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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU
 

 

- ThéoDom sur « La Doctrine sociale de l’Église » s’arrête le Jeudi 2 mai en attendant un prochain thème,

après le thème de « Pourquoi le mal ? » ci-dessous et le thème le « Notre Père » dans Carême 2022

- « Lumières dans la Bible » : après les thèmes de « La miséricorde », de « La pauvreté », de « L'intelligence », de « La force », de « La fidélité » de « La Création », de « L'amitié » voici, à partir du 19 septembre 2022, le thème de « La fraternité »


 

La fraternité

Jacqueline Cuche, de Strasbourg, est laïque dominicaine, mariée, mère de famille, ancienne présidente de l'Amitié Judéo-Chrétienne de France.

♦ 3ème semaine

Lundi 3 octobre

Aîné d'une multitude de frères

Texte biblique : Lettre de saint Paul aux Romains (8, 28-30)

Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

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Marcher dans la confiance

« Ta proximité me rend toute chose bonne ! », disait à Jésus dans sa prière le bienheureux Titus Brandsma, prêtre carme néerlandais, universitaire et journaliste, mort à Dachau pour s’être opposé au nazisme et à la persécution des juifs. Soutenant et consolant ses compagnons de captivité, il engendra même à la grâce, comme elle le dira plus tard, l’infirmière haïe de tous à qui, avant d’en recevoir l’injection mortelle, il donna son chapelet et ses derniers mots de compassion.
C’est le même message que nous transmet dans la Bible l’histoire de Joseph : tout le mal que ses frères lui avaient fait, Dieu, par son intermédiaire, l’a fait contribuer au bien de tous. 
Il en est ainsi pour ceux qui aiment Dieu et placent en lui leur confiance. Il en fut ainsi pour le Christ lui-même, le juste par excellence, qui, tel un premier de cordée, accepta de traverser pour nous la Passion et la mort, pour que nous tous, la multitude de ses frères, puissions à sa suite avoir accès à la vie.

Certes, les mots de Paul me gênent un peu : « ceux qu’il a destinés d’avance », ceux qui sont « appelés », car tous ne sont-ils pas appelés à la sainteté ? Le Christ n’est-il pas mort pour tous ? Mais la multitude des frères dont il parle ici, qui ont été ou seront « configurés à l’image du Christ », ne désigne-t-elle pas en réalité la multitude de ceux qui, nous dit l’Apocalypse, ont « lavé leur robe dans le sang de l’Agneau »* ? Si nous sommes tous appelés à la sainteté, nous ne sommes pas tous appelés à traverser de grandes épreuves ou à mourir martyrs, comme Titus Brandsma ou tant d’autres au long des siècles ? Dieu, qui nous connaît mieux que nous-mêmes, connaît nos forces, mais aussi nos faiblesses.

N’ayons donc pas peur de répondre à son appel : quel que soit le chemin qu’il nous fera emprunter, qu’il soit lumière ou ténèbres, facile ou douloureux, nous n’y serons pas seuls. Le Christ, notre compagnon de route, saura bien nous guider pour que nous soyons aussi avec lui dans la gloire.

* Livre de l’Apocalypse 7, 14.

♦ 2ème semaine

Vendredi 30 septembre

Va trouver mes frères

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (20, 11-18)

Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

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Un don à partager

Avant de devenir premier apôtre de la Résurrection et de courir, toute joyeuse, annoncer la bonne nouvelle aux disciples, comme le Maître l’en a chargée, Marie Madeleine est d’abord celle qui, en pleurs, se tient près du lieu où il fut déposé. Stabat Maria… On imagine sans peine sa douleur, devant le tombeau de Jésus, accrue par la disparition, qu’elle vient de constater, du corps de son bien-aimé, comme on imagine sans peine la joie qui sera ensuite la sienne de le revoir soudain vivant. 
Mais il lui faudra malgré tout passer encore une fois par une perte, par un nouveau détachement et accepter de donner aux autres celui qu’elle avait perdu, mais qu’elle regardait d’abord comme sien : « On a enlevé mon Seigneur », « … j’irai le prendre », avait-elle dit à celui qu’elle croyait le jardinier. De la même manière continue-t-elle à appeler « mon Maître » celui qu’elle revoit vivant (le mot hébreu Rabbouni est suffixé à la 1re personne du singulier). « Ne me retiens pas… Va trouver mes frères… mon Père et votre Père… mon Dieu et votre Dieu », lui répond Jésus.

Ces paroles font enfin accéder Marie Madeleine à une autre dimension, celle de la communion où n’existent plus le mien ni le tien, mais le nôtre ou le vôtre, où tout est don, irrigué par la source qu’est le don premier opéré par Jésus lui-même, lui qui, à l’image du Père, n’est que don, un don offert à tous et pour tous.  Alors Marie peut dire : « J’ai vu le Seigneur ! » 
Alors, nous aussi, nous pouvons dire, comme Jésus lui-même l’a enseigné à ses disciples : « Notre Père… ».

Mercredi 28 septembre

Recevoir des frères 

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (10, 28-31)

Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »

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Cherchez l'intrus

Par deux fois déjà, Jésus avait annoncé à ses disciples qu’il allait bientôt être mis à mort. Stupéfaits, ils avaient refusé de le croire, comme Pierre qui s’était écrié, indigné : « non, cela ne sera pas ! », avant de se faire vertement rabrouer par le Maître ; ou bien, plongés dans des abîmes de perplexité, ils n’avaient plus osé l’interroger.
Et voilà que, comme pour les décontenancer un peu plus encore, il vient de leur donner comme modèles les enfants et les pauvres, c’est-à-dire les derniers de la société. Cette place de « dernier », ce n’est pourtant pas la première fois qu’ils entendent Jésus en parler et la vanter, et ils pressentent que, du moins dans un premier temps, elle risque d’être la leur. Pauvres, en effet, les disciples le sont devenus depuis qu’ils ont tout quitté pour suivre Jésus.

Mais dans la parole de Pierre, qui ouvre ce passage d’évangile, nous sentons percer l’inquiétude : nous qui avons tout quitté pour te suivre, que va-t-il advenir de nous ? Peut-être y percevons-nous aussi une pointe de réclamation : cela mérite bien une récompense, puisque nous avons obéi à ton injonction : viens et suis-moi ! La réponse de Jésus semble à première vue rassurante : des récompenses, ses disciples en recevront, et même au centuple, maintenant et dans le monde à venir.
Mais un petit caillou s’est glissé dans le paquet cadeau : Jésus passe rapidement sur cette autre récompense – si on peut la nommer ainsi ! – les persécutions, comme si elles ne comptaient pas, comme si ce n’était rien, en comparaison de toutes les autres récompenses reçues. Pourtant, peut-être les persécutions seront-elles, elles aussi, au centuple ! Nous savons d’ailleurs que ce fut le cas pour les premiers chrétiens, comme pour ceux de tous les temps, et que ce l’est encore plus pour ceux d’aujourd’hui.

Mais Jésus veut tourner le regard de ses disciples, ainsi que le nôtre, vers un autre horizon, celui du Royaume (le « monde à venir », selon une expression typiquement juive), là où régnera la vie pour toujours – et où « les publicains et les prostituées » nous auront d’ailleurs précédés…

Lundi 26 septembre

Ma mère et mes frères

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (12, 46-50)

Comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler.» Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

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La vraie parenté

« Jésus parlait encore aux foules. » Ce petit mot, « encore », peut être compris de diverses façons : encore une fois ! ou bien : malgré l’heure tardive, Jésus était encore là, à enseigner la foule ! Ce passage d’évangile est en effet précédé de nombreuses prises de parole de Jésus et de nombreuses guérisons. Quel que soit le sens qu’on lui donnera, cet « encore » nous fait percevoir combien Jésus est dévoré, happé par la foule qui se presse autour de lui pour l’entendre, pour se faire guérir ou consoler, allant même parfois le poursuivre jusque dans sa retraite.

C’en est trop pour sa famille, qui se sent dépossédée : impossible de le récupérer, de l’avoir un peu pour elle seule, ni même de l’approcher ! Quelle humiliation pour elle, la famille de Jésus, de devoir recourir à un étranger pour lui faire porter sa demande ! Peut-être peut-on aussi y percevoir une pointe de jalousie : c’est lui, Jésus que l’on recherche, c’est lui maintenant, de toute la famille, le personnage le plus important. Comme il est difficile pour une mère d’accepter que son enfant lui échappe, ou pour des frères aînés que le petit dernier les dépasse (une des traditions fait d’eux les fils d’un premier mariage de Joseph) ! Il n’empêche ! Elle est bien dure la réponse que Jésus, sans les rejoindre et sans même s’adresser à eux personnellement, lance à la cantonade ! À l’âge de 12 ans déjà, à Jérusalem, où il était resté à l’insu de ses parents, les laissant le chercher, angoissés, il leur avait rétorqué, sans manifester le moindre remords, qu’il se devait d’abord à son Père.

Jésus est celui qui échappe à toute mainmise, nul ne peut le posséder pour soi, comme nul ne peut posséder Dieu. Peut-être la meilleure façon d’être avec lui est-elle, non seulement de faire la volonté de son Père, mais aussi de le donner aux autres, en aimant gratuitement, comme Dieu nous demande d’aimer, sans retour sur soi, et de le remercier lorsque parfois sa présence se fait discrètement sentir.

♦ 1ère semaine

Vendredi 21 septembre

Vie fraternelle

Texte biblique : Psaume 132

Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. On dirait la rosée de l’Hermon qui descend sur les collines de Sion. C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours.

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Joie de la fraternité

Les commentateurs juifs disent que les seuls frères qui, dans la Bible, se sont toujours aimés sont Moïse et Aaron – même si, une fois, Aaron et Myriam ont un court moment jalousé leur frère*.

C’est Moïse qui, sur l’ordre de Dieu, a désigné Aaron comme grand-prêtre et l’a oint, répandant sur lui l’huile d’onction sainte. Pourtant c’est bien lui, Moïse, qui le premier avait été appelé pour guider le peuple jusqu’en Terre promise. C’est bien lui qui rencontrait Dieu dans la tente de réunion et lui parlait « face à face ». Mais nulle jalousie chez lui, « le plus humble des hommes »** ! Au contraire, sa joie est grande de voir son frère choisi pour être celui qui, dans la liturgie, servira d’intermédiaire entre Dieu et son peuple.

L’Épître aux Hébreux qualifie Jésus de « grand-prêtre ». Il est en effet celui qui, environ mille cinq cents ans plus tard, a été à son tour notre intermédiaire entre Dieu et les hommes. C’est à Sion, la ville sainte où il a subi sa passion et vaincu la mort, que, s’offrant pour le pardon de nos péchés, il a obtenu pour nous « une fois pour toutes » la bénédiction et la vie pour toujours. Et c’est encore lui qui a fait de nous tous des frères en qui il a déposé sa joie, celle qu’il avait à l’avance promise à ses disciples. Et c’est aussi pour nous qu’il a prié son Père de nous garder dans l’unité. Si, nous aimant les uns les autres, nous savons rester unis, membres de son unique corps qu’est l’Église, et si nous demeurons dans son amour, cette joie, nul ne pourra nous l’enlever***.

* Livre des Nombres 12, 2.
** Livre des Nombres 12, 3.
*** Évangile selon Jean 15, 11 et 16, 22.

Mercredi 21 septembre

Joseph et ses frères

Texte biblique : Livre de la Genèse (45, 1-5)

Joseph ne put se contenir devant tous les gens de sa suite, et il s’écria : « Faites sortir tout le monde. » Quand il n’y eut plus personne auprès de lui, il se fit reconnaître de ses frères. Il pleura si fort que les Égyptiens l’entendirent, et même la maison de Pharaon. Il dit à ses frères : « Je suis Joseph ! Est-ce que mon père vit encore ? » Mais ses frères étaient incapables de lui répondre, tant ils étaient bouleversés de se trouver en face de lui. Alors Joseph dit à ses frères : « Approchez-vous de moi. » Ils s’approchèrent, et il leur dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour qu’il soit emmené en Égypte. Mais maintenant ne vous affligez pas, et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu, car c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous. »

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Tout est grâce

Lorsque, après tant d’années de séparation et tant de souffrances subies à cause d’eux, Joseph se retrouve enfin face à ses frères, il est bouleversé, il « ne [peut] se contenir », « il [pleure] si fort » que ses pleurs traversent les murs… Son affection pour ses frères est restée intacte, malgré les si bonnes raisons qu’il aurait de leur en vouloir. Eux, ils ont voulu sa mort puis ont tout fait pour l’éloigner à jamais en le vendant comme esclave à des étrangers, mais, lui, il veut leur vie en sûreté près de lui. C’est son amour, son bonheur de les revoir qui le bouleversent, comme son impatience de savoir si son père est encore en vie. 
Ses frères sont bouleversés, eux aussi, mais pour d’autres raisons, qui les rendent comme pétrifiés : stupéfaction de retrouver là, au sommet de la dignité, celui qu’ils avaient vendu comme esclave, peur surtout de le voir se venger du mal qu’ils lui ont fait, une peur qui ne les quittera pas vraiment puisqu’elle se manifestera encore à la mort de leur père Jacob*. 
Alors que Joseph leur a depuis longtemps pardonné (pas un seul mot de reproche ne sort de sa bouche), ses frères ne parviennent pas à croire en ce pardon. Pourtant ils se sont repentis, remplis de honte pour le mal causé à leur frère comme à leur père. Le sacrifice qu’ils étaient prêts à consentir pour sauver leur plus jeune frère, Benjamin, le montre bien**.
Mais leur faute est si grande, le mal commis leur semble si irréparable qu’ils en sont accablés. Joseph, le fidèle, le cœur pur, leur enseigne un autre chemin, plus haut : il les appelle à remercier Dieu et sa providence. Joseph, le croyant, qui comprend les chemins de Dieu...

Malheur et souffrance sont inexplicables aux yeux des hommes, ne paraissent que négatifs ; seul celui qui voit comme Dieu peut comprendre que tout concourt au bien de qui sait se remettre entre ses mains. « Tout est grâce » : tels sont les derniers mots du jeune prêtre souffre-douleur de ses paroissiens dans Journal d’un curé de campagne de Bernanos. Tels sont ceux qu’avait prononcés avant de mourir Thérèse de l’Enfant Jésus. Si ces mots, dans la nuit, pouvaient devenir nôtres !

* Voir Livre de la Genèse 50, 15 sq.
** Genèse 44, 33.

Lundi 19 septembre

Caïn et Abel

Texte biblique : Livre de la Genèse (4, 3-10)

Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais vers Caïn et son offrande, il ne le tourna pas. Caïn en fut très irrité et montra un visage abattu. Le Seigneur dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. »
Caïn dit à son frère Abel : « Sortons dans les champs. » Et, quand ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. Le Seigneur dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » Le Seigneur reprit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! »

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Le premier sacrifice

Le premier cadeau offert à Dieu dans l’histoire de l’humanité, que relate le début de la Genèse, au lieu d’être un temps de communion ou du moins de proximité entre l’offrant et son Dieu, se solde par un désastre, un temps de haine et de mort.
À qui la faute ? On en attribue parfois la responsabilité à Dieu, dont la préférence pour l’offrande d’Abel peut poser question et paraître à première vue injuste. Mais, à y bien regarder, le texte l’explique avec clarté : Abel offre « les morceaux les meilleurs », à la différence de Caïn dont l’offrande est désignée par un terme vague : « des produits de la terre ».
Dieu n’est pas injuste. Il est au contraire attentif à chacun, à ses intentions les plus secrètes. S’il « sait ce qui est dans le cœur de l’homme », c’est parce que justement ce cœur l’intéresse et qu’il veut le toucher pour le faire se tourner vers le bien : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie ! », ne cesse-t-il de nous dire à travers la parole biblique*.
« Le péché est accroupi à ta porte […] mais tu dois le dominer », dit-il ainsi à Caïn. Mais celui-ci, tout à sa colère et à sa soif de vengeance, n’écoute pas cette parole, ou plutôt il y prête la même indifférence qu’à l’offrande qu’il vient de faire à Dieu. Dans le texte hébreu** il y a un manque : « Caïn dit à son frère Abel… », puis plus rien. Cela signifie qu’indifférent et sourd à l’appel de Dieu, Caïn l’est tout autant aux protestations de son frère à qui il refuse tout dialogue. Et c’est avec la même indifférence qu’il rejette tout sentiment de responsabilité dans sa réponse arrogante à la question de Dieu.

Comme il serait tentant de se mettre du côté d’Abel et de condamner Caïn ! Mais ne sommes-nous pas les deux, tantôt Abel, brûlant de donner à Dieu le meilleur de lui-même, tantôt Caïn, replié sur lui-même et sourd aux cris du monde ? 
Seigneur, rends-moi attentif à ta parole de vie et aux appels des hommes, ces frères que tu as mis sur ma route et me demandes d’aimer !

* Livre du Deutéronome 30, 19.
** En voici le mot à mot : « Caïn dit à son frère Abel – et voici, comme ils étaient aux champs… », ce qui paraît en effet comme une absence de parole.

 


 

La miséricorde

 

Sœur Marie-Laetitia Youchtchenko, Rome : Dominicaine apostolique, elle vit en Italie et partage son temps entre l'accompagnement spirituel et la prédication

♦ 3ème semaine

Vendredi 16 septembre

Ramener l’égaré

Texte biblique : Lettre de Jacques (5, 19-20)

Mes frères, si l’un de vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, alors, sachez-le : celui qui ramène un pécheur du chemin où il s’égarait sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés.

