Le Fr. Philippe Lefebvre est un dominicain spécialiste de la Bible. Pour l’été, il a choisi quelques symboles bibliques pour nous faire entrer dans l’esprit de la Parole de Dieu. C’est au cœur de l’île Saint-Honorat qu’il nous conte la lumière, la providence, la prière, l’ermite, l’icône, la grotte, le vêtement et la mer. (2,29 min chaque vidéo)

Merci au CFRT/Vodéus pour cette proposition

  • L'ermite dans la Bible

Texte intégral :

Le mot ermite vient d’un terme grec désignant une personne qui décide d’habiter au désert. L’ermite est un solitaire qui a choisi de se retirer dans un endroit isolé. Dans la tradition chrétienne, les ermites sont apparus dans les premiers siècles de notre ère, poussés par une vocation particulière de solitude et de présence à Dieu. Mais déjà dans la Bible, on trouve des précurseurs aux ermites. Je dirais même que le fait de vivre dans la solitude avec Dieu ne provient pas d’abord d’une tradition ni d’une institution : cela naît avec les humains.
Rappelons-nous des commencements. Dieu façonne un homme, Adam, de la poussière du sol et puis il le place dans le jardin mirobolant qu’il a planté, afin que cet homme le cultive et le garde. Adam vit donc seul avec Dieu – ce qui n’est pas tout à fait être seul –  dans ce jardin par ailleurs inhabité. Voilà notre premier ermite !
C’est en vivant de manière intime et intense cette relation avec Dieu qu’Adam s’ouvre aux autres relations. De fait, après une première période en solitaire, Dieu lui amène une femme que l’homme accueille avec émerveillement.
Ce type d’expérience d’ermite, inaugurale chez les humains, on la retrouve à plusieurs reprises dans la Bible. Je n’en donnerai qu’un seul exemple : le prophète Élie. En un temps de famine, Dieu envoie son prophète vers l’est, afin qu’il vive seul, en présence de Dieu, près d’un torrent qui l’abreuve. Des corbeaux viennent matin et soir lui apporter sa nourriture. Élie est une sorte de nouvel Adam, vivant dans la nature, les animaux lui étant soumis. Et bientôt, Dieu l’enverra auprès d’une femme, après ce temps de solitude : la veuve de Sarepta qui l’accueillera malgré sa pauvreté.
Alors, vivre en ermite, est-ce une expérience étrange, réservée à quelques-uns ? Peut-être au contraire est-ce une expérience fondamentale, proposée d’une manière ou d’une autre à tout un chacun, pour que nous puissions rencontrer Dieu et vivre avec Lui.

Le mot ermite vient d’un terme grec désignant une personne qui décide d’habiter au désert. L’ermite est un solitaire qui a choisi de se retirer dans un endroit isolé. Dans la tradition chrétienne, les ermites sont apparus dans les premiers siècles de notre ère, poussés par une vocation particulière de solitude et de présence à Dieu. Mais déjà dans la Bible, on trouve des précurseurs aux ermites. Je dirais même que le fait de vivre dans la solitude avec Dieu ne provient pas d’abord d’une tradition ni d’une institution : cela naît avec les humains. Rappelons-nous des commencements. Dieu façonne un homme, Adam, de la poussière du sol et puis il le place dans le jardin mirobolant qu’il a planté, afin que cet homme le cultive et le garde. Adam vit donc seul avec Dieu – ce qui n’est pas tout à fait être seul – dans ce jardin par ailleurs inhabité. Voilà notre premier ermite ! C’est en vivant de manière intime et intense cette relation avec Dieu qu’Adam s’ouvre aux autres relations. De fait, après une première période en solitaire, Dieu lui amène une femme que l’homme accueille avec émerveillement. Ce type d’expérience d’ermite, inaugurale chez les humains, on la retrouve à plusieurs reprises dans la Bible. Je n’en donnerai qu’un seul exemple : le prophète Élie. En un temps de famine, Dieu envoie son prophète vers l’est, afin qu’il vive seul, en présence de Dieu, près d’un torrent qui l’abreuve. Des corbeaux viennent matin et soir lui apporter sa nourriture. Élie est une sorte de nouvel Adam, vivant dans la nature, les animaux lui étant soumis. Et bientôt, Dieu l’enverra auprès d’une femme, après ce temps de solitude : la veuve de Sarepta qui l’accueillera malgré sa pauvreté. Alors, vivre en ermite, est-ce une expérience étrange, réservée à quelques-uns ? Peut-être au contraire est-ce une expérience fondamentale, proposée d’une manière ou d’une autre à tout un chacun, pour que nous puissions rencontrer Dieu et vivre avec Lui.

  • La prière dans la Bible

Texte intégral :

La prière dans la Bible doit beaucoup aux femmes. Les paroles que des femmes ont adressées au Seigneur façonnent notre prière communautaire. Un aspect en particulier me frappe : les femmes expriment souvent quand elles prient une véritable connaissance de Dieu.

