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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

 

 La pauvreté


Le frère Xavier Loppinet est le prieur du couvent de Nancy. Il est aumônier de la Pastorale des personnes sourdes et malentendantes et prêche des retraites.

♦ 2ème semaine

mercredi 17  août

Heureux les pauvres

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5, 3)

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

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Le bonheur, dès maintenant !

Là-haut, sur la Montagne, au vent frais, sous la lumière de la Galilée, Jésus donne à ses disciples son premier enseignement, introduit par les Béatitudes. Béatitudes : le mot vient du latin Beatus, qui veut dire heureux. Et voici que la première concerne les « pauvres de cœur ».
Elle n’annonce pas une réponse future comme, les suivantes (« ils seront rassasiés, consolés, appelés fils de Dieu… ») : elle n’est pas une promesse, mais l’annonce, la révélation d’une vérité présente, à vivre dès maintenant : le Royaume des Cieux est à eux, les pauvres de cœur. Cette béatitude est en quelque sorte la porte d’entrée du Royaume. Elle parle de la pauvreté du cœur, ce qui ne cesse de nous interroger sur ce qui remplit le nôtre. « Là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur »*. Nos richesses peuvent parfois entraîner notre cœur loin du Seigneur. Richesse et Royaume des cieux font difficilement bon ménage**.

À Lourdes, lors des apparitions de 1858, Marie dit à Bernadette : « Je ne vous promets pas le bonheur dans ce monde, mais dans l’autre. » On pourrait donc penser que Marie disait à Bernadette : patience, patience, plus tard cela ira mieux. Le message peut cependant s’entendre à un autre niveau. Il pourrait en effet être ainsi compris : je ne vous promets pas le bonheur de ce monde, mais de l’autre. Dès maintenant.

Aussi pleins de richesses soyons-nous, nous avons tous, je crois, un sixième sens pour discerner le vrai du faux bonheur. Le vrai bonheur – osons le mot : béatitude ! – est fait de pauvreté de cœur, de savoir recevoir tout de Dieu. Dès maintenant.

* Évangile selon Matthieu 6, 21.
** Cf. Évangile de Matthieu 19, 24.

Lundi 15  août

Les pauvres mangeront

Texte biblique : Livre d'Isaïe (61, 1-3)

« L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, ceux qui sont en deuil dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu. Ils seront appelés « Térébinthes de justice », « Plantation du Seigneur qui manifeste sa splendeur ».

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La vraie réponse à une fausse question

La pauvreté est-elle un problème éternel ? Cela fait peut-être deux mots inadéquats d’un seul coup : d’une part, la pauvreté serait en soi un problème, et d’autre part, elle serait vouée à être éternelle. Or, est-ce un problème ou une injustice ? Et si c’est éternel, cela voudrait-il dire qu’il faut en prendre son parti ? Bref, la pauvreté serait une fatalité.

Lire Isaïe, c’est prendre un bain de jouvence. Il faut se rappeler que ce texte merveilleux, un jour, à la synagogue de Nazareth, un homme en a fait la lecture et, refermant le livre, a dit : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »* Cet homme, c’est Jésus. En lui s’accomplissent les promesses de Dieu. Le texte d’Isaïe, proclamé par Jésus, est donc une promesse de la fin de la pauvreté. Enfin !
C’est entre cet « aujourd’hui », dit alors par Jésus à Nazareth, et notre « aujourd’hui » quelque deux mille ans plus tard, que la réponse de Dieu continue à se dire, en Jésus, Sauveur. Il ne s’agit donc pas tant de trouver une solution à un problème que de manifester la présence de Dieu aux pauvres, aux captifs, aux affligés. Il s’agit aussi, pour chacun de nous, de manifester aux pauvres notre propre présence à eux. La solution, ou plutôt la réponse à la question posée par la pauvreté, trouvera ensuite sa place. Par nos vies et pas tout seul (car personne n’est LE sauveur du monde) il faut agir, mais ensemble, avec les pauvres, et pas seulement pour eux (ce qui serait encore les mettre de côté). La pauvreté est une totale remise en question de notre humanité, comme corps social bien imparfait. La pauvreté est aussi une remise en question de chacun de nous dans son humanité, souvent défaillante.

