Funérailles chrétiennes : la place des laïcs
C'est le thème qui avait réuni les membres des équipes de la Pastorale du Deuil au mois de novembre. Une question importante à réflêchir pour un meilleur accompagnement de ceux qui sont dans la douleur de la perte d'un proche, et une aide précieuse pour nos prêtres !
Compte-rendu de la
Journée de formation pour les équipes de la pastorale du deuil de l’agglomération paloise
mercredi 24 novembre 2010, à la Maison St Michel de 9h à 16h.
Intervenants : Daniel Aversenq, Jésuite et Xavier Lavignotte.
Vous avez été vous-mêmes appelés pour être envoyés.
Écoutez dans l’Évangile, comment Jésus appelle et envoie les soixante-douze :
(Luc 10, 1-9)
Avant d'être envoyés, les disciples ont été appelés par Jésus, un jour ils se sont mis à sa suite. Dans l'évangile de Jean, deux disciples du Baptiste se mettent à le suivre et voilà que Jésus se retourne et demande : « Que cherchez-vous ? »
C'est un peu cela que nous vous proposons de vivre maintenant.
Vous retourner et vous poser cette question à vous même.
Revenir sur votre histoire, relire les origines de votre engagement dans cette pastorale du deuil. Finalement, il s'agit aussi de répondre à la question des disciples à Jésus : « Où demeures-tu ? »
Pour vous ce sera : « Pourquoi suis-je là ? »
Topo 1 du matin par Daniel :
LA PASTORALE DES FUNERAILLES, MISSION DES LAÏCS (Voir feuille jointe)
Topo 2 du matin par Xavier :
Vous avez été appelés, vous avez été mis en route, votre désir, votre histoire sainte à rencontré un envoi en Église, et voilà, vous êtes en mission pour le Seigneur !
Dans cette mission, vous n'êtes pas seuls, il y a l’Église qui vous envoie, l'épouse du Christ comme dit Saint Paul, il y a tous les compagnons qui partagent la même mission et puis aussi, surtout, il y a tous ceux auxquels vous êtes envoyés.
Dans l’Évangile, Luc nous montre Jésus très soucieux de la manière dont ses apôtres vont les approcher.
Nous aussi nous pouvons profiter de cet enseignement de Jésus.
Que dit-il ?
Jésus parle d'abord de moisson et d'ouvrier... Attention tout de même de ne pas prendre notre mission comme une tâche à abattre et ceux vers qui nous sommes envoyés pour des épis à moissonner, des grains à battre, vanner et engranger.
Jésus ne nous envoie pas comme des loups au milieu des agneaux ! Il ne s'agit pas de prendre, de ravir, de capturer. C'est même le contraire.
Il est des missionnaires conquérants qui sont des loups pour les brebis perdues.
Mais alors que demande Jésus ? Sommes-nous envoyés comme des agneaux à l’abattoir, devons-nous craindre ceux vers qui nous sommes envoyés ?
Les craindre ? Non.
Jésus le répète assez souvent : « N'ayez pas peur. »
Par contre, il s'agit peut-être de se présenter avec la faiblesse d'un agneau, avec sa vulnérabilité, sa sensibilité et sa vigilance. Les animaux ont leurs sens toujours en éveil, leur survie en dépend, je crois que c'est à cette forme de vigilance que le Christ nous appelle : n'ayez pas peur, mais veillez !
Les apôtres du Seigneur sont donc appelés à quitter leur confort à se désencombrer, pour se rendre davantage disponible à la rencontre qui vient.
« N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales et ne vous attardez pas en salutations sur la route. »
Il s'agit si l'on y regarde bien de se mettre dans une situation connue : celle du pauvre étranger de passage.
Ni biens, ni réserves, ni appui ni connaissances.
Sa seule richesse, c'est qu'il n'est pas seul : un autre envoyé l'accompagne, ils marchent par deux et ces deux-la acceptent de se faire tout petits pour dépendre de l'hospitalité de ceux qui sauront les accueillir.
L'hospitalité.
