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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

 

♦ Thème : la justice

Depuis lundi 25 octobre, nous méditons les textes bibliques
sur ce thème avec le frère Eeckhout qui a vécu au couvent de Jérusalem de 2003 à 2021.
Il est maintenant prieur du couvent Fra-Angelico à Louvain-la-Neuve..

♦ Vendredi 12 novembre

Recherche la justice

Texte biblique : II Timothée 4, 6-8

Moi, dit Paul, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse.

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Vainqueur

L’apôtre Paul connaissait les stades de la Grèce antique et a même assisté à des épreuves d’athlétisme. Pour les sportifs, participer à la course au trophée est une bonne chose et gagner est le but final. Ce trophée visible du vainqueur sera une couronne, tant espérée, remise par un homme.
Saint Paul – dans cette lettre en forme de testament – dit avoir couru pour remporter, non pas une couronne de fleurs dorées, mais la couronne de la justice. Celle-ci montre celui qui est resté en relation personnelle avec Jésus ressuscité et a gardé confiance dans le fait d’être sauvé par Jésus crucifié. Il est couronné parce qu’il a témoigné jusqu’à la ligne d’arrivée de la miséricorde de Dieu et jusqu’au bout du combat de la fidélité à son alliance avec notre humanité.

Une telle couronne sera remise par Dieu, le juste juge. Il est juge d’une façon unique, car le Seigneur est le seul à nous connaître jusque dans nos intentions*.
La justice de Dieu est un don, une œuvre de re-création. C’est une vocation à nous ajuster à notre être de fils de Dieu et de frère. Ceci nous fait mieux comprendre que la justice du Règne de Dieu représente la relation juste entre les personnes et avec Dieu. La réalité essentielle, c’est la relation que Jésus offre à chacun et à chacune d’entre nous. Relation qui renouvelle notre regard sur autrui et change notre comportement au point que notre relation aux petits est la relation à Dieu lui-même**.

Saint Paul ne se réserve pas à lui seul ce prix de la victoire : il devient accessible à tous ceux pour qui l’apparition de Jésus-Christ est une révélation et sa manifestation finale ou triomphale une attente amoureuse.

* Première lettre de saint Jean 3, 20c ; évangile selon saint Luc 16, 15b.
** Évangile selon saint Matthieu 25, 40.

♦ Mercredi 10 novembre

Recherche la justice

Texte biblique : I Timothée 6, 6-11

Certes, il y a un grand profit dans la religion si l’on se contente de ce que l’on a. De même que nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous n’en pourrons rien emporter. Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation, dans une foule de convoitises absurdes et dangereuses, qui plongent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre. Mais toi, homme de Dieu, fuis tout cela ; recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur.

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Le meilleur placement

Viens-tu faire une partie de cartes ? Oui volontiers, mais j’aime simplement jouer pour jouer entre copains et non pas pour de l’argent. Pourquoi ne veux-tu pas donner de l’intérêt à la partie ? Parce que l’amour de l’argent entraîne souvent des dettes de jeu entre nous et puis des disputes. Ne penses-tu pas qu’il vaut mieux placer sa confiance en Dieu plutôt qu’en des richesses précaires, incertaines* dès qu’il y a une crise financière ? Dieu, lui, pourvoit largement de tout** avec sagesse et je peux m’en contenter. L’argent, on le sait, ne fait pas le bonheur.

Dans un même esprit, l’apôtre Paul avertit un jeune disciple, son ami Timothée, du danger du monde et lui donne un conseil : fuir l’amour de l’argent et ses tourments ! Pour le mettre sur la bonne piste, il lui propose le meilleur placement, celui des vertus chrétiennes qui se retrouvent dans les béatitudes évangéliques pratiquées et enseignées par Jésus : la justice ou la droiture, la douceur ou l’humilité de cœur, la foi et la charité, ainsi que la persévérance et la piété.

Cette exhortation proposée sur un ton solennel n’est pas faite à n’importe qui, mais à un proche compagnon de l’apôtre. Il est considéré comme un homme de Dieu, un modèle pour les croyants. Par son comportement, il est appelé à témoigner de ce que le monde spirituel est un meilleur capital que le monde matériel, de ce que le message de Jésus-Christ et la confiance en lui sont premiers***.
« Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie »****, pour « la vie éternelle »*****.

*Première lettre à Timothée 6, 17b.
** Première lettre à Timothée 6, 17c.
*** 
Première lettre à Timothée 6, 3b.
**** Évangile selon saint Jean 5, 28.
***** Évangile selon saint Matthieu 25, 46 et 1re lettre à Timothée 6, 12b et 19b.

♦ Lundi 8 novembre

L’homme juste

Texte biblique : II Corinthiens 9, 9-11

L’Écriture dit de l’homme juste : Il distribue, il donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais. Dieu, qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira la graine ; il la multipliera, il donnera la croissance à ce que vous accomplirez dans la justice. Il vous rendra riches en générosité de toute sorte, ce qui suscitera notre action de grâce envers Dieu.

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Grain de folie

En son temps, saint Paul a su se montrer reconnaissant du partage des chrétiens de Corinthe pour l’Église de Jérusalem*. Oui, quand on aime, on ne compte pas ! Mais quand je sème – du verbe semer – est-ce vraiment à tout vent** ? Autrement dit, serais-je capable de donner mon propre manteau à un homme déguenillé, comme l’a fait saint Martin de Tours ? Serais-je prêt à remuer la conscience des Français en réagissant comme l’a fait l’abbé Pierre pour les sans-abri quand il gèle à Paris ? Oserais-je m’investir comme mère Teresa dans un pays où je vois des gens mourir sur les trottoirs ? Ou est-ce que l’acteur George Clooney a tort de distribuer son argent à ses amis ?

Je peux répondre qu’ils ont un grain quelque part, un grain de folie. Mais, d’un autre point de vue, l’apôtre Paul dira qu’ils ont été réceptifs à la graine que Dieu fournit au semeur. Ils n’ont en tout cas pas pu rester insensibles devant le froid qui ronge les pauvres*** dans les rues ou les laissés pour morts dans les caniveaux. C’est bien plus qu’un simple service, c’est par nécessité de justice qu’ils se sont mobilisés, car la charité pousse à l’action pour qu’advienne une terre nouvelle où résident le droit et la justice. La communauté Emmaüs fondée par l’abbé Pierre et la congrégation des Missionnaires de la Charité fondée par sainte Teresa de Calcutta sont effectivement des œuvres de justice en pleine croissance aujourd’hui.

Nous bouger pour le service du bien dans la justice est donc tout à fait possible concrètement. Toutes sortes de générosités ne sont-elles pas envisageables en faveur de l’égalité**** ?

* 2e lettre aux Corinthiens 8, 1-5.
** Voir 2e lettre aux Corinthiens 9, 6b : « Qui sème largement moissonnera largement. »
*** Paul cite ici le Psaume 112, 9.
**** 2e lettre aux Corinthiens 8, 13-15.

♦ Vendredi 5 novembre

C’est à moi que vous l’avez fait

Texte biblique : Matthieu 25, 37-40

Alors les justes répondront au Roi : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

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Sans le savoir

Honorer Dieu sans le savoir, être justes sans s’en rendre compte, est-ce fréquent ? Un test qui nous est sans cesse proposé par Jésus lui-même. C’est une véritable surprise pour les personnes à qui s’adresse ce Roi dans l’Évangile ! Et force est de constater que les bénis du Père ont agi par bonté, sans se souvenir d’avoir vu le Seigneur au moment de leur œuvre de miséricorde. L’épître aux Hébreux nous dit que : « Dieu n’est pas injuste pour oublier ce que vous avez fait. »*
Et lorsque, sur la fin de sa vie, saint Vincent de Paul reçoit la visite de la reine de France qui le félicite d’avoir fait tant de bien pour les pauvres et les petits, il lui répond : « Si peu Madame, si peu ! » Il y voyait un début d’action de justice sociale à amplifier beaucoup plus largement.

Dans un sermon, saint Augustin, l’évêque d’Hippone**, disait : « Moi, je trônais dans le ciel à la droite de mon Père, mais sur la terre mes membres avaient faim. Si vous aviez donné à mes membres, ce que vous auriez donné serait parvenu jusqu’à la Tête. »*** La tête du corps, qui le perçoit, en est consciente, puis reconnaissante. Pour saint Augustin, l’identification du Roi avec les plus petits de ses frères, c’est le Christ et ses fidèles, « ils ne forment qu’un seul Corps mystique c’est le Christ total ». Nourrir les membres du Corps donne de l’énergie au Corps entier.

Que je sois jeune, adulte ou âgé, quel est le bilan de ma vie ? Qu’ai-je fait dans ma vie ? Si nous voulons faire le bien, être soucieux de fraternité, c’est maintenant, durant notre vie terrestre, qu’est « le temps favorable »****. Et le souci des plus pauvres est prioritaire dans l’économie du salut, dans la justice du royaume de Dieu. Jésus prononce ici sa parole définitive sur toute l’histoire du monde.

* Lettre aux Hébreux ch. 6 v. 10.
** Dans l’actuelle Algérie.
*** Saint Augustin, Sermons 18,4,4. 
**** 2e lettre aux Corinthiens 6, 2.

♦ Mercredi 3 novembre

Non pas abolir mais accomplir

Texte biblique : Matthieu 5, 17-20

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. »

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La loi pour vivre

Obéir à une loi n’est pas évident ! Surtout s’il s’agit de lois religieuses. Aujourd’hui, un règlement intérieur dans une entreprise est parfois refusé ou contourné. Observer une norme ou un commandement peut donner lieu à discussion, voire être contesté. Alors quel est le bon et juste comportement à avoir ?

Jésus nous dit comment surmonter cette difficulté. Après nous avoir encouragés à avancer sur des pistes de bonheur, à donner le goût de vivre et à agir clairement pour le bien de tous, Jésus en appelle à notre responsabilité vis-à-vis des autres. Il nous oriente vers le sens véritable de la loi ancienne, celui de nous ouvrir au respect d’autrui, pour être capable de vivre ensemble. Entrer dans le royaume de Dieu*, ne serait-ce pas agir dans l’intérêt des autres ?

Jésus, en maître de vie, invite à un dépassement de l’aspect légaliste de la loi utilisée comme un faire-valoir ostentatoire. Autant le scribe qui connaît la loi, mais s’en tient aux observances extérieures que le pharisien qui accentue son formalisme : ils se méprennent. Accomplir la loi, c’est alors agir selon une relation juste entre les personnes et avec Dieu, en ayant conscience que toutes ces personnes sont aimées de Dieu et destinées à répondre à son amour. Lorsque le « royaume » est au-dedans de nous, notre manière d’être est motivée de l’intérieur et se vit dans la perspective d’une justice et d’une bonté à rechercher sans cesse, en se dépouillant de son « ego ». Il s’agit d’une pratique, une « ortho-praxis », avant même d’être un enseignement. C’est une invitation à nous surpasser pour être en adéquation avec le comportement de Jésus à notre égard. Bref, accomplir toute justice** dans la fidélité et la miséricorde.

*Voir l’évangile selon saint Matthieu 4, 17 ; 6, 33 ; 10, 7.
** Évangile selon saint Matthieu 3, 15.

♦ Lundi 1er novembre

Le roi juste

Texte biblique : Zacharie 9, 9-10

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays.

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Un roi sur un ânon !

Les ingénieurs sont assurément intelligents, mais pour aménager une route sur la montagne certains se font précéder d’un âne qui, de façon innée et d’un pied sûr, trace harmonieusement la descente ! En Orient, l’âne, l’ânesse et le petit ânon n’ont pas la symbolique négative qui leur est attribuée en Occident. Au contraire, solides et familiers, ils représentent la patience, la persévérance et la simplicité. Les ânesses avec leur petit ânon sont des montures plus dociles que les ânes et partagent la vie quotidienne des gens. La Bible connaît l’âne du patriarche Abraham*, ceux amenés au roi David**, les ânesses royales dont parle la prophétesse Déborah*** et celle du prophète Balaam****.

Et puis il y a l’ânon du roi pacifique dans cette seconde partie du message prophétique de Zacharie*****, datée de la fin du IVe s. avant Jésus-Christ. Il marque ici l’importance de l’attente d’un messie humble et doux. Certes, il aura grandeur d’âme et puissance royale, mais son originalité est d’être pauvre, d’avoir l’abnégation des gens du peuple et une immense humilité, comme est la simplicité de l’ânon ; c’est en cela qu’il est juste. Son entrée dans la capitale met les gens de Jérusalem en émoi. La joie vient de la reconnaissance des actions du roi modeste qui porte l’espérance d’une pacification, en tout opposée aux malheurs guerriers des chars, des chevaux de combat et des arcs des autres rois. 
Car sa victoire est spirituelle !

Les évangiles nous disent que Jésus a fait son choix : à dos d’ânon il descend le mont des Oliviers dans sa passion de nous rejoindre******. Il vient à nous en juste sauveur, non plus d’un peuple, mais de toutes les nations. Un roi qui n’est pas de ce monde, mais qui plaît à Dieu.

* Livre de la Genèse 22, 3.5.
** 2e livre de Samuel 16, 1-2.
*** Livre des Juges 5, 10.
**** Livre des Nombres 22, 21-33.
***** Livre de Zacharie 9 à 14.
****** Évangile selon saint Marc 11, 7 ; évangile selon saint Matthieu 21, 4-7.

♦ Vendredi 29 octobre

Une justice vraie

Texte biblique : Zacharie 7, 8-10

La parole du Seigneur fut adressée à Zacharie : Ainsi parlait le Seigneur de l’univers. Il disait : Rendez une justice vraie ; que chacun ait pour son frère amour et tendresse. La veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, ne les opprimez pas ; que personne de vous ne médite en son cœur du mal contre son frère.

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L'amour fraternel

Je déménage. Je reviens de loin et suis perçu comme un étranger. Alors, comment m’intégrer en gardant mes valeurs ? En cette nouvelle page de vie, vais-je bouder les voisins ?

Le prophète Zacharie, dans cette première partie de son message, est préoccupé par les exigences de moralité lors du retour d’exil des Israélites, vers l’an 519 avant Jésus-Christ. Inspiré par Dieu, il demande au peuple de vivre selon le code de l’Alliance*. Mais marcher dans les voies de Dieu n’est pas de tout repos.

La loi de justice et de sainteté biblique se résume dans l’amour des appauvris, des rejetés et des laissés pour compte ou sans-papiers de notre société.
Ce commandement d’aimer son frère est si fort qu’il implique quatre impératifs. Deux nous encouragent : pratiquer la compassion fraternelle et favoriser la réconciliation sociale. Deux autres interdisent : l’oppression des plus défavorisés, la veuve, l’orphelin, l’étranger et le pauvre** et puis les pensées de maltraitance fraternelle. C’est toute la justice distributive qui est à mettre en œuvre.

Il est temps de passer à l’action pour la dignité de tous. Mais est-ce que la parole de Dieu arrivera à faire corps avec nous ? Oui, progressivement, si la loi de la charité remplace celle de la domination.
Le Seigneur a vu la veuve galiléenne qui allait enterrer son fils et lui a rendu la vie***. Sa parabole du bon Samaritain**** est l’exemple type de réconfort des accablés. Sachons les soutenir dans les épreuves, tant matérielles que spirituelles, et voir dans le pauvre un Seigneur***** !

* Livre de l’Exode 22, 20.21.
** Voir les exemples concrets au livre du Deutéronome 24, 17.22 et 27, 19 puisque Dieu protège l’émigré et rend courage à l’orphelin au Psaume 10, 14, comme à la veuve Psaume 146, 9.
*** Évangile selon saint Luc 7, 12.
**** Évangile selon saint Luc 10, 25-37.
***** Cf. Dominique Barthélemy, Le pauvre choisi comme Seigneur : la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, Cerf, 2009

♦ Mercredi 27 octobre

Le Seigneur rend justice

Texte biblique : Deutéronome 10, 16-19

Pratiquez la circoncision du cœur, n’ayez plus la nuque raide, car le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, vaillant et redoutable, qui est impartial et ne se laisse pas acheter. C’est lui qui rend justice à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’immigré, et qui lui donne nourriture et vêtement. Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés.

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Imitez Dieu !

