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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

 

La pauvreté


Le frère Xavier Loppinet est le prieur du couvent de Nancy. Il est aumônier de la Pastorale des personnes sourdes et malentendantes et prêche des retraites.

♦ 3ème semaine

Vendredi 26 août

Vivre de peu

Texte biblique : Lettre de saint Paul aux Philippiens (4, 10-14)

J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur à voir maintenant refleurir vos bonnes dispositions pour moi : elles étaient bien vivantes, mais vous n’aviez pas occasion de les montrer. Ce ne sont pas les privations qui me font parler ainsi, car j’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne.

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Don de la joie

« J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur à voir maintenant refleurir vos bonnes dispositions pour moi. » Éclairons le contexte de cette joie de l’apôtre Paul. Il s’adresse à ses chers Philippiens, qui l’ont accueilli dès le début de sa mission en Europe. Entre eux, le courant passe. En proie à une pauvreté, pour ne pas dire sa détresse, Paul reçoit d’eux un soutien bien matériel. Mais ce soutien n’est pas en soi l’objet de sa joie. 
Ce qui comble Paul, c’est de voir que les Philippiens ont ainsi eu l’occasion de manifester leur solidarité, et donc leur communion. Les Philippiens, vous êtes pour moi, dit Paul, « ma joie et ma couronne ». La solidarité est totale entre eux : matérielle et aussi spirituelle. C’est pourquoi Paul se réjouit, en quelque sorte à tous les niveaux. Au fond, ce qui intéresse Paul, ce n’est pas tant d’être soulagé dans sa misère que de voir la générosité des Philippiens.

La pauvreté des uns peut être l’occasion pour d’autres de poser un geste source d’une grande joie, quelle que soit la taille, la valeur du don. Bien plus, l’occasion du don est le point de départ d’une relation. Tout don matériel n’a de valeur que dans la relation établie entre les êtres. Même sans manquer de rien, ce qui touche dans un cadeau, c’est la relation qu’il manifeste. « Dieu aime celui qui donne avec joie », dit encore Paul*. Si bien que la joie est des deux côtés. La joie est ce sentiment qui nous dépasse, qui surgit en nous et nous envahit. C’est ce sentiment qui permet la communication et la communion entre les êtres.
Joie du don, chez les hommes. Don de la joie, de la part de Dieu.

* II Corinthiens 9, 7.

Mercredi 24 août

Un pauvre nommé Lazare

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (16, 19-31)

« Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! Père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

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Des chiens et des hommes

Nous avons là une des paraboles les plus percutantes de Jésus. Bien sûr, elles le sont toutes ! Mais celle-ci a cela de particulier qu’elle nomme un des personnages : Lazare, le pauvre Lazare, tandis que le riche, lui, reste anonyme, à l’inverse de toutes les logiques du monde, où ce sont les puissants que tout le monde connaît et où les pauvres restent, sombrent, serait-on tenté de dire, dans l’anonymat.
Le but de cette parabole est de remuer notre sensibilité. Dans notre humanité, dit saint Augustin, être insensible, c’est être cruel. Le riche est resté insensible. Et toi, l’auditeur, resteras-tu de marbre ? À bon entendeur, salut, peut-on dire, comme pour toute parabole. Si tu l’entends bien, tu seras sauvé.

Un petit détail est là pour nous toucher : la présence des chiens. « Mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. » Bons chiens, mauvais chiens ? Les commentaires occidentaux vont dans le sens de « bons chiens », voire des chiens thérapeutes, qui guérissent les plaies par leur salive, ce que le monde médical d’alors savait déjà (et saint Luc est médecin). Dans ce cas, la parabole n’en est que plus dramatique : là où un riche ignore son prochain, des chiens, eux, s’occupent de l’homme. Mais les commentaires issus du monde oriental, pour qui le chien est un animal vil, accentuent encore le drame : comble du malheur, les chiens lèchent les plaies du pauvre homme, et le riche ne se laisse même pas émouvoir. Dans les deux interprétations, toutes deux probables*, le résultat escompté reste le même et la question traverse les siècles : ô homme, quand donc ton cœur se laissera-t-il toucher ?

Lundi 22 août

Une pauvre veuve

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (12, 41-44)

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

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Offrir et s'offrir

Juste avant sa passion, Jésus regarde la foule des pèlerins faisant leurs offrandes dans le Temple. Son regard discerne dans le flux des personnes une pauvre veuve. Jésus se reconnaît dans le don absolu qu’elle fait d’elle-même. Effet miroir : elle a mis dans le trésor tout ce qu’elle possédait, et lui-même va bientôt donner sa vie, s’offrir totalement, par le don de son corps sur la croix. Son corps est le nouveau Temple par où les offrandes de l’homme prennent sens et vont vers Dieu.
Les Pères de l’Église ont vu dans l’image de la veuve l’Église, comme une femme qui n’a plus son époux, et qui, sans lui, doit vivre pauvrement. En fait, la vie d’une veuve est ailleurs que là où elle se tient. Le monde matériel n’est plus que relatif, vide de sens si ce n’est quand il permet le don. Comme la veuve, l’Église est pressée de prendre sur son indigence. Elle ne cesse de s’offrir pour retrouver ce qui animait son Maître et Seigneur. Le don est une manière de rejoindre son époux.