L'apôtre du Christ est d'abord invité à se disposer à demander et à recevoir.
Il s'agit de recevoir l'hospitalité de ceux à qui on est envoyé.
Apprendre à recevoir d'eux.
Permettre à l'autre de me donner ce que moi aussi j'ai à recevoir.
Ça peut être difficile quand je me présente les bras chargés de mes compétences, de mon savoir, de mes objectifs : je sais ce qu'il y a à faire et comment le faire. Je me présente alors en expert, en prestataire, en personne ressource. Je crois bien savoir ce qu'ils attendent de moi alors c'est moi qui les reçois et j'espère bien donner toute satisfaction.
J'oublie l'invitation du Christ.
Demander l'hospitalité.
« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord « Paix à cette maison. » S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. »
D'abord entrez dans la maison.
C'est depuis le lieu de vie des gens que l'annonce peut se faire.
Pourquoi là ? Parce que Dieu nous y précède : il y a là un ami de la paix. Et s'il n'y en a pas rien ne se fera. D'abord entrer et dire « Paix » pour permettre à cette maison de vous accueillir. Ensuite commencer à recevoir ce qui se donne là.
« Restez dans cette maison mangeant et buvant ce que l’on vous servira ; Car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. »
L'apôtre ne vient pas seulement délivrer un message, il est aussi appelé à recevoir de ceux auxquels il est envoyé !
Dieu nous précède toujours et les rejoindre, c'est aussi le rejoindre.
Alors, dans cette hospitalité vécue, nous pourrons « faire passer le message », qui est celui de la rencontre, de l'amour qui se donne, qui se reçoit, qui s'échange.
« Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. Là, guérissez les malades et dites aux habitants : « Le règne de Dieu est tout proche de vous ». »
Ainsi ce que nous apportons, ce que nous avons à donner, ce pour quoi nous sommes envoyés, peut s'inscrire vraiment dans ce que vit la maison où nous sommes envoyés, ce n'est pas « plaqué », extérieur, c'est ancré, vécu de l'intérieur. Oui vraiment, pour l’avoir perçu, vécu ensemble nous pourrons dire : « Le règne de Dieu est tout proche de vous ».
Attention, ce n'est pas une stratégie de communication, c'est ainsi que fait Jésus tout au long des Évangiles dans ses rencontres avec les hommes, les femmes, les enfants, les maisons, les villages et les villes.
Attention aussi à ce que nous avons à recevoir dans l'exercice de nos missions, Jésus le redit deux fois : « mangeant et buvant ce que l’on vous servira » et « mangez ce qu’on vous offrira ».
« Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre. » (Jn 4,34) et « En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » (Jn 6,55)
C'est donc encore lui qu'il s'agit de recevoir quand on part l'annoncer.
Nous allons maintenant faire ensemble un petit exercice de mise en application de ce que Jésus nous enseigné ce matin pour essayer de voir ce qu'il en est de cette histoire d'hospitalité, de cette nécessité de demander et recevoir pour pouvoir donner.
C'est un peu comme une parabole de l'Évangile, vous savez : « Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui... »
Là ce n'est pas un homme, c'est une femme... Il s'agit du récit d'une préparation d'obsèques...
Vous y reconnaîtrez peut-être des correspondances avec votre propre expérience ? D'autres choses vous surprendront peut-être ? Recevez cette histoire, accueillez-là, écoutez-la et laissez-vous toucher par elle, comme par une parabole.
Étude de cas :
Il s’agit de la préparation des obsèques de Mme Marthe Dupont, 77 ans à Coutances.
Les pompes funèbres appellent la paroisse, pour prévenir du décès de Mme Marthe Dupont et demander si le prêtre de la paroisse peut assurer les obsèques mercredi prochain.
Le curé donne son accord et contact la famille. Sur le fax, ce sont les coordonnées du fils Pierre qui sont notés. Le rendez-vous est pris pour lundi avec le fils, et Sœur Suzanne (qui fait partie de l’équipe de la pastorale du deuil) pour la préparation des obsèques.