L’oratorio de Haendel fait résonner « Lord of Lords… Alleluiah ! » Les chœurs chantent avec force louanges la seigneurie royale du Messie*. Ce chant de la grandeur de Dieu me transporte ; je suis comme aspiré vers le haut.

Avec pareille audace, le Deutéronome demande une circoncision spéciale : celle du cœur, c’est-à-dire une purification de nos intentions qui authentifie l’alliance personnelle, intime, entre Dieu et nous. C’est une entrée dans le projet de ce Dieu vivant qui nous a aimés le premier. Au fond de moi, je sens qu’il cherche à améliorer la relation envers lui et sa création pour diminuer les injustices, car il veut profondément rendre justice**. Le « Père juste »*** – comme le nomme Jésus – juge sans abus de pouvoir et ne se laisse pas corrompre ou aller à des compromissions. Comme le présente le livre de la Sagesse, Dieu ami de l’homme juge avec modération et douceur, car sa force est le fondement de sa justice****. Il ne supporte pas l’oppression des petits, et c’est pour cela qu’il intervient pour le peuple hébreu immigré : il le libère des travaux forcés du pharaon d’Égypte et lui rend sa liberté de culte pour célébrer sur la montagne. N’est-ce pas une preuve de la redoutable juste force de Dieu ?

Cette justice divine n’est pas moins exigeante vis-à-vis des croyants, qui trop souvent sont orgueilleux, inflexibles, ayant la nuque raide, un gros cou ! Puisque le Seigneur rend justice aux faibles, il nous commande d’en faire autant, d'imiter sa justice vis-à-vis de « l’orphelin, de la veuve et de l’immigré »*****. Ils sont si nombreux aujourd’hui : ouvrons-leur notre porte ! C’est une piste de bonheur, une béatitude évangélique que d’avoir faim et soif de la justice !

* Georg Friedrich Haendel, Messiah.
** Livre des Psaumes 11, 7.
*** Évangile selon saint Jean 17, 25.
**** Livre de la Sagesse 12, 15-16-22.
***** Livre du Deutéronome 24, 17-18 ; Livre de l’Exode 22, 20.21 ; Livre d’Isaïe 1, 17.

♦ Lundi 25 octobre

Dieu est juste

Texte biblique : Deutéronome 32, 1-6

Écoutez, cieux, je vais parler ! Que la terre entende les paroles de ma bouche ! Mon enseignement ruissellera comme la pluie, ma parole descendra comme la rosée, comme l’ondée sur la verdure, comme l’averse sur l’herbe. C’est le nom du Seigneur que j’invoque ; à notre Dieu, reportez la grandeur. Il est le Rocher : son œuvre est parfaite ; tous ses chemins ne sont que justice. Dieu de vérité, non pas de perfidie, il est juste, il est droit. Ils l’ont déshonoré, ses fils perdus, génération fourbe et tortueuse. Est-ce là, ce que tu rends au Seigneur, peuple stupide et sans sagesse ? N’est-ce pas lui, ton père, qui t’a créé, lui qui t’a fait et affermi ?

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Chanter juste !

Voici le scénario d’un procès : Moïse juge les descendants de Jacob, héritiers de l’Alliance avec leur créateur et libérateur. Ciel et terre sont convoqués en témoins. Le peuple hébreu, sorti de l’emprise du pharaon égyptien, est vivement interpellé. Puisque c’est grâce à Dieu que le désert a pu être traversé, comment peut-on l’oublier, une fois entré en terre fertile ? Ils lui doivent tout de même la vie, leur survie ! 
Le livre du Deutéronome, c’est le fondement religieux rappelé aux Israélites peu de temps avant leur déportation à Babylone et puis au retour de cet exil, lorsqu’ils sont revenus à Jérusalem, en 538 avant Jésus-Christ. Cet avertissement du cantique de Moïse sera repris par Jean le Baptiste avec la même vigueur pour réveiller les Juifs et même les militaires*.

Si Dieu est l’Être suprême, le rocher stable, l’ennemi du mal, parfaitement juste et droit qui a tout bien fait pour nous, comment ne pas l’honorer dès que son nom est prononcé ? Lui, si attentif et attentionné, peut-il rester un père méconnu, exclu de la société ? De quoi être en sainte colère, non ?

À notre tour d’accueillir le Christ – comme autrefois Marie et Joseph** – non pas seulement comme un Emmanuel***, Dieu-avec-nous, mais pour ce qu’il est : Jésus, Dieu sauveur, qui a sauvé toute l’humanité ! Ceci ne coule-t-il pas de la source jaillissant du côté ouvert du Crucifié qui prend avec lui le larron en paradis**** ?
Reconnaissons-le, cessons d’être amnésiques. Dieu est le seul à connaître notre cœur, à pouvoir répondre à l’attente la plus profonde de notre être.

*Voir évangile selon saint Matthieu 3, 1-12 ; évangile selon saint Luc 3, 6-14 ; évangile selon saint Jean 1, 3-4.15.26.
** Voir évangile selon saint Luc 1, 31-38 ; évangile selon saint Matthieu 1, 20-25.
*** Livre d’Isaïe 7, 14.
**** Évangile selon saint Luc 23, 43.

 

♦ Thème : la douceur

Depuis lundi 4 octobre, nous méditons les textes bibliques
sur ce thème avec Anne Gérardin qui est laïque dominicaine à Grenoble, mariée et grand-mère..
(Les lundis, mercredis et vendredis... et excusez-moi si j'ai parfois du retard)

♦ Vendredi 22 octobre

Rendre compte de l’espérance avec douceur

Texte biblique : I Pierre 3, 15-17

Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ. Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal.

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Vie de saint !

Comme Jésus l’avait dit à ses disciples qui s’étaient approchés de lui, sur la montagne, l’Esprit-Saint nous redit, aujourd’hui : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. »* Notre Dieu a choisi d’avoir besoin de nous pour que soit révélée au monde la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Alors, « soyez prêts »**, nous dit Pierre, et recevez au plus profond de vos cœurs cette sainteté du Christ qui vous est donnée en partage. « Devenez saints, dans toute votre conduite »***, insiste-t-il. Oui, car il n’y a pas d’autre chemin pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ que celui qu’il a lui-même emprunté. Le chemin de la sainteté, de l’humilité et de la douceur de qui s’en remet inconditionnellement au Père, sans réserve.

Recevoir le Christ qui se donne en nourriture ; se tourner avec lui vers le Père et se recevoir de lui, comme un enfant ; apprendre de lui à vivre en frères ; devenir disciples et donner sa vie avec lui ; revêtir le vêtement du serviteur et prendre soin de l’humanité en chacun… Tel est l’appel à la sainteté que nous avons tous reçu : « Vivre du Père et avec Lui, en embrassant Jésus pour mesure, et en vivant de leur Souffle commun. »****
Annoncer au monde, avec les mots que l’Esprit nous soufflera, le dessein inouï de notre Dieu, car là est notre espérance : « Notre Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. »***** Porter au cœur de notre humanité cette question : le Royaume de Dieu est déjà là, ne le voyez-vous pas ? Garder une certitude chevillée au cœur : c’est la douceur, l’inlassable douceur, la divine douceur, qui ouvrira les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Sommes-nous prêts à aller boire à la source jaillissante de cette douceur et à prendre la route, à la suite du frère aîné, en enfants de douceur ?

* Évangile selon saint Matthieu 5, 13-14.
** Première lettre de saint Pierre 3, 15.
*** Première lettre de saint Pierre 1, 15.
**** Philippe Dockwiller, Ce que tu as caché aux sages, Éd. de la Licorne, p. 98.
***** Saint Athanase, d’après saint Irénée.

♦ Mercredi 20 octobre

 

Reprendre avec douceur

Texte biblique : II Timothée 2, 23-26

Évite les discussions folles et simplistes : tu sais qu’elles provoquent des querelles. Or un serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur ; il doit être attentionné envers tous, capable d’enseigner et de supporter la malveillance ; il doit reprendre avec douceur les opposants, car Dieu leur donnera peut-être de se convertir, de connaître pleinement la vérité : ils retrouveront alors leur bon sens et se dégageront des pièges du diable qui les retient captifs, soumis à sa volonté

Écouter Parole de Dieu + méditation

Divine douceur

L’actualité est souvent pleine de violence et la folie des hommes frappe. L’orgueil, l’avidité et parfois simplement l’ignorance des uns agressent les autres, plus vulnérables. Alors, comment entendre la Parole qui nous met en garde, aujourd’hui, comme hier : la douceur est la marque d’un serviteur du Seigneur, dans ses paroles comme dans ses actes ?
C’est vrai, que la douceur n’a pas très bonne presse. Souvent on la confond avec la faiblesse. Pourtant, là où la faiblesse cède, souvent par peur, la douceur accueille, met des mots, s’affirme et résiste, sachant en qui elle a mis sa confiance. Elle ne cherche pas à passer en force, à convaincre, à coups d’arguments et de raisonnements. Dans la douceur, il y a un infini respect de la liberté d’autrui. Et pourtant, tandis que le monde promet la domination de la terre à la violence, c’est bien à la douceur que l’Évangile la promet*. Mais cette divine douceur se quémande, souvent au pied de la croix.

Tous les témoins, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, connaissent bien cette divine douceur de la main du Père. Maurice Bellet, prêtre et théologien, formé aussi à la psychanalyse, en parle avec des mots magnifiques, depuis sur son lit d’hôpital. La divine douceur est « douce fermeté car, pas un instant elle ne blesse le cœur, elle ne meurtrit ce qui est au cœur de l’homme, où il trouve vie. La divine douceur sauve tout. Elle ne désespère jamais de personne, elle croit toujours qu’il y a un chemin. Elle est inlassablement inlassable à enfanter, soigner, nourrir, réjouir et conforter. »**
Réceptacles de la douce fermeté du Père qui, inlassablement, nous façonne, sommes-nous prêts à l’incarner, la diffuser, en serviteurs attentionnés de ce monde dans lequel Dieu nous envoie ?

* Évangile selon saint Matthieu 5, 5.
** Maurice Bellet, L’épreuve ou le tout petit livre de la divine douceur, DDB, 1988, p. 14.

♦ Lundi 18 octobre

Un roi plein de douceur

Texte biblique : Évangile selon saint Matthieu 21, 1-6

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les-moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez  : “Le Seigneur en a besoin.” Et aussitôt on les laissera partir. » Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné.

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Désarmante royauté

En fait, ça fait si longtemps qu’on l’attendait ce roi, plein de douceur, annoncé par le prophète Zacharie. Ce roi pacifique « qui fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat »*, signes d’orgueil et de puissance destructrice. Ce roi, monté sur un petit ânon*, monture des temps de paix. Et l’allégresse est grande quand Jésus entre dans Jérusalem, ce jour-là : l’oracle de Zacharie est enfin en train de s’accomplir ! Jour des Rameaux.

Oui, c’est bien un roi qui entre, au milieu des cris de joie, dans Jérusalem, mais le peuple en liesse se méprend sur sa royauté. Roi désarmant qui ira jusqu’à se mettre à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds, les invitant à faire, eux aussi, de même**. Roi plein de douceur, jusqu’au bout. Pierre le sait bien qui a croisé son regard après l’avoir trahi***. Qui le reconnaîtra encore quand il sera cloué sur la croix, comme un traître, hors les murs ? Le bon larron**** et le centurion romain qui s’est exclamé : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu. »*****
C’est sur la croix que se manifeste le plus clairement la vraie royauté de celui qui, dans une confiance et une obéissance totales envers son Père, a donné sa vie jusqu’à l’extrême, pour les hommes. 
C’est par sa longue contemplation du « livre de la Croix » que saint Dominique a puisé la grâce de la douceur qui irradiait son visage et a tant frappé ceux qui l’ont connu. Douceur qui a fécondé toute sa vie et a suscité l’Ordre des Prêcheurs, si soucieux de porter au monde la douceur de la miséricorde divine. Déploiement de la royauté conférée par le baptême, invitation à donner sa vie, les yeux fixés sur Jésus-Christ.

Tous, nous sommes invités sur ce chemin, rois à la suite du Christ-Roi, pour porter au monde la douceur tellement nécessaire pour vivre.

* Livre de Zacharie 9, 9 - 10.
** Évangile selon saint Jean 13, 1 – 20.
*** Évangile selon saint Luc 22, 54 – 62.
**** Évangile selon saint Jean 24, 39 – 43.
***** Évangile selon saint Marc 15, 39.

♦ Vendredi 15 octobre

Doux et humble de cœur

Texte biblique : Évangile selon saint Matthieu 11, 28-30

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

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Douceur d'un joug

À l’aube de l’Ancienne Alliance, à l’Horeb, Dieu a révélé son nom à Moïse, « je suis qui je suis »*, prémices d’une longue histoire avec son Peuple auquel il se révélerait en se faisant proche.

Un jour, aube de la Nouvelle Alliance, la voix de Dieu se fait entendre depuis les Cieux. Jour du baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »** À la Transfiguration, la voix de Dieu se fait entendre à nouveau : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. Écoutez-le. »*** Et, entre ces deux révélations divines, encadrées par elles, la voix de Jésus lui-même entre en résonance avec la voix entendue à l’Horeb, « je suis », nous révèle Jésus, et plus encore : « Je suis doux et humble de cœur. »**** Quelle extraordinaire révélation de la part de celui qui vient nous manifester le vrai visage du Père, du créateur du ciel et de la terre !

En Jésus, douceur et humilité apparaissent comme deux sœurs jumelles, l’une ne pouvant aller sans l’autre. Doux et humble de cœur, Jésus l’est car, Fils, il ne cesse de se recevoir du Père. Doux et humble de cœur, Jésus le manifeste d’abord en s’approchant des petits, de ceux dont le fardeau est lourd et qui peinent à le porter. Douceur qui affleure dans des gestes, dans des paroles, dans des regards et qui vient d’un cœur rempli de miséricorde et de bonté. Jésus perçoit si finement la vulnérabilité de ceux qu’il rencontre. Douceur qui espère, ouvre un chemin, relève, sauve.

Alors oui, entendons son invitation à nous faire disciples, à nous atteler avec confiance à la tâche, à nous mettre sous son joug, avec lui, car c’est sa douceur qu’il nous offre en partage, pour nous et pour le monde.

* Livre de l’Exode 3, 14.
** Évangile selon saint Matthieu 3, 17.
*** Évangile selon saint Matthieu 17, 5
**** Évangile selon saint Matthieu 11, 29.

♦ Mercredi 13 octobre

Heureux les doux

Texte biblique : Évangile selon saint Matthieu 5, 5

Heureux les doux

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Hérite deux fois

Cette proposition de recevoir la terre, Jésus l’a déjà entendue. Juste après son baptême au désert, le tentateur est venu lui proposer, d’emblée, tous les royaumes du monde. Le tentateur, toutefois, a assorti son offre d’une condition : « Tout cela je te le donnerai si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »* La réponse de Jésus a été tranchante : « Arrière Satan ! Car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »**

À l’aube de sa vie publique, Jésus, vient donc revisiter, de façon inattendue, cette question d’héritage. Le contexte est radicalement différent. Devant ses disciples, Jésus laisse jaillir, émerveillé, une vérité qui se manifeste, se vérifie, de plus en plus clairement : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. »*** Accomplissement d’une promesse des temps anciens qui ne peut pas échapper aux disciples : « Les doux posséderont la terre et jouiront d’une abondante paix. »**** Affirmation d’une grande connivence entre douceur et paix. 
Cette vérité a aussi commencé à germer dans le cœur des disciples. Ils sont, en effet, témoins de la relation tout à fait inouïe de Jésus avec son Père et avec les hommes. Ils saisissent que c’est d’abord dans une manière d’être face au Père que s’origine cette douceur qui émane de Jésus à chaque instant. Et c’est vrai, quels que soient les aléas du chemin et les résistances rencontrées. Celui qui est doux n’est pas un faible, un niais, un mièvre, mais un croyant qui a une grande force d’âme. Il sait rester patient, accepter le temps et la manière de Dieu sans s’emporter devant les contradictions de la vie.

Oui, à celui qui s’incline devant lui, le Père donne en héritage la grâce de la douceur, cette « douceur qui désarme le prince de ce monde »*****.

*Évangile selon saint Matthieu 4, 9.
** Évangile selon saint Matthieu 4, 10.
*** Évangile selon saint Matthieu 5, 5.
**** Livre des Psaumes 36, 11.
***** Lettre de saint Ignace d’Antioche aux Tralliens.

