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« Les pauvres, messagers de Dieu »

de la Bible à nos jours...

Une riche récollection pour tous ceux et celles qui désiraient prendre un temps de réflexion, de formation, de prière, avec des intervenants qui sont chaque fois de grande qualité et plein d’humilité fasse à ce défi majeur de notre temps qu’est l’accueil des « pauvres » : abbés Joachim Jaureguy, Jean Casanave et Chantal et Bertrand Ecomard (pour un retour sur l’Université de la Diaconie)

Toute réflexion commence toujours par un temps de prière
afin de la remettre dans les mains du Seigneur pour qu'il ouvre nos cœurs et nous guide.

Psaume 8 et Évangile de Jésus Christ selon Saint Marc (Mc 12, 38-44)

Les pauvres nous apprennent que ce qui compte ne réside pas dans la quantité de ce que nous donnons, mais dans l'amour que nous y mettons (Sr Marie, missionnaire de la Charité)
Pour ce message qui vient de toi, merci Seigneur !

A longueur de journées et de soirées, les spots publicitaires nous vantent les résultats de régimes minceur, tous plus efficaces les uns que les autres. Parfois, sans transition aucune, crèvent l'écran les images d'enfants affamés, de mères attristées de ne plus pouvoir allaiter leur bébé : cherchons l'erreur...
Pour ce message qui vient de toi, merci Seigneur !

Parait-il que nous ne disposons pas d'assez de place pour accueillir le migrant. Alors pourquoi des villages entiers sont-ils à l'abandon dans des cons désertés de France, pourquoi des immeubles restent-ils debout, ouvertures et fenêtres murées ? Cherchons l'erreur...
Pour ce message qui vient de toi, merci Seigneur !

Bien des reportages nous montrent des enfants qui manquent du nécessaire chez nous, en Asie ou en Afrique, tous plus souriants les uns que les autres. D'où leur vient cette joie de vivre, alors que dans nos vieux pays nous montrons souvent, repus que nous sommes, un visage assombri et triste ? Nous faut-il nous désencombrer, nous consacrer à l'essentiel .
Pour ce message qui vient de toi, merci Seigneur !

C'est avec bonheur que, depuis quelques années, les reportages sur les terres lointaines d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, du Groenland nous montrent des hommes, des femmes, des enfants heureux avec peu de chose et tout aussi heureux de partager avec leurs invités. Décidément, le bonheur a si peu à voir avec l'abondance matérielle !
Pour ce message qui vient de toi, merci Seigneur !

Prions le Seigneur

- pour notre Église, qu'avec le pape François, l'épiscopat, les prêtres, les consacrés et l'ensemble des baptisés, elle reconnaisse chez tous les éprouvés le visage du Christ.

- pour tous ceux qui ont vécu des guerres, des cataclysmes, des actes de terrorisme, l'exil et ses dangers. Invoquons le Père Créateur pour qu'au milieu des épreuves, ils trouvent des frères attentifs qui sachent reconnaitre tout ce que leur apportent leurs différences !

- pour tous nos gouvernants, afin qu'ils gardent le souci de la justice, de la vérité. Pour que nous-mêmes soyons soucieux du bien commun et du partage, loin des polémiques stériles.

- pour que nous sachions, avec l'aide de l'Esprit Saint, écouter et pardonner, reconstruire et aimer. Qu'il nous aide à aller de l'avant et oser pleinement la fraternité.

Accueille, Seigneur, notre désir de te servir. Ta grâce nous suffit. Nous ne demandons rien d'autre, afin de vivre selon ton Évangile, unis à tous celles et ceux qui, dans la Diaconie de ton Église, cherchent à faire ta volonté.

L'abbé Joachim Jauregui a introduit la journée avec quelques constats qui ont émergé d'un colloque de la Fondation Jean Rodhain :

Ce sont quelques fois les plus vulnérables qui accueillent chez eux, sans ces pauvres, sans ces personnes fragiles, il resterait plus de personnes qui resteraient dans la rue. Mais en même temps l’hospitalité n’est pas sans risques, d’où ne pas accueillir sans préparation…

Il y a aussi de belles choses qui se passent à l’exemple des Young Caritas (Branche jeune du Secours Catholique) : en accueillant des jeunes migrants et en s’impliquant dans cet accueil, ils ont été enrichi par cet accueil.
Autre exemple, dans une commune de 1000 habitants de la région parisienne, les médias incitaient le maire à se méfier, à ne pas accueillir avec générosité les migrants qui se présentaient chez lui, mais il a été impressionné par le dynamisme des personnes accueillies, et, la solidarité des habitants et une gestion attentive du conseil municipal ont su rassembler tout le village et chasser les peurs...