Bonne nouvelle que cette annonce d’un Sauveur. Cette nouvelle n’a pas fini de nous étonner.

* Évangile de Luc 4, 21.

♦ 1ère semaine

Vendredi 12  août

Les pauvres mangeront

Texte biblique : Livre des Psaumes (21, 27)

Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « À vous, toujours, la vie et la joie ! »

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Des mots faits pour déranger

« Les pauvres mangeront… » : cela pourrait sembler peut-être un peu trop facile à chanter. La prière du psaume fait écho aux famines récurrentes de l’époque. Mais ces temps sont-ils révolus ? Rien n’est moins sûr ! Il suffit d’ouvrir les yeux ou son téléviseur – la réalité nous prouve tous les jours que les pauvres ne sont pas rassasiés. Combien de bénédicités, ces prières dites avant le repas, demandent au Seigneur de nourrir ceux qui ont faim ? Là aussi, cela peut sembler un peu trop facile à demander quand un bon repas nous attend.
Mais non, ce n’est peut-être pas si facile que cela. Et c’est tant mieux. Car telle n’est pas la force du psaume. Non pas celle de masquer la réalité, ou de nous faire rêver, de nous projeter sur un avenir sans cesse renvoyé au lendemain. Quand nous chantons : « les pauvres mangeront : ils seront rassasiés », nous faisons corps avec la volonté de Dieu, et cela nous travaille de l’intérieur, que nous soyons riches ou pauvres. Chanter la parole de Dieu nous met à l’unisson avec lui. Ces mots ne sont pas vains. Les mots de Dieu sont toujours efficaces. Ils nous engagent. Les dire nous implique : il faut agir. C’est ainsi que les mots du verset suivant : « Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent » désignent, eux aussi, une réalité à la fois déjà présente et à venir : oui, la quête de Dieu est déjà un commencement de réponse à ceux qui le cherchent maintenant.

Entre présent et futur, il y a ce temps de Dieu : « À vous toujours, la vie et la joie. »
Le chant du psaume donne aux hommes des mots pour dire que notre monde ne peut se satisfaire de pauvres qui ne mangent pas et que le destin de notre humanité ne peut s’envisager que sous l’aspect du grand festin.

Mercredi 10  août

Richesse et pauvreté viennent du Seigneur

Texte biblique : Livre de Ben Sira le Sage (11, 12-19)

Tel autre est faible, il a besoin de soutien, il manque de moyens et ne surabonde que de misère. Mais les yeux du Seigneur l’ont regardé avec bienveillance, pour le relever de son abaissement et redresser sa tête, à l’étonnement de tous.
Bonheur et malheur, vie et mort, richesse et pauvreté viennent du Seigneur.
Sagesse, science et connaissance de la Loi viennent du Seigneur, amour et pratique des bonnes œuvres viennent de lui.
L’égarement et les ténèbres ont été créés pour les pécheurs, ceux qui se targuent de leur malice vieillissent avec elle. Le Seigneur maintient ses dons à ceux qui sont religieux ; sa bienveillance, à jamais, les conduit.
Tel s’enrichit à force d’être économe et regardant, mais voici ce qu’il y gagne : quand il dit : « Enfin le repos ! Maintenant je vais jouir de mes biens », il ignore combien de temps cela va durer : il devra laisser ses biens à d’autres et mourra.