♦ Lundi 11 octobre

Douceur de vivre en frères

Texte biblique : Psaume 132, 1-3

Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis !
On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement.
On dirait la rosée de l’Hermon qui descend sur les collines de Sion. C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours.

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Laborieuse fraternité

Et si c’était là, la bonne nouvelle que nous avons à annoncer au monde puisque nous sommes tous enfants d’un même Père ? La bonne nouvelle à annoncer en tout premier, par notre vie* ? Déjà, les païens s’étonnaient devant la vie des premiers chrétiens en disant : « Voyez comme ils s’aiment ! »**
Et pourtant, nous le savons tous, il n’est pas si simple de vivre en frères ! La Bible le sait bien, elle aussi, qui nous rapporte de douloureuses histoires de fratries. Dans la toute première, Caïn et Abel, l’aîné met à mort le cadet***. Plus tard, les frères de Joseph le jettent dans une citerne vide puis, se ravisant, le vendent à des marchands de passage****. Jusqu’à l’apôtre Pierre qui s’intéresse davantage à ce qu’il adviendra du disciple bien-aimé qu’à Jésus quand il lui pose la question : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? »***** Jésus le reprend : « Que t’importe ? Toi, suis-moi. »*****

La Bible, comme toujours, vient nous rejoindre, jusque dans nos histoires tourmentées pour dénoncer la violence, les pièges de la jalousie et de la comparaison mortifères. C’est Jésus qui vient nous sortir de cette malédiction de la comparaison. Il nous donne le seul usage de ce petit mot « comme » qui conduise à un déploiement de vie. Frère aîné, venu chercher la multitude de ses frères égarés, il nous invite à nous aimer les uns les autres comme lui, Jésus, nous a aimés. La seule comparaison qui tienne, c’est celle avec Jésus : c’est lui la seule mesure ! Alors oui, nous connaîtrons la douceur de vivre en frères, elle sera semblable à un baume précieux qui diffuse son parfum, embaume, se propage. Invitation à la fraternité universelle…

Et si nous demandions aujourd’hui la grâce de vivre en frères et sœurs avec tous ceux que nous rencontrerons ?

* Evangelii nuntiandi §21-22.
** Tertullien (IIe/IIIe siècle).
*** Livre de la Genèse 4, 1 à 10.
**** Livre de la Genèse 37.
***** Évangile selon saint Jean 21, 21-22.

♦ Vendredi 8 octobre

La parole douce comme le miel

Texte biblique : Sagesse 2, 12-20

Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme lui-même enfant du Seigneur. Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ; car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange. Il nous tient pour des gens douteux, se détourne de nos chemins comme de la boue. Il proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui.

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Ose et persévère

Ce texte, tiré du livre de la Sagesse, est bien antérieur à la vie publique de Jésus. Or, si nous avions pu écouter aux portes des pharisiens, au temps de Jésus, n’aurions-nous pas entendu à peu près les mêmes mots ? Oui, car Jésus a contrarié les pharisiens, s’est opposé à eux, leur a reproché de désobéir à la Loi de Dieu. La seule présence de Jésus leur a pesé, sa conduite leur a semblé étrange, voire insupportable. 

La Lettre à Diognète, merveilleux texte évoquant la vie des chrétiens des premiers temps de l’Église, a, elle aussi, des accents similaires : « Les justes aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne. »*

Et aujourd’hui encore, c’est décidément récurrent, un fils de Dieu dérange, a une conduite étrange aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas, ne le comprennent pas.
Dans le monde du tout tout de suite, de l’homme augmenté, nous sommes invités à la patience, à la sobriété heureuse. Dans un monde qui cherche souvent à accaparer, s’approprier, saisir… nous sommes invités à nous laisser saisir par la souffrance d’autrui. Dans un monde troublé, inquiet de tout maîtriser, de dominer… nous sommes invités à la confiance. Et c’est parfois un vrai combat ! Le secret des fils de Dieu ? « Ils habitent sur la terre mais ils sont citoyens du ciel. »* ! Ils sont « comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt »**. Leurs racines plongent en Dieu et ils donnent des fruits de douceur qui ne passeront pas, ceux dont le monde a besoin pour vivre.

Puissions-nous, aujourd’hui, quel que soit le regard posé sur les chrétiens, porter, là où nous sommes, les fruits de douceur que notre Père a semés en ses enfants.

* Lettre à Diognète.
** Livre des Psaumes 1, 3.

♦ Mercredi 6 octobre

La douceur de son nom

Texte biblique : Psaume 134, 1-3

Alléluia ! Louez le nom du Seigneur, louez-le, serviteurs du Seigneur qui veillez dans la maison du Seigneur, dans les parvis de la maison de notre Dieu.Louez la bonté du Seigneur, célébrez la douceur de son nom.

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Veille et célèbre

Je suis bouleversée. Je viens d’apprendre le décès brutal de Frédérique, une jeune femme porteuse d’un handicap lourd. Ses parents sont mes amis. Depuis nombre d’années, elle était « le phare de leur vie ». Le rythme de leurs vies était dicté par celui de sa vie à elle. Leur foi est grande, mais cela n’empêche pas qu’aujourd’hui ils soient dévastés. Que leur dire ? Les mots qui voudraient les réconforter semblent si pauvres et maladroits.

Je relis alors les mots du psaume que j’ai sous les yeux et que nous venons d’entendre. Ta Parole, aujourd’hui, me demande de « louer ta bonté, Seigneur, de célébrer la douceur de ton nom ». Et « ton nom », c’est toi. Alors, j’ouvre simplement les mains, devant toi, en un geste d’offertoire, et je te confie mes amis et leur fille. Oui, c’est bien là qu’est d’abord ma place. Elle est là depuis qu’au jour de mon baptême tu as fait de moi un prophète, mais aussi un prêtre. Je te les confie et j’intercède pour eux. Puissent-ils s’acclimater peu à peu à ce nouveau mode de présence de leur fille, à toute la douceur dont elle les enveloppe, elle qui les précède auprès de toi.
Et ma prière s’élargit, rejoignant celle du père Pierre Teilhard de Chardin qui, dans les steppes d’Asie, n’ayant ni pain, ni vin, ni autel, offrait, sur l’autel de la terre entière, le travail et la peine du monde, ramassant tout en lui pour le tendre vers Dieu. Bouleversant offertoire d’une messe sur le monde !

Oui, nous aussi, laissons notre cœur s’ouvrir à ce qui se vit autour de nous, s’élargir aux dimensions du monde, osons ce geste d’offertoire qui fait du prêtre un trait d’union entre le ciel et la terre. C’est notre vocation, depuis le jour de notre baptême ! 
Alors nous célébrerons la douceur de notre Dieu qui fait toutes choses nouvelles.

♦ Lundi 4 octobre

La parole douce comme le miel

Texte biblique : Ézéchiel 3, 1-3

Le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ce qui est devant toi, mange-le, mange ce rouleau ! Puis, va ! Parle à la maison d’Israël. » J’ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau et il me dit : « Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel.

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Mange et va

Elle pleure, la maison d’Israël, en exil, au bord du fleuve Kebar, à Babylone. Elle a tout perdu, son Temple, sa terre, son roi. Elle se retrouve, désorientée, dans une culture étrangère. L’amertume* est son pain quotidien. Où donc est Dieu ? Où est-elle cette promesse d’Alliance faite à Abraham, pour toujours ? Dieu pourrait-il avoir oublié son peuple** ?
C’est alors, du cœur même de ce peuple, qu’un homme, Ézéchiel, exilé comme les autres, va se lever, saisi par Dieu qui se manifeste à lui. Rien ne nous dit, dans la Bible, qu’il est meilleur que les autres, mais Dieu l’appelle pour faire de lui son prophète. Et Dieu lui donne des consignes : mange ma parole puis va, ne crains pas, je t’envoie vers ton peuple, un peuple rebelle, au cœur obstiné et endurci. Qu’ils t’écoutent ou ne t’écoutent pas, tu leur diras mes paroles***.

Et, comme un petit enfant apprend à parler avec ses parents, Ézéchiel reçoit les mots de Dieu. Douceur d’une parole à transmettre à tous ceux qui sont errants, exilés, désespérés, car elle leur ouvre un avenir, elle leur offre le salut. Miracle de la parole de Dieu qui, là où elle est reçue, change la violence en paix, le désespoir en espérance, l’amertume en douceur.

Vocation confiée à Ézéchiel hier, vocation confiée à chaque baptisé aujourd’hui ! Dieu envoie chacun de nous vers les siens, ceux qu’il côtoie au quotidien, comme prophète !
Une seule chose suffit, comme pour Ézéchiel, manger la Parole, la ruminer, la laisser nous travailler de l’intérieur. L’Esprit saura nous in-former, nous trans-former, nous ajuster. Alors, comme Ézéchiel, nous goûterons la douceur de cette parole qui porte la vie partout où elle pénètre****, en nous et par nous. Nous permettrons au monde de la goûter. Sommes-nous prêts à répondre : Seigneur, me voici ?

* Cf. Livre d’Isaïe 38, 10 – 20.
** Livre d’Isaïe 49, 15.
*** Cf. Livre d’Ézekiel 3, 4 – 11.
**** Livre d’Ézekiel 47, 1 - 12.

♦ Thème : le silence

Dès lundi 13 septembre, nous méditerons les textes bibliques
sur ce thème "Silence" avec le frère Denis Bissuel.
(Les lundis, mercredis et vendredis... et excusez-moi si j'ai parfois du retard)

« L'une 1ères découvertes que j'ai faites et que le Dieu qui se révèle à nous est un Dieu qui parle... et il nous invite à l'écouter... Mais pour l'écouter, il faut faire silence, ouvrir en soi un espace pour accueillir la Parole de Dieu et celle des autres... Le silence est tout aussi important que la parole dans nos relations humaines...

♦ Vendredi 1er octobre

Silence au ciel

Texte biblique : Apocalypse 8, 1-4

Quand il ouvrit le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure. Et j’ai vu les sept anges qui se tiennent devant Dieu : il leur fut donné sept trompettes. Un autre ange vint se placer près de l’autel ; il portait un encensoir d’or ; il lui fut donné quantité de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le Trône. Et par la main de l’ange monta devant Dieu la fumée des parfums, avec les prières des saints.

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Une pause

L’Apocalypse, Révélation de Jésus-Christ, évoque en son milieu un ultime silence, impressionnant, de ces silences dont nous avons tant besoin. Le livre évoque une grande dramaturgie, toute bruissante de cataclysmes, de combats gigantesques contre le Mal, et de sonneries de trompettes qui secouent le ciel et la terre. Dans ce qui ressemble à une guerre, une trêve totalement inattendue, silence d’environ une demi-heure. Silence limité dans le temps, comme une pause. Le temps que l’on n’entende plus le bruit des armes et le vacarme. Le moment favorable pour faire le point sur ce que nous vivons et ce qui nous arrive. L’espace d’un silence qui nous permet aujourd’hui de traverser dans la paix les prochaines zones de turbulences.

S’il y a un temps pour parler, il y a « un temps pour se taire »*. Le silence est nécessaire pour écouter, pour se préparer à une rencontre, vivre un événement marquant, pour se laisser investir par l’Esprit vivifiant de Dieu. On aurait pu s’attendre, à l’ouverture du septième sceau du Livre scellé de l’Apocalypse, à une manifestation grandiose ou au déclenchement de quelque nouvelle tempête. Seul intervient ce silence d’une demi-heure, la voix forte de la foule immense des élus s’est tue**. Ce silence éloquent révèle l’inouï de la Parole de Dieu, incarnée en Jésus-Christ. Il est le « Verbe sorti du silence », comme l’écrit saint Ignace d’Antioche***.

Quelque chose se prépare pour nous dans le ciel qui dépasse tout langage. « Voici que je viens sans tarder, dit le Seigneur. Heureux celui qui garde les paroles de ce livre de prophétie. »****

* Livre de Qohéleth 3, 7.
** Cf. Livre de l’Apocalypse 7, 10.
*** Ignace d’Antioche, Lettre aux Magnésiens.
**** Livre de l’Apocalypse 22, 7.

♦ Mercredi 29 septembre

Jésus gardait le silence

Texte biblique : Matthieu 26, 59-64

Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement, il s’en présenta deux, qui déclarèrent : « Celui-là a dit : “Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.” » Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »

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Silence crucifié

Il est des réalités inexprimables parce qu’elles touchent au plus profond de ce que nous sommes, de la vérité de notre être, c’est-à-dire au sacré, au « saint ». À plus forte raison, cela est vrai pour Jésus. Il ne cesse d’intriguer, on s’interroge sur son origine et sur son autorité.Ses paroles et ses actes finissent par déranger, maintenant on cherche un motif pour se débarrasser de lui, ce sera celui très sensible du Temple. Le grand prêtre veut obliger Jésus à parler, en prenant Dieu à partie, ce qui est redoutable : « Qui es-tu en vérité, le Christ, le Fils de Dieu ? » Silence. Jésus ne répond rien, la reconnaissance de la vérité de Jésus s’enfonce dans le silence. Jésus ne se défend pas, il ne demande pas à son Père des cieux de venir le délivrer des pièges qu’on lui tend. Dans son entière liberté et dans la confiance totale qu’il fait à son Père, il choisit de ne pas se prononcer. Ce qui va suivre suffira à le révéler.

Il nous faudra lui rester fidèles, vivre avec lui jusqu’au bout la Passion pour pouvoir découvrir pleinement qui il est.
Il nous faudra aussi passer par le silence de la croix, quand Dieu lui-même se tait. Nous commencerons à comprendre que Jésus nous sauve par sa mort et sa résurrection.  
Notre salut en Jésus-Christ est une réalité profonde, inexprimable, un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère maintenant manifesté**.

* Évangile selon saint Matthieu 27, 54.
** Lettre aux Romains 16, 25.26.

♦ Lundi 27 septembre

La tempête apaisée

Texte biblique : Marc 4, 37-41

Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent: « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

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Ferme-la

Le vent souffle fort, menaçant. Sur terre, il risque de tout casser, les toitures et les arbres. En mer, il soulève d’énormes vagues promptes à engloutir les disciples apeurés. Ils semblent impuissants face à la violence de la tempête. Pendant ce temps, Jésus dort paisiblement sur le coussin à l’arrière. Quel contraste saisissant ! Ici, sa seule présence à leurs côtés ne suffit pas aux disciples pour être rassurés.
Il faut parfois réveiller le Seigneur, c’est ce qu’ils font. Alors Jésus menace le vent et impose le silence à la mer comme il l’impose aux démons qu’il expulse. Comme on ferait taire une calomnie, Jésus dit, littéralement, à la mer : « Tais-toi, sois muselée ! » Soit, en français plus vulgaire : « ferme-la ! » Comme si les plus grandes menaces venaient de paroles mauvaises, celles proférées pour faire du mal. 
Nous le savons par expérience, il y a des paroles qui font du bien, et des paroles qui tuent. Toute la vie de Jésus est un dur combat contre les forces du mal qui nous menacent. Il va aller au-devant de l’affrontement le plus violent qui soit : celui de sa propre mort sur la croix. Dans la Bible, le sommeil est un symbole fréquent pour évoquer la mort. Ici, Jésus s’endort dans la mort au sein du chaos infernal des flots déchaînés. À la croix, comme ici au milieu de la tempête, le manque de foi des disciples est flagrant. À son réveil, Jésus ressuscité manifeste sa victoire sur les forces du mal et de la mort. « Si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir »*, disait le prophète Isaïe.

* Livre d’Isaïe 7, 9.

♦ Vendredi 24 septembre

Silence, sors de cet homme

Texte biblique : Luc 4, 32-36

On était frappé par son enseignement, car sa parole était pleine d’autorité. Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par l’esprit d’un démon impur, qui se mit à crier d’une voix forte : « Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le saint de Dieu. » Jésus le menaça : « Silence ! Sors de cet homme. » Alors le démon projeta l’homme en plein milieu et sortit de lui sans lui faire aucun mal. Tous furent saisis d’effroi et ils se disaient entre eux : « Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! »

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Vrai mensonge

On était frappé par l’autorité avec laquelle Jésus parlait. L’autorité, au sens premier du terme, c’est ce qui aide à grandir ceux sur qui elle s’exerce. On le voit bien dans le domaine de l’éducation où l’autorité des parents révèle ce qu’il y a de bon chez leurs enfants, et aussi ce qu’il y a de moins bon. Jésus passe son temps à révéler le meilleur de chacun, mais par sa seule présence, il indispose le démon impur qui défigure l’homme possédé. Le démon se met à crier et à agresser Jésus : « Ah ! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Pourquoi te mêles-tu de mes affaires ? Je sais qui tu es. »
L’esprit impur a une certaine connaissance, il sait qui est Jésus, sa parole est exacte, mais elle n’est pas vraie, elle n’est pas dans la vérité.