Avec les peurs actuelles et en assimilant les migrants à des terroristes potentiels, les exilés à des délinquants, les discours identitaires tournent en dérision l'état hospitalier, ce qui n'est pas tout à fait le cas dans notre pays où les sociétés civiles réagissent par rapport à certaines mesures prises officiellement. Il a été dit, dans ce colloque, que c'est à l'état qu'incombe la mission de soutenir la nation, tout en assurant des conditions de vie digne aux migrants.

Il y a aussi des français qui sont en situation de précarité et, nous avons un devoir d'accueillir ceux qui viennent frapper à nos portes.
En 1979 la France avait accueilli 120 000 réfugiés des "Boat people" et il faut rappeler que l'état est investi d'une double responsabilité : mieux organiser l'accueil des migrants, et, en même temps, ne pas cesser d'améliorer les conditions de vie des compatriotes les plus défavorisés...

« Les pauvres, messagers de Dieu »

de la Bible à nos jours, par l'abbé Jean Casanave

Texte complet à entendre ou très larges extraits à lire
ou à imprimer en cliquant ICI (notes uniquement sur ce texte)

Un grand merci à Jocelyne pour ce compte-rendu
de l'intervention de Jean Casanave et de l'échange qui a suivi.

Introduction
Deux principes, entre idéal et réalité

Il est difficile de parler de la pauvreté quand on n’est soi-même ni pauvre ni indigent.
Quant à la pauvreté spirituelle qui va jusqu’à la désappropriation totale de soi, il est rare qu’on mène ce chemin jusqu’à son terme, un seul l’a mené jusqu’à son terme : le Christ. Il est relativement facile de parler de la pauvreté spirituelle quand on s’appuie sur le nécessaire, quand on a le nécessaire. Alors je vais me contenter de vous dire comment les pauvres sont « traités » dans la Bible.
A chacun et chacune d’actualiser ce que nous suggère la Parole de Dieu.

La Bible oscille entre deux principes :
-       Le principe de l’horizon à atteindre – Deutéronome chapitre 1… «  Qu’il n’y ait pas chez toi de pauvres «  et en écho le Nouveau Testament « Heureux les Pauvres »… L’idéal !
-       Le principe de réalité – Deutéronome 1, 11 « Certes les pauvres ne disparaitront pas du Pays » et en écho le Nouveau Testament « les pauvres il y en aura toujours parmi vous ». Jésus va exercer une attirance sur les pauvres, les exclus, les malades, les indigents – Et lui qui se présente comme celui qui va redresser les courbés, Psaume 145, il vient leur annoncer la Bonne Nouvelle, Luc 4,18.

L’existence de la pauvreté signe-t-elle l’échec du monothéisme éthique de la Première Alliance ?

Première partie : la Première Alliance

1- « Malheureux les pauvres mais ils sont protégés »

Dans le Psaume 128[i] le juste est « celui qui est comblé des bénédictions de Dieu » sa récompense c’est la prospérité et le bonheur.
Mais avec une inflexion, Psaume 112, si l’homme juste connait « l’opulence et le bien-être dans sa maison » « l’homme bon prend pitié et prête, et il conclut ses affaires en conscience ».
Donc, en gros, l’ami du Seigneur est riche et en bonne santé, il va vivre longtemps et il a des fils et des filles, tout va bien pour lui. Alors faut-il en conclure que Les pauvres sont-ils maudits ? Eh bien non car ils sont là pour profiter de la richesse des autres. Le principe de base est le suivant : Dieu comble le riche mais Dieu aime aussi le pauvre, c’est pourquoi « De même qu’il a tout donné aux fortunés, ceux-ci doivent tout donner à l’infortuné » (citation du dictionnaire du judaïsme toujours d’actualité)

L’Ancienne Alliance cite trois cas de pauvreté : la veuve, l’orphelin, l’émigré*, trois situations dramatiques parce que la possession de la terre ne peut être divisée : le fils ainé reçoit tout (c’était le cas en Béarn jusqu’à la 2nde guerre mondiale). Le salut pour la veuve et l’orphelin ne peut venir que de sa parenté (ce parent devient le « go’el » le racheteur – livre de Ruth, chapitre 4). En cas d’absence de parent, la Torah demande au roi de s’occuper des veuves et des orphelins.