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La roue de la fortune

À lire l’Écriture, on perçoit bien… la précarité de la richesse elle-même. Un rien dans mon histoire, et tout disparaît d’un seul coup. C’est un thème classique de la sagesse universelle : celui d’une roue de la fortune, qui tourne, si bien que l’on se retrouve vite du haut en bas. Mais Ben Sira le Sage voit plus loin : ce qui importe, c’est la place de Dieu dans nos vies matérielles, pour savourer, au plus beau sens du terme, ce qui nous est donné.
Si le riche peut, d’un coup, tout perdre, en revanche, « il est facile au Seigneur d’enrichir le pauvre à l’improviste*, en un instant ». Thérèse de l’Enfant-Jésus citait volontiers ce verset. La spiritualité des « mains vides » devant le Seigneur ne lui faisait pas peur. Elle disait à sa sœur : « Faites au bon Dieu le sacrifice de ne jamais récolter de fruits. S’il veut que toute votre vie vous n’aboutissiez à rien et ne lui donniez que votre bonne volonté, vos efforts, tout en tombant souvent : restez en paix. Au jour de votre mort, en un clin d’œil le bon Dieu saura bien faire mûrir de beaux fruits sur l’arbre de votre âme… car il est facile aux yeux de Dieu d’enrichir tout à coup le pauvre. »** Riches ou pauvres, nous ne devrions jamais oublier cette capacité de Dieu à tout changer « en un clin d’œil ». C’est essentiel de savoir que ce que nous tenons est fragile, fugace, mais bien plus que cela, que ce que nous avons nous est donné et qu’il est facile « aux yeux de Dieu » de nous enrichir, spirituellement, comme matériellement.

Aujourd’hui, mon défi : considérer ma richesse et ma pauvreté en n’oubliant jamais qu’elles sont sous le regard de Dieu.

* Ben Sira le Sage, 11,21.
** Conseils et souvenirs de Thérèse publiés par sa sœur Geneviève (Céline), 1952, p. 32-33.

Lundi 8 août

Tu ne gaspilleras pas

Texte biblique : Livre du Lévitique (19, 9-10)

Lorsque vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas jusqu’à la lisière du champ. Tu ne ramasseras pas les glanures de ta moisson, tu ne grappilleras pas dans ta vigne, tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ta vigne : tu les laisseras au pauvre et à l’immigré. Je suis le Seigneur votre Dieu.

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La part du Pauvre

« Grappiller », dit un dictionnaire, c’est « cueillir les grappes de raisin laissées dans une vigne par les vendangeurs ». Or, il s’agit ici de ne pas grappiller… dans sa propre vigne. Glaner, c’est « [r]amasser dans un champ les épis qui ont échappé aux moissonneurs ». Or, il s’agit ici de ne pas ramasser les glanures de sa propre moisson.
La première étape de la pauvreté, c’est un rapport juste à sa propre richesse. C’est croire que ce que j’ai ne m’appartient pas totalement. Il y a, il y aura toujours la « part du pauvre », une sorte de dîme naturelle : « Tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ta vigne : tu les laisseras au pauvre et à l’immigré. » Le passage se conclut par : « Je suis le Seigneur votre Dieu. » Toute richesse doit se rappeler qu’au-dessus de nous, il y a Dieu et que ce Dieu n’oublie jamais les pauvres.
Une amie, tertiaire franciscaine, me racontait qu’un jour, une dame inconnue, en attendant le bus, lui avait dit que le problème, c’est que nous étions trop nombreux sur la terre. Du tac au tac, mon amie lui avait répondu, que le problème, c’est que nous ne partagions pas assez. C’est là du bon sens théologique : les biens matériels sont par essence limités, mais ils permettent de mettre en œuvre la charité, qui, elle, est infinie et inépuisable.

Laisser la place au grappillage peut mener loin : c’est ainsi que Booz, riche propriétaire, a trouvé sa charmante épouse, Ruth la Moabite, qui glanait sur son champ. De cette rencontre naquit Obed, le père de Jessé, le père de David. D’où naquit notre Sauveur, si attentif aux miettes qui tombent de la table...