Le geste d’offertoire de nos eucharisties est renouvelé par la nouvelle traduction du Missel. L’action liturgique du prêtre qui agit in persona Christi, reproduisant la geste de la Cène, est bien celle de toute l’Église. La prière du peuple célébrant devient : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église. » 
Dans le mystère de la Passion et de l’Eucharistie, c’est toute l’Église qui s’offre à Dieu. « Le Christ s'est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté. »*

* II Corinthiens 8, 9.

♦ 2ème semaine

Vendredi 19  août

L’homme riche

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (10, 17-22)

Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

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Mission impossible ?

L’évangile de l’homme riche, qui semble se terminer par un échec, a connu, connaît une postérité impressionnante. C’est en l’entendant que saint Antoine, le « père des moines », ou saint François d’Assise ont été retournés et se sont dit : l’homme est parti tout triste, alors moi, je reste. Et je me mets à la suite du Christ. C’est de cet évangile qu’est née la vie religieuse. Loin d’être un échec (et personne ne sait si l’homme n’est pas un jour revenu), cet évangile est un trésor inépuisable.

Cet homme riche, qui parle curieusement de la vie éternelle en termes d’héritage, quel est son trésor – et le nôtre ? C’est le regard du Christ. « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima.  » Le regard de Jésus, dans les évangiles, se pose sur les disciples quand ils sont en difficulté, en danger, tiraillés. Notre pauvreté, c’est son affaire plus que la nôtre. Disant cela, je reprends les termes employés par Blaise Pascal qui fait dire à Jésus : « C’est mon affaire que ta conversion. »
Qu’est-ce à dire, sinon que la pauvreté doit partir d’une attirance pour le Christ, et non d’un désir, peut-être un peu égocentré, de sobriété matérielle. Une pauvreté recherchée sans attrait pour le Christ risque d’être la seule recherche de soi. Le Christ ne parle pas non plus simplement de tout abandonner, mais de le vendre et de le donner aux pauvres. Notre pauvreté concerne d’autres personnes !

Cet épisode de l’homme riche jeta une véritable panique chez les disciples, qui se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » La réponse ne se fit pas attendre : Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »* La pauvreté, mission impossible ? Pour nous, oui, pas pour Dieu.

* Évangile de Marc 10, 27.

Mercredi 17  août

Heureux les pauvres

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5, 3)

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

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Le bonheur, dès maintenant !

Là-haut, sur la Montagne, au vent frais, sous la lumière de la Galilée, Jésus donne à ses disciples son premier enseignement, introduit par les Béatitudes. Béatitudes : le mot vient du latin Beatus, qui veut dire heureux. Et voici que la première concerne les « pauvres de cœur ».
Elle n’annonce pas une réponse future comme, les suivantes (« ils seront rassasiés, consolés, appelés fils de Dieu… ») : elle n’est pas une promesse, mais l’annonce, la révélation d’une vérité présente, à vivre dès maintenant : le Royaume des Cieux est à eux, les pauvres de cœur. Cette béatitude est en quelque sorte la porte d’entrée du Royaume. Elle parle de la pauvreté du cœur, ce qui ne cesse de nous interroger sur ce qui remplit le nôtre. « Là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur »*. Nos richesses peuvent parfois entraîner notre cœur loin du Seigneur. Richesse et Royaume des cieux font difficilement bon ménage**.

À Lourdes, lors des apparitions de 1858, Marie dit à Bernadette : « Je ne vous promets pas le bonheur dans ce monde, mais dans l’autre. » On pourrait donc penser que Marie disait à Bernadette : patience, patience, plus tard cela ira mieux. Le message peut cependant s’entendre à un autre niveau. Il pourrait en effet être ainsi compris : je ne vous promets pas le bonheur de ce monde, mais de l’autre. Dès maintenant.

Aussi pleins de richesses soyons-nous, nous avons tous, je crois, un sixième sens pour discerner le vrai du faux bonheur. Le vrai bonheur – osons le mot : béatitude ! – est fait de pauvreté de cœur, de savoir recevoir tout de Dieu. Dès maintenant.

* Évangile selon Matthieu 6, 21.
** Cf. Évangile de Matthieu 19, 24.