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Cap sur la vérité

Dans sa lettre aux chrétiens du premier siècle, saint Jacques leur donne des conseils pour vivre une vie authentiquement chrétienne. Il évoque notamment la nécessité de demander à Dieu la sagesse, il analyse le rapport entre la foi et les œuvres, il exhorte les fidèles à surveiller leur langue et il les met en garde contre le danger des richesses. Autant de manières de vivre la charité. Dans le dernier chapitre, la miséricorde prend un nouveau visage : il s’agit de ramener à la vérité quelqu’un qui s’en éloigne.

Nous savons que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité »*. C’est la volonté de Dieu mais est-ce aussi la nôtre ? Y pensons-nous lorsque nous prions « Que ta volonté soit faite » ? Préoccupés de respecter la liberté de notre prochain, nous hésitons parfois à annoncer la vérité. Est-ce de notre part de la tolérance ou de l’indifférence ? Pourtant, il ne fait aucun doute que seule la vérité est source de bonheur. 
« Amour et vérité se rencontrent ! »** Les contemporains de saint Dominique disaient de lui que le jour il « accueillait tous les hommes dans le vaste sein de sa charité »*** et que la nuit il s’écriait dans sa prière : « Ô ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? »**** Demandons la grâce de désirer du fond du cœur le salut de tous et ne soyons pas indifférents lorsque nos frères et sœurs s’éloignent de la vérité. Leur salut sera notre joie et celle des anges, suivant la confidence de Jésus : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »*****

* I Timothée 2, 4.
** Psaume 84, 11.
*** Jourdain de Saxe, Le Libellus, 1233, §107.
**** Procès de canonisation de Toulouse, 18.
***** Luc 15, 7.

Mercredi 14 septembre

La femme adultère

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (8, 3-11)

Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.
Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

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Regard d'avenir

Cette femme prise en flagrant délit d’adultère est coupable, cela ne fait aucun doute. Et la loi est claire, elle est inscrite sur la pierre : cette femme doit être lapidée. Jésus ne le conteste pas, car il n’est pas venu pour abolir la loi. Mais en évitant de regarder les scribes et les pharisiens, il signifie qu’il ne se situe pas de leur côté, du côté de ceux qui accusent. Comment le pourrait-il, lui qui est venu sur terre pour prendre sur lui le péché du monde ? Lui, le seul juste, le seul qui selon la loi aurait pu jeter la première pierre, a choisi de remplacer la condamnation par l’amour, par le pardon, par la guérison.

L’évangéliste ne nous donne pas le nom de cette femme, mais il la définit par son péché, c’est une « femme adultère ». C’est peut-être pour cela que spontanément, à la lecture de ce passage, nous nous sentons proches d’elle, et c’est vers elle que va notre compassion : en fin de compte, elle nous ressemble, cette anonyme humiliée. Pour nous comme pour elle, la seule issue est de rencontrer un regard de miséricorde, qui efface le passé et qui ouvre un avenir : « Je ne te condamne pas, va, et désormais ne pèche plus. »

Nous ne saurons jamais ce que Jésus écrivait sur le sol : la miséricorde est le secret du cœur de Dieu. Mais ce que nous savons, c’est ce que la Vierge Marie, Mater misericordiae, chante dans son Magnificat : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ; il élève les humbles ; il se souvient de son amour. »*

* Évangile selon saint Luc 1, 50.52.54.

Lundi 12 septembre

Le bon Samaritain

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (10, 30-37)

Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.” »
Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

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En route !

Dans son encyclique Fratelli Tutti, le pape François consacre un chapitre entier à cette parabole du Bon Samaritain. Il précise qu’elle « se présente de telle manière que chacun d’entre nous peut se laisser interpeller par elle »*. Elle est en effet si concrète qu’il ne nous est pas difficile de nous reconnaître dans tel ou tel personnage, et j’ajouterais qu’elle nous montre trois aspects de la miséricorde.

Tout d’abord, nous mettre en route, sans avoir peur de nous diriger vers Jéricho, qui représente le monde et ses dangers. Marcher, non pas préoccupés de nous-mêmes, mais les yeux ouverts sur ce qui nous entoure. Ensuite, il s’agit d’être saisis de compassion, c’est-à-dire de souffrir avec ceux qui souffrent, de pleurer avec ceux qui pleurent**. Enfin, nous approcher de l’autre, être attentifs à ses besoins, lui donner ce que nous sommes et ce que nous avons, trouver les manières les plus adaptées de prendre soin de lui.

Pour le pape François, ce récit « nous révèle une caractéristique essentielle de l’être humain, si souvent oubliée : nous avons été créés pour une plénitude qui n’est atteinte que dans l’amour »***.
Lorsque nous sommes le prêtre ou le lévite qui passent sans la voir devant la souffrance de leurs frères, ouvre nos yeux, ouvre nos cœurs, Seigneur. Lorsque nous sommes le voyageur blessé qui gémit de douleur dans l’indifférence générale, viens panser nos blessures, Seigneur. 
Mets en nous ta miséricorde, Seigneur, pour que nous sachions donner notre compassion, notre temps et nos soins aux frères et aux sœurs que tu places sur notre chemin.

* Pape François, Lettre Encyclique Fratelli Tutti, 2020, § 56.
** Lettre aux Romains 12, 15.
*** Fratelli Tutti 68.

♦ 2ème semaine

Vendredi 9 septembre

Appel de Lévi

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (2, 13-17)

Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait. En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! » Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

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Entraîne-moi

Jésus est entouré d’une grande foule. Nombreux sont les publicains et les pécheurs qui le suivent, et dans ce brouhaha un homme se tient à l’écart. Lui aussi est publicain : il recueille les impôts pour les Romains. Il est assis, immobile, derrière sa table. Les passants détournent leurs regards : il est à la fois craint et méprisé. Il est enfermé dans cette fonction qui certes lui donne la richesse, mais qui lui fait perdre sa dignité. L’enseignement de Jésus le touche en plein cœur, mais osera-t-il quitter l’ombre protectrice de son bureau des impôts ?
C’est alors que Jésus l’aperçoit. Son regard semble lui dire : pour moi tu n’es pas ton métier, tu n’es pas ce que tu fais, mais ce que tu es ! Tu es Lévi, fils d’Alphée : je connais ton histoire, tes aspirations, ta soif de vérité. Alors suis-moi. Et Lévi se lève : une vie nouvelle commence, qu’il célèbre en organisant un grand repas. Jésus n’hésite pas à s’asseoir à cette table. C’est en le voyant manger avec eux, c’est-à-dire entrer dans leur intimité, que les pécheurs accueilleront sa miséricorde.

Comme l’a si bien vu le saint curé d’Ars, Jésus « prend tous les moyens possibles pour se trouver parmi les pécheurs afin de les attirer à son Père ». Serons-nous de ceux qui s’indigneront, se croyant bien portants ? Ou de ceux qui se reconnaîtront malades et qui se laisseront guérir ? « La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé ; elle entraîne les cœurs sur son passage », nous dit encore saint Jean-Marie Vianney. Comme Lévy, nous laisserons-nous entraîner ?

Mercredi 7 septembre

Heureux les miséricordieux

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5,7)

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

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A l'aventure !

Tout au long de l’Évangile, le Christ nous invite à pardonner. Prenons deux exemples. Après avoir donné à ses disciples la prière du Notre Père, Jésus ajoute : « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. »* Plus tard, dans une parabole, il fera dire au maître du serviteur impitoyable : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi  ? »** Nous voyons là qu’il ne s’agit pas d’un prêté pour un rendu : pardonner pour être pardonné. Pour Dieu, il n’y a pas d’avant ni d’après, mais l’éternel présent de l’amour. Un amour qui ne peut que se donner, un amour sans cesse à notre recherche. Un amour gratuit, un amour qui ne compte pas. Et cette béatitude est un appel à nous laisser transformer, renouveler par cet amour, afin que notre cœur devienne semblable au cœur de Dieu. Un cœur de chair, et non plus un cœur de pierre***.

Heureux, oui heureux sommes-nous lorsque nous nous laissons toucher par la miséricorde de Dieu. Heureux sommes-nous quand nous nous ouvrons à l’amour ! 
Au milieu du XXe siècle, Madeleine Delbrêl a choisi de demeurer dans des cités ouvrières pour témoigner de cet amour. Elle explique que se livrer à la miséricorde, « ce n’est pas ressentir une émotion passagère. C’est recevoir de Dieu ce qui nous met en mesure de rendre ce monde plus chaleureux, moins dur, plus respectueux de chaque personne, plus imprégné de charité ».
Se livrer à la miséricorde : une véritable aventure !

* Évangile selon saint Matthieu 6, 14.
** Évangile selon saint Matthieu 18, 33.
*** Cf. Livre d’Ézéchiel 36, 26.

Lundi 5 septembre

Pitié pour Ninive

Texte biblique : Livre de Jonas (4, 7-11)

Jonas sortit de Ninive et s’assit à l’est de la ville. Là, il fit une hutte et s’assit dessous, à l’ombre, pour voir ce qui allait arriver dans la ville. Le Seigneur Dieu donna l’ordre à un arbuste, un ricin, de pousser au-dessus de Jonas pour donner de l’ombre à sa tête et le délivrer ainsi de sa mauvaise humeur. Jonas se réjouit d’une grande joie à cause du ricin.
Mais le lendemain, à l’aube, Dieu donna l’ordre à un ver de piquer le ricin, et celui-ci se dessécha.
Au lever du soleil, Dieu donna l’ordre au vent d’est de brûler ; Jonas fut frappé d’insolation. Se sentant défaillir, il demanda la mort et ajouta : « Mieux vaut pour moi mourir que vivre. »
Dieu dit à Jonas : « As-tu vraiment raison de te mettre en colère au sujet de ce ricin ? » Il répondit : « Oui, j’ai bien raison de me mettre en colère jusqu’à souhaiter la mort. » Le Seigneur répliqua : « Toi, tu as pitié de ce ricin, qui ne t’a coûté aucun travail et que tu n’as pas fait grandir, qui a poussé en une nuit, et en une nuit a disparu. Et moi, comment n’aurais-je pas pitié de Ninive, la grande ville, où, sans compter une foule d’animaux, il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas encore leur droite de leur gauche ? »

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Sors de ta hutte

C’est la deuxième fois que Dieu demande à Jonas de parcourir l’immense ville de Ninive pour l’appeler à se convertir. La première fois, le prophète a voulu s’enfuir par la mer, ce qui lui a valu une terrible tempête et trois jours dans le ventre d’un gros poisson. Il s’en est sorti, et cette fois-ci, il a obéi, en annonçant la destruction de la ville. Et contre toute attente, Ninive s’est repentie de sa mauvaise conduite. Jonas en est fort contrarié : au fond, il ne comprend pas que Dieu veuille la conversion des pécheurs. Il sait bien que Dieu est miséricordieux, mais selon lui le pardon a ses limites ! Alors, pour signifier son désaccord, il va s’asseoir à l’écart, en spectateur, seul sous sa hutte. À travers l’épisode du ricin, Dieu cherche à lui faire comprendre que son amour pour ses enfants dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

Croire à la miséricorde de Dieu pour nous ou pour les autres n’est jamais simple. Comme Jonas, nous pouvons être tentés de nous dire « un péché pareil, Dieu ne le pardonnera jamais ! » et de nous enfermer dans la hutte de notre culpabilité ou de notre jugement. L’histoire de Jonas nous appelle à changer de regard : rien n’arrête le cœur de Dieu. Il n’attend que notre repentir et notre bonne volonté.
Comme sainte Thérèse de Lisieux, nous pouvons dire avec humble assurance : « Si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent. »*

* Thérèse de l’Enfant-Jésus, Derniers entretiens, Carnet Jaune, 11 juillet, 6.

♦ 1ère semaine

Vendredi 2 septembre

Pitié pour moi

Texte biblique : Psaume 56 (2-3)

Pitié, mon Dieu, pitié pour moi ! En toi je cherche refuge, un refuge à l’ombre de tes ailes, aussi longtemps que dure le malheur. Je crie vers Dieu, le Très-Haut, vers Dieu qui fera tout pour moi.

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Sous ton aile

Avez-vous déjà vu des poussins se cacher sous les ailes de leur mère ? Une image qui évoque la protection, la proximité, la tendresse. C’est ce que recherche l’auteur du psaume 56 : cerné de toutes parts par des ennemis armés de lances et de flèches, il sait qu’il ne trouvera refuge qu’en Dieu. Son malheur est grand, mais sa confiance est totale : Dieu est le Très-Haut, donc il peut tout. Mais cette toute-puissance n’est pas synonyme de distance infranchissable : le psalmiste est certain que Dieu le protégera, qu’il fera tout pour lui. Il sait qu’aucune misère ne peut laisser indifférent celui qui sait tout, qui peut tout, et qui nous aime. Et c’est pourquoi il n’hésite pas à répéter : « Pitié, mon Dieu, pitié pour moi ! »

« Prends pitié ! » Ce sera aussi le cri de l’aveugle*, des dix lépreux**, de la Cananéenne***, au passage de Jésus. Et c’est le nôtre, notamment lors de la célébration eucharistique : avec le Kyrie Eleison, au milieu du Gloria, et dans la prière de l’Agnus Dei. Demandons la grâce de retrouver le sens profond de ce que nous disons, afin que chacune de ces invocations nous conduise à creuser notre soif de Dieu, et à créer en nous un espace d’accueil de sa miséricorde.

Comme saint François, le petit pauvre d’Assise, nous pourrons prier : 
Tu es le seul saint, Seigneur Dieu, Toi qui fais des merveilles.
Tu es tout-puissant toi, Père saint, roi du ciel et de la terre.
Tu es amour et charité, Tu es sécurité. Tu es le repos.
Tu es notre abri, notre gardien, notre défenseur.
Dieu tout-puissant, bon Sauveur plein de miséricorde. Amen.

* Évangile selon saint Luc 18,38.
** Évangile selon saint Luc 17,13.
*** Évangile selon saint Matthieu 15, 22.

Mercredi 31 août

Les entrailles de miséricorde

Texte biblique : Livre d'Osée (11, 8-9)

« Vais-je t’abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ? Vais-je t’abandonner comme Adma, et te rendre comme Seboïm ? Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. »

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Un sacré cœur

Au temps d’Abraham, les villes d’Adma et de Seboïm vivaient dans le désordre et la corruption. Elles n’avaient pas voulu se convertir, et leur rébellion avait causé leur destruction. Quelque mille ans plus tard, Israël subira-t-il le même sort ? Il s’est détourné de Dieu, et selon toute logique, il devrait affronter sa colère. Oui, mais la logique de Dieu n’est pas celle des hommes. « Au milieu de vous je suis le Dieu saint, nous dit-il, et mon amour dépasse tout ce que vous pouvez concevoir. » La miséricorde de Dieu fait fondre sa colère : quelle belle image que ces entrailles divines qui frémissent ! Dieu est un Père au cœur de mère, qui ne peut pas abandonner ses enfants. « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! »*, ajoute-t-il.

Nous avons beau nous éloigner de lui et multiplier les infidélités, Dieu ne se lasse pas de nous redire sa miséricorde et de nous appeler à revenir à lui. Et au long des siècles, il ne cesse de chercher des hommes et des femmes qui, comme le prophète Osée, transmettront au monde ses déclarations d’amour. 
« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes » dira le Christ à sainte Marguerite-Marie, qui écrira : « Ce divin Cœur est un abîme de bien où les pauvres doivent abîmer leurs nécessités, un abîme de joie où il faut abîmer toutes nos tristesses, un abîme d’humiliation pour notre orgueil, un abîme de miséricorde pour les misérables, et un abîme d’amour où il nous faut abîmer toutes nos misères. »**

*Livre d’Isaïe 49, 15.
** Sainte Marguerite-Marie Alacoque, Lettre au Père Croiset, 1689.

Lundi 29 août

J'ai vu la misère de mon peuple

Texte biblique : Livre de l'exode (3, 7-10)

Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel, vers le lieu où vivent le Cananéen, le Hittite, l’Amorite, le Perizzite, le Hivvite et le Jébuséen. Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »

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Promesse d'amour

La vie est terriblement dure pour les Hébreux en Égypte : travail harassant, humiliations, oppression et jusqu’à l’élimination des nouveau-nés. Ils ont beau crier vers le ciel, ils n’entrevoient aucune amélioration. Ce pays qui les a accueillis les réduit maintenant en servitude. Qui les délivrera du joug de Pharaon ? L’esclavage est-il leur seul horizon d’avenir ? Dieu semble sourd à leurs appels !
Mais non, Dieu n’est pas sourd : il les entend, il se penche, il les voit, il descend. Dieu se laisse toucher et il décide de les délivrer. Car il s’agit de son peuple, celui de la Promesse, celui de la terre donnée à Abraham. Et Dieu est fidèle à sa promesse d’amour. À leur misère répondra sa miséricorde.

Il nous arrive à tous de traverser des périodes difficiles, où nous nous sentons comme écrasés, où tous les horizons semblent bouchés. Nous avons beau prier, rien ne bouge. Nous pouvons même en arriver à nous demander si Dieu ne nous a pas oubliés. Et puis, un jour, lorsque nous avons l’impression de toucher le fond, notre prière devient véritable cri comme dans le psaume : « Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur écoute mon appel ! »* Lorsque nous nous rendons vraiment compte que nous ne pouvons rien résoudre tout seuls, notre prière jaillit du plus profond de notre misère. Nous nous en remettons alors entièrement à notre Père du Ciel et à son Fils. Comme des enfants, nous faisons appel à son amour.

Avec sainte Faustine, témoin de la divine miséricorde, nous prions « Jésus, j’ai confiance en toi ». Et nous faisons l’expérience de la miséricorde d’un Dieu qui vient nous rejoindre dans notre souffrance, pour la porter avec nous et pour nous libérer.

* Psaume 129, 1.2.



 

La pauvreté


Le frère Xavier Loppinet est le prieur du couvent de Nancy. Il est aumônier de la Pastorale des personnes sourdes et malentendantes et prêche des retraites.