L’émigré* ne peut acheter de terre car la terre ne peut pas revenir à un homme qui n’est pas de descendance israélite, mais les émigrés sont protégés par la Torah.

Tous les préceptes donnent des instructions : Deutéronome 24,14[ii]
-  La loi triennale : Deutéronome 26,12[iii] (la dîme de la récolte doit être mise à disposition des pauvres et des lévites tous les trois ans)
Lévitique 19[iv] (laisser les dernières rangées de la moisson aux pauvres) Deutéronome 24,19 (Si tu moissonnes ou gaules ton olivier, n’y reviens pas, s’il reste des gerbes ou des olives, elles seront pour l'étranger, l'orphelin et pour la veuve)… Ces droits sont les mêmes pour l’émigré, et avec cet impératif « Aimez l’étranger » Deutéronome 10,18 [v]
-  Tous les 7 ans : remise générale de la dette – Deutéronome 15,7[vi]
-  Tous les 50 ans : la terre revient à son ancien propriétaire, celui qui avait dû vendre sa terre parce qu’il avait besoin d’argent.

Avec les prophètes, les choses vont se durcir car Israël va être divisé en deux royaumes or celui du nord va connaitre une période de prospérité où les riches seront un peu plus riches et les pauvres un peu plus pauvres. Et c’est là que vont se lever deux grands prophètes : Amos (chapitres 3, 4 ; 5,7[vii] ; 8, 4[viii]) (Malheur à ceux qui jettent à terre la justice !) et Osée.
Après les prophètes, les livres de la Sagesse humanisent le vocabulaire employé pour définir le sort du pauvre, Siracide 4, 10[ix]. On n’interdira plus de maltraiter mais on demandera de faire justice. (Le pauvre, s’il est sage, pourra s’asseoir avec les grands)
Et, surtout après l’exil, le rite de purification de l’eau et l’aumône se substitue au sacrifice – Siracide 3, 30[x] (L’eau éteint les flammes et l’aumône le péché)

Un principe de base : « Souviens-toi que tu étais pauvre et émigré au pays d’Egypte et c’est moi qui t’ai fait sortir »

2 - Les cas extrêmes
- le cas de l’esclave, deux causes d’esclavage : la guerre et la dette. La Torah prend ces situations en charge et distingue :
- l’esclave hébreu qui ne demeure pas esclave plus de 7 ans (Exode 21[xi], de même que la terre ne peut pas être aliénée à perpétuité, l’être humain ne peut pas être esclave à perpétuité car il est d’abord serviteur de Dieu)
- l’esclave étranger avec 2 situations :
      * l’étranger de passage, le caravanier – Genèse 18, l’accueil par Abraham au chêne de Mambré

     * l’étranger immigré, l’étranger résidant a un statut à part (Lévitique 19,33[xii], Deutéronome 1,16[xiii]) : on permet à l’étranger de célébrer la Pâque à condition qu’il soit circoncis (Exode 12, 48[xiv] ; Nombres 9, 14[xv], Deutéronome 18[xvi])
Dans la Première Alliance, Dieu est garant du droit des faibles et des opprimés, Deutéronome 10, 18.

3 - Les Pauvres du Seigneur
C’est l’autre catégorie des pauvres, appelés anawim (les humbles, les pauvres de Dieu), ils ne comptent plus sur eux-mêmes, sur leurs ressources, ils comptent sur Dieu. Un courant sensible au courant apocalyptique juif, qui attendait une nouvelle révélation car ils estimaient que le Temple – qui avait été rebâti – n’était plus adéquat pour le pardon des péchés et ils disaient : seul Dieu peut nous pardonner les péchés. Ce sont ceux-là qui ont été les plus accueillants à la Parole de Jésus.