Lundi 15  août

Les pauvres mangeront

Texte biblique : Livre d'Isaïe (61, 1-3)

« L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, ceux qui sont en deuil dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu. Ils seront appelés « Térébinthes de justice », « Plantation du Seigneur qui manifeste sa splendeur ».

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La vraie réponse à une fausse question

La pauvreté est-elle un problème éternel ? Cela fait peut-être deux mots inadéquats d’un seul coup : d’une part, la pauvreté serait en soi un problème, et d’autre part, elle serait vouée à être éternelle. Or, est-ce un problème ou une injustice ? Et si c’est éternel, cela voudrait-il dire qu’il faut en prendre son parti ? Bref, la pauvreté serait une fatalité.

Lire Isaïe, c’est prendre un bain de jouvence. Il faut se rappeler que ce texte merveilleux, un jour, à la synagogue de Nazareth, un homme en a fait la lecture et, refermant le livre, a dit : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »* Cet homme, c’est Jésus. En lui s’accomplissent les promesses de Dieu. Le texte d’Isaïe, proclamé par Jésus, est donc une promesse de la fin de la pauvreté. Enfin !
C’est entre cet « aujourd’hui », dit alors par Jésus à Nazareth, et notre « aujourd’hui » quelque deux mille ans plus tard, que la réponse de Dieu continue à se dire, en Jésus, Sauveur. Il ne s’agit donc pas tant de trouver une solution à un problème que de manifester la présence de Dieu aux pauvres, aux captifs, aux affligés. Il s’agit aussi, pour chacun de nous, de manifester aux pauvres notre propre présence à eux. La solution, ou plutôt la réponse à la question posée par la pauvreté, trouvera ensuite sa place. Par nos vies et pas tout seul (car personne n’est LE sauveur du monde) il faut agir, mais ensemble, avec les pauvres, et pas seulement pour eux (ce qui serait encore les mettre de côté). La pauvreté est une totale remise en question de notre humanité, comme corps social bien imparfait. La pauvreté est aussi une remise en question de chacun de nous dans son humanité, souvent défaillante.

Bonne nouvelle que cette annonce d’un Sauveur. Cette nouvelle n’a pas fini de nous étonner.

* Évangile de Luc 4, 21.

♦ 1ère semaine

Vendredi 12  août

Les pauvres mangeront

Texte biblique : Livre des Psaumes (21, 27)

Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « À vous, toujours, la vie et la joie ! »

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Des mots faits pour déranger

« Les pauvres mangeront… » : cela pourrait sembler peut-être un peu trop facile à chanter. La prière du psaume fait écho aux famines récurrentes de l’époque. Mais ces temps sont-ils révolus ? Rien n’est moins sûr ! Il suffit d’ouvrir les yeux ou son téléviseur – la réalité nous prouve tous les jours que les pauvres ne sont pas rassasiés. Combien de bénédicités, ces prières dites avant le repas, demandent au Seigneur de nourrir ceux qui ont faim ? Là aussi, cela peut sembler un peu trop facile à demander quand un bon repas nous attend.
Mais non, ce n’est peut-être pas si facile que cela. Et c’est tant mieux. Car telle n’est pas la force du psaume. Non pas celle de masquer la réalité, ou de nous faire rêver, de nous projeter sur un avenir sans cesse renvoyé au lendemain. Quand nous chantons : « les pauvres mangeront : ils seront rassasiés », nous faisons corps avec la volonté de Dieu, et cela nous travaille de l’intérieur, que nous soyons riches ou pauvres. Chanter la parole de Dieu nous met à l’unisson avec lui. Ces mots ne sont pas vains. Les mots de Dieu sont toujours efficaces. Ils nous engagent. Les dire nous implique : il faut agir. C’est ainsi que les mots du verset suivant : « Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent » désignent, eux aussi, une réalité à la fois déjà présente et à venir : oui, la quête de Dieu est déjà un commencement de réponse à ceux qui le cherchent maintenant.

Entre présent et futur, il y a ce temps de Dieu : « À vous toujours, la vie et la joie. »
Le chant du psaume donne aux hommes des mots pour dire que notre monde ne peut se satisfaire de pauvres qui ne mangent pas et que le destin de notre humanité ne peut s’envisager que sous l’aspect du grand festin.

