoir les voir.
Notre cher pape François va de la "Joie de l’Évangile" à la "Joie de l'amour"... et cependant quelle conscience il a de la fragilité de notre monde qui se croit tout puissant.

Je crois que le secret de Jésus pour regarder les plus fragiles, c'est sa joie.

Quand le monde regarde les gens comme étant finis : ils sont handicapés, ils sont vieux, ils sont à la rue, ils ont tout perdu, ils n'ont plus de jambes, ils n'entendent pas... eh bien Jésus revient au commencement, il ne voit pas la fin, il voit l'accomplissement ; sur la croix, il n'a pas crié en mourant "Tout est fini", il a dit "Tout est accompli". Si Jésus s’est fait proche des gens fragiles, c’est qu’il était lui-même fragile, il a renversé complètement l’image d’un Dieu tout puissant. Et pourquoi est-il fragile ?
Je crois que son secret est au commencement : il s’est fait enfant ; l'enfance de Dieu, c'est la joie éternelle de Dieu... Ce n'est pas de l'enfantillage, ce n'est pas infantile de la part de Jésus de dire "Laissez venir les petits enfants à moi", ça veut dire dans votre vie "Où est l'enfant ?", si tu ne redeviens pas ce petit enfant que tu as été, tu n'entreras pas dans le Royaume de Dieu.
Le jeune homme riche (Mt 19, 16-30), que nous avons entendu, a tout et observe tous les grands commandements... mais il lui manque le manque, or toutes ces personnes dont nous parlons, elles ont la joie de Dieu en elles car elles vivent du manque : à l'une il manque d'entendre, à l'autre il manque de voir, ou d'être jeune, ou la mémoire, ou de pouvoir sourire, ou de pouvoir dormir au chaud... A l'enfant il manque d'être grand... Mais Jésus est resté un éternel enfant, c'est pour ça qu'il aime les enfants. Jésus est éternellement le Fils qui crie « Abba » Père, il ne se prend pas pour le Père, il est le Fils. C’est pour cela qu’il regarde tout homme à partir de sa vraie richesse : le manque. Malheureux ceux qui donnent sans apprendre à recevoir. Nous savons bien qu'il faut toujours se faire pardonner ce que l'on donne, car nos richesses, nos talents, notre bonne santé sont perçus, par ceux qui manquent de talents, de santé, de jeunesse comme une blessure... Il y a parfois des joies insolentes... mais si nous n'avons que notre tristesse à partager aux autres, nous ne les aiderons pas non plus. C'est bien la joie qui peut les aider, mais quelle joie ? Quelle humble joie ? Il y avait dans Jésus cette joie dont Hélène et Élisabeth nous parlaient, cette flamme fragile, cette vie, toute petite vie, petite étoile qui brille, qui scintille sans écraser comme le soleil.

Prions le Psaume 130 avec Abba Père
comme si c'était Jésus qui le priait en nous.

Abba Père, moi ton Fils unique, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ;
je reste l'humble charpentier de Nazareth, on m'appelle le Nazaréen.
Je n'ai pas fréquenté les universités de Jérusalem...
Ô Abba Père, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux
même quand je guéris, quand je nourris les foules, quand je marche sur la mer.
Oh non, je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent,
J'arrête pas de leur dire : chut, ne dites à personne que je vous ai guéri...
je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent.
Ô mon Abba, je tiens mon âme égale et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant serré contre sa mère.
Tu te souviens, Abba, quand j'étais serré contre le sein de Marie, ma Mère.
Je me souviens de Bethléem, de cette mangeoire où tu as voulu que je vienne au monde,
à ce signe, on me reconnaitra jusqu'à la fin des temps.
Un enfant... emmailloté, couché dans la rue, c'est pourquoi je t'attends,
Abba Père, maintenant et à jamais.

