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19 novembre 2017

1ère Journée Mondiale des Pauvres

N'aimons pas en paroles mais par des actes

« Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez  à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. »  (Jc 2,5-6.14-17)

Dossier complet avec des propositions :
http://servonslafraternite.net/mots-cles/journee-mondiale-des-pauvres

 

Dès la fin du Jubilé de la miséricorde, le Pape François a souhaité lancer une Journée mondiale pour les pauvres. Dans son message, François souligne que l’Esprit Saint a fait surgir « des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres ». Et de s’attarder sur l’exemple de François d’Assise ou de citer les propos de saint Jean Chrysostome, « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu... ». « Nous sommes appelés (...) à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude », écrit ainsi le pape François. Dans ce texte, il souhaite donc que les communautés chrétiennes, « au cours de la semaine qui précède la Journée mondiale des pauvres », œuvrent « pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète ».

Extraits de la lettre du pape François :

(Extraits en PDF et texte à retrouver en intégralité ci-dessus dans "message")

« 1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18).

3 - Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin.

Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.

Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont pas un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.

Du Vatican, le 13 juin 2017

Commentaire du Père Antoine Sondag,
directeur du Service national de la Mission universelle de l’Église.

Il souligne 7 points sur lesquels être attentifs dans le message du Pape pour la Journée mondiale des pauvres. C'est une innovation du pape François. Nous disposons déjà d’innombrables « journée mondiale » de la paix (1 janvier), des vocations, des moyens de communications sociales, du migrant et du réfugié, etc. Le pape François a voulu que l’avant dernier dimanche de l’année liturgique soit consacré à une « journée mondiale des pauvres ». Comme pour les autres journées, un message du pape est écrit à cette occasion et publié plusieurs mois à l’avance (afin de permettre à ceux qui préparent les liturgies et les revues liturgiques, d’intégrer ce message dans leurs publications). En ce qui concerne ce message pour la journée des pauvres 2017, il a été publié le 13 juin 2017.

Le message. On le trouvera en annexe ci-dessus. Ce message fait 4 pages environ. C’est bien plus long que beaucoup de messages du pape pour les diverses journées fixées par le Saint-Siège. On y repère aussi la main même du pape, par les thèmes abordés, par le style.

Innovation. Le pape innove en créant cette Journée Mondiale des Pauvres. Ses prédécesseurs avaient établi de telles journées mondiales à propos de thèmes qui leur tenaient à cœur : les vocations, la paix, les migrants, etc…

Ce que le pape ne dit pas. Il est intéressant de tenter de préciser l’esprit et le contenu de la journée mondiale des pauvres à partir de ce qu’elle n’est pas, de ce qui n’est pas dit. Une définition négative. On pourra ensuite tenter de dire en quoi la journée des pauvres consiste.

1. La journée mondiale des pauvres n’est pas une journée de la générosité, de la philanthropie, de la charité… on ne met pas l’accent sur la personne généreuse, qui « donne » : on met l’accent sur la personne du pauvre.

2. La journée mondiale des pauvres ne dit pas qu’il faut aider les pauvres, qu’il faut les assister. Le pape dit qu’il faut écouter les pauvres, qu’ils ont quelque chose à dire, à contribuer à la société. Ce ne sont pas les fondations philanthropiques (Bill Gates, Warren Buffet, etc.), ce ne sont pas les riches (généreux) qui sauveront le monde. Le monde sera sauvé lorsque tous auront la parole et apporteront leur pierre à l’édifice commun.

3. La journée mondiale des pauvres n’est pas la fête de la générosité, des ONG, des bénévoles… Ce n’est pas une autocélébration de la charité par ceux qui la pratiquent. Ce n’est pas la fête des donateurs, ceux qui donnent leur temps et leur argent.

4. Le message du pape n’est pas un éloge du don ou une autocélébration des donateurs.

5.  L’approche du pape intègre une dimension politique, un appel à modifier les politiques publiques. Il y a un lien entre ce message et l’Enseignement social de l’Eglise. Il faut attaquer les problèmes à la racine, il faut modifier les structures (injustes), la politique n’est jamais très loin. Le lien est fait avec l’appel solennel à sauver la terre et à entendre le double cri de la planète et des pauvres (Laudato Si).

6.  On retrouve dans ce message les intuitions centrales du pape François : un appel à pratiquer des attitudes d’écoute, de dialogue, d’accompagnement, d’intégration… Ecouter ce que les pauvres ont à dire, dialoguer avec eux (donc les établir dans une relation d’égalité comme locuteurs et pas simplement comme destinataires d’aide ou de parole évangélisatrice…). Veiller à leur intégration dans la société.

7.  La conclusion du message est très forte : les pauvres ne constituent pas un problème mais une ressource pour trouver des solutions à nos problèmes collectifs.

Antoine Sondag