Les Psaumes 9, 10[xvii], 34[xviii], 37 présentent une nouvelle façon d’envisager la pauvreté : jusque-là, on n’envisageait la pauvreté que par rapport au riche, ici le pauvre acquiert une identité en lui-même car il est « pauvre vis-à-vis de Dieu »

Dans l’évangile de l’homme riche et de Lazare, Luc 16,19-31, le pauvre Lazare « est emporté au ciel » comme Abraham, Elie et Enoch qui sont les seuls à avoir eu ce privilège. Lazare est un pauvre exalté par l’Ascension.

Deuxième partie : la Nouvelle Alliance

La Torah demande au roi de s’occuper des pauvres et des orphelins – psaume 72[i].
Dans le Nouveau Testament c’est Dieu qui va s’occuper des pauvres.

Dans les Béatitudes, Matthieu 5, Jésus déclare les pauvres bienheureux car il est là. Cette parole est un scandale pour les juifs car Jésus se révèle comme Dieu, il se présente comme l’envoyé de Dieu et prend le même rang que le Père.
Dans son Evangile, Luc va passer son temps à nous présenter un Jésus qui s’identifie de plus en plus au pauvre, un Jésus totalement dépossédé de lui-même, un Jésus qui n’appartient qu’à Dieu. Voilà comment Jésus suit jusqu’au bout le chemin de la dépossession de lui-même. Saint Jean insiste aussi beaucoup sur cela : Jésus et le Père ne font qu’un, Jésus fait ce que lui dit le Père.
Au chapitre 25, Matthieu identifie le pauvre, le malade, l’incarcéré, l’étranger à Jésus lui-même : « Tout ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Comme le disait Eloi Leclerc, franciscain : « Avec Jésus l’exclu devient l’élu »

Troisième partie : Comment l’Église a-t-elle-pris la suite ? Une histoire de saints et de pauvres

Toute l’histoire de l’Église est jalonnée de la vie de ces chrétiens que l’on a appelés plus tard des Saints et qui se sont mis au service des pauvres.
La diaconie a démarré avec le service des veuves. L’histoire de l’Eglise est l’histoire de la Charité (on peut critiquer la façon de pratiquer la Charité mais encore fallait-il la pratiquer ! Nous n’avons pas à en rougir : voir les récits de Pierre Tauzia et de Denis Viénot « La justice dans la peau »)

Je retiens deux témoignages :
-  Au IV° siècle st Jean Chrysostome : «  Si tu veux honorer le corps du Christ, ne le méprise pas quand il est nu, ne l’honore pas dans l’église par des tissus de soie, tandis que tu le laisses dehors souffrir de froid et du manque de vêtement. … On peut faire des donations religieuses mais en même temps, on doit faire l’aumône car par les donations, celui qui donne est le seul bénéficiaire, mais par l’aumône, le bénéficiaire est aussi celui qui reçoit… La donation est une occasion de vanité, mais l’aumône est un acte de bonté… Par conséquent, lorsque tu ornes l’église, n’oublie pas ton frère en détresse car ce temple-là a plus de valeur »
-  Au XVII° st Vincent de Paul nous dit « Dieu aime les pauvres et par conséquent, il aime ceux qui aiment les pauvres » et s’adressant aux sœurs de la Charité : « Si à l’heure de votre oraison du matin, vous devez aller porter une médecine, allez-y en repos… Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu… Vous quittez l’oraison ou la lecture ou vous perdez le silence pour assister un pauvre, oh sachez les filles que faire tout cela, c’est aussi le servir »

N’oublions pas aussi tous nos contemporains : les pères Cestac, les abbés Pierre, les Térésa, les innombrables anonymes qui animent toutes les Caritas, que ce soit dans le social ou dans l’action politique ou autre, les Petits Frères des Pauvres, tous les chrétiens au service des pauvres.
N’oublions pas non plus que, depuis longtemps, les papes nous ont donné des textes qui nous ont permis d’approfondir davantage cette obligation de la charité qui est la nôtre.
Les textes du magistère : de Léon XIII à Benoit XVI en passant par Jean XXIII, Paul VI...
La Charité peut y prendre plusieurs noms : justice, développement, solidarité…
Les textes de l’épiscopat français et les positions du pape François vis-à-vis des migrants, il est critiqué à l’extérieur et à l’intérieur de l’Eglise, mais il ne peut oublier que tout a commencé par quelques tribus nomades qui erraient dans le désert et qui étaient partout des émigrés : toute l’histoire des patriarches est une histoire d’émigrés.