Le cœur de Jésus est rempli d’une compassion jamais condescendante, jamais descendante, toujours élevante. Jésus ne rabaisse personne, surtout pas par son regard, il élève l’autre parce qu’il voit en l’autre l’enfant qui est caché derrière son visage âgé, ou défiguré par le froid de la rue, ou défiguré par la maladie… (comme la façon dont une jeune femme juive, Etty Illesum, qui a trouvé Dieu dans l'enfer des camps, a regardé un SS pour ne pas être contaminée par sa haine ; ou comme Georges Bernanos). Jésus est habité, conduit par l'enfance de Dieu en lui, qui fait qu'il regarde les autres à égalité...
Au rassemblement Diaconia 2013 où j’ai eu la joie d’être, quand on a entendu ces soi-disant pauvres nous enseigner, c’était moi la plus pauvre, il me manque d’être l’autre, il me manque tout ce qu'est l’autre, c’est pour cela que je peux dire : j’ai vraiment besoin de toi pour être moi !... Le père Vidal dit : « Il n’y a pas de grandes personnes, il n’y a pas de petites personnes, il y a quelque chose de grand en toutes personnes ». C’est pour cela que Jésus a regardé face à face. Il est venu se faire l’un de nous, ni au-dessus, ni au-dessous, mais l’un de nous. Rencontrons nos richesses et nos pauvretés avec cette même joie, cette même légèreté... Jésus est pure joie de Dieu qui aime nos richesses et nos pauvretés à égalité,
il connait le fond de notre cœur, il nous aime tels que nous sommes, il nous parle face à face, à hauteur de visage comme disait toujours Mgr Albert Ronet de Poitiers. Évangélisez à hauteur de visage, ni au-dessus, ni au-dessous...

A hauteur de visage, voilà le secret du regard de Jésus.
J'ai besoin de toi pour être moi.

Je voudrais terminer avec un texte du très, très beau livre "L'épreuve" que le père Maurice Bellet a écrit sur son lit de malade :

"... Je veux qu'on m'aime. J'attends qu'on me donne ma chance, les moyens de donner ma mesure, et qu'on apprécie ce que je fais et qu'on m'encourage ; qu'on tienne en grade estime ce que j'ai de bon et pour peu de chose ce que j'ai de mauvais (car mon bon côté est mon bon côté, mon mauvais côté est seulement l'envers du bon).

Et qu'on respecte mes secrets.
Et qu'on ne me traite jamais en inférieur, même si l'on a quelque fonction au-dessus de moi.
Et bien voilà ce que j'essaierai de donner aux autres.
Ce sera le chemin de ma perfection."

Que cette joie de notre enfance demeure en nous. Retrouvons cet esprit d'enfance qui n'est pas infantile et qui donne la vraie joie, et continuons de nous rencontrer les uns les autres à hauteur de visage .»

(textes des auteurs cités)

Texte complet à lire
ou à écouter (en 2 vidéos de 15 minutes) :


Diaconie 2017-4 Isabelle Parmentier 1a par Chr-Sa-64

Suite:


Diaconie 2017-4 Isabelle Parmentier 1b par Chr-Sa-64


Paroisse Saint Michel Garicoïts du Labour - Cambo
avec Joqchim Jaureguy et le témoignage de Gracie, Bernadette et Anne-Marie
sur le regard avec les réfugiés syriens

Extraits :
Gracie : « Début juin, nous avons été conviés à une réunion au presbytère de Cambo. Y participaient : les membres du Conseil Municipal, M. le curé Joachim Jaureguy, deux sœurs franciscaines des représentants du Secours Catholique et quelques personnes susceptibles d'aider une nouvelle famille syrienne.
Étant une enseignante retraitée et assurant l'accompagnement scolaire au Secours Catholique de Bayonne depuis une dizaine d'année, nous nous sommes engagés pour aider Moufid, 13 ans, et Christian, 8 ans, les deux petits garçons de la famille : 3h par semaine pour l'apprentissage du français pendant les vacances d'été. A la rentré ils ont continué dans leurs établissements scolaires respectifs. Les parents, Adi et Katia, de leur côté, ont suivi les cours pour obtenir les différents diplômes A1, A2 et B1 afin d'obtenir la nationalité française ardemment désirée, et, après la rentrée scolaire ils ont été sollicités pour un complément à leurs cours bayonnais, ce que nous faisons à raison de 2h par semaine.