Mercredi 10  août

Richesse et pauvreté viennent du Seigneur

Texte biblique : Livre de Ben Sira le Sage (11, 12-19)

Tel autre est faible, il a besoin de soutien, il manque de moyens et ne surabonde que de misère. Mais les yeux du Seigneur l’ont regardé avec bienveillance, pour le relever de son abaissement et redresser sa tête, à l’étonnement de tous.
Bonheur et malheur, vie et mort, richesse et pauvreté viennent du Seigneur.
Sagesse, science et connaissance de la Loi viennent du Seigneur, amour et pratique des bonnes œuvres viennent de lui.
L’égarement et les ténèbres ont été créés pour les pécheurs, ceux qui se targuent de leur malice vieillissent avec elle. Le Seigneur maintient ses dons à ceux qui sont religieux ; sa bienveillance, à jamais, les conduit.
Tel s’enrichit à force d’être économe et regardant, mais voici ce qu’il y gagne : quand il dit : « Enfin le repos ! Maintenant je vais jouir de mes biens », il ignore combien de temps cela va durer : il devra laisser ses biens à d’autres et mourra.

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La roue de la fortune

À lire l’Écriture, on perçoit bien… la précarité de la richesse elle-même. Un rien dans mon histoire, et tout disparaît d’un seul coup. C’est un thème classique de la sagesse universelle : celui d’une roue de la fortune, qui tourne, si bien que l’on se retrouve vite du haut en bas. Mais Ben Sira le Sage voit plus loin : ce qui importe, c’est la place de Dieu dans nos vies matérielles, pour savourer, au plus beau sens du terme, ce qui nous est donné.
Si le riche peut, d’un coup, tout perdre, en revanche, « il est facile au Seigneur d’enrichir le pauvre à l’improviste*, en un instant ». Thérèse de l’Enfant-Jésus citait volontiers ce verset. La spiritualité des « mains vides » devant le Seigneur ne lui faisait pas peur. Elle disait à sa sœur : « Faites au bon Dieu le sacrifice de ne jamais récolter de fruits. S’il veut que toute votre vie vous n’aboutissiez à rien et ne lui donniez que votre bonne volonté, vos efforts, tout en tombant souvent : restez en paix. Au jour de votre mort, en un clin d’œil le bon Dieu saura bien faire mûrir de beaux fruits sur l’arbre de votre âme… car il est facile aux yeux de Dieu d’enrichir tout à coup le pauvre. »** Riches ou pauvres, nous ne devrions jamais oublier cette capacité de Dieu à tout changer « en un clin d’œil ». C’est essentiel de savoir que ce que nous tenons est fragile, fugace, mais bien plus que cela, que ce que nous avons nous est donné et qu’il est facile « aux yeux de Dieu » de nous enrichir, spirituellement, comme matériellement.

Aujourd’hui, mon défi : considérer ma richesse et ma pauvreté en n’oubliant jamais qu’elles sont sous le regard de Dieu.

* Ben Sira le Sage, 11,21.
** Conseils et souvenirs de Thérèse publiés par sa sœur Geneviève (Céline), 1952, p. 32-33.

Lundi 8 août

Tu ne gaspilleras pas

Texte biblique : Livre du Lévitique (19, 9-10)

Lorsque vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas jusqu’à la lisière du champ. Tu ne ramasseras pas les glanures de ta moisson, tu ne grappilleras pas dans ta vigne, tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ta vigne : tu les laisseras au pauvre et à l’immigré. Je suis le Seigneur votre Dieu.

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La part du Pauvre

« Grappiller », dit un dictionnaire, c’est « cueillir les grappes de raisin laissées dans une vigne par les vendangeurs ». Or, il s’agit ici de ne pas grappiller… dans sa propre vigne. Glaner, c’est « [r]amasser dans un champ les épis qui ont échappé aux moissonneurs ». Or, il s’agit ici de ne pas ramasser les glanures de sa propre moisson.
La première étape de la pauvreté, c’est un rapport juste à sa propre richesse. C’est croire que ce que j’ai ne m’appartient pas totalement. Il y a, il y aura toujours la « part du pauvre », une sorte de dîme naturelle : « Tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ta vigne : tu les laisseras au pauvre et à l’immigré. » Le passage se conclut par : « Je suis le Seigneur votre Dieu. » Toute richesse doit se rappeler qu’au-dessus de nous, il y a Dieu et que ce Dieu n’oublie jamais les pauvres.
Une amie, tertiaire franciscaine, me racontait qu’un jour, une dame inconnue, en attendant le bus, lui avait dit que le problème, c’est que nous étions trop nombreux sur la terre. Du tac au tac, mon amie lui avait répondu, que le problème, c’est que nous ne partagions pas assez. C’est là du bon sens théologique : les biens matériels sont par essence limités, mais ils permettent de mettre en œuvre la charité, qui, elle, est infinie et inépuisable.

Laisser la place au grappillage peut mener loin : c’est ainsi que Booz, riche propriétaire, a trouvé sa charmante épouse, Ruth la Moabite, qui glanait sur son champ. De cette rencontre naquit Obed, le père de Jessé, le père de David. D’où naquit notre Sauveur, si attentif aux miettes qui tombent de la table...