Conclusion : Une richesse à partager, celle des mots et celle de l’Evangile

On peut admirer le souci éthique de la Première Alliance. On peut apprécier les avancées que constituent le préceptes de la Torah pour leur protection et l’amélioration de leur sort par rapport à ce qu’était le sort des pauvres et des malheureux dans d’autres civilisations voisines. On peut constater la place centrale du pauvre dans la Nouvelle Alliance et sa proximité avec Jésus au point d’être identifié à Lui. On peut se flatter que l’Eglise n’ait jamais abandonné les pauvres, qu’elle ait grandement contribué à ouvrir des lieux de soins, d’hospitalité, d’enseignement… dédiés aux plus nécessiteux.

Il reste que la plus grande charité n’est peut-être pas tant, aujourd’hui, de donner des moyens de vivre mais surtout :
- de donner des raisons de vivre, de donner des mots à ceux qui sont les plus exclus, afin de les sortir de leur isolement, de leur communautarisme, de donner des mots qui leur permettent d’entrer en contact avec l’autre différent – car c’est dans ce contact qu’on peut trouver une richesse humaine – C’est pour moi l’un des premiers objectifs de la charité que l’on peut faire à nos contemporains, leur donner la possibilité de rentrer en contact avec l’autre pour ne pas se replier sur eux-mêmes. **
- de partager l’Evangile, c’est peut-être la plus grande charité que nous pouvons faire : c’est dans la figure du Christ que le pauvre peut se reconnaitre, et à ce moment-là, il peut retrouver son identité de fils ou de fille de Dieu, et, n’est-ce pas là la seule et véritable richesse de tout homme !

 Réactions - échange

1ère question : Est-ce que les rois d’Israël ont puisé dans leurs richesses pour aider les pauvres ?
Réponse : je n’en sais rien, ce que je sais c’est qu’il y a toujours eu un prophète auprès du roi, pour signifier qu’au-dessus du roi d’Israël il y avait Dieu.
C’est ainsi qu’à coté de Moise il y avait Aaron, si bien que Moïse n’était pas à la fois chef et prêtre (séparation des pouvoirs)
Dans le 1er Livre des Rois : Saül remporte une victoire et offre un sacrifice à Dieu, qui aurait dû être fait par Samuel.
Le roi devait rendre la justice à ceux qui en étaient exclus, il garantissait cette justice pour les plus faibles, et était garant de la vie des plus démunis

2ème question : la Torah et les pauvres aujourd’hui en Israël ?
Réponse : la période d’expérience du kibboutz : dans un kibboutz il n’y a pas de pauvre mais les jeunes générations supportent mal la vie en kibboutz et la société israélienne actuelle produit, comme les sociétés occidentales, des riches et des pauvres (voir les éthiopiens juifs immigrés en Israël)

3ème question : qu’est-ce que les pauvres apportent aux communautés et à nous-mêmes ?
Des questions nouvelles, une écoute qui nous aide à orienter notre action potentielle, à discerner ce qu’ils attendent.
L’écoute signifie déjà un respect de ces personnes. Mais l’action individuelle est trop courte quand nous sommes confrontés à des cas qui demandent un suivi, une thérapie.
Il faut prier pour inscrire nos actions dans l’ouverture à l’autre.

Les pauvres nous apportent :
- le visage du Christ. Sans la prière je ne peux superposer le visage du Christ sur des personnes éloignées de moi
- une ouverture, une relativisation de nos codes

Comment rendre les pauvres plus autonomes ?
L’exemple d’une personne qui se sent capable de sortir de l’exclusion quand elle a pu s’exprimer en français.
Un étranger avait des difficultés à rentrer dans nos codes (papiers...) mais, quand cette personne a appris comment fonctionner, elle ne s'est plus sentie exclue.
Un monsieur ne comprenait pas l'inculture de sa petite fille : il ne suffit pas de donner le RSA à ces jeunes, il faut leur donner les connaissances qui leur permettront de devenir autonomes. Donner des mots fait éclater les frontièrs dans lesquelles ils s'emmurent.