♦ 3ème semaine

Vendredi 26 août

Vivre de peu

Texte biblique : Lettre de saint Paul aux Philippiens (4, 10-14)

J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur à voir maintenant refleurir vos bonnes dispositions pour moi : elles étaient bien vivantes, mais vous n’aviez pas occasion de les montrer. Ce ne sont pas les privations qui me font parler ainsi, car j’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne.

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Don de la joie

« J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur à voir maintenant refleurir vos bonnes dispositions pour moi. » Éclairons le contexte de cette joie de l’apôtre Paul. Il s’adresse à ses chers Philippiens, qui l’ont accueilli dès le début de sa mission en Europe. Entre eux, le courant passe. En proie à une pauvreté, pour ne pas dire sa détresse, Paul reçoit d’eux un soutien bien matériel. Mais ce soutien n’est pas en soi l’objet de sa joie. 
Ce qui comble Paul, c’est de voir que les Philippiens ont ainsi eu l’occasion de manifester leur solidarité, et donc leur communion. Les Philippiens, vous êtes pour moi, dit Paul, « ma joie et ma couronne ». La solidarité est totale entre eux : matérielle et aussi spirituelle. C’est pourquoi Paul se réjouit, en quelque sorte à tous les niveaux. Au fond, ce qui intéresse Paul, ce n’est pas tant d’être soulagé dans sa misère que de voir la générosité des Philippiens.

La pauvreté des uns peut être l’occasion pour d’autres de poser un geste source d’une grande joie, quelle que soit la taille, la valeur du don. Bien plus, l’occasion du don est le point de départ d’une relation. Tout don matériel n’a de valeur que dans la relation établie entre les êtres. Même sans manquer de rien, ce qui touche dans un cadeau, c’est la relation qu’il manifeste. « Dieu aime celui qui donne avec joie », dit encore Paul*. Si bien que la joie est des deux côtés. La joie est ce sentiment qui nous dépasse, qui surgit en nous et nous envahit. C’est ce sentiment qui permet la communication et la communion entre les êtres.
Joie du don, chez les hommes. Don de la joie, de la part de Dieu.

* II Corinthiens 9, 7.

Mercredi 24 août

Un pauvre nommé Lazare

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (16, 19-31)

« Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! Père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

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Des chiens et des hommes

Nous avons là une des paraboles les plus percutantes de Jésus. Bien sûr, elles le sont toutes ! Mais celle-ci a cela de particulier qu’elle nomme un des personnages : Lazare, le pauvre Lazare, tandis que le riche, lui, reste anonyme, à l’inverse de toutes les logiques du monde, où ce sont les puissants que tout le monde connaît et où les pauvres restent, sombrent, serait-on tenté de dire, dans l’anonymat.
Le but de cette parabole est de remuer notre sensibilité. Dans notre humanité, dit saint Augustin, être insensible, c’est être cruel. Le riche est resté insensible. Et toi, l’auditeur, resteras-tu de marbre ? À bon entendeur, salut, peut-on dire, comme pour toute parabole. Si tu l’entends bien, tu seras sauvé.

Un petit détail est là pour nous toucher : la présence des chiens. « Mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. » Bons chiens, mauvais chiens ? Les commentaires occidentaux vont dans le sens de « bons chiens », voire des chiens thérapeutes, qui guérissent les plaies par leur salive, ce que le monde médical d’alors savait déjà (et saint Luc est médecin). Dans ce cas, la parabole n’en est que plus dramatique : là où un riche ignore son prochain, des chiens, eux, s’occupent de l’homme. Mais les commentaires issus du monde oriental, pour qui le chien est un animal vil, accentuent encore le drame : comble du malheur, les chiens lèchent les plaies du pauvre homme, et le riche ne se laisse même pas émouvoir. Dans les deux interprétations, toutes deux probables*, le résultat escompté reste le même et la question traverse les siècles : ô homme, quand donc ton cœur se laissera-t-il toucher ?

Lundi 22 août

Une pauvre veuve

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (12, 41-44)

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

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Offrir et s'offrir

Juste avant sa passion, Jésus regarde la foule des pèlerins faisant leurs offrandes dans le Temple. Son regard discerne dans le flux des personnes une pauvre veuve. Jésus se reconnaît dans le don absolu qu’elle fait d’elle-même. Effet miroir : elle a mis dans le trésor tout ce qu’elle possédait, et lui-même va bientôt donner sa vie, s’offrir totalement, par le don de son corps sur la croix. Son corps est le nouveau Temple par où les offrandes de l’homme prennent sens et vont vers Dieu.
Les Pères de l’Église ont vu dans l’image de la veuve l’Église, comme une femme qui n’a plus son époux, et qui, sans lui, doit vivre pauvrement. En fait, la vie d’une veuve est ailleurs que là où elle se tient. Le monde matériel n’est plus que relatif, vide de sens si ce n’est quand il permet le don. Comme la veuve, l’Église est pressée de prendre sur son indigence. Elle ne cesse de s’offrir pour retrouver ce qui animait son Maître et Seigneur. Le don est une manière de rejoindre son époux.

Le geste d’offertoire de nos eucharisties est renouvelé par la nouvelle traduction du Missel. L’action liturgique du prêtre qui agit in persona Christi, reproduisant la geste de la Cène, est bien celle de toute l’Église. La prière du peuple célébrant devient : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église. » 
Dans le mystère de la Passion et de l’Eucharistie, c’est toute l’Église qui s’offre à Dieu. « Le Christ s'est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté. »*

* II Corinthiens 8, 9.

♦ 2ème semaine

Vendredi 19  août

L’homme riche

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (10, 17-22)

Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

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Mission impossible ?

L’évangile de l’homme riche, qui semble se terminer par un échec, a connu, connaît une postérité impressionnante. C’est en l’entendant que saint Antoine, le « père des moines », ou saint François d’Assise ont été retournés et se sont dit : l’homme est parti tout triste, alors moi, je reste. Et je me mets à la suite du Christ. C’est de cet évangile qu’est née la vie religieuse. Loin d’être un échec (et personne ne sait si l’homme n’est pas un jour revenu), cet évangile est un trésor inépuisable.

Cet homme riche, qui parle curieusement de la vie éternelle en termes d’héritage, quel est son trésor – et le nôtre ? C’est le regard du Christ. « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima.  » Le regard de Jésus, dans les évangiles, se pose sur les disciples quand ils sont en difficulté, en danger, tiraillés. Notre pauvreté, c’est son affaire plus que la nôtre. Disant cela, je reprends les termes employés par Blaise Pascal qui fait dire à Jésus : « C’est mon affaire que ta conversion. »
Qu’est-ce à dire, sinon que la pauvreté doit partir d’une attirance pour le Christ, et non d’un désir, peut-être un peu égocentré, de sobriété matérielle. Une pauvreté recherchée sans attrait pour le Christ risque d’être la seule recherche de soi. Le Christ ne parle pas non plus simplement de tout abandonner, mais de le vendre et de le donner aux pauvres. Notre pauvreté concerne d’autres personnes !

Cet épisode de l’homme riche jeta une véritable panique chez les disciples, qui se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » La réponse ne se fit pas attendre : Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »* La pauvreté, mission impossible ? Pour nous, oui, pas pour Dieu.

* Évangile de Marc 10, 27.

Mercredi 17  août

Heureux les pauvres

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (5, 3)

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

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Le bonheur, dès maintenant !

Là-haut, sur la Montagne, au vent frais, sous la lumière de la Galilée, Jésus donne à ses disciples son premier enseignement, introduit par les Béatitudes. Béatitudes : le mot vient du latin Beatus, qui veut dire heureux. Et voici que la première concerne les « pauvres de cœur ».
Elle n’annonce pas une réponse future comme, les suivantes (« ils seront rassasiés, consolés, appelés fils de Dieu… ») : elle n’est pas une promesse, mais l’annonce, la révélation d’une vérité présente, à vivre dès maintenant : le Royaume des Cieux est à eux, les pauvres de cœur. Cette béatitude est en quelque sorte la porte d’entrée du Royaume. Elle parle de la pauvreté du cœur, ce qui ne cesse de nous interroger sur ce qui remplit le nôtre. « Là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur »*. Nos richesses peuvent parfois entraîner notre cœur loin du Seigneur. Richesse et Royaume des cieux font difficilement bon ménage**.

À Lourdes, lors des apparitions de 1858, Marie dit à Bernadette : « Je ne vous promets pas le bonheur dans ce monde, mais dans l’autre. » On pourrait donc penser que Marie disait à Bernadette : patience, patience, plus tard cela ira mieux. Le message peut cependant s’entendre à un autre niveau. Il pourrait en effet être ainsi compris : je ne vous promets pas le bonheur de ce monde, mais de l’autre. Dès maintenant.

Aussi pleins de richesses soyons-nous, nous avons tous, je crois, un sixième sens pour discerner le vrai du faux bonheur. Le vrai bonheur – osons le mot : béatitude ! – est fait de pauvreté de cœur, de savoir recevoir tout de Dieu. Dès maintenant.

* Évangile selon Matthieu 6, 21.
** Cf. Évangile de Matthieu 19, 24.

Lundi 15  août

Les pauvres mangeront

Texte biblique : Livre d'Isaïe (61, 1-3)

« L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, ceux qui sont en deuil dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu. Ils seront appelés « Térébinthes de justice », « Plantation du Seigneur qui manifeste sa splendeur ».

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La vraie réponse à une fausse question

La pauvreté est-elle un problème éternel ? Cela fait peut-être deux mots inadéquats d’un seul coup : d’une part, la pauvreté serait en soi un problème, et d’autre part, elle serait vouée à être éternelle. Or, est-ce un problème ou une injustice ? Et si c’est éternel, cela voudrait-il dire qu’il faut en prendre son parti ? Bref, la pauvreté serait une fatalité.

Lire Isaïe, c’est prendre un bain de jouvence. Il faut se rappeler que ce texte merveilleux, un jour, à la synagogue de Nazareth, un homme en a fait la lecture et, refermant le livre, a dit : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »* Cet homme, c’est Jésus. En lui s’accomplissent les promesses de Dieu. Le texte d’Isaïe, proclamé par Jésus, est donc une promesse de la fin de la pauvreté. Enfin !
C’est entre cet « aujourd’hui », dit alors par Jésus à Nazareth, et notre « aujourd’hui » quelque deux mille ans plus tard, que la réponse de Dieu continue à se dire, en Jésus, Sauveur. Il ne s’agit donc pas tant de trouver une solution à un problème que de manifester la présence de Dieu aux pauvres, aux captifs, aux affligés. Il s’agit aussi, pour chacun de nous, de manifester aux pauvres notre propre présence à eux. La solution, ou plutôt la réponse à la question posée par la pauvreté, trouvera ensuite sa place. Par nos vies et pas tout seul (car personne n’est LE sauveur du monde) il faut agir, mais ensemble, avec les pauvres, et pas seulement pour eux (ce qui serait encore les mettre de côté). La pauvreté est une totale remise en question de notre humanité, comme corps social bien imparfait. La pauvreté est aussi une remise en question de chacun de nous dans son humanité, souvent défaillante.

Bonne nouvelle que cette annonce d’un Sauveur. Cette nouvelle n’a pas fini de nous étonner.

* Évangile de Luc 4, 21.

♦ 1ère semaine

Vendredi 12  août

Les pauvres mangeront

Texte biblique : Livre des Psaumes (21, 27)

Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « À vous, toujours, la vie et la joie ! »

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Des mots faits pour déranger

« Les pauvres mangeront… » : cela pourrait sembler peut-être un peu trop facile à chanter. La prière du psaume fait écho aux famines récurrentes de l’époque. Mais ces temps sont-ils révolus ? Rien n’est moins sûr ! Il suffit d’ouvrir les yeux ou son téléviseur – la réalité nous prouve tous les jours que les pauvres ne sont pas rassasiés. Combien de bénédicités, ces prières dites avant le repas, demandent au Seigneur de nourrir ceux qui ont faim ? Là aussi, cela peut sembler un peu trop facile à demander quand un bon repas nous attend.
Mais non, ce n’est peut-être pas si facile que cela. Et c’est tant mieux. Car telle n’est pas la force du psaume. Non pas celle de masquer la réalité, ou de nous faire rêver, de nous projeter sur un avenir sans cesse renvoyé au lendemain. Quand nous chantons : « les pauvres mangeront : ils seront rassasiés », nous faisons corps avec la volonté de Dieu, et cela nous travaille de l’intérieur, que nous soyons riches ou pauvres. Chanter la parole de Dieu nous met à l’unisson avec lui. Ces mots ne sont pas vains. Les mots de Dieu sont toujours efficaces. Ils nous engagent. Les dire nous implique : il faut agir. C’est ainsi que les mots du verset suivant : « Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent » désignent, eux aussi, une réalité à la fois déjà présente et à venir : oui, la quête de Dieu est déjà un commencement de réponse à ceux qui le cherchent maintenant.

Entre présent et futur, il y a ce temps de Dieu : « À vous toujours, la vie et la joie. »
Le chant du psaume donne aux hommes des mots pour dire que notre monde ne peut se satisfaire de pauvres qui ne mangent pas et que le destin de notre humanité ne peut s’envisager que sous l’aspect du grand festin.

Mercredi 10  août

Richesse et pauvreté viennent du Seigneur

Texte biblique : Livre de Ben Sira le Sage (11, 12-19)

Tel autre est faible, il a besoin de soutien, il manque de moyens et ne surabonde que de misère. Mais les yeux du Seigneur l’ont regardé avec bienveillance, pour le relever de son abaissement et redresser sa tête, à l’étonnement de tous.
Bonheur et malheur, vie et mort, richesse et pauvreté viennent du Seigneur.
Sagesse, science et connaissance de la Loi viennent du Seigneur, amour et pratique des bonnes œuvres viennent de lui.
L’égarement et les ténèbres ont été créés pour les pécheurs, ceux qui se targuent de leur malice vieillissent avec elle. Le Seigneur maintient ses dons à ceux qui sont religieux ; sa bienveillance, à jamais, les conduit.
Tel s’enrichit à force d’être économe et regardant, mais voici ce qu’il y gagne : quand il dit : « Enfin le repos ! Maintenant je vais jouir de mes biens », il ignore combien de temps cela va durer : il devra laisser ses biens à d’autres et mourra.

Écouter Parole de Dieu + méditation

La roue de la fortune

À lire l’Écriture, on perçoit bien… la précarité de la richesse elle-même. Un rien dans mon histoire, et tout disparaît d’un seul coup. C’est un thème classique de la sagesse universelle : celui d’une roue de la fortune, qui tourne, si bien que l’on se retrouve vite du haut en bas. Mais Ben Sira le Sage voit plus loin : ce qui importe, c’est la place de Dieu dans nos vies matérielles, pour savourer, au plus beau sens du terme, ce qui nous est donné.
Si le riche peut, d’un coup, tout perdre, en revanche, « il est facile au Seigneur d’enrichir le pauvre à l’improviste*, en un instant ». Thérèse de l’Enfant-Jésus citait volontiers ce verset. La spiritualité des « mains vides » devant le Seigneur ne lui faisait pas peur. Elle disait à sa sœur : « Faites au bon Dieu le sacrifice de ne jamais récolter de fruits. S’il veut que toute votre vie vous n’aboutissiez à rien et ne lui donniez que votre bonne volonté, vos efforts, tout en tombant souvent : restez en paix. Au jour de votre mort, en un clin d’œil le bon Dieu saura bien faire mûrir de beaux fruits sur l’arbre de votre âme… car il est facile aux yeux de Dieu d’enrichir tout à coup le pauvre. »** Riches ou pauvres, nous ne devrions jamais oublier cette capacité de Dieu à tout changer « en un clin d’œil ». C’est essentiel de savoir que ce que nous tenons est fragile, fugace, mais bien plus que cela, que ce que nous avons nous est donné et qu’il est facile « aux yeux de Dieu » de nous enrichir, spirituellement, comme matériellement.

Aujourd’hui, mon défi : considérer ma richesse et ma pauvreté en n’oubliant jamais qu’elles sont sous le regard de Dieu.

* Ben Sira le Sage, 11,21.
** Conseils et souvenirs de Thérèse publiés par sa sœur Geneviève (Céline), 1952, p. 32-33.

Lundi 8 août

Tu ne gaspilleras pas

Texte biblique : Livre du Lévitique (19, 9-10)

Lorsque vous moissonnerez vos terres, tu ne moissonneras pas jusqu’à la lisière du champ. Tu ne ramasseras pas les glanures de ta moisson, tu ne grappilleras pas dans ta vigne, tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ta vigne : tu les laisseras au pauvre et à l’immigré. Je suis le Seigneur votre Dieu.

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La part du Pauvre

« Grappiller », dit un dictionnaire, c’est « cueillir les grappes de raisin laissées dans une vigne par les vendangeurs ». Or, il s’agit ici de ne pas grappiller… dans sa propre vigne. Glaner, c’est « [r]amasser dans un champ les épis qui ont échappé aux moissonneurs ». Or, il s’agit ici de ne pas ramasser les glanures de sa propre moisson.
La première étape de la pauvreté, c’est un rapport juste à sa propre richesse. C’est croire que ce que j’ai ne m’appartient pas totalement. Il y a, il y aura toujours la « part du pauvre », une sorte de dîme naturelle : « Tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ta vigne : tu les laisseras au pauvre et à l’immigré. » Le passage se conclut par : « Je suis le Seigneur votre Dieu. » Toute richesse doit se rappeler qu’au-dessus de nous, il y a Dieu et que ce Dieu n’oublie jamais les pauvres.
Une amie, tertiaire franciscaine, me racontait qu’un jour, une dame inconnue, en attendant le bus, lui avait dit que le problème, c’est que nous étions trop nombreux sur la terre. Du tac au tac, mon amie lui avait répondu, que le problème, c’est que nous ne partagions pas assez. C’est là du bon sens théologique : les biens matériels sont par essence limités, mais ils permettent de mettre en œuvre la charité, qui, elle, est infinie et inépuisable.