Une parole, même exacte, ne constitue pas forcément une vérité, et, comme souvent dans les évangiles, ce sont les démons qui font les plus belles déclarations et pourtant il leur manque l’essentiel : la foi et la charité. Une parole proférée par un esprit mauvais ne peut rien apporter de bon à personne, elle sème le trouble et elle divise. C’est pourquoi Jésus lui impose le silence, littéralement il le muselle, avant de l’expulser. Alors les langues se délient, tout le monde se met à parler et à s’interroger sur la parole de Jésus et sur son autorité. On ne peut dire trop vite que Jésus est le saint de Dieu. Jésus lui-même ne veut pas que le mystère de sa personne soit divulgué trop tôt, avant que ses disciples ne soient prêts à l’entendre, prêts à l’accompagner fidèlement sur le chemin de la Passion. Alors ils pourront dire en vérité : « Vraiment celui-ci était Fils de Dieu. »*

* Évangile selon saint Matthieu 27, 54.

♦ Mercredi 22 septembre

Que toute chair fasse silence

Texte biblique : Zacharie 2, 14-17

Chante et réjouis-toi, fille de Sion ; voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi – oracle du Seigneur. Ce jour-là, des nations nombreuses s’attacheront au Seigneur ; elles seront pour moi un peuple, et j’habiterai au milieu de toi. Alors tu sauras que le Seigneur de l’univers m’a envoyé vers toi. Le Seigneur prendra possession de Juda, son domaine sur la terre sainte ; il choisira de nouveau Jérusalem. Que tout être de chair fasse silence devant le Seigneur, car il se réveille et sort de sa Demeure sainte.

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Réveillons-nous

Silence ! Telle est en résumée l’injonction faite au peuple qui revient chez lui après son exil à Babylone et qui déchante un peu en retrouvant un pays délabré. Le prophète Zacharie appelle à cesser de gémir, de se plaindre et de se lamenter, il convient au contraire de se réjouir, car le Seigneur se réveille. S’agissant du Seigneur, l’expression peut surprendre, elle renvoie à l’action de Dieu qui, en quelque sorte, sort de « chez lui » et vient réaliser ce qu’il avait promis : habiter au milieu de son peuple pour en faire sa Maison, sa Demeure sainte. « Je me tourne vers Jérusalem avec compassion : ma Maison y sera rebâtie. »* Le réveil de Dieu qui vient invite en retour le peuple à se réveiller.

Nous aussi avons besoin d’être réveillés par le bruit que fait le chantier de Dieu. Nous pouvons alors entrer activement dans son projet. Le pape François nous a, de son côté, largement invités à porter le souci de notre maison commune, à l’édifier toujours et encore pour qu’elle devienne pleinement la maison de Dieu. « Nous voyageons, écrit le pape, vers la nouvelle Jérusalem, vers la maison commune du ciel… Entre-temps, nous nous unissons pour prendre en charge cette maison qui nous a été confiée. »** Voilà notre mission, qui est plus que jamais d’actualité, il faut pour l’accomplir de la volonté et de l’audace, de l’énergie et du silence. Quand nous faisons tous ensemble silence, comme le demande le prophète, nous pouvons percevoir une présence au milieu de nous, celle d’un Dieu vivant, un Dieu avec nous***.

* Livre de Zacharie 1,16.
** Pape François, Lettre encyclique Laudato Si’ sur la sauvegarde de la maison commune, n° 243-244.
*** Cf. évangile selon saint Matthieu 1, 22.

♦ Lundi 20 septembre

Silence des amis de Job

Texte biblique : Job 2, 11-13

Trois amis de Job apprirent tout ce malheur qui lui était advenu. Ils arrivèrent chacun de son pays, Élifaz de Témane, Bildad de Shouah et Sofar de Naama, et ils se concertèrent pour venir le plaindre et le consoler. De loin, levant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors, ils éclatèrent en sanglots. Ils déchirèrent chacun son manteau et projetèrent de la poussière sur leur tête. Sept jours et sept nuits, ils restèrent assis par terre auprès de lui et, à la vue d’une si grande douleur, personne ne lui disait mot.

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Présent au souffrant

Tous les malheurs possibles et imaginables se sont abattus sur ce pauvre Job : la perte de ses biens, la mort dramatique de ses enfants, et pour finir un ulcère malin sur tout le corps*. Un sentiment d’écrasement vous envahit devant cette avalanche de malheurs, une telle violence aveugle et cruelle qui s’abat soudain, et dont on ne sait ni d’où elle vient ni pourquoi. Il y a bien de quoi désespérer, ou se révolter ! Job reste silencieux, assis parmi les cendres**. Trois de ses amis, venus de différents horizons, décidèrent d’un commun accord d’aller le voir pour le plaindre et le consoler. Grande et merveilleuse amitié qui a le courage d’affronter le chagrin et le malheur de l’autre !

Face à une personne qui vit un drame, qui souffre dans sa chair ou dans son cœur, que dire ? Les discours pieux, les cris, ou les justifications oiseuses ne peuvent que s’écraser contre l’indicible. Nous pouvons tout juste balbutier quelques mots maladroits, ou nous taire. « Qui tient sa langue est bien avisé »***, dit un proverbe biblique. Ce qui compte le plus dans de telles situations douloureuses, nous avons pu l’éprouver nous-mêmes, c’est d’être présent aux côtés de celui qui souffre. La présence réelle en dit souvent plus que bien des discours. Les amis de Job sont restés une semaine à ses côtés sans dire un mot. Fidélité de l’amitié. Tout est dit.

* Livre de Job 2, 7.
** Livre de Job 2, 8.
*** Livre des Proverbes 10, 13.
**** Livre de Job 2, 13.

♦ Vendredi 17 septembre

Un silence paisible

Texte biblique : Sagesse 18, 14-15

Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit de la Pâque était au milieu de son cours rapide ; alors, du haut du ciel, venant de ton trône royal, Seigneur, ta Parole toute-puissante fondit en plein milieu de ce pays de détresse, comme un guerrier impitoyable, portant l’épée tranchante de ton décret inflexible.

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Parole de silence

Je me trouvais dans un monastère de montagne, il avait neigé toute la nuit. J’ouvris mes volets, un silence paisible enveloppait toute chose. Dans un tel silence, la Parole de Dieu peut surgir, tranchante comme une épée. Le livre de la Sagesse souligne ce contraste saisissant entre ce silence paisible et cette Parole puissante et tranchante. Il évoque la nuit de la Pâque où Dieu a ouvert un passage à travers les eaux de la mer Rouge pour libérer son peuple de l’esclavage d’Égypte et le conduire vers une terre plantureuse, d’amour et de liberté.

Dieu agit par sa Parole ; ce qu’il fait ici en faveur de son peuple est enveloppé dans le silence paisible de la nuit et garde sa part de mystère. Mais la Bible nous révèle du début à la fin que la Parole de Dieu est créatrice et libératrice ; si elle est tranchante, c’est pour détruire le mal et faire advenir en nous la Vérité et la Vie. « Elle est vivante la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit […] elle juge des intentions et des pensées du cœur. »*

Dans le silence et l’obscurité de nos vies peut jaillir la lumière. Une parole vivifiante peut se faire entendre et nous redonner confiance et courage. Alors nous y voyons un peu plus clair. La vie peut renaître de la souffrance, des épreuves et de la mort. En relevant le Christ du tombeau dans la nuit de la Pâque, Dieu a ouvert une brèche, il a tranché pour la Vie, les forces de mort n’ont plus le dernier mot. Écoutons-le d’un cœur paisible. Laissons-nous surprendre et façonner par le tranchant de sa Parole.

* Lettre aux Hébreux 4, 12.

♦ Mercredi 15 septembre

Il est bon d'espérer en silence

Texte biblique : Lamentations 3, 21-29

Voici ce que je redis en mon cœur, et c’est pourquoi j’espère :  – Grâce à l’amour du Seigneur, nous ne sommes pas anéantis ; ses tendresses ne s’épuisent pas ; elles se renouvellent chaque matin, – oui, ta fidélité surabonde. Je me dis : « Le Seigneur est mon partage, c’est pourquoi j’espère en lui. » –Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le cherche. Il est bon d’espérer en silence le salut du Seigneur ; il est bon pour l’homme de porter le joug dès sa jeunesse. – Qu’il reste assis, solitaire, en silence, tant que le Seigneur le lui impose ; qu’il tienne sa bouche contre terre : peut-être y a-t-il un espoir !

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Silence d'espérance

La situation ne pouvait être pire pour le peuple d’Israël qui a connu la destruction du Temple, la ruine de Jérusalem et la déportation à Babylone. Et en plus, dans son malheur ses oppresseurs le provoquent : « Où est-il ton Dieu ? »* De quoi finir par baisser les bras, se lamenter, et désespérer de tout !

Cette situation d’Israël est parfois aussi la nôtre. Nous pouvons nous aussi connaître des situations personnelles, familiales ou communautaires particulièrement éprouvantes. Elles paraissent sans issue, tout espoir semble perdu. La lassitude, le découragement nous envahissent au risque de nous écraser. Il ne reste alors plus qu’à entonner une de ces éternelles complaintes sur les malheurs du temps. Le livre biblique des Lamentations nous en renvoie un écho poétique. Cependant, dans ces lamentations bibliques tout n’est pas perdu, le cœur de l’homme ne s’est pas totalement fermé. Dans le silence, il fait mémoire, il n’a pas oublié l’amour indéfectible du Seigneur pour son peuple ; le désespoir peut alors mystérieusement se changer en une prière fervente.

L’amour, la tendresse, la fidélité de Dieu sont inépuisables et se renouvellent chaque matin. Il faut l’espérer, l’attendre, prendre le temps de rester assis, solitaire, en silence ; en silence pour creuser un espace en nous, faire de la place pour accueillir cet amour du Seigneur. Et aussi nous accueillir et nous aimer les uns les autres comme Dieu nous aime. N’est-ce pas là que l’espoir peut renaître ?

* Livre des Psaumes 41, 4. 

♦ Lundi 13 septembre

Garder sa langue

Texte biblique : Siracide 19, 8-16

Ne colporte de racontars ni devant ton ami ni devant ton ennemi, et ne révèle rien, sauf si ton silence te rendait complice. Certes, on t’écouterait, mais on se méfierait de toi, et on en viendrait à te haïr. As-tu entendu quelque chose ? Sois un tombeau ! Courage ! Tu ne vas pas éclater. Pour une parole qu’il retient, voilà le sot dans les douleurs, comme une femme prête à accoucher ! Telle une flèche enfoncée dans la chair de la cuisse, la parole est insupportable aux entrailles d’un sot. Questionne ton ami : peut-être n’a-t-il rien fait, et, s’il a fait quelque chose, il ne recommencera pas. Questionne ton prochain : peut-être n’a-t-il rien dit, et, s’il a parlé, il ne le fera plus. Questionne ton ami, car la calomnie est monnaie courante, et ne va pas croire tout ce que l’on dit. On peut déraper bien malgré soi : qui n’a jamais péché par sa langue ?

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Dire et ne pas dire

Le sage de la Bible nous pose une question pertinente : à qui peut-on se confier ? Nous avons tous besoin de partager avec confiance nos joies, nos soucis, nos questions. Et nous cherchons une oreille attentive et discrète qui saura nous écouter, simplement.

Écouter, savoir se taire pour écouter, faire silence pour accueillir et garder dans son cœur la parole qui nous est confiée. Ce n’est pas toujours facile. On peut être tenté de trop parler, comme les gens bavards. « Qui parle trop se rend insupportable »*, souligne la Bible. Il parle tout le temps, trouve toujours quelque chose à rajouter. Son expérience est sans doute plus importante à ses yeux que l’écoute silencieuse du cœur de l’autre. Pire encore, le bavard peut être tenté de répéter ce qui lui a été confié, sans retenue et sans le moindre discernement. La confiance est trahie. Donc, à défaut de pouvoir se confier à quelqu’un, il en vient à se méfier de tout le monde, et à se replier dans sa bulle.
Pour autant faut-il toujours se taire ? Non, les livres de Sagesse ne demandent pas de devenir muet.
« Le sage se tait jusqu’au moment opportun. »** 

Il faut apprendre à parler et à se taire, à dire ce qu’il est bon de dire, et à taire ce qui ne ferait que du mal. « Il y a un moment pour tout, dit Qohéleth, un temps pour se taire et un temps pour parler. »*** La parole est trop importante pour ne pas laisser déraper notre langue. Il en va de la qualité de nos relations les uns avec les autres, et donc de notre relation à Dieu. Puissent nos silences et nos paroles toujours faire du bien.

* Livre du Siracide 20, 8.
** Livre du Siracide 20, 7.
*** Livre du Qohéleth 3, 1.7.

♦ Introduction

 

♦ Thème : l'aumône

Sœur Marie-Théo : elle  vit à Rome et exerce la charge de provinciale
de la province Italo-suisse de la Congrégation Romaine de Saint Dominique.

Nouveau thème après la prière et le jeûne :

Aumône c'est peut-être un terme un peu vieillot, un peu usé mais qui sonne comme une pièce qui tombe de haut. Alors je vous invite à le redécouvrir ou à découvrir cette attitude pendant ces 3 semaines, guidés par la parole, en portant notre attention sur nos mains.
Des mains qui se font prolongement et expression de notre cœur, qui s'ouvre à la confiance et à l'amour, qui se laisse traverser et enrichir par l'abondance du don de Dieu. Et voici qu'entre nos mains c'est un trésor, un trésor à accueillir, à offrir, à réveiller comme un soleil qui se lève. Alors main dans la main, on y va !

♦ Vendredi 9 juillet

Riche du bien qu'on fait

Texte biblique : 1ère lettre à Timothée 6, 17-19

Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie.

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Méditation

Main dans la main

Il n’est pas commun de trouver un passage biblique qui voit la richesse et l’abondance d’un bon œil et offre à qui se trouve dans le confort et l’aisance une voie pour vivre sans avoir la conscience en tire-bouchon ! Il n’est pas toujours facile d’être riche dans l’Évangile !
Nous voici invités non pas à nier la richesse, mais à la recevoir comme de bons intendants. Elle ne peut être considérée comme le fruit de nos seuls efforts solitaires. Pas question alors de nous frotter les mains dans une satisfaction égoïste ou de regarder le frère moins nanti avec dédain. Nous ne devons pas nous y reposer ou enfermer comme dans une forteresse imprenable dont nous tirerions grande fierté. Dieu à travers ces biens nous procure une abondance qui va bien au-delà de la richesse matérielle. Il nous invite à participer à l’abondance de son don. Notre richesse première n’est pas dans la quantité ou la valeur de nos biens gardés précieusement et jalousement. Elle est au contraire dans notre capacité à les élargir et à les mettre en circulation. Nous pouvons nous faire collaborateurs de la grâce et de l’abondance divine, pour notre petite part, à travers ce que nous suscitons, partageons ou faisons fructifier. Non propriétaires, mais dépositaires, médiateurs d’une richesse qui veut faire de nous des hommes et des femmes en marche main dans la main.

Alors oui, sur ce chemin ensemble, responsables des biens qui nous sont confiés, nous pouvons marcher la tête haute, le regard et le cœur ouverts sur le frère. Nous voici riches non de nos biens, mais du bien auquel nous pouvons humblement et joyeusement apporter notre pierre pour que chaque homme en soit bénéficiaire.