A travers leur expérience, nous avons découvert qui ils étaient et ce qu'ils avaient vécu. Nous avons sympathisé et ça continue. Pour ma part, la vision du migrant s'est modifiée... Je les trouve vraiment admirables d'avoir laissé toute leur vie en arrière, y compris leur maison bien douillette qu'ils venaient de construire, et ils ont dû tout vendre, y compris bijoux et alliances, pour payer le voyage, n'ayant pour objectifs que la liberté et la sécurité de leur enfants »

Bernadette : « Quant à moi, on m'a demandé si j'accepterais d'accompagner les syriens installés à Cambo... Je ne pouvais pas rester indifférente à la situation de ces réfugiés. Je me suis dit que je pouvais faire quelque chose pour les aider à s'intégrer dans notre commune. Si j'avais répondu non, j'aurais eu l'impression de me dire chrétienne et de na pas vivre ma foi.
En parallèle, j'entendais autour de moi certaines réflexions comme : "Rien  n'est trop beau pour ces réfugiés - Que de personnes dans la précarité ou tout simplement isolées à notre porte - Aider des catholiques réfugiés, c'est facile, nous partageons la même foi, mais aider des migrants d'autres religions, notament des musulmans, c'est plus difficile..." Donc, depuis que j'accompagne ces syriens, j'essaie, dans le quotidien, d'être un peu plus à l'écoute de mes proches, de mon entourage. Nous avons aussi le devoir de venir en aide à tous ceux qui sont dans la détresse, même s'ils ne partagent pas foi. Une Parole d’Évangile m'a aidée à prendre mon engagement : "J'étais un étranger et vous m’avez accueilli"...

Je suis heureuse de cheminer avec Katia, Adi, Moufid et Christian. Pour moi, ces réfugiés ne sont pas des personnes fragiles... Ils font preuve de beaucoup de courage, de force, pour rester debout malgré les difficultés et les souffrances endurées. Ils n'ont que le minimum pour vivre, mais ils sont riches dans leur cœur. On trouve beaucoup d'amour dans cette famille, leur présence auprès de nous est une richesse, eux aussi nous apportent beaucoup... (Katia est allée préparer chez Bernadette un plat syrien) "Aujourd'hui, c'est moi le prof, toi, tu es l'élève" : j'ai compris que c'était une joie pour elle de donner à son tour et pas toujours recevoir, j'ai compris aussi que lorsque j'aide quelqu'un, je dois le faire très discrètement, sans supériorité. Regarder les réfugiés avec le regard du Christ me rend plus tolérante, plus compréhensive, ça m'aide à prendre les autres tels qu'ils sont avec leur richesses, leurs faiblesses. Ce qui m'a aidée dans cet engagement, c'est une réflexion plus approfondie, le travail en équipe et la prière... Je partage cette expérience avec mon mari, mes enfants, mes proches... Nous essayons de porter témoignage par notre façon de vivre, notre manière d'accueillir cette famille syrienne. »

Anne-Marie : « Je fais partie du Secours Catholique d'Espelette... On s'est dit "on va aider cette famille dans le sens administratif. Donc, nous nous sommes impliqués à trois, pour leur expliquer le système français qui n'est déjà pas facile pour des français... A ces trois bénévoles, j'associe mon mari qui s'est impliqué pour donner des cours de physique à Moufid... On est arrivé à établir des CV, des lettres de motivation, parce qu'ils sont tout à fait en capacité de pouvoir trouver un emploi... et qu'ils puissent être indépendants. Ce qui a permis tout ça, c'est la collaboration de tous les bénévole que nous sommes... et, comme le disait Bernadette, ce ne sont pas des gens fragiles, nous le sommes plus qu'eux... bien souvent on se disait "Comment on va faire, comment trouver les mots pour expliquer quand la parole est limitée...". Et cette aide, on l'a faite avec eux, on les a toujours intégrés dans les démarches que nous avons faites. On n'allait pas dans une administration se présenter à leur place, mais on les aider à s'exprimer pour qu'ils puissent s'exprimer seuls...

