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Une femme à Vatican II

 

Rencontre avec Micheline Poujoulat

 

Marie-Louise Monnet (1902-1988), femme de conviction, discrète et chaleureuse, se définissait elle-même comme une « femme ordinaire » et bien peu se souviennent d'elle aujourd'hui. Elle fut cependant la premère femme nommée auditrice au concile Vatican II.

Ses écrits, d'une actualité surprenante, révèlent une grande finesse théologique. Ils nous invitent à redécouvrir toute la grandeur du baptême et la mission propre des laïcs dans le monde et dans l' Église. Tandis que son frère Jean Monnet se consacrait à la construction de l'Europe, elle, par la fondation de plusieurs mouvements d'action catholique, a consacré sa vie à l'annonce de l' Évangile à ses semblables. Avec cette « femme ordinaire » qui voyait les événements et les rencontres de la vie quotidienne comme autant d'appels de Dieu, nous entrons dans une spiritualité marquée par la confiance et la docilité à l'Esprit.

Micheline Poujoulat, mariée et mère de cinq enfants, agrégée d'espagnol, a été présidente de l'ACI (Action catholique des milieux indépendants) de 2003 à 2006. Elle a cessé son activité de professeur et, depuis, s'intéresse particulièrement à la vie de Jean et de Marie-Louise Monnet.
Deux autres responsables de l'ACI l'ont accompagnée dans la rédaction de ce "Prier 15 jours" : Anne-Laure Boiteux et Marie-Luce Marès.

 


 

Invitée par le Service de la Formation Permanente, Micheline Poujoulat est venue nous faire découvrir cette « femme ordinaire » qui s'est donnée simplement aux autres.

Abbé Jean Casanave :

... Marie-Louise Monnet a été eclipsée par son frère Jean Monnet, qui lui-même a été éclipsé par Robert Schuman... Dans son livre elle dit : « Essayons de vivre simplement la noblesse de la vie de chrétien ordinaire »...

Alors si nous pouvions dire, comme elle, que nous vivons la noblesse de notre vie de chrétien ordinaire !...

Micheline Poujoulat :

Marie-Louise Monnet, « Fondatrice de l'ACI », Action Catholique Indépendante. C'est le sous-titre du livre, nous ne l'avons pas choisi, c'est le choix de l'éditeur, nous aurions préféré « femme ordinaire ». (Ordinaire dans le Robert : conforme à l'ordre normal des choses)

Marie-Louise ne se présentait pas comme une fondatrice... elle n'a jamais rien fait seule, elle s'est toujours entourée d'une équipe... Elle a seulement ouvert les yeux sur la réalité, elle revendiquait d'être une « femme ordinaire ». Elle ne voulait pas se faire remarquer, elle n'a accepté d'être sur le devant de la scène que quand cela a été nécessaire.

A quelqu'un qui lui a dit : « Vous avez de hautes fonctions », elle a répondu : « Non, je n'ai pas de hautes fonctions, j'ai seulement de grandes responsabilités. Il faut des gens qui acceptent de grandes responsabilités. ».

Tous parlent de sa gaîté, de sa détermination, de son attention pour chacun, de sa capacité à mettre en lumière le sens d'évènements qui auraient pu passer inaperçus. Elle n'avait pas de programme, mais elle savait interpréter les signes des temps.

Elle était convaincue d'avoir, en tant que laïque, une réelle mission d'apôtre.

Etre apôtre de l'Evangile : la préoccupation de toute sa vie.

« Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile » Saint Paul

 

Pourquoi parler encore aujourd'hui de Marie-Louise Monnet ?

Parce qu'elle a tenu sa place dans la vie de l'Eglise au moment du Concile, parce que la spiritualité qu'elle a vécue, ses convictions, ses écrits nous éclairent et peuvent nous aider à vivre dans le monde, la société et l'Eglise d'aujourd'hui... Marie-Louise nous montre un chemin pour lire les signes de Dieu dans la vie quotidienne.... Ces signes nous appellent à prendre conscience de ce que nous vivons, à dire merci, à changer notre cœur, notre mentalité et, par contagion, à changer un peu le monde autour de nous.

Dans son livre « avec Amour et Passion », nous trouvons les questions des hommes, des chrétiens du XXème siècle et que nous pouvons nous poser aujourd'hui.