Laisser la place au grappillage peut mener loin : c’est ainsi que Booz, riche propriétaire, a trouvé sa charmante épouse, Ruth la Moabite, qui glanait sur son champ. De cette rencontre naquit Obed, le père de Jessé, le père de David. D’où naquit notre Sauveur, si attentif aux miettes qui tombent de la table...

 

 


 

 

L'intelligence

Je suis le frère Norbert-Marie Sonnier du Couvent de Poitiers. Entre autres activités j'ai une partie d'enseignement de la philosophie, c'est pour moi l'occasion de réfléchir et de faire travailler les autres sur ces questions essentielles , qui sont sur le sens de la vie et les questions métaphysiques... Ces mises en évidence de l'intelligence, comme une capacité de l'être humain à réfléchir, à raisonner. Tout le parcours sur l'intelligence c'est bien d'entrer dans une intelligence en quelque sorte "supérieure", l'intelligence de Dieu. 
Il y a à comprendre avec notre intelligence que l'intelligence de Dieu nous est donnée dans la révélation que l'on a à la comprendre et surtout à la mettre en œuvre. Alors cela sera un peu ardu mais je vous invite à avancer tous ensemble vers cette compréhension de l'intelligence.

♦ 3ème semaine

 Vendredi 5 août

En toute sagesse et intelligence

Texte biblique : Lettre de saint Paul aux Éphésiens (1, 4-7)

Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé.
En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence.

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Entrons dans la sagesse de Dieu

Selon ce passage de saint Paul, le chrétien est élu pour être fils de Dieu à l’instar du Fils unique, Jésus le Christ. L’élection biblique ne se fait pas au détriment des autres, mais bien en vue du témoignage à donner. Celles et ceux qui confessent la foi au Christ se sentent élus dans et par la filiation qui leur est conférée. Ils sont fils par pure grâce, don gratuit. Cette élection filiale les rend responsables de l’humanité et renforce leur solidarité avec tout homme. Le Christ a fait ainsi, et le fils adoptif se doit de reproduire dans sa vie l’attitude même du Fils qui a aimé l’homme au point de donner sa vie pour son salut. C’est là le prix de la grâce. 
Il s’ensuit une forme originale de sagesse et d’intelligence : la folie de la croix. Saint Paul la présente en opposition à ceux qui cherchent la sagesse tant religieuse que philosophique. La prédication du Messie crucifié est l’expression de cette sagesse, sagesse de Dieu bien davantage que sagesse humaine. Sagesse qui se déploie dans la reconnaissance de la faiblesse. Ainsi, comme le Christ s’est abandonné en toute confiance à Dieu son Père, le chrétien est invité à s’abandonner avec tout ce qu’il est entre les mains du Christ. S’abandonner, c’est se disposer à recevoir. Aussi, en expérimentant la faiblesse qui conduit à s’abandonner à la force de Dieu, l’on prend conscience d’une forme de sagesse et d’intelligence qui éclaire sur le projet de Dieu.

Je me découvre, avec bonheur et stupéfaction, bénéficiaire du salut. J’en rends grâce à Dieu ; je m’efforce de répondre à cela par la sainteté de mon existence. Je prends conscience de mon élection, œuvre d’amour de Dieu. J’en reçois un surcroît du sentiment d’appartenance et de communion avec toute l’humanité. Me voici entré dans la sagesse et l’intelligence de Dieu manifestées en Jésus-Christ.

Mercredi 3 août

Connaître Dieu et vivre

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (17, 3)

Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

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Connais Dieu pour vivre

La connaissance de Dieu ne se résume pas à une somme de savoirs accumulés. On ne ferait de Dieu que l’objet d’une science, en l’occurrence la théologie. Certes, on ne niera pas l’importance de la réflexion et de la pensée pour pénétrer toujours plus avant la Révélation, telle qu’elle est donnée dans la Bible et dans l’Église. Si Dieu s’est révélé, s’est manifesté, c’est bien pour que nous tâchions de le connaître.
Justement, à partir de la Révélation se pose la question de la finalité : pourquoi Dieu se révèle-t-il à l’homme ? La réponse est simple, celle que nous avons ci-dessus : faire participer l’homme à la vie de Dieu. C’est ce que Jésus enseigne ; c’est ce qu’il a montré par toute sa vie.
On comprend alors que la connaissance de Jésus, le Fils de Dieu fait homme, va faire entrer dans une relation spirituelle, une communion existentielle et vitale. Jésus, dans l’évangile selon saint Jean, invite à demeurer en lui. Pourtant, Jésus n’est pas l’aboutissement, le terme. Il se présente comme chemin qui mène vers Dieu, son Père et notre Père. Ainsi, cheminer avec le Christ, s’unir à lui, demeurer en lui, c’est entrer dans la relation filiale. Celle qu’il entretient avec son Père et celle à laquelle nous sommes invités.

Le lien existentiel et vital qui est source de communion, c’est l’Esprit saint. En le recevant comme puissance d’amour, de vie et de connaissance, nous sommes à même d’entrer dans l’amitié du Christ, et donc dans l’intimité de la relation qu’il entretient avec son Père. Dès lors, nous sommes dans le mystère trinitaire et nous goûtons quelque chose de la vie même de Dieu, la vie éternelle.

♦ Lundi 1er août

Tu es maître en Israël et tu ne saisis pas

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (3, 9-13)

Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. »

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Renouvelle ton intelligence

Nous lisons dans le Prologue de l’évangile selon saint Jean l’affirmation solennelle : le Verbe s’est fait chair en Jésus-Christ. Alors, écouter Jésus-Christ, le voir à l’œuvre, comprendre son message nécessitera toujours un déplacement. Il faudra toujours se placer devant une réalité qui déroute l’homme en le faisant entrer dans une intelligence renouvelée de la présence de Dieu dans le monde. Nouveauté qui se donne à voir dans l’eau changée en vin à Cana*, nouvelle naissance dans l’entretien avec Nicodème**, nouveau culte spirituel avec la Samaritaine**. C’est cela que l’évangéliste rapporte comme signes pour que l’on croie que Jésus est le Christ.
Pour ce faire, Jésus va faire entrer dans la compréhension du mystère de Dieu, les choses du Ciel, à partir des choses de la terre. Il faut se positionner autrement, regarder ces choses de la terre du point de vue du Verbe incarné, du Fils éternel du Père. Si l’on répond à cette offre de déplacement, alors on comprend les paroles de Jésus, paroles qui semblent incompréhensibles du seul point de vue humain. D’où l’incompréhension de Nicodème sur la « nouvelle naissance » : naître à nouveau du sein de ma mère au lieu d’une renaissance spirituelle.

Il faut donc accueillir le témoignage de celui qui sait, autrement dit le Verbe de Dieu incarné en Jésus-Christ. En se déplaçant intérieurement, on dégage en soi la possibilité de l’ouverture à la révélation du mystère que Jésus dévoile progressivement. 
Finalement, je ne comprends bien Dieu que si je me laisse introduire en lui par son Fils qui est venu prendre la condition humaine.

* Évangile de Jean 2.
** Évangile de Jean 3.
*** Évangile de Jean 4.

♦ 2ème semaine

♦ Vendredi 29 juillet

 

Intelligence des Écritures

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (24, 25-27)

Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Eclaire-moi

Sur le chemin d’Emmaüs, Jésus ressuscité apparaît à deux disciples. La résurrection du Christ montre que la vie de Dieu est bien plus forte que la mort. Dieu ressuscite son fils et lui confère ainsi la dignité de Seigneur que les hommes lui ont déniée en le clouant sur la croix. Rétrospectivement, le message délivré par Jésus tout au long de son ministère public trouve ici sa légitimité et sa vérité. Ce qu’il a dit, fait et enseigné apparaît donc nouveau sous l’éclairage de Pâques. Autrement dit : c’était bien lui le Messie, le Christ, le Fils de Dieu fait homme. Alors, comment se fait-il qu’on ne l’ait pas reconnu, qu’on l’ait condamné à la crucifixion ?
Il faut donc reprendre le déroulement des faits à partir du dénouement et comprendre comment cela était annoncé en filigrane dans l’Écriture. Un seul peut en être l’interprète : celui qui a vécu ces événements de l’intérieur, Jésus-Christ. Le Ressuscité donne la clef de l’interprétation : c’est lui-même ! Ainsi, l’Écriture se comprend à partir du Ressuscité et le Ressuscité accomplit le message de l’Écriture.

L’expérience exemplaire des pèlerins d’Emmaüs est à reproduire en chacun de nous. Si nous mettons notre foi en Jésus-Christ, nous y trouvons la lumière pour comprendre et interpréter les Écritures. Elles sont orientées vers le Christ et nous découvrons alors tout ce que Dieu a voulu révéler de lui et de son dessein de salut pour l’humanité et la création. En ce sens, nous comprenons que la Révélation atteint son plus haut sommet dans le Christ et qu’elle est le dernier mot de Dieu. Il nous reste à approfondir constamment ce mystère.

♦ Mercredi 27 juillet

Tous me connaîtront

Texte biblique : Livre du livre de Jérémie (31, 33-34)

Mais voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple.
Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés.

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Laissons-nous instruire

Jérémie, comme les autres prophètes d’Israël, dresse ce constat : il est difficile – pour ne pas dire impossible – de suivre la Loi à la lettre. Il y a toujours une partie du peuple qui déroge à la Loi. Bien souvent, des mésaventures ou des catastrophes en sont la conséquence, marquant ainsi les ruptures d’Alliance. Jérémie a été de ces prophètes suscités par Dieu au moment de la prise de Jérusalem, de la destruction du Temple et de l’exil à Babylone.
Dieu ne se résigne pas pour autant devant cet impossible humain. Puisque cette Loi semble trop contraignante, car imposée de l’extérieur, Dieu va faire en sorte que la Loi s’intériorise dans le cœur de l’homme. Le changement est considérable : c’est à la racine de l’action humaine que la Loi est donnée. Ainsi, chacun trouvera en lui la dynamique propre de l’Alliance. Ce qui ouvre à la connaissance personnelle, individuelle de Dieu. Mais le résultat est bien plus large que la seule individualité : il s’agit de répondre au projet communautaire de Dieu qui veut un peuple avec qui faire alliance. On se rend ainsi compte de la constance de Dieu dans son projet. Il l’adapte en fonction des réponses données par les hommes !

À l’horizon de cette parole prophétique se dessine l’Alliance réalisée par Jésus-Christ et le don de l’Esprit saint. La Loi intérieure promise, c’est la grâce de Dieu. Cette présence sanctifiante qui introduit dans la relation filiale avec Dieu et qui construit le Corps du Christ : l’Église dont nous sommes rendus participants par la grâce.

♦ Lundi 25 juillet

A la source de l'intelligence

Texte biblique : Livre du livre de Ben Sira le Sage (1, 1-5)

TOUTE SAGESSE vient du Seigneur, et demeure auprès de lui pour toujours. Le sable des mers, les gouttes de la pluie, et les jours de l’éternité, qui pourra en faire le compte ? La hauteur du ciel, l’étendue de la terre, la profondeur de l’abîme, qui pourra les évaluer ?
Avant toute chose fut créée la sagesse ; et depuis toujours, la profondeur de l’intelligence. La source de la sagesse, c’est la parole de Dieu au plus haut des cieux. Ses chemins sont les commandements éternels.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Naître à l'intelligence

D’où provient la sagesse ? La sagesse est-elle divine ou création divine ? Est-ce que la sagesse de Dieu se donne, se communique à l’homme ? À ces questions, Ben Sira affirme l’origine divine de la sagesse. On ne peut dire de Dieu qu’il est sans sagesse : Dieu est sage par excellence.
Comment alors participer à cette sagesse divine  ? Il faut bien que l’homme ait quelque capacité pour correspondre à cette sagesse. L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu* porte en lui une intelligence qui lui permet de comprendre, de réfléchir et de décider. Pourtant, l’exercice de la réflexion nécessite d’être rejoint par la méditation de la Parole de Dieu. En effet, la Parole de Dieu exprime la volonté, le dessein de Dieu. Autrement dit, son intelligence, sa sagesse. On se rend compte que la méditation de la Parole de Dieu façonne l’intelligence humaine pour la faire pénétrer dans les profondeurs de la sagesse divine. Là, on comprend un peu mieux la logique propre de Dieu, qui diffère quelque peu de notre logique humaine. Une logique éternelle et universelle qui se fonde dans la bonté de Dieu et qui invite l’homme à sortir de son inclination à l’intérêt exclusif de soi-même.

Mais il faut aller encore un peu plus avant dans cette réflexion sur la sagesse divine et sa communication à l’homme. Écoutons cette prophétie d’Isaïe au sujet du Messie : « Sur lui reposera l’esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur »**. La sagesse divine vient reposer sur le Messie. Écoutons comment Jésus réalise cette prophétie, au moment de son baptême : « Et aussitôt, en remontant de l’eau, il (Jésus) vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : “Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie.” »*** La source de l’intelligence et de la sagesse coïncide avec la filiation divine. Baptisés, nous en bénéficions.

* Livre de la Genèse 1.
** Livre d’Isaïe 11, 2.
*** Évangile de Marc 1, 10, 11.

♦ 1ère semaine

♦ Vendredi 22 juillet

L'intelligence  du Créateur

Texte biblique : Livre du livre des Proverbes (3, 21-24)

Heureux qui trouve la sagesse, qui accède à la raison ! C’est une bonne affaire, meilleure qu’une affaire d’argent, plus rentable que l’or. La sagesse est plus précieuse que les perles, rien ne l’égale : dans sa main droite, longueur de jours, dans sa main gauche, richesse et gloire ! Ses chemins sont chemins de délices, tous ses sentiers, des lieux de paix. Pour qui la tient, elle est arbre de vie ; qui la saisit est un homme heureux.
Le Seigneur a fondé la terre avec sagesse ; il a établi les cieux avec intelligence. C’est par sa science que les abîmes se sont ouverts et que, des nuages, perle la rosée.
Mon fils, ne perds jamais de vue le savoir-faire et la perspicacité : ils te seront force de vie, une parure à ton cou. Alors tu iras ton chemin avec assurance, ton pied n’achoppera pas. Au moment de dormir, nulle anxiété ; une fois endormi, ton sommeil sera doux.

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Réfléchis !

Qu’est-ce qui rend l’homme heureux ? Serait-ce l’argent, l’or, la fortune, le pouvoir, les honneurs ? La recherche des biens et des plaisirs ne satisfait que momentanément. Dès qu’ils sont assouvis et exaucés, la chasse reprend le dessus et s’oriente vers de nouvelles satisfactions… On connaît bien ce mécanisme, chacun l’expérimente dans sa propre vie !
Devant cette réalité humaine, la Parole de Dieu invite à regarder vers une autre direction : la quête de la sagesse ! Plutôt que de nous laisser guider par nos désirs, conduisons-nous raisonnablement : c’est ce qu’enseignent déjà les philosophes antiques. Pourtant, la raison humaine doit s’orienter vers la sagesse divine. 

La raison humaine qui se tourne vers Dieu découvre combien la création est belle, ordonnée et sensée. La création reflète l’intelligence du Créateur, comme l’écrit saint Paul aux Romains : « Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. »* 
Cette sagesse créatrice se transforme en sagesse humaine si l’homme entre dans cette logique. Le Dieu créateur a fait le monde et ses lois. En les découvrant, l’homme participe à cette sagesse, à cette science. La conséquence en est de vivre harmonieusement dans la création de Dieu, source de bonheur et de sérénité. 
Mais l’on sera toujours, à un moment ou un autre, confronté au problème du mal, inhérent à la création. Là encore, la sagesse divine vient au secours de la faiblesse humaine : l’intelligence du Créateur va jusqu’au salut. Réalisé par le Christ Jésus, ce salut est universel et concerne la création tout entière : « La création a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. »**

* Lettre aux Romains 1, 20.
** Lettre aux Romains 8, 21.

♦ Mercredi 20 juillet

Pas un peuple intelligent comme cette grande nation

Texte biblique : Livre du Deutéronome (4, 5-8)

Voyez, je vous enseigne les décrets et les ordonnances que le Seigneur mon Dieu m’a donnés pour vous, afin que vous les mettiez en pratique dans le pays où vous allez entrer pour en prendre possession. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : « Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation ! » Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ?

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L'intelligence de l'alliance

Dieu fait alliance avec son peuple, Israël. Une alliance qui se décline en Loi, commandements et préceptes. Loi donnée à Moïse sur des tables de pierre, redonnée après l’adoration du veau d’or, retrouvée au retour de l’exil à Babylone. Dieu garde fidèlement son alliance, même quand le peuple tombe dans l’infidélité de l’idolâtrie ou l’oubli.
Pour Israël, garder cette alliance c’est entrer dans l’intelligence même de Dieu. Dieu se donne dans l’expression de sa sagesse. Il fait ce qui est bon pour l’homme. Recevoir ses commandements et les mettre en pratique, c’est entrer dans la volonté de Dieu ; mais c’est surtout accepter cette proximité divine qui communique sa présence sanctifiante. Aimer la Loi et ses préceptes, cela revient à aimer Dieu qui donne la Loi et invite à l’alliance. La mise en pratique de la Loi manifeste la réponse donnée par les Israélites choisis par Dieu pour témoigner de lui.
L’élection d’Israël entraîne deux conséquences : la fidélité à la Loi et la responsabilité à l’égard des nations païennes. L’obéissance à la Loi, à la sagesse de Dieu, se manifeste dans des comportements sages et des attitudes justes, au sein du peuple, dans les relations fraternelles. La justice de Dieu se donne à voir dans la justice des élus. Ce qui est pratiqué, mis en œuvre, vécu, devient témoignage aux yeux des autres hommes. Ainsi, la pratique de la justice est tout autant manière de vivre, bienfaisante pour Israël, que modèle à proposer aux autres peuples.