Lundi, Pierre et Marie arrivent pour le rendez-vous, et sont accueillis dans une petite salle de la paroisse. Le curé et sœur Suzanne se présentent. Puis, contre toute attente Pierre et Marie se présentent comme frère et sœur. Ils semblent un peu perdus, ne sachant pas trop pourquoi ils sont là.
Le curé leur explique qu’il va leur demander de parler de leur mère, puis qu’ils prépareront la cérémonie avec Sœur Suzanne.
Marie et Pierre leur disent que leur mère avait la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années et qu’ils avaient choisi de la garder à la maison. Etonnement : un frère et une sœur qui gardent leur mère chez eux ??? Non, chez elle, c’est chez son mari, Mr Paul Dupont, toujours vivant. Mr le curé et Sœur Suzanne découvrent que Marthe n’était pas veuve. Et Sœur Suzanne, très perspicace avait lu, sur le fax, que Marthe et son fils n’avaient pas le même nom. Elle demande avec délicatesse la raison. Mr Dupont est marié avec leur mère depuis 30 ans.
Le curé leur demande de parler de leur maman, et leur pose des questions, car le dialogue ne se fait pas. Il n’y a pourtant pas d’émotion particulière, qui empêcherait les mots de sortir :
« Oui, elle était gaie, joyeuse. Mariée à un dentiste, elle aimait recevoir et faire la fête. Non, elle ne travaillait pas. Oui, elle faisait du golf. A oui, elle a trois petits-enfants. Oui, elle allait à la messe. »
Le curé se retire car il a l’impression que les enfants de Marthe ne souhaitent pas en dire plus, sur leur mère. Le fils décide qu’il n’y aura pas de messe.
Sœur Suzanne n’est pas très à l’aise. Comment arriver à rencontrer ces personnes. Comment ne pas les effaroucher, comment les apprivoiser pour entrer en relation, et préparer au mieux la célébration.
Elle leur explique le déroulement. Demande si l’un d’entre eux désire faire un témoignage. Elle propose que les trois petits enfants, s’ils le désirent soient associés au rite de la lumière. Si un membre de la famille ou une relation proche pourrait lire une lecture. La réponse est sans hésitation « au non, ils ne pourront pas, ils sont trop éprouvés », et ils ne seront peut-être pas tous là.
Et votre beau-père ? demande sœur Suzanne. Finalement, ils avaient parlé très peu de Paul. « Pas sûr qu’il vienne, car ça va être trop dur pour lui. A ce jour, il n’est pas décidé ». Sœur Suzanne qui propose toujours de recontacter les familles après les obsèques demande s’il serait bon pour lui, d’aller le voir ou de lui téléphoner ? Surtout pas, dit Marie, vous ne seriez pas bien reçu, ne perdez pas votre temps avec lui. Ils lui disent que Paul a eu trois enfants d’un premier mariage, qu’ils ne se voient jamais et ne savent pas qui serait là pour les obsèques.
Sœur Suzanne est de plus en plus déroutée …
Elle leur propose de choisir des lectures, mais voit très vite qu’ils semblent dépassés ou pas très intéressés. Elles les orientent donc, de façon un peu plus directive sur des textes courts, qui se rapprochent de ce qu’a été le défunt dans sa vie, autour du thème de l’amour. Ils disent oui à tout. Sœur Suzanne avec un peu d’humour, s’adresse à Pierre en lui disant qu’elle a bien remarqué qu’il n’avait pas lu le texte et qu’il a donné son accord. Il sourit, l’ambiance est moins pesante.
Pour le choix des chants. Ils en connaissent peu et sœur Suzanne qui a une jolie voix leur en chante un certain nombre, pour qu’ils puissent en choisir. Sont-ils touchés ? Pierre se prononce pour « pêcheur d’hommes » car ils sont pêcheurs dans la famille, dit-il.
Et puis, Sœur Suzanne, ose poser cette question : « et votre père ?... » La réponse arrive très vite, c’est Marie qui la dit » il est mort noyé à l’âge de 33 ans, il s’est noyé dans une rivière en pêchant. A la question muette de Suzanne (comment peut-on se noyer au bord de l’eau ?), Pierre explique, que ses bottes se sont remplies d’eau et l’a emporté. Il avait 5 ans et sa sœur 10 ans.