Exemples :

« L'Eglise a besoin de chrétiens de plein vent, prêts à la fonder à travers les liens naturels de la vie à tous les carrefours. »

« Nous sommes nés pour quelque chose et pas pour tout. »

Elle était naturelle et pleine de simplicité : toute jeune, elle est allée voir son évêque ; sa motivation : l'annonce de l'Evangile. Elle a rencontré papes, ambassadeurs et responsables politiques ou religieux avec la même simplicité que celle de son frère Jean (à l'origine de la consruction de l'Europe) quand il a rencontré le président de la République F rançaise. Le respect  qu'elle manifeste envers la hiérarchie de l'Eglise, laisse intacte sa liberté d'action et de parole.

 

Mais qui était-elle au juste ?

Elle est née dans une « famille sans histoire » qui élève et commercialise du cognac. Une famille ordinaire extraordinairement réaliste et ouverte sur le monde et qui a les pieds sur terre, car ses frères et son pére partent visiter des clients dans le monde entier, et en retour les reçoivent. Marie-Louise, qui est encore enfant, est présente à ces rencontres. Jean a écrit : « ... Je n'ai pas l'imagination de ce qui ne me paraît pas nécessaire... J'avais besoin de connaître les hommes et ce dont ils sont capables exactement, comme si j'étais en charge de grandes affaires. D'ailleurs, que signifierait pour chacun de nous de faire à sa manière une distinction entre les petites et les grandes affaires ? Il y a les affaires que l'on fait, et cela suffit ! »

Marie-Louise fait des études courtes, qui lui ouvrent l'esprit. On lui apprend aussi à voir large autour d'elle. Une fois ses études terminées, elle s'active dans les œuvres de la paroisse, les associations de jeunes filles, les patronages, avec le soutien de ses parents et de son frère ainé, même si les hommes, semble-t-il, ne manifestent pas de préoccupations ni d'activités religieuses.

En résumé, une vie sans histoire avec une éducation à l'ouverture et à la responsabilité.

Plus tard, on la présentait presque toujours comme la sœur de Jean Monnet - elle était très fière de son frère et en parlait volontiers - mais elle n'avait pas besoin de lui pour exister : elle était elle-même. A cause de leur éducation commune, ils avaient la même préoccupation, même s'ils n'ont pas eu les mêmes actions, et chacun soutenait l'action de l'autre. Marie-Louise avait, comme lui, le sens de l'utilité des relations internationales, qu'elle a mis au service de l'Eglise. La notoriété de son frère lui a permis d'être admise dans des milieux où son statut de provinciale discrète ne lui aurait pas permis d'entrer.

Tous les deux avaient la même simplicité, le même respect de l'interlocuteur quelle que soit sa célébrité, le même refus de classer les évènements ou les personnes en grands ou petits, le même attachement aux réalités concrètes et à la réflexion personnelle.

Elle n'était pas féministe au sens militant du terme, mais elle tenait avec fermeté sa place de femme : « Si le monde est si dur, c'est peut-être qu'il est dirigé par des hommes... La femme célibataire doit pouvoir trouver sa vraie vocation » (En ce sens, pour l'époque, elle était moderne). Elle ne s'est jamais dit qu'elle ne pouvait pas faire quelque chose parce qu'elle était une femme.

 

La vie quotidienne pour Marie-Louise :

C'est le lieu de la mission et de la rencontre avec le Christ, c'est un point essentiel de la spiritualité simple mais exigeante qu'elle nous propose.

Face aux évènements, ses questions sont toujours les mêmes : « Quelle est la mission des chrétiens face à cet évènement, cette situation ? Quel sens ont nos réactions spontanées ? Avec qui les partageons-nous ? En quoi nos réactions sont-elles conformes à l'Evangile ? En quoi avons-nous à les améliorer ? ». Elle n'a pas laissé d'écrits dits spirituels, de prières, de consignes, mais elle a voulu être apôtre toute sa vie et jusque dans la maison de retraite où elle est morte. Sa spiritualité, c'est que toute la vie est spirituelle, les choses de la vie ne sont pas petites, elles sont.

Pour Jean, il y avavait les affaires que l'on fait, et pour Marie-Louise, il y a la vie que l'on a, et cela suffit. Ce sera pour elle une grande découverte de constater qu'il n'y a rien à rajouter à la vie que l'on a et que, dans cette vie, se réalise la mission de l'apôtre.

On peut parler de spiritualité car le quotidien est vécu en lien avec la Parole de Dieu, la vie quotidienne est relue à la lumière de la vie et des enseignements de Jésus.