La sagesse de Dieu est éternelle. Elle me rejoint à travers la Bible, à travers l’Église, le témoignage des saints. Je lui réponds dans la fidélité à l’alliance que Dieu a contractée avec moi. Je m’ajuste ainsi à ses justes décisions. 

♦ Lundi 18 juillet

Joseph le sage

Texte biblique : Livre de la Genèse (41, 33-39)

« Maintenant donc, que Pharaon voie s’il y a un homme intelligent et sage pour l’établir sur le pays d’Égypte. Que Pharaon agisse en instituant des fonctionnaires sur le pays d’Égypte, afin de prélever le cinquième des récoltes pendant les sept années d’abondance. Ils recueilleront toute la nourriture de ces bonnes années qui viennent et, sous l’autorité de Pharaon, ils entasseront dans les villes du froment comme nourriture : ils le garderont en réserve. Ainsi, il y aura une réserve de nourriture pour le pays en vue des sept années de famine qui suivront dans le pays d’Égypte, et la famine ne détruira pas le pays. »
Cette proposition plut à Pharaon et à tous ses serviteurs. Pharaon leur dit : « Trouverons-nous un homme comme celui-ci, qui a l’esprit de Dieu en lui ? » Alors, Pharaon dit à Joseph : « Dès lors que Dieu t’a fait connaître tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et aussi sage que toi. »

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L'intelligence des rêves

Joseph est un expert en songes, comme le disent ses frères. Son expertise lui permet d’interpréter les songes des officiers de Pharaon et de Pharaon lui-même. Il possède l’intelligence de l’interprétation, mais aussi l’intelligence de la situation. À partir de l’interprétation, il donne des conseils avisés à Pharaon. Les années de vaches grasses seront suivies d’années de vaches maigres et invitent à investir dans la constitution de stocks alimentaires pour faire face à la pénurie annoncée.
Voilà donc le renversement de situation. Joseph, le fils de Jacob, vendu comme esclave par ses frères, devient l’interlocuteur du roi d’Égypte qui reconnaît sa sagesse, et donc sa supériorité en ce domaine.
Dès lors, la question de l’origine de cette intelligence se pose. D’où cela lui vient-il ? Est-ce une qualité ? Un don ? Oui, un don, certainement, mais qui vient de Dieu. Non pas les dieux des Égyptiens, mais le Dieu des Patriarches (Abraham, Isaac, Jacob). À travers les paroles de Joseph, c’est l’esprit de Dieu qui se manifeste. Une sagesse divine qui éclaire l’intelligence humaine. Cela présuppose bien évidemment la réalité et l’existence de ce Dieu unique, et sa capacité d’entrer en relation et en communication avec ceux et celles qu’il choisit comme interlocuteurs privilégiés.

Mais, alors, pourquoi Dieu s’immisce-t-il dans l’histoire des hommes ? Par ces songes et l’interprétation qu’en donne Joseph, Pharaon est averti de la proximité d’une pénurie alimentaire. Dieu ne protège pas de la famine à venir, mais il avertit les décideurs pour qu’ils prennent leurs responsabilités. Le Dieu de Joseph est créateur et maître de l’histoire. La sagesse de Joseph – et de tout croyant – tient dans l’écoute et l’attention à cette présence de Dieu qui accompagne sa création dans l’histoire. L’intelligence étant de trouver comment Dieu s’adresse à moi et ce qu’il me demande de faire.

 


 

L'amitié

 Jacqueline Cuche - Strasbourg
Laïque dominicaine, mariée, mère de famille, elle est l'ancienne présidente de l'Amitié Judéo-Chrétienne de France

♦ 3ème semaine

♦ Vendredi 15 juillet

Amis dans la foi

Texte biblique : Livre de Tite (3, 15)

Ceux qui sont avec moi te saluent tous. Salue nos amis dans la foi. Que la grâce soit avec vous tous.

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Une amitié ouverte à tous

« Amis dans la foi » : une expression peu courante pour nous, du moins pour les adultes catholiques. Dans la catéchèse des jeunes, l’expression est plus fréquente et revient dans des chansons telles que « Amis dans le Seigneur ». Autant dire qu’elle me gêne un peu par son aspect exclusiviste. Ne pourrions-nous être tout simplement amis parce qu’humains ? Le commandement de l’amour du prochain dépasse toutes les frontières.
Et pourtant, passée cette première réaction instinctive, il faut reconnaître que le partage d’une même foi constitue un lien particulier, différent de tout autre ; un sentiment de proximité, l’assurance d’un soutien dans un environnement hostile comme celui auquel Paul a dû se heurter bien souvent.

Pour nous aujourd’hui, qui vivons dans des sociétés sécularisées, du moins en Occident, le partage d’une même foi peut également nous donner ce sentiment de proximité et nous rassurer si besoin était.
Le baiser de paix qu’en temps ordinaire (et hors Covid) nous échangeons lors des eucharisties, les prières qu’ensemble nous prononçons, le pain que nous partageons nous rappellent que nous sommes membres d’un même Corps, l’Église. Notre foi commune fait de nous des amis appelés à construire l’unité à laquelle le Christ nous convie*.

Mais demandons au Seigneur que cette amitié dans la foi porte des fruits de grâce. Comme la tentation est grande aujourd’hui, dans nos sociétés déchristianisées, de ne plus voir dans l’Église qu’une citadelle assiégée et de nous retirer dans ce ghetto que l’amitié dans la foi nous pousse à construire une unité plus vaste, celle d’une humanité réconciliée, chemin vers le Royaume** !

* Cf. évangile de Jean 15, 16 et 17 20-21.
** Évangile de Jean 17, 21-26.

♦ Mercredi 13 juillet

Amis et plus serviteurs

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (15, 12-17)

À l’heure de passer de ce monde à son Père, Jésus disait : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

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Intimes de Dieu

Que d’erreurs et de préjugés, si blessants pour nos amis juifs, causés par ces mots de Jésus – « Aimez-vous les uns les autres » – tronqués de leur finale, comme si le christianisme avait inventé l’amour du prochain ! Bien des chrétiens, ignorant la Bible et les enseignements d’Israël transmis dans le Premier Testament*, le croient encore…
Toute la nouveauté du commandement de Jésus est, en réalité, dans cette finale : « comme je vous ai aimés »**. Elle change tout, quand l’on sait jusqu’où est allé l’amour de Jésus pour les hommes : « donner sa vie pour ceux qu’on aime » ! Elle change tout aussi quand l’on sait que ce don de sa vie, Jésus n’a pas attendu le dernier jour pour l’accomplir, lui qui n’a fait que se donner, ne gardant rien pour lui, mais partageant avec ses disciples, leur faisant « connaître (donc à nous aussi aujourd’hui !) tout ce qu’[il] a entendu de [son] Père »*** !

Pourtant, le titre de serviteur est un beau titre ! Souvent attribué aux croyants les plus fidèles, comme les patriarches, Moïse, David (« David, ton serviteur », disons-nous chaque matin dans le Benedictus), il est celui que choisit Marie dans son dialogue avec l’ange, se nommant la « servante du Seigneur », et nous savons bien que nous-mêmes sommes des « serviteurs inutiles » ou quelconques****.
Certes, mais lorsque, au soir de sa vie, Jésus nomme ses disciples ses « amis », il y a plus : il y a cet inouï de l’intimité qu’il veut partager avec eux - et avec nous à leur suite -, cette « surabondance » de grâce dont parle saint Paul et qui est la décision de Jésus de nous faire entrer dans l’intimité de Dieu lui-même, lui qui, dira saint Athanase, « s’est fait homme, pour que nous soyons faits Dieu »*****. Osons-nous y croire et voulons-nous de cette intimité ?

* Voir pour l’amour du prochain Lévitique 19, 18.
** Cf. évangile de Jean 13, 34 et 15, 12.
*** Évangile de Jean 15, 15.
**** Évangile de Luc 17, 10.
***** Athanase d’Alexandrie, Sur l’incarnation du Verbe, 54, 3.

♦ Lundi 11 juillet

L'ami Lazare

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (11, 33-43)

Quand il vit que Marie pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé  ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer.Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait  ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

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Dieu pleure

Comme elle nous touche, cette humanité de Jésus, si manifeste lorsqu’il apprend la mort de son ami Lazare ! Son émotion (plusieurs fois soulignée) et ses larmes sont les meilleurs guides vers la compréhension de ce qu’est l’Incarnation. Et comme elles ont du sens pour nous aujourd’hui ! Le Verbe – Fils éternel – a vraiment pris une chair humaine, il est devenu l’un de nous, endossant nos limites, nos fatigues, nos souffrances et nos joies. Il n’est pas de plus grande preuve de l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, ses créatures, nous, avec qui il a voulu tout partager, de la naissance jusqu’à la mort elle-même !
Jésus pleure. De voir pleurer Marie le bouleverse, car la souffrance de ceux que nous aimons augmente la nôtre propre. Jésus, parfaite image de Dieu, nous apprend donc que Dieu pleure lorsque nous, ses enfants, nous souffrons.

Mais alors, comme les Juifs venus par amitié entourer les sœurs de Lazare, ne sommes-nous pas tentés de dire, avec un ton de reproche : « Puisque tu souffres, Seigneur, de nous voir souffrir, ne pourrais-tu empêcher ces souffrances, ces guerres, ces maladies, ces malheurs qui accablent tant de tes enfants ? »
Jésus n’est pas venu empêcher Lazare de mourir ni ses sœurs de pleurer. Ressuscité, ou plutôt revivifié, Lazare devra mourir à nouveau un jour, et à nouveau pleureront ceux qui l’aimaient. C’est notre sort commun à tous. Dieu n’est pas venu empêcher l’assassinat de 6 millions de juifs pendant la guerre.

Jésus ne sera pas là pour nous empêcher de mourir ni de souffrir. En revanche, en tirant Lazare de la mort ce jour-là, il nous fait comprendre ce qui est essentiel : que Dieu pleure avec nous lorsque nous pleurons, mais aussi qu’il a vaincu la mort*. Avec un tel viatique, nous pouvons avancer, habités par l’espérance de voir nous aussi, un jour, « la gloire de Dieu ».

* Première lettre de Paul aux Corinthiens 15, 26 et 15, 55.

♦ 2ème semaine

♦ Vendredi 8 juillet

L'ami de l’Époux

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean (3, 27-33)

Jean disait : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, il témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage. Mais celui qui reçoit son témoignage certifie par-là que Dieu est vrai. »

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Savoir s'effacer !

Admirable humilité de Jean le Précurseur, dont le quatrième évangile nous rapporte ici les toutes dernières paroles avant son arrestation ! Telle est en effet sa mission : annoncer celui qui vient, aller devant lui pour préparer son chemin. Rien d’autre.
Pourtant, comme il serait tentant de prendre sa place ! Surtout quand, comme Jean, on attire les foules qui viennent de partout pour se faire baptiser ! Car c’est lui, Jean, que l’on écoute, c’est lui que l’on suit, comme l’ont fait d’ailleurs les premiers disciples de Jésus.
Mais nulle ombre de jalousie envers celui qu’il annonce. Au contraire, non seulement Jean refuse de s’attribuer quelque titre ou mérite que ce soit, non seulement il s’efforce de détacher de lui ceux qui seraient tentés de le prendre pour le Messie, mais ce détachement même, il le vit à l’intérieur de lui, envers lui-même, trouvant la perfection de sa joie dans cet accomplissement qui, par lui, peut advenir, lorsque, s’effaçant totalement (jusqu’à bientôt disparaître dans la mort), il permet au Messie de prendre toute la place et de se manifester dans sa plénitude.

Sans doute est-ce cela la véritable amitié : vouloir l’épanouissement de l’ami, se réjouir de le voir accéder à la plénitude de ses capacités, au meilleur de son être, quitte à le voir attirer tous les regards et peut-être tous les éloges ! 
La soumission à ce « il faut », qui sera celle de Jésus lui-même (« Il faut que le Fils de l’homme soit mis à mort… »*), exige un dépouillement total de soi. Mais ce dépouillement, ce retrait (pareil, dit la tradition juive, à celui de Dieu qui, dans le tsim-tsoum originel, renonce à sa toute-puissance pour remettre l’univers entre les mains de l’homme), ce dépouillement est aussi source de joie profonde, puisqu’il est don total de soi à celui que l’on aime.

* Évangile selon st Matthieu 16, 21, Marc 8, 31, Luc 9, 22 et Jean 3, 14.

♦ Mercredi 6 juillet

Parabole de l'ami importun

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (11, 5-10)

Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.” Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.”
Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.

Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. »

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Dérangeons Dieu !

Le passage proposé ici pour notre méditation de ce jour fait partie de la réponse de Jésus à la demande des disciples sur la bonne façon de prier Dieu. Précédé par l’enseignement du Notre Père, il est suivi d’un encouragement à prier avec la confiance d’un enfant, celui que Jésus nomme notre « Père du Ciel » et qui, affirme-t-il, exauce toutes nos prières :
« Moi, je vous dis : demandez, on vous donnera… »

Quel contraste entre les comportements des hommes et celui de Dieu ! 
Être dérangé en pleine nuit, même par un ami, n’est pas a priori chose agréable, même si le service sera finalement rendu, malgré quelques bougonnements. Mais pour Dieu, quel que soit le moment, nul n’est importun. Au contraire, Jésus nous invite à le solliciter sans nous lasser : « demandez », « cherchez », « frappez » ! Il semble même qu’il n’attende que cela ! Dieu aime être dérangé ! Et peu importe que ce soit « à temps et à contretemps », car tel est son amour pour nous, ses amis – ou plutôt ses enfants -, que nous ne lui serons jamais importuns ! Alors, qu’attendons-nous pour frapper à sa porte ? Notre Dieu n’est pas comme celui dont se moque le prophète Élie : il n’est pas parti en voyage ni n’a besoin qu’on le réveille* !

Mais si c’était aussi lui, l’ami importun, qui voulait entrer chez nous ? « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe », lit-on dans l’Apocalypse**. Le laisserons-nous derrière la porte, parce qu’aujourd’hui nous avons autre chose à faire que de lui donner du temps, alors que demain, comme par hasard, sa visite nous conviendrait bien mieux ? Ou parce que notre esprit s’est laissé enténébrer par les soucis quotidiens ? Si c’est le cas, il est temps de nous rappeler cette parole : « Éveille-toi, ô toi qui dors ! Lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ! »***.

* Premier livre des Rois 18, 25-28.
** Livre de l’Apocalypse 3, 20.
*** Lettre de Paul aux Éphésiens 5, 14.

♦ Lundi 4 juillet

Abraham, ton ami

Texte biblique : Livre de Daniel (3, 34-40)

À cause de ton nom, ne nous livre pas pour toujours et ne romps pas ton alliance. Ne nous retire pas ta miséricorde, à cause d’Abraham, ton ami, d’Isaac, ton serviteur, et d’Israël que tu as consacré. Tu as dit que tu rendrais leur descendance aussi nombreuse que les astres du ciel, que le sable au rivage des mers. Or nous voici, ô Maître, le moins nombreux de tous les peuples, humiliés aujourd’hui sur toute la terre, à cause de nos péchés. Il n’est plus, en ce temps, ni prince ni chef ni prophète, plus d’holocauste ni de sacrifice, plus d’oblation ni d’offrande d’encens, plus de lieu où t’offrir nos prémices pour obtenir ta miséricorde. Mais, avec nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-nous, comme un holocauste de béliers, de taureaux, d’agneaux gras par milliers. Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant toi, car il n’est pas de honte pour qui espère en toi.

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Amis pour toujours !

« Abraham, ton ami » : quel plus beau titre de gloire pour celui qui est à l’origine de notre foi de croyants ! « Je vous appelle amis », dira bien plus tard Jésus à ses disciples*.

Cette amitié que Dieu nous offre est le plus beau don qu’il puisse nous faire. S’il en avait formé le projet dès l’origine, comme nous le raconte à sa façon le début de la Genèse, en nous montrant un Dieu en quête de l’homme et déçu devant la trahison de cette amitié offerte (« [Adam], où es-tu ? »**), c’est à Abraham, le père des croyants, et à sa descendance qu’il décida de se lier pour toujours. 
Et pourtant, comment ne pas douter de cette amitié, comment ne pas se croire parfois abandonné ? 
Plus que d’autres, le peuple juif a pu le penser, à travers son histoire souvent si douloureuse, lui qui a failli disparaître durant la Shoah. Et pourtant, il est toujours là et continue à prier et à espérer.

Notre pauvrette Église, si décriée dans nos pays d’Occident, a perdu puissance et éclat, « à cause de nos péchés », pouvons-nous dire comme le prophète Daniel – et comment, de nos jours, en France, pourrions-nous parler autrement ? -, Mais il est bon que sa seule force soit celle du Christ, Lui dont « [la] puissance s’accomplit dans [notre] faiblesse »***. Comment d’ailleurs Dieu pourrait-il rompre son alliance et oublier sa miséricorde ? Parce qu’il est « Dieu et non pas homme », son amitié nous est assurée pour toujours. Et c’est avec confiance et sûrs de son amour malgré nos péchés, que chaque jour nous pouvons nous unir à la prière de l’offertoire, où sont redites les paroles mêmes de Daniel : « Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant toi ! »

* Évangile de saint Jean 15, 15. C’est aussi le titre d’un des livres du fr. Timothy Radcliffe, paru en 2000, alors qu’il était maître de l’Ordre des Prêcheurs.
** Livre de la Genèse 3, 9.
*** Deuxième lettre de Paul aux Corinthiens 12, 9.