♦ Mercredi 7 juillet

Collecte pour Jérusalem

Texte biblique : 2ème lettre aux Corinthiens 9, 6-12

Rappelez-vous le proverbe : « À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement. » Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. Et Dieu est assez puissant pour vous donner toute grâce en abondance, afin que vous ayez, en toute chose et toujours, tout ce qu’il vous faut, et même que vous ayez en abondance de quoi faire toute sorte de bien. L’Écriture dit en effet de l’homme juste : Il distribue, il donne aux pauvres ; sa justice demeure à jamais. Dieu, qui fournit la semence au semeur et le pain pour la nourriture, vous fournira la graine ; il la multipliera, il donnera la croissance à ce que vous accomplirez dans la justice. Il vous rendra riches en générosité de toute sorte, ce qui suscitera notre action de grâce envers Dieu. Car notre collecte est un ministère qui ne comble pas seulement les besoins des fidèles de Jérusalem, mais déborde aussi en une multitude d’actions de grâce envers Dieu.

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Méditation

Sous le soleil de Dieu

Le geste du semeur est ample, sans retenue. Son bras lancé dans un mouvement ininterrompu part du cœur pour s’élargir à la terre. La main puise la semence au creux du tablier et libère l’abondance de son contenu en s’ouvrant toute grande.
Si cette main venait à retenir, à compter les grains de peur de manquer, à interrompre la course généreuse et balancée de son bras, il en résulterait probablement une pousse clairsemée, irrégulière, un terrain galeux comme pourrait l’être une « générosité » forcée et contrainte. Ce geste me parle de la joie du don, il y a un plaisir évident dans ce mouvement généreux au rythme des battements du cœur, au rythme de la vie. Cette joie naît au creux des entrailles et se distille jusqu’au bout des doigts offrant la semence à toute terre.

J’associe la devise du dictionnaire Larousse « Semer à tout vent » au tableau de Van Gogh "Le semeur". Le soleil domine la scène, source éternelle de lumière et de vie, image du Sauveur. Il donne la croissance. Il inspire la générosité d’un geste sans crainte de manquer. Il invite à participer à l’abondance de son amour, source de vie. Dieu vient nous rassurer, nous encourager, réveiller la générosité qui sommeille en nos cœurs : donne, offre, ouvre ton cœur et l’abondance, tel le soleil de midi, jaillira de tes mains ! Elle est trésor pour la terre et le cœur qui la reçoivent et joie débordante dans le cœur qui sème à tout vent !

Soyons sans crainte, la générosité qui vient d’un cœur enraciné à la source de la vie, ne peut être gaspillage, rien n’est perdu, pas une seule miette, pas une seule graine. Abondance, transmission, débordement de vie offerte. Don de Dieu en circulation permanente !

♦ Lundi 5 juillet

Ananie et Saphira

Texte biblique : Actes des Apôtres 5, 1-11

Un homme du nom d’Ananie, avec son épouse Saphira, vendit une propriété ; il détourna pour lui une partie du montant de la vente, de connivence avec sa femme, et il apporta le reste pour le déposer aux pieds des Apôtres. Pierre lui dit : « Ananie, comment se fait-il que Satan a envahi ton cœur, pour que tu mentes à l’Esprit, l’Esprit-Saint, et que tu détournes pour toi une partie du montant du domaine ? Tant que tu le possédais, il était bien à toi, et après la vente, tu pouvais disposer de la somme, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi ce projet a-t-il germé dans ton cœur ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu. » En entendant ces paroles, Ananie tomba, et il expira. Une grande crainte saisit tous ceux qui apprenaient la nouvelle. Les jeunes gens se levèrent, enveloppèrent le corps, et ils l’emportèrent pour l’enterrer. Il se passa environ trois heures, puis sa femme entra sans savoir ce qui était arrivé. Pierre l’interpella : « Dis-moi : le domaine, c’est bien à ce prix-là que vous l’avez cédé ? » Elle dit : « Oui, c’est à ce prix-là. » Pierre reprit : « Pourquoi cet accord entre vous pour mettre à l’épreuve l’Esprit du Seigneur ? Voici que sont à la porte les pas de ceux qui ont enterré ton mari ; ils vont t’emporter ! » Aussitôt, elle tomba à ses pieds, et elle expira. Les jeunes gens, qui rentraient, la trouvèrent morte, et ils l’emportèrent pour l’enterrer auprès de son mari. Une grande crainte saisit toute l’Église et tous ceux qui apprenaient cette nouvelle.

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Méditation

De bon cœur

Nous pourrions être étonnés d’une telle radicalité face à un comportement assez commun. Ananie et Saphira ne donnent pas de bon cœur le fruit de leur vente, et pourtant « la multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme »*. Avouons-le, ils nous font un peu pitié ! Et pourtant, ni punition ni malédiction, mais la simple, radicale conséquence d’un cœur double qui se ferme à la vie. Personne ne leur force la main, librement ils rejoignent la communauté des croyants et en adoptent le style de vie radical : vendre tout et tout donner pour que chacun reçoive le nécessaire**.
C’est ce « tout » qui leur fait défaut, qu’ils n’arrivent pas à avaler ! Sont-ils pris par la peur de manquer, dépossédés de leurs biens ? Cela pourrait se comprendre et ce n’est pas cela qui provoque leur mort, mais le mensonge, la duplicité du cœur, le refus finalement de reconnaître humblement leur faiblesse devant les frères. Appelés à être un seul cœur et une seule âme, ils se retranchent au contraire de la communauté tout en donnant l’impression d’en faire partie. Plus encore, ils introduisent en leur couple le poison du mensonge. Ils se coupent de ce lien de la communauté, l’amour fraternel auquel ils sont conviés. Ils vivent ce mouvement tant à contrecœur que leur cœur se retourne contre eux-mêmes et s’arrête de battre. Le souffle de vie se retire. Leur cœur cesse d’être ce canal ouvert, disponible au partage, pulsant la vie dans ce double mouvement : donner-accueillir.

Danger si nous ne prenons garde au mauvais gras : crise cardiaque de la charité fraternelle ! Libérons nos artères et la vraie vie rythmée par l’amour ne manquera pas de souffle en nous !

* Livre des Actes des Apôtres 4, 32.
** Livre des Actes des Apôtres 4, 34.35.

♦ Vendredi 2 juillet

Ce que j’ai, je te le donne

Texte biblique : Actes des Apôtres 3, 1-9

Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de l’après-midi, à la neuvième heure. On y amenait alors un homme, infirme de naissance, que l’on installait chaque jour à la porte du Temple, appelée la « Belle-Porte », pour qu’il demande l’aumône à ceux qui entraient. Voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le Temple, il leur demanda l’aumône. Alors Pierre, ainsi que Jean, fixa les yeux sur lui, et il dit : « Regarde-nous ! » L’homme les observait, s’attendant à recevoir quelque chose de leur part. Pierre déclara : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » Alors, le prenant par la main droite, il le releva et, à l’instant même, ses pieds et ses chevilles s’affermirent. D’un bond, il fut debout et il marchait. Entrant avec eux dans le Temple, il marchait, bondissait, et louait Dieu. Et tout le peuple le vit marcher et louer Dieu.

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Bondir en plein soleil

Il demande l’aumône, notre « infirme » de toujours, il est là, je passe devant lui un peu gênée puis bien vite je n’y prête plus attention. Parfois, je me risque à un petit sourire, mais il a souvent le regard baissé, un peu vide, à moins que je ne sache y voir la petite flamme d’un espoir encore vivant, ce petit quelque chose qui m’appelle ! Était-il ainsi celui de la Belle-Porte ? Y croyait-il encore ? C’est sur cette petite flamme que Pierre et Jean peuvent faire levier. D’abord un appel à lever le regard, à établir le contact.
Car le don, quel qu’il soit, invite à la relation. Un regard, une parole qui vient dire à l’autre : tu es quelqu’un, tu as du prix, tellement plus que ce que je peux te donner. Ta dignité vaut tout l’or du monde et aucune infirmité, physique, psychique, sociale ne peut t’enlever ce que tu es aux yeux de Dieu : un Fils aimé du Père ! Cette petite lueur dans le regard de ce frère donne pleine force à la parole de feu, de foi, de Pierre ! Le geste suit la parole, comme un sceau il garantit la réalité de la promesse. Pierre n’offre pas une pièce, mais une main sûre et, au nom de Jésus Sauveur, il fait bondir notre infirme ! L’assurance effrontée des apôtres, l’espoir encore présent chez cet homme, ce regard d’amour, suscite en lui ce saut radical dans la vie. 
Le voici debout, sautant, bondissant, louant Dieu ! La vie remise dans le flot du Don est jaillissante et bondissante, louange d’un cœur vivant !

Soyons, au-delà de nos infirmités des bondissants-de-vie, attentifs à offrir ce regard, cette main tendue, cette parole et ce geste décidés, presque impératifs, cet appel à vivre debout !

♦ Mercredi 30 juin

L'aumône de Juda

Texte biblique : Jean 12, 4-8

Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »

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Parfum à pleines fleurs

« La mesure de l’Amour c’est d’aimer sans mesure ». Saint Augustin connaît la force de cet amour qui envahit le cœur, renverse nos montagnes et surpasse toute chose. Judas n’a pas su la percevoir, il reste prisonnier d’un cœur tourmenté, aveuglé, il ne cherche que le profit, quitte à détourner, vendre, livrer jusqu’à l’ami. 300 pièces d’argent, 30 deniers : l’amour réduit à un prix, calculé, estimé, échangé. La femme enivrée par le parfum de Jésus, le Bien-Aimé révélé à son cœur blessé, répand à pleines mains ce nard précieux. Judas est pris la main dans le sac ! Des mains ouvertes pour embrasser, oindre, distiller l’abondance d’un parfum que nul ne peut plus contenir, pénétrant corps et cœur : omniprésence de l’amour manifesté. Des mains fermées qui s’agrippent sur une bourse étriquée comme son cœur insatisfait et faussé. Un parfum d’amertume à l’odeur de désespoir et de mort.

Quel est notre parfum ? Le parfum de notre amour, de notre attention au petit, au pauvre : vrai visage du Christ.
Un parfum à trois sous à l’odeur agressive, il laisse bonne conscience, mais s’évapore bien vite. Ce parfum aigri ne laisse rien à celui qui le reçoit et rien à celui qui le donne.
Ou un parfum de grand prix, celui de la générosité d’un cœur brûlé, habité par la force d’un amour pénétrant au plus intime de nos fibres. Un parfum qui ne peut cesser d’exhaler ses senteurs et offrir les subtiles richesses de sa fragrance. Ce parfum demeure, imprègne l’air, bien au-delà de la présence de la personne qui le porte.

Chacun son parfum. Certains ont trouvé le leur, d’autres aiment changer. Quel que soit le vôtre, puisse-t-il avoir la prégnance de l’amour et diffuser la bonne odeur du Christ.

♦ Lundi 28 juin

L'offrande de la veuve

Texte biblique : Luc 21, 1-4

Levant les yeux, Jésus vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le Trésor. Il vit aussi une veuve misérable y mettre deux petites pièces de monnaie. Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. Car tous ceux-là, pour faire leur offrande, ont pris sur leur superflu mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. »

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Rien pour tout !

Veuve, indigente, que possède-t-elle en propre ? Rien de rien, elle n’a rien, ne compte pour rien, hier comme aujourd’hui, on s’en écarte et pourtant, elle est ! Jésus ne l’identifie pas à un groupe comme « les gens riches », mais elle est « cette pauvre veuve ». Cette main tendue qui sait encore s’ouvrir lui donne toute sa dignité et sa beauté, elle devient manifestation de son être le plus profond : fille du Père.

Cette main se tend dans nos rues, lasse, honteuse, désabusée, mais voici qu’ici elle s’offre à son tour. Notre veuve ne lâche pas sa piécette, d’un pas rapide, sans un regard, soulageant sa conscience comme nous savons le faire, tels les gens riches dans le temple. Elle est tout entière présente dans cette obole, le cœur sur la main elle dépose son offrande, elle offre sa vie à cœur ouvert sans rien retenir. Le tout de sa vie est dans ce « rien ». Ce « rien », qui pourrait bien nous être enlevé* si nous ne le vivons pas en ouverture à un don plus grand, ce « rien » devient son Tout ! Cette folle audace de tout donner sans rien retenir pour elle-même, sans la sage prudence de ceux qui ont en abondance, manifeste cette confiance absolue, ce saut dans le vide, sûre d’être étreinte par l’Amour qui n’abandonne aucun de ses enfants.

Ne nous y trompons pas, c’est bien de ce mouvement du cœur qu’il s’agit et non de compte en banque ou de poches percées. Chacun de nous, riche ou pauvre a dans son cœur un « rien » qui s’avère pourtant être un « tout » à ouvrir à la confiance pour recevoir la vie en abondance. Il y a des touts et des riens qui bouchent et obstruent la vie en nous. Des riens à donner tout entier, pour que jaillisse la vie en soleil levant !

* Évangile selon saint Matthieu 13, 12.

♦ Vendredi 25 juin

Va, vends, donne, viens et suis-moi

Texte biblique : Marc 10, 21-23

Jésus posa son regard sur le jeune homme, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »

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Trésor à mains nues

Quel est donc ce trésor promis qui pour se constituer nécessite de laisser, de lâcher, de donner, de se déposséder, de se présenter les mains nues ou plus précisément les mains riches ! Des mains chargées de tout ce qu’elles ont pu offrir sans remords ni calcul, riches de la vie qui jaillit au creux de ce don en ouverture. Ce n’est bien sûr ni la valeur ni la quantité de ce que notre jeune homme est invité à vendre pour offrir aux pauvres qui constitue l’importance de son trésor. Mais le mouvement même de ses mains, de nos mains à l’unisson du cœur, en devient le prolongement et l’expression et s’ouvre ainsi à la rencontre du frère ! Le frère lui-même ne devient-il pas alors élément constitutif de ce trésor, pierre précieuse et brillante au creux de nos mains ?

Un trésor en promesse qui met en marche, invite au mouvement, appelle et interpelle. Mouvement des mains qui s’ouvrent, des pieds qui vont, viennent et suivent, d’un cœur appelé à respirer au rythme de l’amour, libéré de la crainte de perdre, de manquer, libéré de la préoccupation d’amasser, de posséder, de se constituer par ses propres forces un trésor passager et solitaire. 
Le trésor promis par Jésus ne se possède pas, ne se retient pas. Nous le recevons dans le mouvement de mains libres et disponibles, de bras largement ouverts créant cet espace en avant de moi. Nous nous laisserons alors bouleverser et embrasser par l’Amour offert, respirer au rythme de l’Amour invitant, telle la lumière d’un jour nouveau riche de promesses.

♦ Mercredi 23 juin

L’aumône délivre de la mort

Texte biblique : Tobie 4, 5-10

Chaque jour, mon enfant, souviens-toi du Seigneur. Garde-toi de pécher et de transgresser ses commandements. Fais ce qui est juste tous les jours de ta vie et ne marche pas dans les voies de l’injustice. Car ceux qui agissent selon la vérité réussiront dans leurs entreprises. À tous ceux qui pratiquent la justice, fais l’aumône avec les biens qui t’appartiennent. Ne détourne ton visage d’aucun pauvre, et le visage de Dieu ne se détournera pas de toi. Mon fils, agis suivant ce que tu as : si tu es dans l’abondance, donne davantage ; mais si tu as peu, donne selon le peu que tu as. Quand tu fais l’aumône, mon fils, n’aie aucun doute : tu te constitues un beau trésor pour les jours de détresse, car l’aumône délivre de la mort et empêche d’aller dans les ténèbres.

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Respiration

Avec Tobie, l’aumône est une respiration naturelle, une marche les mains dans les poches, sereine et joyeuse ! Pas de privations excessives, d’efforts surhumains, mais la conscience simple et humble d’être au cœur d’un don, celui de la vie reçue et offerte. Un mouvement qui s’imprime en chacun, une respiration au rythme de la marche : recevoir, offrir, accueillir, donner.
La vie reçue dans l’abondance ou le juste nécessaire, sont invitation à offrir à mon tour, mouvement continu qui ne retient ni ne s’agrippe, qui ne compte ni ne calcule. La respiration ne peut se limiter sans risque. Si je n’expire pas l’air qui a donné l’oxygène vital à tout mon organisme, je ne peux pas en accueillir les bienfaits en inspirant à nouveau. Le don de Dieu opère en chacun ce même mouvement vital : en tournant mon visage vers le pauvre, celui qui attend de moi un souffle de vie, je reçois le souffle de Dieu. Au cœur même de ce visage, Dieu m’offre son souffle : « Ce que vous ferez aux plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous le ferez. »*

Cette respiration ample constitue un réservoir d’oxygène, de vie dans lequel puiser aux heures plus difficiles où le souffle se fait plus court. La vie offerte sans compter, confiant en celui qui jamais ne fait manquer, se démultiplie et devient abondance. Cette respiration profonde que l’on déclenche quand l’air manque redonne vigueur et nous place dans une lumière nouvelle. 
Là est le trésor : une source de lumière au creux de notre respiration. Elle délivre de la mort, ouvre le chemin, pousse les portes, inonde nos vies et déborde en abondance sur nos frères.
Que nos mains ouvertes, notre visage offert à nos frères et sœurs deviennent canal de vie, chemin de lumière.