De cette vie quotidienne, naissent les occasions de prière, les appels à une conversion des attitudes et des mentalités. « Dans les appels qui montent de cette vie, nous reconnaissons la façon divine de s'adresser aux personnes. »

Regarder notre vie est « un véritable acte de foi en la présence de Dieu dans le monde ».

La réflexion personnelle est importante, mais nous ne sommes jamais chrétiens seuls, et si nous regardons notre vie avec d'autres, conscients de nos solidarités, nous sommes en Eglise. Jésus a dit « Là ou deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux ». Se réunir pour chercher les signes de Dieu dans nos vies quotidiennes, c'est se disposer à accueillir le Christ.

 

L'évènement fondateur :

Le 1er octobre 1931, elle va avoir 30 ans et elle se rend à Lourdes pour réfléchir à l'orientation de sa vie. Ce qu'elle voit et entend va orienter et guider toute sa vie. Elle voit des jeunes ouvriers, en habits de travail, des bannières de toutes les couleurs. Elle entend citer l'encyclique du Pape Pie X, de mai 1931 : Les premiers (pas les seuls) apôtres, les apôtres immédiats des ouvriers seront des ouvriers. Les apôtres du monde industriel et commerçant seront des industriels et des commerçants.

Alors, à partir de ce qu'elle voit et entend, et qui la bouleverse, elle réalise que les jeunes ouvriers n'ont pas d'abord besoin d'elle, qu'ils sont responsables et capables de s'évangéliser entre eux, et qu'ils le font déjà. Elle réalise au même moment, que le monde auquel elle appartient a aussi besoin de la Bonne Nouvelle, et qu'elle y a une responsabilité d'apôtre. A partir de ce moment, elle sera donc apôtre dans son monde, les jeunes filles de la bougeoisie charentaise, mais elle ne s'y enferme pas, et ce monde ne va cesser de s'élargir.

Sur le milieu social, elle dit : « C'est le lien le plus fort qui relie les personnes entre elles, le plus permanent, le plus résistant aussi, même lorsque l'on s'en défend... C equi se mettra en œuvre comme pastorale d'évangélisation sans tenir compte , ou en ignorant le milieu social, n'atteindra jamais les personnes au plus profond d'elles-mêmes, là où doit s'opérer la rencontre authentique, décisive avec le Christ... La mentalité d'un milieu n'est plus une théorie, mais une réalité vivante que l'on apprend à reconnaître en soi, que l'on partage avec beaucoup d'autres, et qui nous rend solidaires avec Dieu »

« L'Egise des "pauvres" pourra-t-elle se réaliser sans la conversion des "riches" ? »

Elle était seule à Lourdes, elle part donc retrouver celles avec qui elle travaillait, et avec elles, elle fait évoluer les mouvements auxquels elle participait déjà, et participe même à la fondation de plusieurs mouvements : mouvements de jeunes filles, puis d'adultes, des mouvements mixtes et un mouvement international, qui la conduit de Paris à Madagascar, en Amérique Latine et à Rome.

Auditrice au Concile :

Jean Guitton avait été le premier et le seul auditeur laïc admis à la première session en 1962. A la seconde session, en 1963, d'autres hommes sont nommés, et à la troisième session, elle est la première femme nommée auditrice par le Pape Paul VI. Quelques jours après, il y en aura d'autres.

Le rôle des auditeurs : écouter sans prendre la parole lors des séances dans la basilique Saint Pierre, comme les évêques, mais avant et après travailler, étudier les documents préparatoires, et contribuer à l'élaboration et à la rédaction des textes conciliaires.

 A cette session sera discuté le schéma sur l'apostolat des laïcs (c'est une première pour un concile, et cela est dû à une initiative de Jean XXIII). Elle participe à l'écriture de l'un des passages. Pour elle, les enfants peuvent être apôtres... le baptême suffit pour être apôtre... Le baptême est pour elle la grande dignité, elle parle même de noblesse. Le 18 novembre 1965, le Pape Paul VI remet symboliquement le décret sur l'apostolat des laïcs à six laïcs, trois hommes et trois femmes dont Marie-Louise ; et le 8 décembre 1965, elle fait aussi partie des trois femmes auxquelles il remet le message du Concile aux femmes.