♦ 1ère semaine

♦ Vendredi 1er juillet

La trahison de l’ami

Texte biblique : Psaume 40 (5-13)

J’avais dit : « Pitié pour moi, Seigneur, guéris-moi, car j’ai péché contre toi ! » Mes ennemis me condamnent déjà : « Quand sera-t-il mort ? Son nom, effacé ? » Si quelqu’un vient me voir, ses propos sont vides ; il emplit son cœur de pensées méchantes, il sort, et dans la rue il parle. Unis contre moi, mes ennemis murmurent, à mon sujet, ils présagent le pire : « C’est un mal pernicieux qui le ronge ; le voilà couché, il ne pourra plus se lever. » Même l’ami, qui avait ma confiance et partageait mon pain, m’a frappé du talon.
Mais toi, Seigneur, prends pitié de moi ; relève-moi, je leur rendrai ce qu’ils méritent. Oui, je saurai que tu m’aimes si mes ennemis ne chantent pas victoire. Dans mon innocence, tu m’as soutenu et rétabli pour toujours devant ta face.

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Drôle de prière !

Quelle étrange prière que celle qu’exprime ici le psalmiste ! 

On y lit la mienne, la nôtre, celle de nous autres, chrétiens ou juifs, qui avons tant de peine à rester fidèles et nous éloignons sans cesse de Dieu : « Seigneur, guéris-moi de mon infidélité, de mon manque de foi ! »
Mais comment ne pas attribuer à Jésus lui-même les versets suivants ? Lui, le fidèle entre tous, sera pourtant condamné par ses ennemis, qui lui tendent des pièges et voudraient le voir disparaître. Comment ne pas surtout y lire par avance la douleur qui sera la sienne devant la trahison de l’ami Judas, celui qui a partagé son dernier repas et qui, une fois la bouchée prise, sortira pour le trahir ? 
Mais après cette plainte, de nouveau nous déroute l’appel du psalmiste à la vengeance contre ses ennemis, un appel que Jésus ne lancera pas, lui qui, au contraire, sur la croix a prié pour eux son Père : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! »

En revanche, c’est bien Jésus, l’innocent, qui sera « rétabli pour toujours devant [la] face » de Dieu ! 
Finalement, plus qu’une étrange prière, cet extrait du psaume 40 nous montre à merveille toute la richesse et la mystérieuse complexité des psaumes. Ces mots, nous nous les attribuons sans peine, nous reconnaissant dans ces priants qui crient vers Dieu leur misère comme leur espoir. Dans le judaïsme également, les psaumes occupent une grande place : ils forment la trame des prières quotidiennes de nos frères juifs comme celles de leurs jours de fête et les accompagnent dans tous les moments de leur vie, les heureux comme les malheureux.

Mais nous, chrétiens, pouvons y voir, sans aucun mérite de notre part, une richesse supplémentaire, celle qui nous vient de la grâce de l’incarnation, qui fait des psaumes à la fois prière humaine et prière du Christ, car Jésus – c’était un bon juif ! – n’a cessé de les prier, jusqu’à son ultime cri sur la croix*.
Lisons, méditons les psaumes ! Par leur double nature, ils sont comme le reflet de Jésus : vrai Dieu, il a pris sur lui toute notre nature humaine, et jamais nos cris ne lui seront étrangers.

* Évangile de Matthieu 27, 46 et de Marc 15, 34 (psaume 22, 1), ou de Luc 23, 46 (psaume 31, 6).

♦ Mercredi 29 juin

Fidèle en amitié

Texte biblique : Livre de Ben Sira (6, 7-17)

Si tu veux acquérir un ami, acquiers-le en le mettant à l’épreuve ; n’aie pas trop vite confiance en lui.
Il y a celui qui est ton ami quand cela lui convient, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse.
Il y a celui qui d’ami se transforme en ennemi, et qui va divulguer, pour ta confusion, ce qui l’oppose à toi.
Il y a celui qui est ton ami pour partager tes repas, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse.
Quand tout va bien pour toi, il est comme un autre toi-même et commande avec assurance à tes domestiques ; mais si tu deviens pauvre, il est contre toi, et il se cache pour t’éviter. Tes ennemis, tiens-les à distance ; avec tes amis, sois sur tes gardes.

Un ami fidèle, c’est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor.
Un ami fidèle n’a pas de prix, sa valeur est inestimable.
Un ami fidèle est un élixir de vie que découvriront ceux qui craignent le Seigneur.
Celui qui craint le Seigneur choisit bien ses amis, car son compagnon lui ressemblera.

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Comment choisir un ami ?

À entendre le Siracide, on est tenté de voir en lui un homme désabusé, qui se méfie trop des hommes pour accorder sa confiance à qui que ce soit. Et pourtant, il n’en est rien, car cette méfiance n’est que le revers de son exigence comme de son aspiration à trouver un véritable ami. Le prouvent les nombreux éloges qu’il lui adresse : « refuge assuré », « trésor », « de valeur inestimable », « élixir de vie », mais l’habite aussi la conviction que seule la crainte du Seigneur permet de reconnaître qui est digne de confiance.
La crainte de Dieu, si souvent enseignée par les livres bibliques des Psaumes, des Proverbes, de la Sagesse de Salomon ou du Siracide, est le « commencement de la sagesse »* et peut donc donner à celui qui la possède le discernement nécessaire pour faire les bons choix, pour aller au-delà des apparences et des premières impressions ou des jugements superficiels.
Cette crainte n’a rien à voir avec la peur. « N’ayez pas peur ! », n’a cessé de crier Jean-Paul II au peuple des croyants ; « Ouvrez grand la porte de votre cœur ! », nous redit l’Église. C’est cela, la crainte de Dieu : nous tenir devant lui, conscients de notre petitesse, de notre faiblesse qui nous fait et nous fera sans cesse retomber, et pourtant nous abandonner entre ses mains avec la confiance de celui qui se sait toujours aimé et guidé sur le bon chemin. Se laisser guider par Dieu, malgré son péché, c’est ce que fait le prophète Balaam qui, bien que parti pour maudire Israël, s’est laissé saisir par Dieu et prononce des paroles de bénédiction. Il est devenu « l’homme au regard pénétrant », qui « écoute les paroles de Dieu » et « sait la science du Très-Haut. Il voit ce que Dieu fait voir »**. Pour trouver un ami, sachons regarder les autres avec le même regard clairvoyant que Dieu porte sur les hommes !

* Livre des Psaumes 11, 10 et 9, 10.
** Livre des Nombres 24, 15-16.

♦ Lundi 27 juin

L’épreuve de l’ami

Texte biblique : Livre de Job (2, 11-13)

Trois amis de Job apprirent tout ce malheur qui lui était advenu. Ils arrivèrent chacun de son pays, Élifaz de Témane, Bildad de Shouah et Sofar de Naama, et ils se concertèrent pour venir le plaindre et le consoler.
De loin, levant les yeux sur lui, ils ne le reconnurent pas. Alors, ils éclatèrent en sanglots. Ils déchirèrent chacun son manteau et projetèrent de la poussière sur leur tête. Sept jours et sept nuits, ils restèrent assis par terre auprès de lui et, à la vue d’une si grande douleur, personne ne lui disait mot.

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L’ami consolateur

Ils auront beau être ensuite critiqués par Dieu pour avoir cherché à culpabiliser Job en essayant de trouver en lui une cause à ses malheurs*, quelle belle image de l’amitié ils donnent d’abord, ces trois amis de Job !
Dès qu’ils ont appris les malheurs de leur ami, ils se sont mis en route, sans doute de loin, pour partager avec lui sa peine, comme Marie se mettant aussitôt en route pour aller partager la joie de sa cousine Élisabeth, dont l’ange vient de lui annoncer la grossesse inespérée**.
À sa vue, ils éclatent en sanglots. De même Jésus, apprenant la mort de son ami Lazare, pleure lui aussi. « Voyez comme il l’aimait ! », dit-on autour de lui***.

Avant de plaindre Job et de chercher à le consoler, ses amis ont partagé aussi son deuil : assis par terre, dans la poussière, les vêtements déchirés, durant sept jours et sept nuits, le temps du deuil, comme il en est toujours dans le judaïsme d’aujourd’hui. 
« Personne ne lui disait mot. » Il est de grandes douleurs devant lesquelles on se sent incapable de trouver une parole. Plutôt que d’en avoir honte, partager la peine de l’ami dans le silence est peut-être alors ce qu’on peut faire de mieux, comme le font ceux qui, au chevet de grands malades ou de mourants, ne peuvent plus que leur tenir la main.

Il en est un, le Christ, dont nous savons qu’il sera près de nous dans les nuits de nos maladies ou de nos morts, dans le silence, mais mystérieusement présent. Puissions-nous alors, si sa main se fait trop légère pour que nous la sentions, nous rappeler qu’ayant pris sur lui toutes nos souffrances, il continuera de les traverser avec nous pour atteindre avec nous le lieu de l’éternelle présence !

* Livre de Job 4, 7 ; 11, 5-6 ; 15, 5-6 ; 19, 2-5 ; 22, 4-5 ; 33, 8, etc.
** Évangile de saint Luc 1, 39.
*** Évangile de saint Jean 11, 36.


 

La Création

Sœur Marie-Laetitia Youchtchenko - Rome
Dominicaine apostolique, sœur Marie-Laetitia, elle vit en Italie et partage son temps entre l'accompagnement spirituel et la prédication.

♦ 3ème et dernière semaine

♦ Vendredi 24 juin

Nouvelle création

Texte biblique : Livre de l’Apocalypse (21, 1-4)

Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. »

Écouter Parole de Dieu + méditation

Aime et espère

Dans un contexte de persécutions, le Livre de l’Apocalypse veut encourager l’Église naissante à persévérer dans sa foi. L’Apôtre Jean décrit ici sa vision de la Jérusalem nouvelle : tout ce qui est ancien s’en est allé. De mer, il n’y en a plus : la mer, symbole de toutes les forces du mal, de tout ce qui sépare la création de son Créateur, la mer a disparu. Les gémissements et les larmes ont laissé place à des hymnes d’allégresse. Voici le triomphe de l’Alliance, la victoire de la fidélité, voici les noces éternelles. Dieu et les hommes habitent la même demeure, dans une appartenance mutuelle, dans une lumière sans déclin. La créature reconnaît enfin que Dieu est Dieu, et elle trouve sa joie dans la gloire de l’Époux. Dans la nouvelle Jérusalem, chacun, chacune a sa place unique, que rien ne peut menacer, puisque rien ne peut plus s’opposer au dessein d’amour de Dieu. Dans la nouvelle Jérusalem, l’esclavage n’existe plus et la création tout entière a retrouvé la liberté de louer son Créateur. La bonne nouvelle annoncée a été entendue et elle est devenue réalité ; la terre nouvelle, les cieux nouveaux sont la réponse de Dieu à l’espérance de l’homme.

« Voici que je fais toutes choses nouvelles… Ces paroles sont certaines et vraies. »* La vision de saint Jean n’est pas un futur improbable, ni le fruit d’une imagination débridée : c’est la volonté de bonheur de Dieu pour chacun de ses enfants.
Accueillons la nouveauté de l’amour, réalité déjà présente en tous ceux qui croient, qui aiment et qui espèrent.

* Livre de l’Apocalypse 21, 5.

♦ Mercredi 22 juin

Les gémissements de la création

Texte biblique : Lettre de saint Paul aux Romains (8, 18-22)

J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu.
Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Malgré tout, l'espérance

Atteinte à la dignité humaine, non-respect de la vie, recherche de sens, épidémies, deuils, violence sous toutes ses formes, épuisement des ressources de la planète : les souffrances du temps présent sont nombreuses et omniprésentes, et à mesure que tombent les mauvaises nouvelles nous pouvons avoir la tentation du découragement. Nous nous sentons tellement dépassés et impuissants ! Nous voudrions bien agir, mais comment ?

Si nous croyons au Christ ressuscité, alors nous possédons le parfait antidote au découragement, qui est l’espérance. L’espérance n’est pas le vague espoir d’un peut-être, mais elle est ancrée au plus profond de notre foi. Car nous savons de source sûre que la victoire est déjà acquise : victoire de la plénitude de la vie sur le néant, de la lumière sur les ténèbres, de la liberté sur l’esclavage. « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde »*, nous affirme le Christ. Seuls ceux qui sont habités, animés par une certitude, peuvent attendre avec impatience ! Seuls ceux qui se savent enfants de Dieu, infiniment aimés, peuvent marcher avec confiance vers leur libération définitive. Certes, la création tout entière gémit et nous gémissons avec elle, mais nous savons que cela cessera, tout comme les douleurs de l’enfantement sont les prémices de la vie. La volonté de Dieu pour ses enfants n’est-elle pas qu’ils partagent sa gloire ?

Accueillons la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu : dans ce monde qui souffre, nous serons signes d’espérance.

* Évangile selon saint Jean 16, 33.

♦ Lundi 20 juin

Voir l'invisible dans les œuvres de Dieu

Texte biblique : Lettre de saint Paul aux Romains (1, 20-25)

Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n’ont donc pas d’excuse, puisque, malgré leur connaissance de Dieu, ils ne lui ont pas rendu la gloire et l’action de grâce que l’on doit à Dieu. Ils se sont laissés aller à des raisonnements sans valeur, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs privés d’intelligence.

Ces soi-disant sages sont devenus fous ; ils ont échangé la gloire du Dieu impérissable contre des idoles représentant l’être humain périssable ou bien des volatiles, des quadrupèdes et des reptiles. Voilà pourquoi, à cause des convoitises de leurs cœurs, Dieu les a livrés à l’impureté, de sorte qu’ils déshonorent eux-mêmes leur corps. Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont vénéré la création et lui ont rendu un culte plutôt qu’à son Créateur, lui qui est béni éternellement. Amen.

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Émerveille-toi

En entendant ces mots de saint Paul, nous pouvons nous demander si nous sommes des sages ou des fous ! Il est si facile de glisser dans l’idolâtrie, c’est-à-dire d’adorer la créature plutôt que son créateur. Souvent, nous ne nous en rendons pas compte, ou bien nous nous trouvons de bonnes excuses. L’urgent prend alors le pas sur l’essentiel. Nous privilégions l’organisation, aux dépens de la relation ; nous courons après l’efficacité et le rendement, en oubliant le vrai but de notre vie.

Tout autre est notre attitude si nous avons un cœur contemplatif : nous voyons alors l’invisible à travers les œuvres de Dieu. « Car à travers la grandeur et la beauté des créatures, on peut contempler, par analogie, leur Auteur », nous dit le Livre de la Sagesse*. Les créatures deviennent les messagères du créateur, puisque chacune nous dit quelque chose de son amour infini. Nous reconnaissons la présence de Dieu dans les personnes que nous rencontrons. Nous faisons remonter vers lui notre action de grâce à travers nos actes, nos paroles, nos pensées. Nous continuons certes à vivre notre quotidien et à accomplir notre devoir d’état, mais dans la perspective de ce qui ne passe pas.

L’action de grâce, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas une action, mais une attitude : l’attitude fondamentale du croyant, c’est-à-dire de celui qui vit pour la gloire du Dieu impérissable, en laissant aux choses périssables leur statut de serviteurs éphémères.

Accueillons la vérité de Dieu : reconnaissons à travers ses œuvres sa puissance éternelle et sa divinité, et choisissons l’émerveillement.

* Livre de la Sagesse 13, 5.

♦ 2ème semaine

♦ Vendredi 17 juin

L’Évangile à toute la création

Texte biblique : Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (16, 14-18)

Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

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Ça change tout

Les onze apôtres ont vu mourir Jésus, l’ami avec qui ils ont tout partagé pendant ces trois dernières années. Ils n’y comprennent rien, ils se sentent perdus, et ils se demandent ce qui va leur arriver, à eux qui l’ont suivi. Comment pourraient-ils donner foi à ceux qui disent l’avoir vu vivant ? Qui donc aurait pu le relever de la mort ? Mais voici que soudain Jésus se manifeste à eux, et qu’il les envoie proclamer la bonne nouvelle à toute la création.

Lorsque le Ressuscité fait irruption dans notre vie, lorsqu’il passe à travers nos portes fermées et qu’il s’invite à notre table, il nous est soudainement impossible de nous taire. Sa présence parmi nous et en nous devient envoi vers le monde. Car lorsque nous sommes saisis d’une certitude, celle-ci transforme toute notre manière de penser et d’agir. Seulement voilà, la Résurrection est-elle réellement pour nous une certitude ? Change-t-elle quelque chose dans notre vie ? Le Christ Jésus nous reprochera-t-il, comme aux Onze, notre manque de foi ? Il s’agit tout d’abord d’un choix à poser : rester enfermés dans l’étroitesse de nos raisonnements, ou nous lancer dans l’aventure de la foi. Certes la zizanie, l’hypocrisie, le péché, la maladie, la mort ne disparaîtront pas, ils continueront à nous menacer, mais croyons-nous qu’ils n’auront plus de pouvoir sur nous ? Croire que Jésus est ressuscité, cela change tout : c’est oser ouvrir nos cœurs à la victoire de l’amour !

Accueillons dans notre vie le Christ ressuscité, et laissons-nous fasciner, laissons-nous convaincre, laissons-le nous envoyer !

♦ Mercredi 15 juin

Tu dis et elle existe

Texte biblique : Livre de Judith (16, 13-16)

Je chanterai pour mon Dieu un chant nouveau. Seigneur, tu es grand, tu es glorieux, admirable de force, invincible. Que ta création, tout entière, te serve ! Tu dis, et elle existe. Tu envoies ton souffle : elle est créée. Nul ne résiste à ta voix. Si les bases des montagnes croulent dans les eaux, si les rochers, devant ta face, fondent comme cire, tu feras grâce à ceux qui te craignent. Oui, tout sacrifice d’agréable odeur est peu de chose ; encore moins, toute graisse pour l’holocauste en ton honneur ; mais celui qui craint le Seigneur est grand, plus que tout.