* Évangile selon saint Matthieu 25, 40.

♦ Lundi 21 juin

Partager avec celui qui a faim

Texte biblique : Isaïe 58, 3-8

« Quand nous jeûnons, pourquoi ne le vois-tu pas ? Quand nous faisons pénitence, pourquoi ne le sais-tu pas ? » Oui, mais le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires, et vous traitez durement ceux qui peinent pour vous. Votre jeûne se passe en disputes et querelles, en coups de poing sauvages. Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix. Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse ? S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre ? Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ? Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans-abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche.

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Mains ouvertes

« Jeux de mains, jeux de vilains ! » Oui, le Seigneur dénonce des jeûnes qui pourraient bien suivre cette règle et transformer nos mains ouvertes en poings fermés. Ces jeûnes, à coup de volonté, prétendent exiger de Dieu une réponse, une récompense.

Dieu oriente le regard de l’homme : de quel lieu en lui, avec quel objectif vit-il ce jeûne ? Il l’appelle à passer d’un regard qui veut faire plier Dieu à la volonté de l’homme à un regard ouvert sur le frère. De la verticale à l’horizontale, de la soumission vindicative à la responsabilité fraternelle. Vos jeûnes ferment les cœurs, aveuglent, rendent amers et agressifs. Ils ne cherchent qu’à accomplir un précepte, être bien vu des hommes et obtenir les faveurs du ciel. Ce jeûne-là n’a rien de libérateur, n’opère aucune transformation et devient porteur de mort. Dieu invite l’homme en ouverture : le jeûne dans l’humilité des mains ouvertes. Il trace la route vers un horizon où se lève le soleil, il se fait mains tendues vers le frère non pour frapper ou prendre, mais pour offrir, libérer des liens de captivité. Ces mains désencombrées du souci d’un soi égocentrique se préoccupent du frère, ouvrant pour lui, avec lui, un espace de vie ; elles s’offrent à la relation. Loin de la restriction et de la privation qui aigrissent, ce jeûne devient espace où la vie se donne en lumière naissante, « montante » pour soi et pour l’autre. Il n’est pas un étendard à brandir en signe de conquête, mais une lumière qui se reçoit de l’intérieur comme un soleil naissant qui s’offre, accueille, enveloppe. Oui, ton jeûne, de privation deviendra offrande, abondance de vie à accueillir, à offrir à mains nues et libres, Soleil levant dans nos vies !

 

♦ Thème : le jeûne

Frère Christian Eeckhout : il vit au couvent Saint-Étienne de Jérusalem
depuis octobre 2003. Il est guide et animateur de pèlerinages chrétiens en Terre Sainte

♦ Vendredi 18 juin

Quand l'époux leur sera enlevé

Texte biblique : Luc 5, 33-35

Ils lui dirent alors : « Les disciples de Jean le Baptiste jeûnent souvent et font des prières ; de même ceux des pharisiens. Au contraire, les tiens mangent et boivent ! » Jésus leur dit : « Pouvez-vous faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, en ces jours-là, ils jeûneront. »

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Mieux vaut faire la noce !

Quand on est à la fête, on ne fait pas la tête ! Il faut bien comprendre la réaction de Jésus et sa remarque. La mortification de soi par le jeûne serait justifiée si Jésus quittait les siens, ce qui n’est pas le cas puisqu’il est Dieu parmi les hommes, l’Emmanuel dans notre histoire, le Messie, l’Éternel. N’est-il pas avec nous jusqu’à la fin du monde ? Pour preuve : Jésus se fait l’ami des pécheurs auxquels il pardonne et des plus petits qu’il guérit*. Lui qui accomplit les promesses faites à Moïse au désert, notre frère dans la misère est donc bien l’époux d’Israël.

Alors pourquoi ses disciples ne jeûnent-ils pas ? Question type des pharisiens et des disciples du Baptiste. Le groupe qui suit Jésus n’observe plus cette forme de piété pratiquée par besoin plus impérieux d’un sauveur. Ceux dont le cœur s’ouvre à la Bonne Nouvelle avec l’énergie de la foi en Jésus, le Christ tant attendu, enfin advenu, n’ont plus à suivre certaines pratiques selon la chair ou la Loi. Jésus rattache ce principe nouveau de ne pas jeûner à deux réalités : sa présence au milieu du peuple d’Israël et sa puissance de grâce pour proposer l’universalité du salut au genre humain. Les raisons de jeûner disparaissent quand l’époux est là. Les invités aux noces de celui qui est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, l’Élu de Dieu »** ne peuvent être soumis à l’abstinence. La nouveauté de l’évangile de la grâce privilégie la conversion intérieure et la relation personnelle au Seigneur de la vie !

* Livre de l’Exode 15, 26.
** Évangile selon saint Jean 1, 29 et 34.

♦ Mercredi 16 juin

Le pharisien et le publicain

Texte biblique : Luc 18, 10-14

Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. » Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé.

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Jeûner sans se comparer

Connaissez-vous quelqu’un de parfait sur la Terre ? Jésus crée le scénario qui met en scène deux hommes en prière, au Temple consacré à Dieu à Jérusalem. L’attitude de prière suffit-elle pour être juste devant Dieu ? Non. Elle peut même être un frein quand la prière en vient à discréditer son prochain.
Que sont les pharisiens ? Des hommes qui – tout comme Saul devenu Paul – observent les trois pratiques fondamentales du judaïsme : la prière, le jeûne et les œuvres de charité comme l’aumône. Jésus ne remet pas ceci en cause. Le double jeûne hebdomadaire du pharisien n’est pas à critiquer, sauf s’il s’attribue lui-même le mérite de sa vie exemplaire au point d’obliger la récompense. La rétribution directe n’est pas la bonne religion : obliger Dieu encore moins.

Cette parabole montre deux attitudes opposées. Nous avons d’abord celle du pharisien qui se met en avant, fait son propre éloge et dénigre un autre Juif en prière. Et, à l’opposé, celle du publicain collecteur d’impôts, qui se reconnaît pécheur, baisse les yeux avec humilité et implore le pardon de Dieu. Le pharisien s’est comparé aux autres qu’il discrédite, tandis que la prière du publicain est ajustée à sa situation. Il est justifié par Jésus parce que sa prière était vraie. Ne rejoint-elle pas l’enseignement de Jésus à ses disciples ? « Quand vous priez, dites : Père, pardonne-nous nos péchés »*, aussi bien que sa propre prière de crucifié : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »**
La droiture qui a du prix pour Dieu se vit dans l’humilité, comme un don fait à qui attend pardon et sainteté***.

* Évangile selon saint Luc 11, 2a.4a.
** Évangile selon saint Luc 23, 34a.
*** Lettre aux Romains 4, 5.16.25.

♦ Lundi 14 juin

Jeûner dans le secret

Texte biblique : Matthieu 6, 16-18

Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra.

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Jeûner mais parfumé

Toutes les religions conseillent-elles de jeûner ? Est-ce vraiment la bonne manière d’attirer l’attention de Dieu ? Beaucoup y pensent ou le pratiquent quand arrive un grand malheur. Comme dans le livre de Jonas, les coupables désirent éveiller la miséricorde de Dieu*. À son tour, le prophète Joël appelle le peuple à la disposition intérieure de conversion et au regret de ses péchés : « Revenez à Dieu… de tout votre cœur ! »** Si donc le jeûne s’adresse vraiment à Dieu et non pas à l’opinion publique, s’il est fait « pour Dieu »***, et non pour la galerie ni pour se faire remarquer, alors il devient recevable.

Est-ce une double vie que Jésus nous propose, une forme de vie cachée pour être heureux ? Oui, car lorsque je me prive volontairement d’un bien, cela doit rester un secret entre Dieu et moi. Pour Jésus qui veut nous faire vivre avec Dieu son Père et fraternellement ensemble, le jeûne ne doit nullement rechercher l’admiration des gens. Ni nous inciter à prendre un air triste, mais bien au contraire, il est à pratiquer visage lavé et la tête parfumée pour passer inaperçu, plaire à Dieu seul, qui est là, dans le secret, présent dans cette intimité d’un acte d’amour sincère envers lui. Les secrets de Dieu envers lui et notre prochain sont ceux d’une attitude juste, sans ostentation.
En tant que moment fort de pratique pénitentielle de l’Église, le jeûne est une attitude de conversion intérieure vers Dieu comme une flèche vole vers sa cible, mais c’est aussi, ne l’oublions pas, pour un partage fraternel. Ce qui n’est pas mangé, on le donne !

* Livre de Jonas 3, 7.
** Livre de Joël 2, 12.
*** Livre de Zacharie 7, 5.

♦ Vendredi 11 juin

Tentations au désert

Texte biblique : Matthieu 4, 1-11

Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit  : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

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Jeûner pour combattre

Imaginons Jésus sportif, s’entraînant à la lutte. Jeune adulte, il se met littéralement en quarantaine pour s’exercer. Physiquement, il discipline son appétit et mentalement il écoute son entraîneur à la voix céleste, qui le considère comme digne fils, le bien-aimé. Le stade est le désert de Judée. L’arbitre sur le champ de bataille, c’est l’Esprit saint. Le public : les anges. La motivation de Jésus : sa solidarité face à nos misères, faire reculer l’Adversaire* et nous révéler l’amour de Dieu son Père. Le choix des armes : la nourriture spirituelle de la grande tradition biblique du Deutéronome**. 
Car le pain ce n’est que de l’avoir pour un temps, tandis que la parole de Dieu est pour toujours. Jésus déjoue la ruse de Satan en refusant de se servir pour lui-même quand son projet est de servir les autres. Le but de Jésus étant spirituellement élevé, le tentateur l’amène plus haut, au Temple de Jérusalem et prend la même arme, celle de l’Écriture sainte. Il utilise un psaume pour faire chuter Jésus, sans tenir compte des lois de la nature, du savoir de la gravité universelle. Mais Jésus refuse de mettre Dieu au défi. Une troisième fois, la séduction vient en faisant miroiter le pouvoir, au prix de l’idolâtrie du diable. Au comble de la honte, Jésus rappelle que l’on n’adore que Dieu !

Jésus nous ouvre aujourd’hui encore la voie vers l’essentiel : la parole de Dieu qui surpasse tout. Le jeûne permet de se concentrer et de réfléchir avant l’action. Le rappel de la primauté de Dieu était, demeure et restera l’arme efficace pour résister aux tentations du mal et aux séductions du monde.

* Évangile selon saint Matthieu 4, 10.
** Livre du Deutéronome 6, 13.16 et 8, 13.

♦ Mercredi 9 juin

Anne au temple

Texte biblique : Luc 2, 36-38

Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

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Femme prophète

Anne, veuve d’un grand âge, a-t-elle vu le beau sourire du petit, amené à Jérusalem par Marie et Joseph ? L’Évangile décrit la fidélité de son humble prière au Temple. La constance de son jeûne l’identifie au petit reste d’Israël, les pauvres fidèles, et au besoin de repentir du peuple juif. Son jeûne a augmenté sa clairvoyance. 
Dans cette rencontre au Temple, Anne est prophète du Messie libérateur. Elle voit dans la consécration du premier-né* de Marie celui qui unit la Sainte Famille et ouvre le chemin du salut. La prophétesse ne peut plus taire ce qu’elle devine, ne veut pas que Jésus reste incognito. Celui qu’elle guette depuis si longtemps réalise l’accomplissement de la promesse de l’alliance messianique.

Cette femme peut nous rappeler d’autres femmes de la Bible : Anne** priant au sanctuaire du prêtre Éli, Esther*** dans sa prière au roi et Judith**** jeûnant pour être belle et empêcher l’extermination du peuple de Dieu.
L’Évangile présente le jeûne de manière renouvelée, comme une humble pratique personnelle en attente d’un signe prophétique et non plus, comme dans l’Ancien Testament, une obligation religieuse ou légale pour l’expiation d’un péché individuel ou collectif.

L’identité du nouveau-né est un peu énigmatique lors de sa présentation au Temple. Elle le sera aussi dans la tradition chrétienne primitive qui approfondira et définira sa personne divine et humaine. À ce stade du récit, Anne nous appelle à oser proclamer la joie. À vous de jouer maintenant ! Jésus est venu révéler la présence de Dieu en notre histoire. Il est la délivrance de Jérusalem. Ne devient-il pas l’espoir et le sauveur de toute l’humanité ?

* Livre de l’Exode 13, 1 ; Livre du Lévitique 12, 8.
** 1er livre de Samuel 1, 7.10-13.16.26-27.
*** Livre d’Esther 4, 16.
**** Livre de Judith 8 à 12.

♦ Lundi 7 juin

Jeûne individuel

Texte biblique : Psaume 108, 21-27

Mais toi, Seigneur Dieu, agis pour moi à cause de ton nom.
Ton amour est fidèle : délivre-moi.
Vois, je suis pauvre et malheureux ; au fond de moi, mon cœur est blessé.
Je m’en vais comme le jour qui décline, comme l’insecte qu’on chasse.
J’ai tant jeûné que mes genoux se dérobent, je suis amaigri, décharné.
Et moi, on me tourne en dérision, ceux qui me voient hochent la tête.
Aide-moi, Seigneur mon Dieu : sauve-moi par ton amour !
Ils connaîtront que là est ta main, que toi, Seigneur, tu agis.

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Grève de la faim

Me voici harcelé, accusé, calomnié. On me rend le mal pour le bien que je fais. Le mensonge est permanent, la malédiction me poursuit. J’en suis devenu pauvre et désemparé. J’arrête même de manger pour revendiquer le droit, pour attirer l’attention sur moi. Je vais flancher physiquement. Rien n’y fait. Les insultes continuent et il n’y a aucun accusateur contre mes adversaires. 
C’est là le genre des appels au secours et des prières du psalmiste d’il y a trois mille ans, mais cela pourrait aussi bien se trouver sur les réseaux sociaux d’aujourd’hui ou dans le journal.

Que devient la foi dans une telle expérience de malheur social ? Si le croyant, tout malheureux qu’il soit, ne casse pas la baraque et ne se venge pas, que lui reste-t-il donc ? Le droit de crier vers Dieu. Je fais appel à sa justice, à sa bonté et finalement à son honneur. Tout n’est pas perdu si Dieu réagit à ma prière confiante dans la détresse. Force de l’espérance. Que l’on soit isolé, prisonnier, déprimé, assailli d’idées noires ; tant qu’on ne passe pas à l’acte, on ne contribue pas au mal. 
Alors j’ose dire : Seigneur, agis pour moi dans ta fidélité, sans pitié pour ces pervers. Sauve-moi ! Oui, tu peux me vouloir du bien même si je suis maudit par ceux-là. Ton action divine sera manifeste et je retrouverai la joie. Ta justice envers le pauvre sera une preuve flagrante de ton amour et un grand merci de ma part devant la foule.

Jésus a pareillement été moqué* en croix, mais sa venue nous permet de le louer, car il s’est tenu à la droite du pauvre face à ses juges** et a promis le salut au larron suppliant***.

* Évangile selon saint Matthieu 27, 39 verbe identique à celui du Psaume 108, 25b.
** Psaume 108, 31.
*** Évangile selon saint Luc 23, 43.