A mes yeux, ce sont plus des étrangers, ce ne sont plus des migrants, ce sont des gens comme vous et moi, il n'y a plus cette frontière. Et le fait d'être ensemble... à travers cette expérience, je vis en continuité avec ce que j'ai vécu chez moi, et je voudrais mettre mes parents en avant, parce que, dans les années 70, j'avais 10 ans, il y avait les migrants portugais qui passaient la frontière et le premier poste téléphonique, c'était à la maison... J'ai toujours vu ma mère proposer une assiette de soupe, du café, de se chauffer au coin du feu... leur appeler un taxi... elle expliquait que les frontières, ce n'était pas les frontières des Pyrénées mais que les frontières étaient dans le cœur, et que ces frontières-là, il fallait passer par dessus parce qu'on est tous frères... et ils nous encourageaient à le faire. C'est pour ça que, dans ma foi, j'ai continué à faire ce que j'ai vu chez moi et que, à mon tour, j'encourage mes enfants à aller vers les autres. »

Texte complet à lire ou à écouter (15 min) : 

 
Diaconie 2017-5 Paroisse St Michel Garicoïts du... par Chr-Sa-64

Après l'invitation du diacre Bertrand à être des relais de la Diaconie dans les conseils pastoraux paroissiaux, d'autres personnes ont pu s'exprimer spontanément pour compléter les témoignages ou en donner d'autres... Les "vacances engagées" du CCFD, le témoignage de la famille Syrienne, les Chaldéens, la Maison de la Fraternité, le regard encore difficile sur les gitans... l'accueil des migrants au quartier Paul Doumer...


Diaconie 2017-6 Réactions et témoignages spontanés par Chr-Sa-64


Extraits : « C'est merveilleux ce que nous venons d'entendre, oui Magnificat ! Ce que j'avais prévu de vous dire prend visage dans ce que nous venons d'entendre.

Je pense à ce 8ème chapitre de l'exhortation apostolique "La joie de l'Amour" (291 et suivant), le pape François aborde la la fragilité, chapitre qu'il ouvre à notre discernement et qui est intitulé : "Accompagner, discerner et intégrer la fragilité". Nous ne sommes pas des numéros, nous ne sommes pas des statistiques, nous ne sommes pas des dossiers. Avez-vous vu le film qui a eu la palme d'or à Cannes "Moi Daniel Blake" de Ken Loach. C'est l'histoire d'un homme qui s'affronte à la paperasserie bureaucratique londonienne... le film finit mal, il en meurt et on trouve sur lui un papier que cette femme qu'il a pris en amitié avec ses deux enfants a lu à ses obsèques :"Je ne suis pas un numéro, je suis un homme; je ne suis pas un dossier, je suis une personne humaine... Ils ont donné la palme d'or à un film qui traite de la fraternité humaine, de la dignité humaine à travers un visage, comme vous avez dit, ce sont des visages, ce ne sont pas des statistiques...