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Tu es grand

La belle Judith, grâce à sa foi en Dieu, son courage et son intelligence, vient d’écarter le danger d’une invasion en décapitant le chef de l’armée ennemie. Le peuple bénit sa libératrice. Judith, quant à elle, fait monter vers Dieu son action de grâce, car elle sait que c’est à lui qu’elle doit sa victoire. Elle chante sa majesté et sa toute-puissance, devant lesquelles s’incline toute la création.

Il nous arrive à tous de nous sentir bien petits devant la grandeur de Dieu. « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? », demande le psalmiste, fasciné par la splendeur des œuvres de Dieu, qui nous renvoient à la toute-puissance du Créateur*. Nous percevons à la fois l’immensité de l’univers, et notre place, voulue par Dieu, dans cette immensité. Nous nous trouvons alors face à l’un des paradoxes de notre nature humaine : c’est lorsque nous faisons le choix de la dépendance, de la petitesse, que se manifeste toute la vérité de notre grandeur.
Avec saint Paul qui s’exclame « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort »**, nous percevons que la dignité de l’être humain est précisément la liberté d’opérer ce choix, de se reconnaître créature, d’accepter de ne pas tout maîtriser : celui qui aime le Seigneur est grand, plus que tout.

Accueillons notre vraie grandeur, et choisissons de nous faire tout petits devant notre Créateur. Comme Judith, revêtus de la force de Dieu, nous chanterons alors le chant nouveau de ceux qui partagent la victoire de leur Seigneur.

* Psaume 8, 5.
** Seconde Lettre aux Corinthiens 12, 10.

♦ Lundi 13 juin

La création artistique

Texte biblique : Livre de l'Exode (31, 1-11)

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Vois : j’ai appelé par son nom Beçalel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda. Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu pour qu’il possède la sagesse, l’intelligence, la connaissance et le savoir-faire pour toutes sortes de travaux : la création artistique, le travail de l’or, de l’argent, du bronze, la taille des pierres précieuses, la sculpture sur bois et toutes sortes de travaux. Et c’est moi qui lui donne comme adjoint Oholiab, fils d’Ahisamak, de la tribu de Dane. C’est moi qui donne la sagesse à tout artisan habile, pour qu’il fasse tout ce que je t’ai ordonné, c’est-à-dire : la tente de la Rencontre, l’arche du Témoignage, le propitiatoire qui la couvre, tous les accessoires de la Tente, la table et ses accessoires, le chandelier d’or pur et tous ses accessoires, l’autel de l’encens, l’autel de l’holocauste et tous ses accessoires, la cuve et son support, les vêtements liturgiques, les vêtements sacrés pour le prêtre Aaron, les vêtements que porteront ses fils pour exercer le sacerdoce, l’huile de l’onction, l’encens aromatique pour le sanctuaire. Ils feront exactement comme je te l’ai ordonné. »

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Tous artistes

Alors que les Israélites marchaient dans le désert, Dieu avait ordonné à Moïse : « Fais-moi un sanctuaire, que je puisse résider parmi eux. »* Seul, Moïse n’aurait pas été capable de réaliser ce qui lui avait été ordonné. Mais le Seigneur a appelé Belçalel par son nom, il lui a donné sa sagesse et toutes les compétences nécessaires, ainsi qu’un adjoint pour le seconder. Rien n’est indifférent à Dieu  : dans ce texte de l’Exode, les détails sont nombreux, la description est précise, elle comprend l’essentiel comme l’accessoire, et tout est ordonné à la gloire de Dieu.

En appelant chacun, chacune de nous par son nom, Dieu nous dit qu’il nous connaît, que nous avons du prix à ses yeux**, qu’il compte sur nous pour parachever son œuvre, et qu’il nous donne tout ce dont nous avons besoin pour mener à bien la mission unique qu’il nous a confiée. Il ne s’agira peut-être pas pour nous de travailler l’or ni de tailler des pierres précieuses. Mais nous pouvons être certains que lorsque nous accueillons cette mission, nos activités de chaque jour deviennent louange à la gloire de Dieu. Dans la routine du quotidien, il peut nous arriver de nous demander si la succession de nos journées et la répétition des mêmes gestes ont un sens – souvenons-nous alors que même l’accessoire a parfaitement sa place dans l’œuvre de la création ! Chacun de nous, là où il vit, est parole de Dieu pour le monde, un monde assoiffé de beauté autant que de vérité.

Accueillons dans la reconnaissance et l’humilité la mission et les dons qui nous sont confiés par le Créateur : nous sommes les habiles artisans de son dessein d’amour.

* Livre de l’Exode 25, 8.
** Livre d’Isaïe 43, 1.4.

♦ 1ère semaine

♦ Vendredi 8 juin

Déluge et  alliance

Texte biblique : Genèse 9, 8-16

Dieu dit encore à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous: aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » 
Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. L’arc sera au milieu des nuages, je le verrai et, alors, je me souviendrai de l’alliance éternelle entre Dieu et tout être vivant qui est sur la terre. »

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Hymne à la fidélité

« Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous. » Une fois encore, Dieu prend l’initiative : c’est lui qui décide d’établir son alliance avec le monde, tout comme il avait décidé de séparer la lumière des ténèbres, et comme il avait choisi d’insuffler sa propre vie en l’être humain. Cette création qui est débordement de son amour, Dieu ne peut l’abandonner à elle-même, il ne veut pas la voir ravagée. Pour lui assurer qu’elle est définitivement attachée à son cœur, il s’engage dans une alliance éternelle. L’arc qui relie le ciel et la terre en est le signe : Dieu se souviendra toujours de son alliance. Mais comme les hommes ont quelque peu tendance à oublier, il ne cessera de renouveler ses promesses à son peuple : « Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. »*

Toute l’histoire du salut sera marquée par le drame de l’infidélité répétée du peuple, à laquelle répondra toujours l’amoureuse fidélité de Dieu. Chaque renouvellement de l’alliance sera une nouvelle déclaration d’amour de notre Père du Ciel, un engagement encore plus profond, jusqu’à envoyer son Fils, jusqu’à la folie de la Croix et la victoire de la Résurrection. 
Accueillons dans l’action de grâce l’alliance que Dieu ne cesse d’établir avec chacun d’entre nous, jour après jour, comme il la conclut avec l’ensemble de sa création. Chaque fois que nous prions « Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours », souvenons-nous de cette alliance, et faisons de notre louange un hymne à la fidélité de l’Éternel !

* Psaume 88, 29.

♦ Mercredi 8 juin

Création de l'homme

Texte biblique : Genèse 2, 4-8

Telle fut l’origine du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés. Lorsque le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, aucun buisson n’était encore sur la terre, aucune herbe n’avait poussé, parce que le Seigneur Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol. Mais une source montait de la terre et irriguait toute la surface du sol.
Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé.

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Souffle vital

« Et l’homme devint un être vivant. » L’auteur de la Genèse nous propose ici un récit d’une simplicité désarmante, qui pourtant nous renvoie au mystère de ce que nous sommes, de notre origine et de notre finalité. Car si nous n’étions que terre modelée, notre seule perspective serait un retour à la terre. Notre séjour dans le monde se limiterait au travail de cette terre. Mais si le souffle qui nous anime n’est rien de moins que le souffle même de Dieu, alors nous vivons de la vie de Dieu. Et cela change tout ! Notre quotidien prend un sens, c’est-à-dire à la fois une signification et une direction. Nous ne vivons plus simplement pour nous, mais pour lui rendre gloire ; et nous sommes appelés à retourner à celui qui nous a insufflé la vie. Notre vie ne nous appartient pas : « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur », précisera saint Paul*.
Admirable collaboration entre le Créateur et l’être humain ! Pour que l’herbe pousse sur la terre, il faut à la fois que Dieu fasse pleuvoir et que l’homme travaille le sol. Notre Créateur nous place dans le jardin qu’il a préparé pour nous. Il nous demande de l’habiter, il compte sur nous, et nous savons qu’il ne nous laissera jamais seuls pour le faire fleurir et donner ses fruits.

Accueillons la vie, ce trésor que Dieu a choisi de partager avec nous pour l’éternité. Nous sommes certes conscients de notre pauvreté, car nous portons ce trésor dans des vases d’argile**, mais n’oublions pas que nous sommes riches de la confiance de notre Créateur, qui fait de nous les jardiniers du monde.

* Lettre aux Romains 14, 8.
** Seconde Lettre aux Corinthiens 4, 7.

♦ Lundi 6 juin

Au commencement

Texte biblique : Genèse 1, 1-5

AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.

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Pleine Lumière

Premier livre de la Bible, premier chapitre, premier verset. Au commencement, alors que tout n’est que ténèbres, Dieu nous donne sa première parole : « Que la lumière soit. » La terre est encore informe et vide, mais le Créateur se manifeste en lui donnant ce dont elle aura toujours le plus besoin : l’assurance que l’obscurité n’aura jamais le dernier mot. Lorsque les temps seront accomplis, Dieu nous livrera son ultime parole* : Jésus, son Fils, la lumière du monde, que les ténèbres ne peuvent arrêter**. La lumière est la première et la dernière parole de Dieu sur le monde, elle est sa volonté et sa présence, pour toute la création et pour chacun d’entre nous.

Demandez à un enfant pourquoi il n’aime pas l’obscurité, il vous répondra peut-être : parce que j’ai peur. Peur de me perdre, peur de trébucher, peur de dangers insaisissables. Lorsque nous n’y voyons plus clair, lorsque nous nous sentons envahis par les ténèbres, laissons-nous recréer, laissons-nous renouveler par cet amour*** qui ne demande qu’à habiter en nous. En entendant : « Que la lumière soit », ayons la certitude de cette présence qui chasse toute angoisse, qui nous ouvre la route, qui nous accompagne. Si, comme le dit saint Grégoire le Grand, nous mettons tous nos soins à reconnaître le cœur de Dieu dans les paroles de Dieu, alors la lumière de chaque journée deviendra signe de l’amour du Créateur.

Accueillons la lumière, premier don de Dieu au monde, première parole d’amour qui nous est sans cesse reproposée pour devenir fils de lumière !

* Lettre aux Hébreux 1, 1-2.
** Évangile selon saint Jean, 1, 4-5.
*** Livre de Sophonie 3, 17.

Sœur Marie-Laetitia Youchtchenko - Rome
Dominicaine apostolique, sœur Marie-Laetitia vit en Italie et partage son temps entre l'accompagnement spirituel et la prédication.

Introduction

Jacques, un ami, père de famille engagé dans la société et dans l'Église, m'a confié un jour qu'il lisait chaque matin la Parole de Dieu. Cela a profondément transformé sa vie. Tel verset l'aidait à prendre une décision, tel autre, à supporter un moment pénible.

En effet, pour expérimenter la présence de Dieu dans son quotidien, se ressourcer..., il n'y a rien de mieux que la lecture de la Bible !  Avec « Marie qui méditait toutes ces choses dans son cœur » (Luc, 2, 19), nous découvrons que le Christ demeure en nous quand ses paroles demeurent en nous (Jean 15). Alors nous devenons une Parole pour nos frères, nos amis, nos collègues... 
Pour discerner la volonté de Dieu, il faut être guidé à travers des thèmes sur des parcours bien balisés. C'est notre souhait le plus cher pour cette 3e saison de Lumières dans la Bible. 

Lumières dans la Bible redémarre le lundi 6 juin 2022 avec une mini-retraite de trois semaines (3 jours par semaine) sur le thème essentiel de la Création dans la Bible. Sœur Marie-Laetitia Youchtchenko méditera des textes choisis dans l'Ancien et le Nouveau Testament.
Pour cette 3e saison, nous approfondirons les thèmes de la Création, l'Amitié, l'Intelligence, la Pauvreté, la Miséricorde, la Fraternité, la Sainteté, la Gloire et vous découvrirez de nouveaux prédicateurs :
  • une laïque dominicaine de Strasbourg : Jacqueline Cuche
  • une sœur : sœur Marie-Laetitia Youchtchenko (Congrégation Romaine de Saint-Dominique) 
  • deux frères : frère Norbert-Marie Sonnier (couvent de Poitiers) et frère Xavier Loppinet (couvent de Nancy).
Chaque méditation est accompagnée d'une photo et attendez-vous à une belle surprise.... Nous avons gardé les comédiens pour la lecture des textes et les sœurs moniales dominicaines de Beaufort pour les introductions musicales.

 


 

La doctrine sociale de L’Église

♦ 5ème et dernière semaine

10. Pour une finance responsable (1er juin)

On peut tous changer le monde avec notre argent, qu’on en ait beaucoup ou qu’on n’en ait pas beaucoup. Quand on achète ou quand on met de côté, notre argent travaille à des choses différentes ! Alors, à mon niveau personnel, comme chrétien et comme épargnant, que puis-je faire avec mon argent ? Comme le dit Jean Paul II dans l’encyclique Centesimus Annus :« Il est “nécessaire de s'employer à modeler un style de vie dans lequel les éléments qui déterminent les choix de consommation, d'épargne et d'investissement soient la recherche du vrai, du beau et du bon, ainsi que la communion avec les autres hommes pour une croissance commune. » (Centesimus Annus, §36)

Comme chrétien et comme épargnant, que puis-je faire avec mon argent ? Est-ce que je vais financer des œuvres de mort ou de vie ? Vais-je rechercher le seul profit ou un tout petit peu améliorer le monde avec mes économies ? 
Voilà des sujets bien concrets ! Le pape lui-même incite les financiers à être toujours plus responsables et l’Église catholique en France a beaucoup réfléchi à l'utilisation de l'épargne. 
Frère Pierre Januard, enseignant et chercheur en théologie et en économie, nous introduit à la

Que faire de son épargne ?

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Quizz final

9. La sainteté est-elle allergique à l'argent ? (29 mai)

Jésus a souvent évoqué, avec ses contemporains, le sujet de l'usage de l'argent. Dans les actes des apôtres, la première communauté chrétienne mettait tout en commun. S'en inspirant, beaucoup de saints choisissent radicalement la pauvreté. Cela fait d'ailleurs partie des vœux religieux. Si l'argent n'a pas d'odeur, est-il toujours anti-évangélique ?

« Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun » (Actes 4, 44-45)
Les premières communautés chrétiennes ont mis la barre un peu haute, mais ce n’est pas un peu utopique ? Ou communiste ? Soyons un peu plus réalistes mais demandons-nous si c’est possible, aujourd’hui, d’avoir des biens et de vivre aussi de partage et de gratuité ?
L’argent est nécessaire pour vivre et ce thème revient d’ailleurs souvent dans l’Évangile. Par exemple Jésus nous met en garde en ce qui concerne l’argent et les richesses.

Dans cette vidéo, sœur Christine Gautier n'hésite pas à bousculer nos principes. L'argent peut se mettre au service de l'amour. Jésus le traduit en récit dans la parabole du Bon Samaritain.
En 2022, sœur Christine Gautier est moniale contemplative au monastère de Dax. Elle a enseigné la théologie à Rome, à l'Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin. Sa thèse avait été remarquée et a reçu le prestigieux prix Henri de Lubac, en 2016 : Collaborateurs de Dieu, Providence et travail humain chez saint Thomas d'Aquin (Cerf, 2015)

La sainteté, allergique à l'argent ?

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Quizz

♦ 4ème semaine

8. Entreprise : concilier bien commun et bénéfices (25 mai)

Nous avons déjà défini les enjeux d'une spiritualité du travail au plan individuel, mais s'autorise-t-on à l'étendre au niveau de l'entreprise ? L'entreprise doit répondre à certains objectifs (rentabilité, respect des conditions de travail et de l'environnement ...) mais plus largement sa vocation est de se mettre au service du bien commun.

On entend souvent que le but de l’entreprise, c’est le profit ; ou que l’argent, c’est le nerf de la guerre. Tout ça n’est pas très motivant quand on se réveille le matin pour aller travailler… Pourtant nous sommes nombreux à travailler en entreprise et à y être heureux. On apprécie les relations, on sent que notre travail est utile, on progresse soi-même… Bref, une autre force que l’argent est en jeu… Sans doute bien plus forte !
Quand on vous demande ce que vous faites comme travail, répondez-vous que vous produisez de l’argent ? Sans doute pas ! Composer  de belles compositions fleuries permet de témoigner de l’amour ou de l’amitié. Au restaurant, bien nourrir ses clients. A l’hôpital,  prodiguer les meilleurs soins aux patients. Au tribunal,  participer à la juste défense de ses clients. En ville, assurer la sécurité, etc. C’est là la contribution de chacun au bien commun...

Dans cette vidéo, Thomas Ailleret, auteur de Vivre en chrétien, quésaco ?, une introduction à la Doctrine sociale de l’Église, livre sa vision positive de l'entreprise. Cadre dans l'industrie, il nous montre que l'entreprise peut vraiment participer à l’œuvre de Dieu.

« J’aime vraiment voir la doctrine sociale comme un jaillissement d’amour, un débordement d’amour. »

Comment être heureux au travail ?

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Quizz

7. Devenir saint au boulot... (22 mai)

L’Évangile interroge notre vision de la société et nos grands choix politiques, mais il inspire aussi notre vie de tous les jours. Chaque matin, nous sommes invités à vivre une nouvelle journée à la suite du Christ et nous en passons une bonne partie à travailler. Est-ce pour gagner de l'argent, s'occuper ou pour rencontrer des collègues ? L'écriture et la tradition de l'Église voient dans l'expérience du travail un moyen de se sanctifier.