♦ Vendredi 4 juin

Jeûne de David

Texte biblique : II Samuel 12, 19-25

Voyant ses serviteurs chuchoter entre eux, David comprit que l’enfant était mort. Il demanda aux serviteurs : « L’enfant est-il mort ? » Ils répondirent : « Il est mort. » Alors David se releva de terre, se baigna, se parfuma et changea de vêtement. Il entra dans la Maison du Seigneur et se prosterna. Puis il rentra chez lui ; il demanda qu’on lui serve de la nourriture et il mangea. Ses serviteurs lui dirent : « Mais que fais-tu ? Pour l’enfant, quand il était en vie, tu as jeûné et pleuré, et maintenant qu’il est mort, tu te relèves et tu prends de la nourriture ! » Il répondit : « Tant que l’enfant était encore en vie, j’ai jeûné et j’ai prié en me disant : Qui sait ? Le Seigneur aura peut-être pitié de moi, et l’enfant vivra ! Mais maintenant qu’il est mort, à quoi bon jeûner ? Pourrais-je encore le faire revenir ? C’est moi qui m’en irai le rejoindre, mais lui ne reviendra pas vers moi. » David consola Bethsabée sa femme : il la retrouva et coucha avec elle. Elle lui donna un fils qu’il nomma Salomon. Le Seigneur l’aima, et il le fit savoir par le prophète Nathan qui lui donna, à cause du Seigneur, le nom de Yedidya : Aimé-du-Seigneur.

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Sans marchandage

L’amour du roi David pour Bethsabée, qui était l’épouse d’un militaire nommé Urie, donne vie à un enfant*. Lorsque le prophète Nathan reproche à David cet adultère, il reconnaît son double péché d’injustice, puisque non seulement il a pris la femme d’Urie, mais il a encore envoyé celui-ci à la mort**. L’enfant devient malade et David se met à pleurer, à supplier Dieu pour son garçon et à refuser toute nourriture***, mais le bébé meurt. David y voit un signe qui l’aide à comprendre la gravité du mal perpétré.

Ce récit révèle une double vérité : l’homme est pécheur, mais il reste heureusement capable de se repentir devant Dieu. Le Seigneur Dieu est juste et capable de pardonner à l’humble pécheur repentant. Ce pardon n’efface pas pour autant les conséquences du crime commis sur la personne d’Urie. Les pleurs de David disent sa contrition et son repentir ; son jeûne exprime son humiliation avec le désir d’attirer la pitié divine et l’espoir de voir l’enfant guérir. Le « qui sait ? » de notre texte est d’ailleurs assez révélateur de l’opportunisme ; c’est comme si aujourd’hui un athée brûlait un cierge, car « on ne sait jamais ».
Si David a encore jeûné à d’autres occasions****, à partir du deuil de l’enfant de Bethsabée, jeûner n’a plus de sens pour lui, comme il le dit à son entourage. Rompre le jeûne permet en effet d’ouvrir le temps de la consolation pour que la vie reprenne dans la droiture morale. Un premier enfant est mort, mais un nouveau fils va naître, Salomon, qui deviendra roi, auquel Dieu donnera sa protection.

* 2e livre de Samuel 11, 5.
** 2e livre de Samuel 11, 15 ; 12, 9.
*** 2e livre de Samuel 12, 16-17.
**** 1er livre de Samuel 31, 13 et 2e livre de Samuel 1, 12.

♦ Mercredi 2 juin

Jeûne collectif

Texte biblique : Néhémie 9, 1-3

Le vingt-quatrième jour du mois, les fils d’Israël se rassemblèrent pour un jeûne, revêtus de toile à sac et couverts de poussière. Les fils d’Israël s’étaient séparés de tous les étrangers. Debout, ils confessèrent leurs péchés et les fautes de leurs pères. Debout et sans quitter leur place, ils passèrent trois heures à lire le livre de la loi du Seigneur leur Dieu, et trois heures à confesser leurs péchés en se prosternant devant le Seigneur leur Dieu.

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Confession publique

En dehors de la période des fêtes et avant la venue de Jésus, qu’en est-il du jeûne des Juifs ? La question mérite d’être posée puisque les catholiques jeûnent le mercredi des Cendres et le Vendredi saint.

Au retour des exilés de Babylone, vers 515 avant Jésus-Christ, a lieu en Palestine le rétablissement de la communauté juive. Le scribe Esdras rassemble pour la première fois les Écritures saintes pour en faire la base de la vie religieuse. Il est considéré comme un des « pères » du judaïsme avec trois idées fortes : un peuple choisi, un temple et la loi de Dieu. Le gouverneur Néhémie, qui est au service des mêmes idées, restaure et repeuple la ville de Jérusalem. Dans leurs écrits est décrit le jeûne collectif du peuple.
Quel en a été l’enjeu ? Maintenir l’unité religieuse et le sentiment d’un nationalisme juif en rassemblant le peuple au Temple et l’instruisant du contenu de la loi. Mais c’était aussi prôner une certaine ségrégation religieuse par ce rituel de confession communautaire célébré publiquement : les croyants sont habillés de sacs*, recouverts de poussière. Debout pour une longue lecture de la loi, ils font pénitence : d’abord l’aveu du péché de mariages avec des étrangères non juives, puis l’acceptation de séparation conjugale. Le peuple de Ninive et son roi, à la suite de la prédication de Jonas, se sont également revêtus de sacs pour leur jeûne, marquant ainsi la conversion de leur mauvaise conduite violente*.

Dans sa prédication, Jésus nous appelle à prendre une décision radicale : celle du renoncement au mal, pour s’attacher à lui et suivre son enseignement, car il est la Loi nouvelle**. On devient disciple par l’effort d’une réévaluation de nos relations humaines orientées vers un amour d’Agape, c’est-à-dire un amour qui se donne totalement et qui est source de vie.

* Livre de Jonas 3, 5.6.8.
** Évangile selon saint Matthieu 10, 37-39.

♦ Lundi 31 mai

Jeûne pour la fête de l’expiation

Texte biblique : Lévitique 23, 26-29

Le Seigneur parla à Moïse et dit : « C’est le dixième jour du septième mois qui sera le jour du Grand Pardon. Vous tiendrez une assemblée sainte, vous ferez pénitence, et vous présenterez de la nourriture offerte pour le Seigneur. En ce jour même, vous ne ferez aucun travail, car c’est jour de Grand Pardon où l’on accomplit sur vous le rite d’expiation devant le Seigneur votre Dieu. Quiconque ne fera pas pénitence ce jour-là sera retranché de son peuple ; quiconque fera quelque travail ce jour-là, je le supprimerai du milieu de son peuple. Vous ne ferez aucun travail. C’est un décret perpétuel pour toutes vos générations, partout où que vous habitiez. Ce sera pour vous un sabbat, un sabbat solennel : vous ferez pénitence. Le neuvième jour du mois, depuis le soir jusqu’au soir suivant, vous observerez le repos sabbatique. »

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Jeûne et fête !

Une fête, plus je la prépare, plus je la savoure. Si je m’y prépare en jeûnant, donc en me privant de quelque chose, c’est pour que la fête soit réussie. Les personnes qui jeûnent régulièrement affirment même que jeûner est excellent, tant pour le corps que pour l’esprit. Bref, être bien dans ma peau pour être mieux dans ma tête.
Et d’ailleurs, quand ça ne marche plus, lorsque quelque chose ne va pas bien en moi, mon premier réflexe est de m’arrêter et d’essayer de corriger la situation. Si un regret monte en moi, je m’abstiens de recommencer, dans un désir de progresser. Jeûner ou se priver est en réalité un rite pratiqué depuis les temps très anciens pour le repentir et l’expiation des fautes commises.

Une fois l’an, les Israélites énonçaient leurs fautes en un jour de pénitence avec un jeûne d’humiliation* et le rite précis de sacrifice d’un bouc. Confession était faite pour la purification des péchés devant Yahvé. Si la forme de ces lois anciennes apparaît dépassée depuis la venue du Christ, l’esprit qui les inspire stimulera toute vie humaine. Jeûner par un petit sacrifice, c’est un renoncement extérieur, premier pas d’une conversion du cœur, plus intérieure, qui amène le croyant à sa progression spirituelle.
Le rite animalier du bouc sacrifié sur l’autel à Jérusalem fera place au sacrifice unique de Jésus qui portera en croix le péché du monde. Son sang a accompli la purification du péché et offert le pardon véritable**.

Pour vaincre le chaos qui vient si vite quand le matérialisme ou les disputes écrasent le prochain, Jésus ne demande pas le sacrifice d’un objet, mais il propose l’offrande libre du don de soi. C’est l’enjeu de la « nouvelle alliance en son sang versé pour la rémission des péchés »***.

* Voir livre du Lévitique 16, 21.29-34.
** Lettre aux Hébreux 10, 10-12.
*** Évangile selon saint Matthieu 26, 28.

 

♦ Thème : la Prière

Anne Gérardin, Laïque dominicaine mariée et grand-mère

♦ Vendredi 28 mai

Prière en langues

Texte biblique : 1 Corinthiens 14, 12-19

Vous, puisque vous êtes avides d’inspirations, cherchez à progresser, mais en vue de construire l’Église. Dès lors, celui qui parle en langues, qu’il prie pour être capable d’interpréter. Si je prie en langues, mon esprit, assurément, est en prière, mais mon intelligence reste sans fruit. Que vais-je donc faire ? Je vais prier selon l’inspiration, mais prier aussi avec l’intelligence, je vais chanter selon l’inspiration, mais chanter aussi avec l’intelligence. Car si tu prononces une prière de bénédiction selon l’inspiration seulement, alors celui qui est là et n’y connaît rien, comment va-t-il répondre « Amen » à ton action de grâce, puisqu’il ne comprend pas ce que tu dis ? Toi, bien sûr, tu fais une belle action de grâce, mais ce n’est pas constructif pour l’autre. Je parle en langues plus que vous tous, et j’en rends grâce à Dieu ; mais, quand l’Église est rassemblée, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence de manière à instruire les autres, plutôt que d’en dire dix mille en langues.

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Méditation

Champagne pour finir

Une amie, très malade, me confiait juste avant de mourir : « En fait, l’Esprit saint, c’est le champagne de Dieu. » L’image est parlante : cette amie s’émerveillait de tout ce qu’il y a de jaillissement, d’imprévisible, d’allégresse parfois, dans la proximité de l’Esprit. Pas étonnant donc qu’il suscite la prière en langues, cette prière qui déborde du cœur de l’homme et célèbre la gloire de Dieu. Mais, précise Paul, celui dont la prière s’élève ainsi doit aussi porter le souci de celui qui ne comprend pas, s’efforcer de trouver les mots qui feront comprendre toute parole venue de Dieu.
Jésus lui-même a voulu interpréter les Écritures sur le chemin d’Emmaüs*. Philippe aussi, lorsqu’il a rencontré l’eunuque lisant le prophète Isaïe, lui a demandé : « Comprends-tu ce que tu lis ? »** La Parole de Dieu est faite pour rejoindre chacun là où il en est, pour être comprise, même quand elle semble difficile à entendre. N’en doutons pas.

L’Esprit saint, que Jésus nous a laissé, peut nous aider à vaincre nos résistances, assouplir ce qui est raide, guérir ce qui est blessé, réchauffer ce qui est froid, rendre droit ce qui est faussé. Supplions-le de nous rendre disponibles à son œuvre en nous. Alors nous pourrons entendre les mots qu’il vient souffler*** à notre intelligence, à notre cœur. Les mots qui permettront que se déploie la vie divine en chacun, ceux qui contribueront à construire l’Église. 
Car la prière, en fait, est une échelle entre le ciel et la terre sur laquelle nous guide l’Esprit saint. Notre part du travail ? Nous rendre disponibles aux bulles de l’Esprit et le laisser nous enivrer par des bulles inattendues, et aller jusqu’au Père, par le Fils. Alors, allons-y et bon vent !

* Évangile selon saint Luc 24, 13-35.
** Livre des Actes des Apôtres 8, 30.
*** Évangile selon saint Matthieu 10, 20.

♦ Mercredi 26 mai

Fidèles à la prière

Texte biblique : Actes des Apôtres 2, 42-45

Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs à la vue des nombreux prodiges et signes accomplis par les Apôtres. Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.

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Méditation

Soif étonnée

Étudiant cet extrait des Actes des Apôtres, en Fraternité Laïque Dominicaine, nous étions perplexes et les exclamations fusaient. « On croit rêver ! », « Tu te rends compte, ce serait super ! ». Mais ça pose surtout une grande question : où est-elle donc, cette source jaillissante* qui irrigue ainsi la vie de l’Église naissante ? Car la description de Luc donne soif de cette eau-là, de l’Esprit répandu à la Pentecôte qui permet la vie fraternelle.

À l’heure de passer de ce monde à son Père, d’aimer jusqu’à l’extrême ceux que le Père lui a donnés, Jésus est tourné vers le Père. Il prie dans un long cœur à cœur. L’évangéliste Jean nous apprend qu’à cet instant, nous sommes la préoccupation majeure de Jésus : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi. […] qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi. »** Jésus continue à adresser cette prière insistante au Père tant nous sommes lents à croire, à comprendre que c’est l’accès à la vie divine, à l’amour qui circule entre le Père et le Fils qu’il implore pour nous, pas moins. 
À cette heure où il va être livré, Jésus nous adresse, à nous aussi, une prière : prenez, mangez, buvez, faites ceci en mémoire de moi***. Grande prière de l’institution de l’Eucharistie. Célébration de la vie donnée, reçue.

Célébrons ces deux prières de Jésus. À leur confluence jaillit la source où naît, grandit et s’affermit la vie divine en nous. Rassemblés, nous entrons dans la prière de l’Eucharistie, source jaillissante, irrigant, fécondant nos vies. Mystère de la vie divine qui s’incarne en nous. Et nous ressemblons davantage à la première communauté chrétienne !

* Livre d’Isaïe 12, 3.
** Évangile selon saint Jean 17, 11-26.
*** Évangile selon saint Matthieu 26, 26-28.

♦ Lundi 24 mai

Veillez et priez

Texte biblique : Matthieu 26, 37-41

Jésus emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »

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Méditation

Dieu veille

L’heure est grave. Jésus, ayant aimé les siens jusqu’à l’extrême, sait qu’il va être livré, mis à mort. Heure de tristesse, d’angoisse, de ténèbres. À Pierre, Jacques et Jean, Jésus demande de veiller avec lui.
Car, ce jour-là, comme dans toutes nos nuits, le tentateur, lui aussi, veille. La Parole nous avait mis en garde à l’aube de la création : « Le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. »* Les ténèbres sont le domaine de l’adversaire.
L’heure est grave, mais Jésus n’est pas seul pour affronter cette nuit, même si les disciples dorment. Le Père veille en cette nuit à nulle autre pareille, comme il ne cesse de veiller sur chacun de nous, ainsi qu’il l’a promis, de jour comme de nuit ! Un peu comme une maman auprès de son enfant malade ou inquiet lui disant : « N’aie pas peur, je suis avec toi ! » Il ne cesse de nous inviter à ne pas craindre puisqu’il est là… toujours ! Oui, le grand Veilleur, c’est lui, le Père, lui qui nous tend la main par son Fils venu « illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix »**.

Avec Jésus tournons-nous résolument vers le Père, glissons-nous dans les paroles qu’il adresse à son Père, faisons-les nôtres, disons-les, redisons-les, en les murmurant ou à haute voix : « Père, me voici. Je suis ton enfant. Que ta volonté soit faite et non la mienne. » Ne nous dérobons pas, quand bien même notre prière se réduirait à un mot, à un geste… Alors s’accomplira la parole du psalmiste : « Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage. »*** Les ténèbres seront vaincues, la lumière jaillira de nos tombeaux. 

* Livre de la Genèse 4, 7.
** Évangile de saint Luc 1, 79.
*** Livre des Psaumes 33, 6.

♦ Vendredi 21 mai

Notre Père

Texte biblique : Luc 11, 1-4

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. »

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Prière surprise

N’est-ce pas étonnant de s’adresser au Père plutôt qu’au Fils ?

Je vous propose un petit détour par l’évangile selon saint Jean. Cet évangile commence par un magnifique prologue. Le Verbe est « celui qui est tourné vers le Père »* (vers le sein du Père, dit le texte grec), mots qui témoignent de l’élan vital et éternel du Fils vers le Père. Dans la suite de cet évangile, aucun des pas de Jésus, sur nos routes humaines, aucune de ses paroles, aucun de ses gestes qui ne surgisse de cet élan, qui ne soit marqué par l’intensité de la communion entre lui et le Père.
Et lors du dernier repas de Jésus avec ses disciples, le même évangéliste décrit le disciple que Jésus aimait – c’est-à-dire chacun de nous – comme étant « dans le sein de Jésus »**, avec tout ce que cela suppose d’intimité, d’abandon confiant. Beau clin d’œil du quatrième évangile ! Le Fils est tout élan vers le Père ; le disciple est dans le Fils.
Pas étonnant alors, quand nous demandons à Jésus de nous apprendre à prier, qu’il oriente nos visages et donc nos vies, vers le Père : le Fils n’est sorti du Père que pour nous conduire au Père ! Pas de risque de se perdre en chemin, pour ceux qui gardent leur visage tourné vers lui : il est le Chemin, la Vérité et la Vie*** !

