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Du 30 octobre au 2 novembre à Lourdes

Thème : « Devenir ensemble disciples missionnaires

pour servir la fraternité »

Jean-Marie Martin, coordinateur de cette université précise :
Les enjeux : il s’agit de comprendre et de vivre ce qu’est la diaconie, de proposer des outils pour permettre une place et une parole des plus pauvres dans l’Église, de susciter un élan pour que les participants se sentent nourris et soient des ambassadeurs-formateurs vivant l’expérience de formation pour eux-mêmes et pour la faire vivre à d’autres à leur retour. Un enjeu induit est celui de se reconnaitre frères et sœurs de vocation que l’on soit riche ou pauvre, jeune ou vieux, clerc ou laïc, donc d’apprendre à se connaitre et aussi de se rencontrer !

Jean-Marie Martin : à qui s'est-elle adressée ? A tous les acteurs de la Diaconie désireux d’assumer des responsabilités, personnes en précarité et animateurs, particulièrement aux délégués diocésains et aux membres des groupes du Réseau Saint Laurent.

Le choix du mot « Université » souligne l’importance accordée à la formation et à la recherche. Conçue dans un esprit de co-formation, l’université valorise le partage des pratiques positives et inspirantes. L’université est animée par des bénévoles, de la logistique à l’animation...

Temps forts : une célébration d’ouverture, spirituelle et festive. On a vécu aussi une célébration de la miséricorde avec  une procession à la grotte ; une messe de la Toussaint, avec « trois tables », celle de la Parole, celle du Pain et celle du Frère ; une fête appelée soirée des béatitudes et une belle célébration d’envoi.

Retrouvons quelques uns de ces temps forts

car cette université a été :

  • un partage de paroles
  • un partage d'expériences
  • un partage de réflexions
  • le tout nourri de la Parole de Dieu
  • et avec de nombreuses fiches (boîte à outils) pour continuer le chemin

Retrouver tout cela sur le site http://servonslafraternite.net/


 

Texte lu lors de la célébration de l'envoi

il résume bien ce qui a été vécu

Au cours de l'Université de la Solidarité et de la Diaconie le "groupe comité de pilotage quart monde" a écrit ce texte final, lu en conclusion et envoi.

 1. L'Eglise :

Voici ce que nous avons vécu.

Nous avons découvert un peuple en marche, chacun apportant sa pierre. Mais on n’est pas encore à la toiture. Le toit c’est l’église tout entière, sans barrières sociales et même avec ceux qui arrivent de l’étranger, les sans-papiers, les réfugiés.

Dans une paroisse : une personne sans domicile fixe dormait dans l’église. Ils sont venus le réveiller : « Ça va être la messe, il faut partir ». L’église ça ne doit pas être comme ça. Ici, on a tous éclairci nos cœurs.

Chaque fois qu’on est avec les autres, c’est ça l’église : c’est dire à quelqu’un : « T’es pas tout seul. Ce que tu as appris tu peux le donner ». S’il comprend qu’il n’est pas tout seul, il est guéri. C’est un crime de laisser quelqu’un dehors tout seul.

2. Célébrations :

 Ce n’était pas des célébrations ordinaires : les clowns, les gens qui participent, qui bougent.

Ceux qui viennent pour la première fois, ne connaissent pas cette « méthode maison » du Réseau Saint Laurent. Nous avons vu des personnes précaires en action, le cadre était posé. Les plus fragiles ont leur place dans l’église comme dans la célébration. A Diaconia, les pauvres avaient la parole. On a continué. Nous avons une pensée et nous sommes en marche

Quand nous avons suivi la syro-phénicienne, mis de la boue sur nos mains, nous avons compris que c’était le chemin du pauvre. Il est rempli de saleté, il chemine, il rencontre quelqu’un qui lui tend la main et ça le lave de tout ce qu’il a sur lui.

Nous avons aimé la prière devant la grotte. L’écho entre la prière en français et en arabe. La syro-phénicienne était seule face à nous tous. Tout le monde s’est tu pour l’écouter. On l’a laissée parler. On a vu qu’il était possible, que 500 personnes laissent parler une seule personne.

C’est le symbole d’une église ouverte.

3. Formation :

Dans la formation la périphérie était au centre. C’est un signe fort. On a démontré que c’était faisable. Les pauvres ont besoin d’aide pour préparer des actions. Avec la confiance ils peuvent les faire.

Dans les ateliers nous avons senti une soif d’apprendre, une envie d’aller plus loin.

Quelqu’un dit : « J’ai pu lire et c’était une belle occasion qu’on m’a ouverte. On m’a dit « tu as très bien lu ». C’est la première fois qu’on me dit que je fais quelque chose de bien ; ça m’a donné une grande joie intérieure. Je me rends compte que maintenant on peut m’appeler pour lire. Je suis joyeuse, je suis dans la joie.