Ce matin, je vous avais amenés vers cette enfance en nous-mêmes, alors reprenons ensemble ce psaume 130... Le cœur d'enfant de Katia qui dit : "C'est moi le prof, maintenant je vais t'appendre à faire la cuisine", où je peux imaginer la gaieté de Moufid et Christian qui choisissent la vie, qui tournent le dos à la mort, qui nous évangélisent. Ce second secret que je voudrais travailler avec vous, nous est donc offert sur un plateau d'argent : Jésus regarde les visages un à un car il a une vision beaucoup lus large, beaucoup plus longue, il voit plus loin... Nous sommes rentrés dans une année électorale difficile, mais où sont les hommes qui ont une vision, un projet capable d'enthousiasmer un pays entier ? On parle de chiffres, on décortique les programmes... Jésus voyait loin, il avait une vision. Il posait des petits gestes parce que ce petit geste posé aujourd'hui construisait une société dont il rêvait, dont son Père rêvait. Jésus a fait rêver ses disciples, mais il ne les a pas fait rêver à une utopie, une illusion, car cette vision qu'il portait, qui lui donnait de l'allégresse, qui le faisait avancer, il commençait à la réaliser par ces petits gestes, ces conversations avec telle personne, ces visages, il concrétisait...

Mon dernier livre qui s'appelle "Élève-moi" est sur l'éducation avec un sous-titre : "Aux sources de l'éducation, l’Évangile". On ne peut aider, éduquer, secourir si on n'a pas la capacité d'espérer beaucoup plus que aider cette famille à s'en sortir. C'est parce que vous croyez à une société sans frontière que vous accueillez aussi bien des Afghans, que des Chaldéens, que des Syriens chrétiens, que des Syriens musulmans. Si vous n'aviez pas une vision d'une société réconciliée, d'un monde sans frontière, vous ne commenceriez pas. La promesse de Dieu, son Père, Jésus la voit dans les commencements. Là où ses amis ne voient que des petits gestes, un style, une manière de vivre, Jésus, lui, ébauche le Royaume, aujourd'hui se gonfle d'espérance, aujourd'hui est déjà demain, le rêve de Dieu est en train de s'accomplir. (Lire le poème d'Isabelle)
Souvent nous faisons les choses à l'envers : nous posons un petit geste en espérant que ce petit geste portera du fruit et qu'un jour, ça ira mieux, mais, pour un chrétien, c'est l'inverse. Nous croyons qu'un jour notre terre sera réconciliée, que tous les hommes seront des frères et, parce que nous croyons cela, nous accueillons une famille syrienne. C'est parce que nous croyons, que nous agissons. Ce que Jésus espère, il commence à le faire... C'est la fin qui donne sens au présent. Je voyais tout ça dans ce qu'a dit Anne-Marie : "Je ne vois plus des migrants, ce sont des gens comme vous et moi", c'est parce qu'elle a cette vision d'une terre fraternelle qu'elle ne voit plus des migrants... Cette vision, quand on l'a, on la transmet comme cet acte de gratitude de vos parents, ils voyaient loin vos parents, Anne-Marie. Ce n'est pas par optimisme que nous agissons mais parce que nous croyons... A la Maison de la Fraternité où chacun apporte quelque chose, votre vision est que chacun a du talent...
Si un jour vous vous mettiez à table en disant : "Est-ce qu'on peut se dire la vision qui nous porte" et chanter Magnificat, la joie se rallumerait en chacun d'entre nous. Je connais trop de chrétiens qui font les choses par devoir, parce que on ne peut pas les laisser comme ça ces pauvres gens, il n'y a pas ce ressort d'enthousiasme, cette vision. Et puis, ce ne sont pas des pauvres gens, ce sont des gens, ils sont bien plus forts que nous, c'est nous qui sommes fragiles par rapport à eux... Ne pas confondre fragile et fragilisé, en disant qu'ils sont fragiles, on peut les enfermer dans une catégorie qui les juge. Qui sommes-nous pour penser que la personne est trop fragile ? Le vocabulaire exact serait de dire qu'elle est actuellement fragilisée, ce qui permet de sauver l'intégrité de la personne et de solliciter son courage... Nous retrouvons alors cette hauteur de visage, cette égalité entre nous, car tour à tour, nous sommes fragilisés par des situations. (Lire le texte de Jean-Pierre Denis et celui d'Antoine Bloom : "Chacun de nous est une icône endommagée", "voir la beauté cachée en chacun, comme le fait le Christ") »