Alors, allons-y ! Avec lui, redisons cette prière qu’il nous a apprise. Avec lui, rendons grâce au Père, de qui vient toute vie. Avec lui, travaillons à la venue du Royaume, pour une éternité de joie. Avec lui, demandons le pain de la route et laissons-nous mener, jour après jour, par l’Esprit du Père et du Fils. Encouragés par Jésus, demandons la grâce du pardon sans laquelle il n’est plus possible d’avancer. Et surtout, demandons la grâce de ne jamais lâcher Jésus du regard, de n’être jamais séparé de lui, même quand la tentation survient.

* Évangile selon saint Jean 1, 18.
** Évangile selon saint Jean 13, 23.
*** Évangile selon saint Jean 14, 6.

♦ Mercredi 19 mai

Prier dans le secret

Texte biblique : Matthieu 6, 5-8

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé.

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Méditation

C'est pas carnaval

Dans l’Évangile, certaines attitudes mettent Jésus en colère. Et même très en colère, parfois ! Ce ne sont pas les fragilités humaines ni les péchés, car Jésus affirme souvent qu’il est venu pour les pécheurs. Non, c’est une attitude qu’il dénonce et combat : l’hypocrisie ! L’hypocrisie sous toutes ses formes, dans tous les domaines. Aujourd’hui, il vient la combattre à la racine, là où elle a quelque chose à voir avec la prière, notre relation à Dieu. Car s’il y a contrefaçon dans la prière, l’homme se coupe de la source de la vie ! 
L’hypocrite met un masque, joue un rôle, mettant par là une distance entre ce qu’il donne à voir, quelqu’un de vraiment bien, de recommandable sous tous rapports, et ce qu’il est en réalité. Par ses mascarades, il cherche à s’attirer l’admiration, les faveurs de ceux qu’il essaie de tromper. Or, Jésus vient de rappeler que ce sont les cœurs purs qui verront Dieu*, qui entreront dans la vie éternelle.

Cette vie véritable à laquelle Dieu nous invite a besoin d’intimité pour se tisser. Dans la Bible, le désert est le lieu du cœur à cœur**. Cela n’a donc rien à voir avec les grandes démonstrations publiques que Jésus dénonce. Dans le secret de ta chambre, dans l’ombre d’une église, tu pourras être toi-même, en vérité. Seul à seul, tu pourras manifester ta joie, tes peurs, ta peine, ta révolte, par des gestes et des paroles qui viendront du plus profond de ton être. Il te suffira de te laisser guider par l’Esprit. Tu pourras tenir ton âme égale et silencieuse***, te laisser féconder. Des chemins s’ouvriront dans ton cœur**** Dieu l’a promis !

* Évangile selon saint Matthieu 5, 8.
** Livre d’Osée 2, 16.
*** Livre des Psaumes 130, 1.2.
**** Livre des Psaumes 83, 6.

♦ Lundi 17 mai

Prière d’une nuit de noces

Texte biblique : Tobie 8, 4-8

Les parents de Sarra avaient quitté la chambre et fermé la porte. Tobie sortit du lit et dit à Sarra : « Lève-toi, ma sœur. Prions, et demandons à notre Seigneur de nous combler de sa miséricorde et de son salut. » Elle se leva, et ils se mirent à prier et à demander que leur soit accordé le salut. Tobie commença ainsi : « Béni sois-tu, Dieu de nos pères ; béni soit ton nom dans toutes les générations, à jamais. Que les cieux te bénissent et toute ta création, dans tous les siècles. C’est toi qui as fait Adam ; tu lui as fait une aide et un appui : Ève, sa femme. Et de tous deux est né le genre humain. C’est toi qui as dit : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui soit semblable.” Ce n’est donc pas pour une union illégitime que je prends ma sœur que voici, mais dans la vérité de la Loi. Daigne me faire miséricorde, ainsi qu’à elle, et nous mener ensemble à un âge avancé. » Puis ils dirent d’une seule voix : « Amen ! Amen ! »

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Alliance

Étonnant ce petit roman de Tobie qui nous tient en haleine au cœur de la Bible ! Une étrange malédiction s’acharne sur la jeune Sarra : sept prétendants, les uns après les autres, sont morts pendant la nuit de leurs noces avec Sarra. Or, voici que le jeune Tobie s’apprête, à son tour, à épouser Sarra. Enjeu de vie ou de mort ! Comme chaque fois que l’on prend le risque de se livrer, de donner sa vie, nous le savons bien ! Le Christ, avant nous, a emprunté ce chemin.
En fait, dans la Bible, il n’est question que de cela : d’alliance, de noces. L’Ancien Testament nous disait déjà, par la voix d’Isaïe, l’alliance inouïe proposée par le créateur à sa créature : « Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu »*. Cette affirmation est bouleversante : elle part de nos expériences humaines pour nous révéler ce qu’il en est de la vie avec Dieu ! Et aussi, par la voix du prophète Osée : « Je ferai de toi mon épouse pour toujours, dans la fidélité et la tendresse. »** L’Apocalypse donne enfin la réponse de l’homme : « Viens, Seigneur Jésus ! »***

La prière est ce lieu de présence à la Présence, au cœur même de notre intimité, sanctuaire où s’élabore l’alliance, alliance conjugale, alliance avec Dieu. Autel où sont déposées nos actions de grâce, nos peines, et où est implorée la grâce du pardon. Espace d’ouverture, d’accueil au cœur de nos vies, de celui qui est la Vie. Lieu d’écoute de la Parole pour avancer à la suite du Christ, apprenant de lui à donner nos vies, à aimer jusqu’à l’extrême, car il n’y a que cela qui puisse combler un cœur humain. La prière est ce lieu où la Parole, semence divine en notre humanité, peut venir féconder nos vies, les faire germer et susciter un fruit de vie qui ait le goût de Dieu.

* Livre d’Isaïe 62, 5.
** Livre d’Osée 2, 21.
*** Livre de l’Apocalypse 22, 20. 

♦ Vendredi 14 mai

 

Debout, un cri dans la nuit

Texte biblique : Lamentations 2, 10-14.19

—Les anciens de la fille de Sion, assis par terre, se taisent, ils ont couvert leur tête de poussière et revêtu des toiles à sac ; elles inclinent la tête vers la terre, les vierges de Jérusalem. — Mes yeux sont usés par les larmes, mes entrailles frémissent ; je vomis par terre ma bile face au malheur de la fille de mon peuple, alors que défaillent petits enfants et nourrissons sur les places de la cité. — À leur mère ils demandent : « Où sont le froment et le vin ? » alors qu’ils défaillent comme des blessés sur les places de la ville et qu’ils rendent l’âme sur le sein de leur mère. — Que dire de toi ? À quoi te comparer, fille de Jérusalem ? À quoi te rendre égale pour te consoler, vierge, fille de Sion ? Car ton malheur est grand comme la mer ! Qui donc te guérira ? — Tes prophètes ont de toi des visions vides et sans valeur ; ils n’ont pas dévoilé ta faute, ce qui aurait ramené tes captifs ; ils ont de toi des visions, proclamations vides et illusoires. — Lève-toi ! Pousse un cri dans la nuit au début de chaque veille ; déverse ton cœur comme l’eau devant la face du Seigneur ; élève les mains vers lui pour la vie de tes petits enfants qui défaillent de faim à tous les coins de rue.

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Du cœur de la nuit

Debout, des pleurs dans la nuit. C’est jeune maman que j’ai été introduite dans ce mystère de la nuit, réveillée par un nouveau-né qu’il fallait allaiter. Douce et grande expérience de cœur à cœur, dans le silence où nous étions seuls, l’un avec l’autre, sous le regard de Dieu. Paix, silence, disponibilité totale. Action de grâces. Alors venaient se faufiler dans notre intimité les visages aimés de ceux qui dormaient paisiblement dans la maison ou plus loin. Peu à peu, notre espace s’élargissait, accueillant ceux que je savais en souffrance, dans les larmes, dans d’autres nuits ou d’autres ténèbres. Intercession. Notre espace continuait à s’élargir pour accueillir aussi tous ces priants de la nuit que sont les moines, les moniales et bien d’autres. Communion.

Plus tard, j’appris que saint Dominique passait des nuits entières à prier, taraudé qu’il était par le salut des hommes. De lui, on dit que le jour, il parlait de Dieu aux hommes, et que la nuit, il parlait à Dieu des hommes, ses frères. Fraternité.
Mes enfants ont grandi. Cette expérience du mystère de la nuit en attente de jour se déploie autrement… accompagnée désormais par ces mots du psalmiste : « J’avais dit : “Les ténèbres m’écrasent !”, mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbres, et la nuit comme le jour est lumière ! »* Alors, je prends dans ma prière les souffrances de notre monde ; je les présente à celui qui est là dans toute nuit, sûre qu’avec lui la lumière brille, au-delà des ténèbres, parce qu’il a vaincu les ténèbres… Là est notre espérance.

Oui, dans la nuit, levons-nous, crions vers le Seigneur, venons et revenons vers lui de tout notre cœur, sûrs qu’il se fait proche et vient essuyer toute larme**.

* Livre des Psaumes 138, 11-12.
** Livre de l’Apocalypse 21, 4.

♦ Mercredi 12 mai

La prière comme un encens

Texte biblique : Psaume 140 1-5

Seigneur, je t’appelle : accours vers moi !
Écoute mon appel quand je crie vers toi !
Que ma prière devant toi s’élève comme un encens,
et mes mains, comme l’offrande du soir.
Mets une garde à mes lèvres,
Seigneur, veille au seuil de ma bouche.
Ne laisse pas mon cœur pencher vers le mal
ni devenir complice des hommes malfaisants.
Jamais je ne goûterai leurs plaisirs :
que le juste me reprenne et me corrige avec bonté.
Que leurs parfums, ni leurs poisons, ne touchent ma tête !
Ils font du mal : je me tiens en prière.

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Méditation 

Allo ? Urgence !

Il y a urgence, mais quel est-il donc, ce danger qui menace celui qui prie et implore ainsi la venue du Seigneur ? Or, étonnamment, sans transition, un grand climat de paix, de douce confiance envahit tout l’espace ! Qu’est-il donc advenu qui puisse opérer un changement aussi radical chez le priant et nous inviter à entrer dans sa prière confiante ?  
Alors me reviennent ces images de deux amoureux courant l’un vers l’autre, bras grands ouverts, visages lumineux, les yeux rivés l’un sur l’autre, assoiffés l’un de l’autre, tout tendus l’un vers l’autre. Émerveillement devant ce double élan. Joie profonde de la rencontre. Paix.
En fait, la prière a bien quelque chose de cela : tout est tendu vers l’autre, tout est offert. À Dieu qui se donne, le priant offre tout ce qu’il est. « Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice, tu m’as ouvert l’oreille, alors j’ai dit : “Voici, je viens, pour faire, Ô Dieu, ta volonté !” »* Prière du psalmiste que la Bible nous invite à faire nôtre. Cette prière, Jésus la reprend pour la mener à son achèvement : « Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice, tu m’as fait un corps, alors j’ai dit : “Voici, je viens, pour faire, Ô Dieu, ta volonté” ! »**

Devant les bras grands ouverts de Jésus sur la croix, peut s’élever notre prière. C’est alors une prière confiante, paisible et ardente. C’est la prière de ceux qui ont soif de laisser la vie divine se déployer dans tout leur être, mais connaissent leurs fragilités et les pièges de la vie. Le seul danger qui les presse serait de rater le rendez-vous de l’amour. 
Invitation à nous tenir devant la croix, mains ouvertes, cœur ouvert. Dieu promet sa vie en abondance, lui qui, par son Fils, disait à Catherine de Sienne : « Fais-toi capacité, je me ferai torrent. »

* Livre des Psaumes 40, 6.
** Lettre aux Hébreux 10, 5.

♦ Lundi 10 mai

Prière et sacrifices

Texte biblique : Isaïe 1, 11-17

Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir. Quand vous venez vous présenter devant ma face, qui vous demande de fouler mes parvis ? Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai horreur de votre encens. Les nouvelles lunes, les sabbats, les assemblées, je n’en peux plus de ces crimes et de ces fêtes. Vos nouvelles lunes et vos solennités, moi, je les déteste : elles me sont un fardeau, je suis fatigué de le porter. Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve.

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Méditation

Où es-tu ?

Où se sont donc fourvoyés les hommes pour que Dieu, à travers le prophète Isaïe, s’adresse à eux avec une telle vigueur ? Il semble qu’ils soient à mille lieues de ce qui serait bon pour eux, de ce que Dieu propose : « Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie,… »* Qu’à cela ne tienne, comme depuis le début et une fois encore, Dieu va partir inlassablement à la recherche de l’homme : « Où es-tu ? »** Oui, l’homme est retombé encore une fois dans un piège qui s’est refermé sur lui. Un piège qui consiste à croire qu’il suffit d’accomplir des rites pour s’attirer les faveurs de Dieu et pour sceller son appartenance à un peuple. Ailleurs, il y aurait la vie avec les autres. Entre ces deux mondes, celui de Dieu et celui des hommes, aucune connexion !

Eh bien non ! Ni hier ni aujourd’hui Dieu ne nous a créés pour une vie où le divin et l’humain ne se rencontreraient pas. En Jésus-Christ, Dieu est venu manifester de façon éclatante que le divin et l’humain sont intimement liés. Et c’est Jésus lui-même qui nous a rappelé ce que nous avons tendance à oublier : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »***

C’est Jésus lui-même qui nous invite à retrouver la juste place : marcher avec lui, tournés vers le Père, au milieu des hommes, en dialogue incessant avec Dieu et avec le monde.
Et si la prière était d’abord ce lieu où on se laisse retrouver par Dieu pour que sa vie irrigue la nôtre, la transfigure et rejoigne le monde ?

* Livre du Deutéronome 30, 19.
** Livre de la Genèse 3, 9.
*** Évangile selon saint Matthieu 25, 40.

♦ Introduction

Frère Yves Habert op, responsable de "Retraite dans la Ville" :

Vous aimez lire ? 
Moi aussi.

Il y a trois sortes de livres : les livres « Bof... » qu’on referme assez vite, les livres « Hum… » qui suggèrent mais ne vont pas assez loin et les livres « Ah ! » ou « Oh ! » qui nous accompagnent toute notre vie. Pour moi, au-dessus de toutes mes lectures, il y a la Bible. Pour tenter d’en saisir les harmoniques, il faut deux choses :

D’abord, la régularité qui, au lieu de nous habituer, nous rend toujours neufs. En effet, selon ce mot d’Origène (IVe siècle) : « plus l'on fait quotidiennement de progrès dans la lecture des Écritures et plus l'intelligence va profond, plus nous devenons toujours et chaque jour neufs. » Ensuite, il nous faut accepter d’être guidés par des prédicateurs expérimentés.

Avec la deuxième saison de Lumières dans la Bible, nous allons être bien accompagnés dans le cadre rassurant d’une lecture régulière.

Lumières dans la Bible redémarre le lundi 10 mai avec une mini-retraite de trois semaines sur le thème essentiel de la Prière dans la Bible. Anne Gérardin, laïque dominicaine, méditera des textes choisis dans l'Ancien et le Nouveau Testament.
Cette année, vous découvrirez de nouveaux prédicateurs : une laïque dominicaine, une sœur et deux frères. Nous avons fait le choix de maintenir l’unité de notre proposition en gardant le photographe, les comédiens et les sœurs moniales dominicaines de Beaufort pour les introductions musicales. Tous de grand talent. L’expérience, la beauté, l’art conduisent à Dieu.

Lumières dans la Bible alimentera votre vie spirituelle, qui nourrira de l’intérieur votre vie tout entière. Ainsi, dans les décisions, les choix à faire, la conduite de votre vie, vous pourrez vous appuyer sur une meilleure connaissance de la Parole de Dieu. 
Bonnes découvertes des lumières de la Bible !