4. La Mission :

 On a une mission à accomplir vis à vis des autres : transmettre le cadeau qu’on a reçu.

On va se réunir et partager ensemble ce qu’on a pioché ici pour mettre en commun. Nous repartons avec une super valise bien lourde, pas lourde de soucis mais lourde de cœur et de chaleur.

Ici, j’ai vu des personnes qui ont besoin d’être aidées. Et nous, on doit les aider pour qu’ils puissent retrouver de l’assurance pour aider eux aussi.

Les cartes c’était magnifique. Nous avons vu des échanges de cartes et de commentaires. Ces cartes ont permis de déclencher des conversations. Dans la vie, c’est pas facile de savoir comment engager la conversation. C’est un bon moyen d’échange.

Nous voulons continuer à vivre cette même diaconie. Continuer et donner des idées, voir ce que font les autres, se rencontrer pour mieux travailler certaines choses, comme un cadeau qu’on se fait les uns aux autres.


 

Quelques extraits des différents partages

Texte lu à l'introduction de l'université

[...] La solidarité et la diaconie, c’est recevoir l’autre, rafraichir son corps et son cœur, lui donner ce qu’il a besoin : une oreille, une parole, un gîte, un couvert selon son besoin et selon nos moyens.

Dans notre entourage, des gens ont honte d’eux, ils croient qu’ils sont méprisés par les autres parce qu’ils sont pauvres. Ils ont peur qu’on se moque d’eux. Dans ce rassemblement, nous voulons que les pauvres ne se sentent pas humiliés et qu’ils comprennent qu’ils peuvent s’en sortir. Que tous ensemble on vive ce respect-là entre ceux qui sont instruits et ceux qui le sont pas…
Par la simplicité, le naturel, sans tapis rouge, sans préjugé… en valorisant toutes les personnes qui seront présentes.

Et en même temps, ça nous rappelle qu’on est tous des éternels endormis, on ne pense qu’à soi. On ne priera jamais assez pour se faire pardonner parce qu’en réalité on a des encombrants ; alors l’université ça va nous aider.

Texte d'introduction à la célébration de la Miséricorde : Marc 7, la Syro-phénicienne :

[...] Ça devient une richesse que le bien l'emporte sur le mal...
Même si tu es souillée, Dieu t’aime comme tu es. Jésus a rencontré cette femme comme ça. Elle a senti l’odeur de Jésus, la présence de Jésus. Dans cette présence, elle a senti que Jésus allait lui pardonner pour enlever le mauvais esprit de sa fille. Même si la maman est païenne, c’est une démarche de pardon, comme si elle se sentait coupable du mal de sa fille. Jésus comprend qu’elle est païenne mais elle a quand même une richesse en elle : la parole qu’elle a prononcée... 

L’Évangile, c’est l'héritage que Jésus donne, pas seulement à cette femme, mais à tout le monde. Jésus est encore vivant pour nous, pour nous sauver toujours parce que le mal est sur la terre. Il faut toujours avoir confiance en Jésus en lisant l’évangile parce que l’évangile c’est Lui. L’Amour de Dieu est répandu par l’évangile. Il nous guide et nous réconforte...

Dieu est toujours là et on n’a pas forcément besoin de le voir.
Ça fait penser à un texte liturgique qu’on entend à la messe : « Donne-moi seulement une parole et je serai guéri ». Ça revient à la même parole. La foi guérit tout, la foi sauve. La femme est toujours dans l’humilité, elle rentre dans la parole de Dieu. Il faut toujours redevenir comme des petits enfants. [...]

Texte sur "La confiance : clef de toute relation"

La confiance c’est la base de tout, mais elle se construit.
Sans la confiance, rien ne peut se faire. Rien ne changera.
Sans la confiance il, se passera de la souffrance.

Alors comment faire ? La première chose c’est de nous rencontrer pour nous connaître. Sans se connaître on ne peut pas parler de confiance.
Il faut d’abord écouter ceux qui vivent dans la misère, car nous, nous la connaissons de l’intérieur. On sait des choses que d’autres ne savent pas. [...]

Et bien d'autres paroles !

Le réseau St Laurent, porteur de l'université de la solidarité et de la diaconie

Le réseau Saint Laurent met en relation des groupes chrétiens diversifiés qui partagent en Église un chemin de fraternité et de foi, avec et à partir de personnes vivant des situations de grandes pauvretés et d’exclusion sociale. Il a à cœur que ce chemin devienne celui de toute l’Église.