Prenons quelques exemples. Dans la Genèse, Rachel la stérile enfante finalement un fils, Joseph. Elle profère alors devant le Seigneur deux paroles prophétiques : « Le Seigneur a enlevé ma honte » et puis « Qu’il m’ajoute un autre fils ». Par cette dernière formule, Rachel lance un thème qui traverse toute la Bible : quand Dieu donne la vie là où elle était impossible, alors il la donnera encore. Le Dieu qu’elle connaît et qu’elle loue est celui par qui la vie appelle la vie. Quand on prie dans l’Église pour que le Seigneur ajoute de nouveaux enfants à son peuple, on se situe dans la lignée de Rachel.
Une autre femme chante un cantique d’exultation : c’est Anne au tout début des livres de Samuel. Dans cette prière, Anne manifeste la logique de Dieu que le monde cherche habituellement à inverser. Selon Anne, le Seigneur « retire de la poussière le pauvre et il relève l’humilié ».
Au début de l’évangile de Luc, Marie reprend ces propos d’Anne dans son célèbre cantique du Magnificat. Elle chante le Dieu qui « renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles ». Elle annonce ainsi la logique du Royaume que son Fils Jésus exprimera dans sa prière, une prière des humbles qu’il nous a transmise : le Notre Père.

  • La lumière dans la Bible

Texte intégral :

Au tout début de la Genèse, la première parole de Dieu que l’on entend concerne la lumière : « Que la lumière soit », dit le Seigneur, « et la lumière fut ». C’est l’œuvre du premier jour. Ce qui est surprenant, c’est qu’au quatrième jour, Dieu crée des luminaires : le soleil, la lune et les étoiles « pour éclairer la terre ». Quelle est donc cette lumière apparue avant les sources connues de la lumière ?
Il existe à ce sujet bien des interprétations. On propose par exemple cette hypothèse : la lumière du soleil et de la lune permettrait de voir les réalités matérielles, tandis que la lumière du premier jour ferait apparaître les réalités spirituelles. Peut-être.
Je dirais plus simplement que si la lumière est évoquée en deux temps, c’est qu’il faudra toujours y regarder à deux fois. Oui, même pour voir le réel concret qui nous entoure, nous devons souvent nous y reprendre à deux fois. C’est pourquoi, dès le commencement, on mentionne un surcroît, un redoublement de lumière.

La Bible est une perpétuelle éducation du regard et Jésus poursuit cet enseignement auprès de ses disciples, auprès de nous. Les gens qu’il met en lumière n’attirent pas en général les projecteurs ni les flashes de l’actualité. Il faut vraiment y regarder à deux fois pour voir dans le bandit crucifié à côté de lui un homme digne d’entrer immédiatement au paradis avec lui.
Plus fondamentalement, il faut y regarder à deux fois pour contempler Jésus lui-même, pour discerner toute notre humanité et toute la divinité présentes en lui. Marie Madeleine, dans la lumière du matin de Pâque, reconnaîtra en Jésus d’abord le jardinier, puis enfin le Fils vivant.

  • La mer dans la Bible

Texte intégral :

La Bible parle peu de la mer : la culture paysanne des Hébreux et des Cananéens les tourne plutôt vers les terres ; les Hébreux sont en cela très différents des Phéniciens, leurs voisins du nord (Liban) qui sont un peuple de marins. Pourtant la mer est là, bordant toute la face ouest d’Israël, mais aussi dans la mémoire juive, on se souvient de la mer Rouge que l’on a pu traverser à pied sec.
Un beau texte pour illustrer l’influence, l’impact qu’elle a néanmoins dans la Bible. Dans le livre de Jonas, le prophète Jonas prend un bateau qui part vers l’ouest, car il fuit le Seigneur qui l’envoie à l’opposé, en Mésopotamie, pour prêcher aux païens de Ninive. Mais là une tempête survient et les marins comprennent qu’une divinité est mécontente d’un des passagers : ils mènent une enquête et trouvent finalement que le coupable est Jonas. Jonas leur explique qu’il fuit son Dieu et leur donne le remède : « Prenez-moi et jetez-moi à la mer et la mer se taira ».
Car c’est bien l’expression que le texte emploie avec insistance : la mer est en train de dire quelque chose, au moyen de ses flots déchainés. Comme Jonas est le prophète qui ne veut pas parler au nom du Seigneur, la mer, elle, parle. Dans la Bible quand les humains ne font pas place à la Parole de Dieu, cette Parole surgit d’une manière ou d’un autre. Jésus le dit un jour à ceux qui le critiquent : « si la foule ne m’acclame pas, alors les pierres crieront ».
Jonas va terminer son parcours maritime dans le ventre d’un gros poisson qui le recrachera sur le rivage. Notre prophète pourra alors se rendre à Ninive, enfin, pour y faire une prédication fructueuse. Pris un jour par une tempête en mer avec ses disciples, Jésus endormi s’éveille et dis à la mer : « Tais-toi ! ». La mer n’a plus besoin de parler parce que Jésus est là pour porter la Parole, pour la manifester.