Comment transmettre aux pauvres un peu de Celui qui nous fait vivre ?
Comment apporter la Bonne Nouvelle à ceux qui n’en veulent pas ?
Le problème de l’évangélisation, c’est qu’on n’a pas le langage, et que notre langage est le langage de la tribu des chrétiens, il faut apporter le langage de la vie, du témoignage, des gestes.
Comment se fait-il que notre vie ne leur pose pas question ?
Peut-être que nos vies ne posent pas question.
Mais la vie actuelle est tellement occupée du matériel, de ce qui est horizontal, il n’y a plus de place pour une vie intérieure, qui est nécessaire. Il faut qu’il y ait des moments de réflexion sinon on vit par procuration : ce sont les autres qui nous font vivre.
Est-ce que je peux vivre en être autonome ? Ce sont les relations qui nous constituent mais quelle est la qualité de nos relations ? Une partie des mails occupe le terrain.
La précarité peut poser aux migrants la question du sens de leur vie.
Quant aux jeunes : je me fais plus de souci pour les jeunes venus d’ailleurs car ils ont des expériences de foi en Dieu, alors que les jeunes d’ici n’ont pas d’autre référence que la vie horizontale.

Après cela, nous avons eu le privilège d’accueillir Mgr Longa, évêque de Tara au Togo
accompagné du père Innocent qui est devenu l'économe du diocèse.

Il sont venus pour partager avec le groupe, la célébration eucharistique

Témoignage de Chantal et Bertrand Ecomard

Texte complet à entendre ou à lire
ou à imprimer en cliquant ICI

Après avoir vécu Diaconia 2013, ils ont eu aussi la chance de vivre la première Université de la Diaconie-Solidarité à Lourdes, en octobre. Dans un premier temps, ils ont présenté l'Université et le réseau Saint Laurent.

Bertrand et Chantal :

  • Etat d'esprit

Suite au rassemblement de Diaconia 2013 à lourdes, le conseil national de la solidarité et de la diaconie ( CNSD) en réponse à la proposition du réseau Saint Laurent ( RSL) , lance la première université de la solidarité et de la diaconie.
Le réseau Saint Laurent s'est constitué en 2005 à l'occasion du jubilé de la cité saint Pierre du Secours Catholique à Lourdes. Plusieurs groupes de chrétiens dispersés et souvent isolés dans leur diocèse ont décidé de fortifier leurs liens et de se retrouver régulièrement avec un objectif de donner place aux plus pauvres dans l’Église.
Car les pauvres annoncent la promesse du salut de Dieu.

C'est le fruit de la rencontre et de la communion spirituelle de plusieurs réseaux réunis à Lourdes :
Secours Catholique, groupe de la spiritualité du père Joseph Wresinski, groupes de la diaconie du Var....et d'autres groupes isolés.
Le réseau Saint Laurent est devenu ainsi l'un des moteurs de la démarche Diaconia. Il a aussi créé le groupe pilote « place et parole des pauvres » composé de personnes vivants des situations de pauvreté, issues des groupes du réseau Saint Laurent, pour proposer des idées et des outils pour permettre une place et une parole des plus pauvres dans l’Église.
Chaque groupe du réseau Saint Laurent est constitué autour du partage de la Parole de Dieu et de fraternité.( car l'un ne va jamais sans l'autre)

Ce rassemblement s'appelle « université » car c'est un lieu où tout le monde est « professeur » et où chacun apprend de l'autre.
Conçue dans un esprit de « co-formation », elle valorise le partage des pratiques positives et inspirantes.
L'objectif des ateliers de formation est de partager nos expériences, écouter la parole des plus pauvres en temps qu'expert en évangélisation, prendre des forces et de susciter un élan spirituel et fraternel, appelé à irriguer toute la vie de l'Eglise.