Le réseau Saint Laurent a pris naissance le 10 août 2005 à l’occasion du jubilé de la Cité Saint Pierre du Secours Catholique à Lourdes où s’étaient rassemblés pour 5 jours de fête, des pèlerins venus de toute la France.
C’est alors que plusieurs groupes de chrétiens, dispersés et souvent isolés dans leur diocèse ont décidé de fortifier leurs liens et de se retrouver régulièrement.
L’initiative de ce réseau national est le fruit de la rencontre et de la communion spirituelle de plusieurs réseaux réunis à Lourdes pour donner la place aux plus pauvres dans l’Eglise : ceux du Secours Catholique, ceux qui vivent de la spiritualité du père Joseph Wresinski et ceux de la Diaconie du Var dans leur diversité et leur histoire particulière.

L'association Simon de Cyrène : "Mettre ensemble les debout et les moins debout, ça remet tout le monde dans le bon sens." Philippe Pozzo di Borgo.

Foyer Valgiros à Paris : une colocation avec des personnes de la rue et des jeunes bénévoles.

les Demeures des Sources Vives : une colocation peu commune, vivre avec des malades psychiques, à Lourdes.

Le village Saint Joseph : une vocation familiale vécue avec les plus petits pour permettre aux plus blessés de redevenir acteur de leur vie.

Et bien d'autres expériences !

Plusieurs intervenants :

Le Père Étienne Grieu a commenté le texte de la syro phénicienne (Mc7, 24-30) et un extrait du film de Jean Delannoy, « Bernadette Soubirous » :

[...] Il y a quelque chose qui peut nous aider beaucoup dans la vie de l’Eglise, c’est le sacrement de réconciliation... Le Seigneur nous relève, nous lave. Il nous dit « eh bien, tu vois, tu es fait de la même boue que tout le monde, n’aie pas peur, tu n’as rien à craindre, moi à partir de la boue, je sais faire une humanité nouvelle, un monde nouveau ».

Demandons à Bernadette, demandons à cette femme syro-phénicienne, de nous aider, de nous éclairer. Toutes deux parlent avec franchise, elles n’ont pas peur de la vérité. Vous avez écrit : « la femme syro-phénicienne est toujours dans l’humilité, elle rentre dans la parole de Dieu ». Demandons-lui, à nous aussi, de rentrer dans la Parole de Dieu, de l’habiter ; alors nous serons dans une maison où il n’y a pas de peur.

La théologienne Gwennola Rimbaut a présenté la spécificité de la mission des pauvres et la mission commune des « riches et des pauvres » :

[...] Pour les chrétiens, Dieu créateur se révèle aussi Père de toute l’humanité. C’est Jésus-Christ qui nous l’a révélé et qui nous a appris à prier en nous adressant à Dieu avec ces mots : « Notre Père ». Reconnaître Dieu Père de toute l’humanité appelle à reconnaître l’autre comme un frère, quels que soient ses qualités ou défauts, quelles que soient ses origines sociales. Jésus, a révélé tout particulièrement que notre fraternité doit se construire à partir des plus fragiles, de ceux dont la société dénie la dignité et les capacités de coopération.  Donc, si nous nous situons comme chrétiens, comme disciples de Jésus-Christ, nous adhérons à son choix prioritaire pour les plus pauvres, choix qui a été remis en lumière par l’Église dans l’ « option préférentielle pour les pauvres...

La mission spécifique des pauvres s’exprime donc à partir d’une expérience que les riches ne vivent pas. Cette expérience va modifier leur manière de témoigner de l’homme et de Dieu, ils nous aident à mieux comprendre l’essentiel de l’être humain et du Dieu de Jésus-Christ...

Que nous apprennent-ils sur Dieu ? Les personnes en situation de pauvreté témoignent aussi sur le plan de leur foi, ils annoncent que Jésus-Christ s’est fait pauvre « comme nous ». Ils annoncent que Jésus atteste leur dignité et les sauve ainsi de leur humiliation et exclusion. Ici se place un témoignage de foi spécifique. Grâce à eux nous comprenons que Dieu est puissant dans la faiblesse. Sa puissance est liée à son dépouillement volontaire pour rejoindre l’homme dans son lieu d’humiliation. Autrement dit, l’abaissement vécu dans le désir de se faire proche et attentif relève et ressuscite l’autre. Cet abaissement se révèle par la bouche des « tout petits » puissance de résurrection. [...]

L Père Grieu et d'autres personnes sont intervenues à la Conférence des évêques, le 3 octobre, comme :

Le Père Gérard Billon, bibliste, enseignant à l'Institut Catholique de Paris, directeur du Service biblique « Évangile et Vie » et de la revue des cahiers Évangile, qui intervenait à la journée sur l'Habitat partagé.

Pierre Depardieu, doctorant en anthropologie, qui est intervenu lors de la Journée "Sous le même toit, les chrétiens dans l'habitat partagé", organisée par la Conférence des Evêques de France en partenariat avec la Fondation Jean Rodhain.