Isabelle a été appelée (après la question du mariage pour tous) à rejoindre les personnes homosexuelles et transsexuelles du diocèse « pour leur manifester la compassion du Christ et vivre quelque chose avec elles, pour les accompagner, discerner et les intégrer, qu'elles ne se sentent pas exclues... Je me suis dit que si le pape François nous envoyait aux périphéries, il ne fallait pas toujours que ce soit les autres. J'ai découvert au départ un monde blessé par l'homophobie de la société et vomissant l'église parce que les chrétiens au moins n'auraient pas dû être conformes à la société. J'ai été rejetée, haïe par ces gens, mais je me suis obstinée à leur tendre la main par amitié. Puis on a fait des soirées, je me suis fait beaucoup d'amis, groupes de parents dont les enfants sont homosexuels, ils disent avoir vécu dans la honte pendant 20 ans dans une Église où ils n'osaient pas le dire, et qui aujourd'hui, sans rougir, ont trouvé leur place dans les communautés chrétiennes, dans les paroisses. Il faut avoir une vision de cette compassion du Christ. Je n'ai jamais été tentée de juger, j'ai écouté, j'ai accompagné et j'ai prié avec eux.

Je termine avec ce petit poème perse :

Tu as de nombreux enfants. Quel est ton préféré ?

Celui de mes enfants que je préfère, dit le sage,
c'est le plus petit jusqu'à ce qu'il grandisse ;
celui qui est loin, jusqu'à ce qu'il revienne ;
celui qui est malade, jusqu'à ce qu'il guérisse ;
celui qui est prisonnier, jusqu'à ce qu'il soit libéré ;
celui qui est éprouvé, jusqu'à ce qu'il soit consolé.

... Le problème du monde est qu'il ne suffit pas d'être aimé, il faut être préféré. Alors est-ce qu'il faut préférer accueillir des migrants chrétiens ou musulmans ?... Ce qui est évangélique c'est ce "Jusqu'à ce que" qui ramène au provisoire de tout à l'heure, nous sommes fragilisé et pas fragile. Cela veut dire que notre préférence ne sera jamais sentimentale, jamais idéologique, jamais politique, jamais calculée, jamais affective. Notre préférence ira à celui qui a le plus besoin de nous quelle que soit sa race, sa religion, sa couleur de peau, sa notoriété, son bien, son mal, jusqu'à ce qu'il soit libéré, y compris de sa réputation. La source de ma préférence ne sera jamais en moi mais en l'autre. C'est l'autre que je préfère jusqu'à ce qu'i n'ait plus besoin de moi. Cette vision là, nous la recevons de Jésus qui les a tous préféré un par un jusqu'à ce que les 100 brebis soient dans l'enclos.
Merci de ce que vous êtes, du signe de l'amour de Dieu que vous êtes pour votre diocèse. Merci de ce que vous avez été pour moi aujourd'hui. »

Texte complet à lire
ou à écouter, sans les textes d'auteur qui sont ci-dessous, pour ne pas alourdir la vidéo :


Diaconie 2017-7 Isabelle Parmentier 2 par Chr-Sa-64

textes des auteurs cités à lire

ou à écouter :


Diaconie 2017-8 Poème Isabelle et textes par Chr-Sa-64

C'est avec Marie, dans la prière que s'achève cette magnifique journée


Diaconie 2017-9 Conclusion d'une très riche... par Chr-Sa-64


En bonus, dans ce thème de la diaconie, voir ce très beau témoignage du Jour du Seigneur.

Marie-Caroline Schürr est « prof d’anglais à roulettes ». Handicapée depuis la naissance, elle s’appuie beaucoup sur son réseau d’amies qu’elle a fondé autour du mouvement Foi et Lumière. Loin de vivre son handicap comme un frein, Marie-Caroline a développé une appétence pour la vie qui puise ses sources dans sa foi. Nous la suivons dans son quotidien.

Cliquer sur la photo pour le film « Marie-Caroline Schurr : force de vie »