  • Les figures « socle »

le diacre Saint Laurent qui a su voir les pauvres comme la richesse de l’Église
sainte Bernadette :
«  elle me regardait comme une personne qui parle à une autre personne »
«  c'est parce que j'étais la plus ignorante que la sainte vierge m'a choisie »

  • Déroulement

L’Évangile conducteur était celui de «  la syro- phénicienne » (Marc 7, 24-30) que l'on a étudié verset par verset, chanté et gestué... : le salut est pour tous.
Idée dominante : la confiance, clé de toute relation.
Un site internet : www.servonslafraternité.net

La formation : elle a été composée d'ateliers, de célébrations, de partage en fraternités.
     1- exemple d'ateliers
A - groupes de partage :

*apprentissage ensemble de l'amour de Dieu et de l'amour de l'autre sous le souffle de l'esprit saint car personne n'est trop pauvre pour n'avoir rien à partager.
= Arriver les mains vides pour recevoir le trésor du partage d’Évangile (se dire qu'on a quelque chose d'essentiel à connaître sur Dieu)
On repart les mains pleines : la parole que j'ai entendue, il faut que je la redonne à L’Église, sinon je garde les mains pleines... il faut repartir les mains vides pour pouvoir recevoir à nouveau.
Car le trésor reçu est toujours nouveau.

*On ose l’Évangile. L’Évangile arrive dès le début (alors que souvent on pense que l’Évangile vient après). Les temps festifs ou amicaux sont indispensables à chaque réunion, ils sont liés mais arrivent après.
On est à égalité pauvre/riche et dans une confiance mutuelle, une porte s'ouvre sur l'amour : un maillon se construit, « on passe de l'amitié superficielle à l'amour de Jésus et des frères ».

*Découvrir que chacun a quelque chose à donner, dépasser ses peurs et ses préjugés. Arriver dans le groupe en s'attendant à recevoir quelque chose d'essentiel.

Déroulement d'un groupe de partage :

Après s'être accueilli, chaque groupe commence par allumer une bougie signe de la présence de Dieu et fait la gestuation du signe de croix.
   . lire la parole de Dieu par petites phrases, plusieurs fois
   . partage :
on retourne la page côté page blanche et chacun s'exprime
ou bien on découvre l’Évangile verset par verset (Evangile pas à pas)
ou bien on le gestue (Évangile incarné)
pour moi aujourd'hui qu'est ce que cela me dit ? (partage méditatif)

(site www.lapierredangle.eu)
relire le texte en entier
   . réponse en composant un psaume ou une prière en précisant à qui on s'adresse (Père, Jésus, Marie...) ( que l'on pourra transmettre à la communauté paroissiale)
   . repas partagé

Le Signe de Croix tel qu'il a été gestué pour la première fois au rassemblement Diaconia 2013

Il y a le haut, il y a le bas,
il y a la droite, il y a la gauche,
il y a le ciel, il y a la terre,
un bout du monde,
l'autre bout du monde.
De haut en bas, de bas en haut,
la croix unit les hommes à Dieu.
D'un bout du monde à l'autre bout du monde,
la croix unit les hommes entre eux.
Avec le signe de la croix, Seigneur je me présente à toi.

Chantal et Bertrand après je petit film de J.C. Caillaux.

B - diaconie dans la liturgie paroissiale

La messe envoie pour le service dans le monde. Mais comment le monde entre-t-il dans la messe ?
«  Faire corps, le Corps du Christ. »
Comment chacun peut-il trouver sa place ?
*savoir s'attendre
*savoir inviter, aller chercher
*reconnaître la souffrance (de ceux qui ne veulent pas avancer par ex ou de ceux qui pleurent)
*importance du sourire
*placer les personnes à côté d'une personne de confiance
*dire bonjour à son voisin en arrivant dans le rang
*donner la paix du Christ jusqu'au fond de l'église
*proposer une lecture ( en s'exerçant avant ) ou une responsabilité
* inviter une personne en précarité dans l'équipe liturgique
*désigner des veilleurs: qui restent au fond de l'église pour prendre soin de ceux qui arrivent en retard, ou viennent voir 5 mn ou circulent ou sont derrière un pilier...

C - catéchuménat pour personnes en précarité

*baptême à plusieurs familles dont une en état de précarité (qui a souvent beaucoup de choses à dire)
*accompagnement sur mesure,
*utiliser la souplesse du rituel
*loi de gradualité (selon les possibilités de la personne)
*frapper à la porte des autres pastorales PCS, pastorale des jeunes...
*communauté porteuse n'est pas obligatoirement la communauté paroissiale. Ce peut être une communauté de foi. ( ex scouts...renouveau charismatique...)