19 novembre 2017

1ère Journée Mondiale des Pauvres

N'aimons pas en paroles mais par des actes

« Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez  à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. »  (Jc 2,5-6.14-17)

Dossier complet avec des propositions :
http://servonslafraternite.net/mots-cles/journee-mondiale-des-pauvres

 

Dès la fin du Jubilé de la miséricorde, le Pape François a souhaité lancer une Journée mondiale pour les pauvres. Dans son message, François souligne que l’Esprit Saint a fait surgir « des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres ». Et de s’attarder sur l’exemple de François d’Assise ou de citer les propos de saint Jean Chrysostome, « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu... ». « Nous sommes appelés (...) à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude », écrit ainsi le pape François. Dans ce texte, il souhaite donc que les communautés chrétiennes, « au cours de la semaine qui précède la Journée mondiale des pauvres », œuvrent « pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète ».

Extraits de la lettre du pape François :

(Extraits en PDF et texte à retrouver en intégralité ci-dessus dans "message")

« 1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18).

3 - Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin.

Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.

Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont pas un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.

Du Vatican, le 13 juin 2017

Commentaire du Père Antoine Sondag,
directeur du Service national de la Mission universelle de l’Église.

Il souligne 7 points sur lesquels être attentifs dans le message du Pape pour la Journée mondiale des pauvres. C'est une innovation du pape François. Nous disposons déjà d’innombrables « journée mondiale » de la paix (1 janvier), des vocations, des moyens de communications sociales, du migrant et du réfugié, etc. Le pape François a voulu que l’avant dernier dimanche de l’année liturgique soit consacré à une « journée mondiale des pauvres ». Comme pour les autres journées, un message du pape est écrit à cette occasion et publié plusieurs mois à l’avance (afin de permettre à ceux qui préparent les liturgies et les revues liturgiques, d’intégrer ce message dans leurs publications). En ce qui concerne ce message pour la journée des pauvres 2017, il a été publié le 13 juin 2017.

Le message. On le trouvera en annexe ci-dessus. Ce message fait 4 pages environ. C’est bien plus long que beaucoup de messages du pape pour les diverses journées fixées par le Saint-Siège. On y repère aussi la main même du pape, par les thèmes abordés, par le style.

Innovation. Le pape innove en créant cette Journée Mondiale des Pauvres. Ses prédécesseurs avaient établi de telles journées mondiales à propos de thèmes qui leur tenaient à cœur : les vocations, la paix, les migrants, etc…

Ce que le pape ne dit pas. Il est intéressant de tenter de préciser l’esprit et le contenu de la journée mondiale des pauvres à partir de ce qu’elle n’est pas, de ce qui n’est pas dit. Une définition négative. On pourra ensuite tenter de dire en quoi la journée des pauvres consiste.

1. La journée mondiale des pauvres n’est pas une journée de la générosité, de la philanthropie, de la charité… on ne met pas l’accent sur la personne généreuse, qui « donne » : on met l’accent sur la personne du pauvre.

2. La journée mondiale des pauvres ne dit pas qu’il faut aider les pauvres, qu’il faut les assister. Le pape dit qu’il faut écouter les pauvres, qu’ils ont quelque chose à dire, à contribuer à la société. Ce ne sont pas les fondations philanthropiques (Bill Gates, Warren Buffet, etc.), ce ne sont pas les riches (généreux) qui sauveront le monde. Le monde sera sauvé lorsque tous auront la parole et apporteront leur pierre à l’édifice commun.

3. La journée mondiale des pauvres n’est pas la fête de la générosité, des ONG, des bénévoles… Ce n’est pas une autocélébration de la charité par ceux qui la pratiquent. Ce n’est pas la fête des donateurs, ceux qui donnent leur temps et leur argent.

4. Le message du pape n’est pas un éloge du don ou une autocélébration des donateurs.

5.  L’approche du pape intègre une dimension politique, un appel à modifier les politiques publiques. Il y a un lien entre ce message et l’Enseignement social de l’Eglise. Il faut attaquer les problèmes à la racine, il faut modifier les structures (injustes), la politique n’est jamais très loin. Le lien est fait avec l’appel solennel à sauver la terre et à entendre le double cri de la planète et des pauvres (Laudato Si).

6.  On retrouve dans ce message les intuitions centrales du pape François : un appel à pratiquer des attitudes d’écoute, de dialogue, d’accompagnement, d’intégration… Ecouter ce que les pauvres ont à dire, dialoguer avec eux (donc les établir dans une relation d’égalité comme locuteurs et pas simplement comme destinataires d’aide ou de parole évangélisatrice…). Veiller à leur intégration dans la société.

7.  La conclusion du message est très forte : les pauvres ne constituent pas un problème mais une ressource pour trouver des solutions à nos problèmes collectifs.

Antoine Sondag