Quelque chose s’est débloqué, ils ont bien voulu confier à sœur Suzanne un morceau de leur vie, avant le mariage de leur mère avec Mr Dupont. Ils se sont autorisés à parler de l’essentiel, de ce qui a dû être une épreuve pour tous les trois. Et aussi, de rajouter que leur mère a perdu un enfant, Jean, il avait 15 jours.
Pas facile, de revenir à la préparation des obsèques après ce qui vient d’être déposé.
Pour la prière universelle : Sœur Suzanne leur donne quelques orientations. On peut prier pour ceux qu’elle va retrouver, pour ceux qui se sont occupés d’elle, pour ce qu’elle a été pour eux, pour ceux qui souffrent etc.
Sœur Suzanne, leur propose d’évoquer leur père Joseph et le petit Jean dans la prière universelle. Ils sont d’accord, quoiqu’un peu hésitant, vis-à-vis de l’autre famille.
Le jour des obsèques :
Il y a du monde qui se rassemble. La famille arrive, Marie et Pierre repèrent Sœur Suzanne qui les accueille sur le parvis.
Le curé est là aussi. Sœur Suzanne lui propose de rencontrer la famille et de saluer Mr Paul Dupont s’il est présent. Le curé n’y va pas, sœur Suzanne se lance. Pierre et Marie parlent à ce moment là avec le fils de leur beau-père. Sœur Suzanne est présentée au fils et celui-ci lui dit qu’il représentera son père au dernier A dieu de Marthe.
Topo de l’après-midi par Xavier :
Nous avons vu que le Seigneur envoie ses messager en leur demandant d'abord de se disposer à recevoir avant que de donner.
Quand une mission se termine il est bon de se demander comment elle s'est accomplie, d'en faire le bilan, de l'évaluer. On peut alors se tourner vers ce qui a été fait pour tenter de l'améliorer, de corriger les défauts etc.
Seulement, si l'on est disciple du Christ, apôtre de Jésus on devrait avoir une autre priorité : se demander qu'est-ce que j'ai reçu ? Pourquoi ? Parce que c'est aussi le Seigneur qui se communique et me fait signe dans ce qui m'a été donné. C'est ainsi que Jésus reçoit sa mission de ceux auxquels il la porte tout au long des Évangiles. Sans cesse il leur demande : « Que veux-tu ? » Sans cesse il s'émerveille de leur foi et en rend grâce à son Père qui se révèle aux tout-petits !
C'est que Jésus reconnaît toujours la présence aimante de son Père dans ceux auxquels il est envoyé. Comme dit Jacob : « Dieu était là et je ne le savais pas ! » Jésus, lui, le sait et peut en témoigner !
Ignace de Loyola a appris lui aussi, à l'école du Christ, à « trouver Dieu en toutes choses. »
Pour commencer c'est simple. Il suffit de se retourner sur ce que je viens de vivre et dans la prière, demander au Seigneur qu'il me montre ce qu'il m'y a donné.
Découvrir ce qui m'a été donné, ce que j'ai reçu, comme accueil, comme hospitalité, comme paix, comme nourriture et boisson...
Alors, comme j'ai pris conscience de ce que j'ai reçu, je peux enfin en rendre grâce !
Mais comme vous êtes en mission pour le Seigneur, en Église, ce que vous avez reçu n'est peut être pas seulement pour vous. Pensez-y. Certaines paroles, certains gestes qui vous ont touchés sont certainement pour vous, mais il y a peut-être aussi des choses à partager ou destinées à d'autres. Quand vous aurez fait votre relecture, vous aurez peut-être des choses à dire à la famille que vous avez accompagné, à d'autres bénévoles, aux responsables de la pastorale du deuil, à votre curé ?
Eh oui, comme le dit Jésus à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »
Pour la pastorale du deuil : Mme Agnès Cambonie, 06 87 64 26 34
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