Se souvenir que Jésus a fait deux types de rencontres
- celle de ses disciples qu'il a enseignés longuement et qui ont formé l'Eglise
- et les rencontres spontanées où il guérit ( et parfois ne revoit pas les personnes..)

D - comment un diocèse se met à l 'écoute des plus pauvres ex diocèse de Tours

Expérience de liens créés entre les différents mouvements et les conseils de paroisse...

     2- célébrations

des gestes :
- geste de la boue sur les mains (argile liquide présentée par les diacres) qu'on va présenter à la Sainte Vierge et qu'on va laver dans des petites bassines présentées par des diacres, puis geste d'un cierge ( lumière retrouvée) que l'on va déposer dans l'espace dédié.
- lavement des pieds : chacun lave les pieds ( ou les mains si problème) de son voisin qui bénit la personne qui le lave.
- Signe d'Eglise, corps du Christ : il y a toujours un groupe de personnes fragiles ou éprouvées par la vie dans le chœur derrière les célébrants pour faire corps.

     3- temps de fraternités ( 8 personnes environ)
pour relecture et partage
mots synthèse : «  ensemble » « partage » «corps du Christ» «colère parfois» « prophétique »       

Image :
le berger va chercher la brebis perdue et la ramène sur ses épaules dans la bergerie. Mais la brebis a peur des autres, de leur regard, et à peine posée sur le sol, elle s'enfuit à nouveau et se cache dans les buissons touffus et s'emprisonne dans les ronces. Alors le berger demande aux brebis de venir avec lui la chercher et prient celles qui sont les plus balafrées de s'approcher pour démêler les ronces (car elles en ont l'expérience) et permettre à la brebis sauvage d'être libérée puis elles accompagnent peu à peu la brebis vers le troupeau, sous le regard attentif du berger. Le berger a besoin de tous.

Témoignage de Bernard dans la petite fraternité : il dit qu'il a été éduqué d'une manière rigide et que son Eglise à lui est plutôt fermée. IL est émerveillé de ce qu'il voit ici et voudrait beaucoup accueillir et s'ouvrir mais il lui faut du temps... Malika le remercie vivement en disant que cela lui apporte la réponse à une question qu'elle se posait depuis 5 ans, depuis qu'elle est arrivée dans son village et qu'à la messe personne ne lui dit jamais bonjour ni ne s'assoit à côté d'elle. Pourquoi me rejettent-ils ? En écoutant Bernard elle comprend que ce n'est peut-être pas du rejet mais simplement que, comme Bernard, ils ont besoin de temps pour s'ouvrir. Désormais elle leur sourira davantage !...

Un grand merci à Chantal et à Bernard pour leur témoignage et pour nous avoir offert leurs notes.
Et un très grand merci aussi à toute l'équipe diocésaine de la diaconie,
sans oublier Bénédicte qui assure tout le secrétariat.

Cette récollection, mise sous le regard du Père et de Marie, du début jusqu'à la fin,
trouve son écho dans cette autre belle prière, celle de Mère Teresa :

« Seigneur, quand je suis affamé, donne-moi quelqu’un qui ait besoin de nourriture.
Quand j’ai soif, envoie-moi quelqu’un qui ait besoin d’eau.
Quand j’ai froid, envoie-moi quelqu’un à réchauffer.
Quand je suis blessé, donne-moi quelqu’un à consoler.
Quand ma croix devient lourde, donne-moi la croix d’un autre à partager.
Quand je suis pauvre, conduis-moi à quelqu’un dans le besoin.
Quand je n’ai pas de temps, donne-moi quelqu’un que je puisse aider un instant.
Quand je suis humilié, donne-moi quelqu’un dont j’aurai à faire l’éloge.
Quand je suis découragé, envoie-moi quelqu’un à encourager.
Quand j’ai besoin de la compréhension des autres, donne-moi quelqu’un qui ait besoin de la mienne.
Quand j’ai besoin qu’on prenne soin de moi, envoie-moi quelqu’un dont j’aurai à prendre soin.
Quand je ne pense qu’à moi, tourne mes pensées vers autrui. Amen. »