Témoignage de Claire Ly
Cambodgienne venue en France en 1980, après avoir vécu 4 ans dans les camps des Khmers Rouges.
La lecture des Evangiles l'a amenée à se convertir au catholicisme.
Invitée par le Service de la Formation Permanente, lors de la présentation de son dernier livre « La Mangrove », Claire Ly nous a aidé à mieux comprendre cette « croisée des cultures et des religions » dans laquelle elle a réussi à retrouver une identité.
Une invitation, peu de temps après la journée du Migrant et du Réfugié, à avoir le regard et l'attitude les plus justes pour aller à la rencontre de l'autre.

Jean Casanave : Abraham est installé à Ur et le Seigneur lui dit « Vas, qui ton pays… »
Abraham pensait qu ‘il fallait s’inscrire dans le temps et l’espace… il a trouvé une terre, une lignée, il a trouvé sa juste place.
Nous sommes de plus en plus nomades, et malgré tout, nous avons envie de trouver notre juste place. Nous sommes nous aussi des êtres de racine et, Claire Ly va nous dire comment elle a trouvé sa juste place.
Claire Ly (dont le propos est soutenu par des images, pour rester dans le concret) :
Quand je dis bonjour, j’offre une fleur, une fleur de lotus, et on commence par dire son nom et son âge, pour savoir comment mettre ses mains…

Avec le livre « La Mangrove » je voudrais partager avec vous mes racines d’ici et d’ailleurs.
Je vais vous amener vers cet ailleurs, et d’abord vers ma première demeure : le Cambodge. Il ne faut pas l’oublier.
La pluralité religieuse fait naître des problèmes identitaires.

♦ Le Cambodge :
- Pourquoi ce nom ?
Jusqu’au 10ème siècle, il y avait deux parties : le Chenla de Terre au Nord et le Chenla d'Eau au Sud.
Tuk - Deay
Eau - Terre
Les deux réunis ont alors formé le Cambodge : Eau – Terre, pour dire que pour faire une nation, il faut toujours la volonté. Une nation est donc précaire.
Khmer = Cambodgien

- Le Cambodge a 95% de Bouddhistes
Quand on parle du Bouddhisme, on ne parle pas de religion mais « d’une voie de libération »
Bouddha signifie « éveillé »
Né en 566 av JC
Grand renoncement à 29 ans
Expérience de l’éveil à 37 ans
Nirvana à 89 ans (on ne parle pas de mort)
- Une Terre blessée
2 millions de morts sur 7,5 millions d’habitants
189 prisons
380 charniers
19403 fosses communes

♦ Le déséquilibre culturel :
- Je suis arrivée en France en 1980 car j’ai été mise à la porte. Ce départ obligé a créé un déséquilibre culturel.
Quand on ne sent plus sous ses pieds sa terre natale, on perd sa verticalité, sa sécurité et on devient plus méfiant à l’égard de soi-même. Il y a une rupture identitaire.
Stéfan Zweig, philosophe autrichien : « On est détérioré, altéré, quand l’image que nous nous faisons de nous-même, ne correspond plus à l’image que l’on nous renvoie.
- Qu’est-ce qu’une culture ?
C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société, un groupe social.
Elle nous structure.
Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux, les systèmes de valeur, les traditions, les croyances… »
En Asie, culture et religion sont inséparables.
Il y a eu aussi le problème de la langue.
- Quelle identité nouvelle est alors possible ?

- Une identité Mosaïque : un peu d’Asie + un peu de France + un peu d’Asie + un peu de France…
- Une identité d’opportunité faite de stratégie pour être bien dans sa peau
- Une identité construite sur le modèle de l’intégration à la française :
oublier son passé
et faire « comme nous ».
Mais on ne peut pas tout oublier et faire comme les français.
Je ne suis pas une Française originelle mais originale
- Une identité en devenir faite
de l’adoption réciproque
et de l’hospitalité culturelle et spirituelle.
La France ne m’a pas intégrée mais adoptée
Dans cette adoption réciproque, il y a un espace de liberté.
François Cheng : « J’ai éprouvé l’ivresse de renommer les choses à neuf comme au matin du monde »
Pour devenir catholique, il fallait que mes mots se rétractent dans ce que j’ai de plus profond.
♦ L’hospitalité est un mouvement
qui nous demande de :
1- Quitter notre territoire
2- Traverser la frontière
3- Entrer dans la maison de l’autre
4- Nous exposer au bon vouloir de l’autre
5- Renoncer à imposer d’emblée notre façon de voir (Pierre-François de Béthune)
« Traverser la frontière » : c’est le plus dur, car la frontière n’est pas que physique mais elle est intérieure.
Quand l’Occidental arrive en Asie, vit dans les grands hôtels et mange son steak-frites, il ne traverse pas la frontière…
Dans l’hospitalité, il faut trouver le juste milieu, mais pour cela, il faut de l’expérience.
Ce n’est pas facile de rencontrer l’autre, et, si ça ne marche pas, c’est la faute des deux côtés, d’où le titre de « la Mangrove »
La Mangrove, est une frontière, elle n’est pas très belle, mais c’est un lieu de vie, pas toujours facile : la vie est faite d’enchevêtrements pas toujours faciles à démêler, mais la vie est ingénieuse.