Tout au long du Concile, sa préocupation est de faire son travail d'auditrice mais aussi de transmettre ce qu'elle a vécu. L'essentiel pour elle est d'inviter les personnes et les organisations à se rencontrer, à se fédérer, tout en gardant leur originalité, leur mission propre. Les baptisés ont une place unique dans la mission et, à cette place, la mission ne sera remplie que par eux.

 

Sa spiritualité :

Marie-Louise n'a pas d'autre référence que l'Ecriture, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, l'enseignement de l'Eglise et la vie.

L'Evangile trouve écho dans notre vie, la bouscule, l'invite à la conversion. La Parole s'incarne et donne encore plus de vie à notre vie.

La spiritualité que nous propose Marie-Louise, celle qu'elle a vécue, est bien adaptée au temps que nous vivons :

- Une spiritualité réaliste, responsable qui nous invite à ouvrir les yeux, à voir large, à « respirer catholique » c'est-à-dire respirer universel (au sens étymologique)

- Une chrétienne, laïque, une femme à l'aise dans le monde et dans son Eglise, qui assume pleinement sa place au fil des évènements, des rencontres et des responsabilité qu'on lui confie.

- Elle ne revendique pas, ne cherche pas une place, une reconnaissance. Elle n'a pas de plan de carrière. Elle manifeste bon sens, simplicité et une grande liberté de parole. Elle voulait uniquement être là où elle était.

- Avec délicatesse et humour, mais sans concession, elle remet toujours la mission du laïc, du chrétien dans le monde et dans l'Eglise au premier plan.

- Chaleureuse et accueillante, elle était très attentive à ses invités, aux opinions et à la vie des jeunes, bienveillante à leur égard « joyeux désordre » : Ils ont de la difficulté à touver du temps pour réflêchir même s'ils en ont besoin?

- La vie spirituelle n'est pas une autre vie que la vie quotidienne : nous ne sommes pas ailleurs que là où nous sommes, nous n'avons pas d'autre vie que notre vie quotidienne, un jour après l'autre : c'est une vérité bien ordinaire, c'est une telle évidence qu'on n'en parlait pas, puis est apparu la nécessité de le dire car l'air que l'on respire en est moins imprégné.

Dans tous les aspects de notre vie, nous pouvons donc vivre une dimension spirituelle. Il faut tenir ensemble ce qui est dit spirituel et ce qui ne semble pas l'être car l'Esprit souffle partout où il veut.

 

Pour finir, revenons à la définition du Robert, ordinaire : qui est conforme à l'ordre normal des choses.

Marie-Louise, une femme ordinaire, comme il y en a certainemant beaucoup,

un apôtre ordinaire, comme il y en a aussi beaucoup,

mais selon l'ordre normal des choses, comme il pourrait y en avoir encore davantage.

C'est là où nous sommes que nous devons être témoins de la Bonne Nouvelle...

La manne dans le désert était donnée chaque matin, et si Jésus nous a appris à aimer notre prochain, qui n'est pas à chercher bien loin, et à demander notre pain de chaque jour, et pas celui d'après-demain, il doit bien y avoir une raison !

 

Abbé Jean Casanave :

...Tout est spirituel car l'Esprit Saint anime la vie chrétienne. Il ne faut donc pas opposer les mouvements d'engagement et ceux de spiritualité.

L'Esprit Saint est dans la Création comme dans la Rédemption,

dans l'ordinaire comme dans l'extraordinaire...

 

 

 

Agenda
  • Conférence du Père BERTHAUD sur Marie (29.05)
  • Profession de foi Ste Ursule (03.06)
  • Profession de foi Ste Ursule (10.06)
  • Pèlerinage avec les migrants (10.06)
  • Fête du Saint Sacrement à Ste Thérèse, avec procession. (10.06)
  • Messe pour les défunts (12.06)
  • Confirmation des collégiens (16.06)
  • Pique-nique pour clôturer notre année pastorale (01.07)

Suite...

Actualités de la Paroisse
  • MEJ : Ignace et le bonheur (le spectacle)
  • MEJ : Ignace et le bonheur (les préparatifs)
  • CM2 : "Le Pic de la Foi"
  • Lourdes avec la Pastorale du deuil
  • Marche pèlerinage du 1er mai 2012
  • Une journée des vocations peu commune...
  • "Désert Fertile" : la Pastorale de la fraternité
  • Vendredi Saint - Le Chemin de Croix
  • Retour sur le Carême 2012 - Père Dagras
  • Rassemblements diocésains des jeunes
  • Retour sur évènements

 

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