La fleur sacrée de lotus est sur le lieu de la mort de mon mari et de mon père comme une espérance possible.
Le Christ du Cambodge :
Sa main nous dit : « N’ayez pas peur »
Il est habillé, car le cambodgien est pudique, mais ses stigmates sont apparents car le Cambodge est une terre blessée.
Espérance d’une humanité réconciliée où chacun pourrait prendre soin de l’autre.

♦ Quelques paroles ou réflexions supplémentaires
suite aux questions :
- Avoir l’humilité d’accepter l’échec, parce que l’on n’est pas au courant de tout.
- Notre identité est en devenir.
- Ce qui est commun aux Asiatiques, c’est la volonté de garder la face, mais on ne se livre pas.
- Le Dalaï-Lama : les Occidentaux voient en lui le chef religieux et les Asiatiques voient en lui le chef politique et le problème social avec la très grande pauvreté.
- Je suis devenue chrétienne et catholique, pas parce que j’ai été adoptée par une famille catholique, mais parce que j’ai lu l’Evangile et, l’humanité de Jésus m’a touchée.
Bouddha se disait homme et non dieu, mais la tradition lui a enlevé toute sa dimension humaine. Jésus pleure, doute… alors j’ai voulu le connaître.
Pendant ma préparation au baptême (1 an) tout allait très bien, comme quand des fiancés se préparent à aimer. Mais après le baptême, ça va très mal pendant 3 ans, car je n’ai pas trouvé dans l’Eglise le visage du Seigneur.
Mais l’évêque Mgr Cadillac, à qui je l’ai dit, ne m’a pas fait de morale, au contraire, il m’a rassuré : « Si c’est ça, ce n’est pas bien grave, tu es une catho pommée, il y en a d’autres comme toi. Trouves-en et je vous trouve un prêtre pour vous accompagner »
Après 3 ans, je suis revenue à l’Eglise catholique. Je trouvais l’Eglise trop bavarde : trop de démonstrations, trop de paroles… Je voulais qu’elle reste à sa place et ne remplace pas le Seigneur.
Je m’étais préparée à aimer Jésus, mais j’ai découvert ma « belle mère » !
- Marie, une sœur pour moi, un modèle de femme : on n’arrive pas à dire certaines choses et Marie « gardait tout cela dans son cœur… »
- Claire Ly a fait des livres pour les enfants : la couverture est jaune et rouge car le jaune est la couleur du dépouillement, du renoncement et le rouge, la couleur du bonheur.
Le jaune est aussi la couleur des rois car, pour exercer le pouvoir, il faut renoncer au pouvoir.
- Dans quelle culture élever les enfants nés ici ?
Revenir à ce qu’est une culture car la culture d’origine nous structure.
S’ils sont nés ici, c’est la culture française qui va les structurer : il ne faut pas les enfermer dans une culture de nostalgie qui n’est pas la leur.
C’est le problème de l’Islam actuellement parce qu’ils ont peur… mais y répondons-nous par la peur ?… C’et un problème spirituel que les religions doivent approfondir ensemble.
Les philosophies asiatiques sont tolérantes, mais certains pensent être les seuls à avoir la bonne voie.
Toute voie spirituelle est personnelle, mais je ne vais pas dire que je suis la seule voie au nom de l’espérance chrétienne, car alors on est dans l’exclusion et on ne peut plus confesser que l’Amour est universel.

Jean Casanave :
Chaque jour, je célèbre la messe sur le krama offert par Claire (morceau d'étoffe que portent toutes les femmes et qui sert à tout dans leur vie quotidienne)… une messe sur le monde et sur les victimes de la barbarie humaine.
Heureusement que nous croyons en un Dieu qui a été crucifié pour ne pas désespérer !
De sa Passion est née une petite fleur…

Une bien belle rencontre qui s'est poursuivie le lendemain.
- Conférence du Père BERTHAUD sur Marie (29.05)
- Profession de foi Ste Ursule (03.06)
- Profession de foi Ste Ursule (10.06)
- Pèlerinage avec les migrants (10.06)
- Fête du Saint Sacrement à Ste Thérèse, avec procession. (10.06)
- Messe pour les défunts (12.06)
- Confirmation des collégiens (16.06)
- Pique-nique pour clôturer notre année pastorale (01.07)
- MEJ : Ignace et le bonheur (le spectacle)
- MEJ : Ignace et le bonheur (les préparatifs)
- CM2 : "Le Pic de la Foi"
- Lourdes avec la Pastorale du deuil
- Marche pèlerinage du 1er mai 2012
- Une journée des vocations peu commune...
- "Désert Fertile" : la Pastorale de la fraternité
- Vendredi Saint - Le Chemin de Croix
- Retour sur le Carême 2012 - Père Dagras
- Rassemblements diocésains des jeunes