Dans cette vidéo, sœur Christine Gautier nous fait découvrir une vraie spiritualité du travail, à l'écoute de saint Paul, de saint Thomas d'Aquin et de grands papes du XXe siècle. L'Église encourage une collaboration des différents groupes humains en favorisant la participation et l'expression des dons de chacun. Ainsi le travail pourra nous rendre meilleurs ensemble !

Sœur Christine Gautier : en 2022, elle est moniale contemplative au monastère de Dax. Elle a enseigné la théologie à Rome, à l'Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin. Sa thèse avait été remarquée et a reçu le prestigieux prix Henri de Lubac, en 2016 : Collaborateurs de Dieu, Providence et travail humain chez saint Thomas d'Aquin (Cerf, 2015)

Le travail, une mission ? Devenir saint au boulot ?

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Quizz

♦ 3ème semaine

6. Accueillir l'étranger, une évidence ? (19 mai)

L'accueil de l'étranger est une question importante dans nos élections. Certains se demandent si on doit accueillir tout le monde, alors que d'autres s'engagent pour donner aux migrants un minimum de dignité.
Dans le monde, il y a toujours plus de migrants. Aujourd’hui, les migrants internationaux, ceux qui ne vivent pas dans leur pays d’origine, représentent un humain sur 30 : 280 millions de personnes en 2020 contre 173 en 2000. Pas étonnant que ça préoccupe le pape François ! Pourtant, certains se demandent un peu de quoi il se mêle quand il nous demande de les accueillir ! Mais au fond, que disent la Bible et la tradition chrétienne sur cette question ?

Dans cette vidéo, sans angélisme ni cynisme, mais avec réalisme et générosité, frère Jacques-Benoît Rauscher nous explique comment la Bible et la tradition de l'Église peuvent nous aider à nous forger une opinion sur la question, même si on peut trouver dans la Bible dans la tradition chrétienne deux éléments a priori opposés sur cette question.

Frère Jacques-Benoît Rauscher enseigne la théologie morale et l'éthique sociale à l'Université de Fribourg en Suisse. Avant d'entrer dans l'Ordre dominicain, il était professeur de Sciences Économiques et Sociales et participait à une équipe de recherche en sociologique (Sciences Po/ CNRS). Il a récemment publié quelques ouvrages : L’Église catholique est-elle anticapitaliste ? (Presses de Sciences Po, 2019) - Des enseignants d'élite ? Sociologie des professeurs de classes préparatoires (Cerf, 2019) - Découvrez la doctrine sociale de l’Église avant d'aller voter (Cerf, 2022).

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Quizz

5. Des critères non négociables, une utopie ? (15 mai)

Voter est une chance mais ce n'est pas facile quand on a des critères de foi et d'éthique ! 
Alors comment choisir ? Nous avons personnellement des critères non-négociables, qui peuvent être différents de ceux de notre voisin à l'église. Mais existe-t-il une liste de thèmes fondamentaux sur laquelle l’Église s'est prononcée ?

Dans cette vidéo, sœur Christine Gautier, dominicaine et Thomas Ailleret échangent librement sur ce sujet. Ils nous aident à mettre en perspective ces "critères non-négociables" de choix dans l'engagement du citoyen chrétien.
Thomas Ailleret travaille dans l'industrie, en Vendée, d'où il est bien placé pour s'interroger sur la manière dont notre foi peut nous aider à vivre dans la société. Membre de la communauté de l'Emmanuel, il fait connaître la doctrine sociale de l’Église, par exemple en publiant : "Vivre en chrétien, quésaco ?" (Cerf, 2020).

Vivre dans la société...

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Quizz

♦ 2ème semaine

4. Tous dignes ! Un peu de respect SVP (11 mai)

S'il y a bien une cause qui fait l'unanimité, c'est la dignité de la personne.

Cela ne va pas de soi, il nous faut en permanence être vigilant, voire nous battre, pour que chacun soit respecté. 
C'est ce qu'ont fait en leur temps deux grands chrétiens : frère Antonio de Montesinos, ce dominicain qui prêchait contre l'esclavage au XVIe siècle, et Dorothy Day, cette mystique qui défendait la cause des ouvriers et la paix aux États-Unis. Découvrez ces deux figures originales qui peuvent nous inspirer aujourd'hui !

Au cœur de l'engagement politique, il y a la reconnaissance de la valeur humaine.
Pourtant, tout le monde ne l'entend pas de la même manière. Dans cette vidéo, frère Jacques-Benoît Rauscher nous explique les fondements théologiques et les conséquences de la dignité infinie de chaque personne, créée à l'image de Dieu et appelée à la sainteté.

Préserver la dignité humaine… tout le monde est d’accord avec le principe. Mais en pratique c’est beaucoup plus compliqué. Regardez : certains vont parler du « droit de mourir dans la dignité » pour légitimer le suicide assisté ou l’euthanasie. D’autres vont vous dire que de telles pratiques sont contraires à la dignité de l’homme qui implique que la vie soit préservée jusqu’au bout. Alors qu’entend-on par « dignité humaine » ? Le chrétien a-t-il une vision spécifique de cette dignité ?

D'où vient la dignité humaine ?

Texte complet

Quizz

3. S'engager en politique, par amour ! (8 mai)

Entre deux périodes d'élections, il n'est pas superflu pour des chrétiens de s'intéresser aux critères de l'engagement politique.
Par le passé, l'Église a formé de grands hommes d'État. Pourtant aujourd'hui, en s'engageant en politique, on risque de compromettre notre idéal. Et puis, il y a déjà tant à faire dans nos familles, nos associations et nos paroisses ! Alors, faut-il encore s'engager en politique ?
Ouiiii ! Dans cette vidéo, frère Jacques-Benoît Rauscher nous exhorte à ne pas nous dérober devant l'état de la politique actuelle, mais à prendre nos responsabilités. A l'école de saint Thomas d'Aquin, il nous encourage à développer notre intelligence pratique pour mieux saisir les opportunités et pour servir le bien commun.
D'ailleurs, la doctrine sociale de l'Église est-elle de droite ou de gauche ?

Vous connaissez Ponce Pilate ? Ce procureur romain qui a reçu Jésus au moment de son procès. Voyant que Jésus était condamné de façon injuste, Ponce Pilate a eu cette phrase célèbre : « je m’en lave les mains ». Il voulait dire par là : « je ne vais pas m’engager davantage pour cet homme ». Il ne se rendait sans doute pas compte que cet homme, c’était le Fils de Dieu que, par son manque d’engagement, il contribuait à condamner.
Et nous, quand on refuse de faire un pas, de s’engager pour d’autres, n’est-ce pas pour le Christ qu’on reste indifférent ?

Une forme élevée de charité : la politique

Texte complet

Quizz

♦ 1ère semaine

2. L’Église milite pour les femmes (4 mai)

L'égalité homme/femme est un enjeu de société urgent et polémique, sur lequel le Vatican semble en retrait, voire en retard. Voyons de plus près ce qu'il en est !  
Cette égalité est déjà proclamée par saint Paul, dans la lettre aux Galates. Alors comment se fait-il que les catholiques ne soient pas en pointe sur ce sujet de société ?

Sœur Christine Gautier s'est attaquée à cette question épineuse. Elle nous fait découvrir les prises de position des papes depuis 150 ans, leurs évolutions, les progrès qu'ils souhaitent pour les femmes et ceux auxquels ils contribuent.
La doctrine sociale de l’Église, c'est aussi se mettre à l'écoute du monde pour vivre toujours plus proche du Christ.

Honneur aux femmes

Texte complet

Quizz

1. Vivre la doctrine sociale de l’Église (1er mai)

La « doctrine sociale de l’Église » (DSE), une expression archaïque guère séduisante. Pourtant elle répond à une urgence : nous avons besoin, comme croyant, de réfléchir à la manière dont nous voulons vivre en société. Nous rêvons de transformer le monde !

Avec cette première vidéo, nous entrons au cœur du sujet, guidé par un trio ultra-compétent. Sœur Christine Gautier nous explique, en partant de la Bible que nous ne pouvons vivre avec Dieu sans avoir le souci des autres, en particulier les plus vulnérables.
Cet engagement s'est adapté aux défits de chaque époque. Frère Jacques-Benoît Rauscher récapitule les intuitions géniales des papes depuis la révolution industrielle. 
Thomas Ailleret, jeune manager, nous montre avec des exemples concrets, comment les principes qui structurent la pensée sociale de l’Église peuvent être vécus au quotidien, en famille ou dans la vie professionnelle.

Alors, si vous voulez révolutionner votre style au travail, regardez vite cette première vidéo :

Texte complet

Quizz

Introduction

Une doctrine... sociale... de l’Église...

https://www.theodom.org/video/doctrine-sociale-eglise/  avec quizz pour vérifier

Plongés dans le temps pascal, nous fêtons la résurrection du Christ, l'avènement d'un monde nouveau. Évidemment ce nouveau monde de justice et d'amour ne se construit pas sans nous ! Comment vivre en chrétien dans la société ? Les chrétiens ont-ils quelque chose à dire à la société lorsqu’elle fait des choix ? C’est ce que nous croyons. En cette période d'élections, comment l’Église nous aide à poser les choix justes ?

Avoir la foi, ça change les choses, ça change notre regard sur les autres, sur le travail, sur l’argent, sur la personne humaine… Depuis que notre société actuelle est apparue, façonnée par la démocratie et l’économie d’entreprise, l’Église a développé toute une réflexion riche et profonde pour discerner, à l’écoute de chaque époque, la manière dont la Bible peut aider les chrétiens à œuvrer à un monde plus juste. C’est ce qu’on appelle la doctrine sociale de l’Église...

Pour cette série, vous rencontrerez de nouveaux visages : frère Jacques-Benoît Rauscher, qui enseigne l’éthique à Fribourg, sœur Christine Gautier, de Dax, qui a travaillé sur la théologie du travail, Thomas Ailleret, de la Communauté de l’Emmanuel, en Vendée, et frère Pierre Januard, spécialiste des questions de finance responsable.

Présentation et programme

10 vidéos sur la pensée sociale de l'Église





1. Vivre la doctrine sociale de l’Église

2. L’Église milite pour les femmes !

3. S'engager en politique, par amour !

4. Un peu de respect svp !

5. Des critères non négociables, une utopie ?

6. Accueillir l'étranger, une évidence ?

7. Devenir saint au boulot...

8. Entreprise : concilier bien commun et bénéfices

9. La sainteté est-elle allergique à l'argent ?

10. Pour une finance responsable










 

 

 ♦ Thème : la fidélité

« Il ne faut pas lire la Bible, il faut l’écouter,
et ce n’est pas pour rien que nous sommes invités
à chaque tournant de page à prêter l’oreille. » Paul Claudel

Avec le frère Denis Bissuel qui est assistant d'une fédération de sœurs moniales contemplatives et prédicateur de retraites.
La fidélité : une réalité pas simple à définir et encore moins à vivre ! Il y a une affirmation centrale de la Bible, comme un roc sur lequel on peut s'appuyer : « Dieu est fidèle ». Dieu s'est engagé auprès de son peuple pour être avec lui et le libérer, et Dieu tient ses promesses. Et c'est tellement important, la fidélité, que Dieu nous demande, à nous aussi d'être fidèles, fidèles à nos paroles et à nos engagements. Nous allons découvrir, pendant cette retraite, ce que la Bible dit de la fidélité, celle de Dieu et la nôtre.

♦ Vendredi 18 février

Dieu fidèle

Texte biblique : Hébreux 10, 22-25

Avançons-nous vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour du Seigneur.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Encourageons-nous

Nous connaissons tous un jour ou l’autre ces moments de fatigue et de lassitude où tout nous pèse. C’est vrai pour le travail, la prière, et la présence de nos proches, c’est vrai aussi de la participation à l’assemblée dominicale. Il peut parfois nous prendre l’envie de tout laisser tomber et de nous retirer pour être « tranquilles ». Ne délaissons pas nos assemblées, comme nous en avertit l’auteur de la lettre aux Hébreux. On n’est pas chrétien tout seul. Encourageons-nous pour vivre notre foi les uns avec les autres, unis dans l’amour et la communion fraternelle. Celui qui s’isole risque de perdre l’endurance et l’espérance, et l’ardeur de sa charité se refroidira. La foi chrétienne est une foi vivante et aimante, nous devons nous stimuler les uns les autres à vivre dans l’amour, le porter littéralement à son paroxysme. D’où l’exhortation à persévérer.

Mais le texte nous rappelle aussi que notre assemblée est orientée, tournée vers le Christ, soleil levant, pour célébrer le Jour du Seigneur, sa venue. Ce chemin conduit à la plénitude de la vie. Persévérons dans la foi, l’espérance et l’amour, dans l’attente du Jour du Seigneur, son retour glorieux. Dieu accomplit toujours ce qu’il a promis.

On n’est pas plus malins ni plus solides les uns que les autres. Plus que jamais, en période incertaine et troublée, il faut tenir bon. D’autres avant nous ont traversé des périodes difficiles, pensons aux martyrs et aux chrétiens encore persécutés aujourd’hui. Mais est-ce que nous vivons aussi suffisamment de l’avent de Dieu ?

♦ Mercredi 16 février

Dieu reste fidèle à sa parole

Texte biblique : 2 Timothée 2, 11-13

Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

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Parole tenue

Paul sait de quoi il parle quand il s’adresse ainsi à Timothée, son enfant dans la foi*. Paul a persécuté les chrétiens, mais un jour, sur le chemin de Damas**, une lumière l’enveloppe, il est précipité à terre comme mort avec le Christ, une voix l’appelle pour renaître avec lui. Maintenant, il ne peut plus douter parce qu’il l’a expérimenté. Jésus le Christ est ressuscité, il est vainqueur de la mort et de toutes les forces du mal, et il nous entraîne avec lui de la mort à la vie. Et la face du monde en est changée.
Paul va passer le reste de sa vie à annoncer cette Bonne Nouvelle. Il ne peut plus se taire. De persécuteur il est devenu prédicateur, héraut de l’Évangile, prêt à endurer les épreuves au nom du Seigneur Jésus.

Nous ne vivons pas tous une expérience aussi forte et radicale que Paul, même si elle ressemble à l’aventure de beaucoup de convertis aujourd’hui. Cependant, Paul nous invite tous à annoncer sans peur l’Évangile à temps et à contretemps, et à prêcher comme saint Dominique par la parole et par l’exemple. Il n’est pas facile le combat de la foi ! Paul le sait, il a enduré l’épreuve, il a été enchaîné comme un malfaiteur, mais on n’enchaîne pas la Parole de Dieu***, elle est Parole de vie, d’amour et de liberté ! Dieu nous a donné sa Parole et il la tient. Si nous-mêmes nous tenons à la Parole de Dieu, sa Parole nous tiendra.

* 1re lettre de Paul à Timothée 1, 2.
** Livre des Actes des Apôtres 9, 1-22.
*** 2e lettre de Paul à Timothée 2,9.

♦ Lundi 14 février

Dieu fidèle dans la tentation

Texte biblique : 1 Corinthiens 10, 10-13

Cessez de récriminer comme l’ont fait certains d’entre eux : ils ont été exterminés. Ce qui leur est arrivé devait servir d’exemple, et l’Écriture l’a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps. Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber. L’épreuve qui vous a atteints n’a pas dépassé la mesure humaine. Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces. Mais avec l’épreuve il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter.

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Fidélité éprouvée

« Arrêtez de faire n’importe quoi et de vous plaindre tout le temps. Faites confiance au Seigneur, il est fidèle et il vous soutiendra dans vos épreuves. » Voilà en substance ce que saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe.
Pour appuyer son propos, Paul fait référence à l’épisode de la traversée du désert. Ce n’est pas qu’un événement passé, mémoriel, il doit servir d’exemple et d’avertissement. Fatigués par cette longue marche parfois difficile, beaucoup sont tentés de faire demi-tour, regrettant les marmites d’Égypte, les poissons, concombres et autres melons qu’ils pouvaient manger. Ils en viennent à récriminer contre Moïse* et contre Dieu. Au fond, ils ont perdu confiance, oubliant la présence et la fidélité de Dieu, et préfèrent se débrouiller tout seuls.

Ainsi Paul met en garde les Corinthiens en les avertissant du danger qu’ils courent s’ils se croient assez solides pour tenir bon par eux-mêmes dans les épreuves et les défis de l’existence. Dans une société très mélangée comme l’était celle de Corinthe et comme l’est la nôtre aujourd’hui, largement indifférente, voire hostile à l’Évangile, les sollicitations et les tentations sont nombreuses. Il n’est pas facile, surtout quand ça va mal, de rester fidèles à nos engagements, à l’appel du Christ, à l’Évangile.

L’apôtre Paul nous encourage et nous rappelle que Dieu est fidèle, il ne nous laissera pas tomber. Au contraire, Dieu nous soutient dans les épreuves et nous aide à en sortir. Sa fidélité appelle et soutient la nôtre.

* Cf. Livre des Nombres 11, 5 et 17, 6.

♦ Vendredi 11 février

Fidélité en promesses

Texte biblique : Romains 15, 7-9

Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom.

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Fidélité universelle

Dans notre passage, Paul s’adresse à la communauté chrétienne de Rome qui connaît des tensions. Mais quelle communauté n’en connaît pas ? Il leur demande d’adopter une attitude plus fraternelle en s’accueillant mutuellement les uns les autres, « comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu ». Pour Paul, ce n’est possible qu’en son Nom. Et qu’a fait le Christ pour nous accueillir ?
Rappelons-nous la dernière Cène, il s’est mis à notre service. Jésus-Christ va jusqu’à laver les pieds de ses disciples* et donner sa vie par amour pour ses frères, car « il n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »** Jésus s’est donné tout entier et jusqu’au bout dans le service de ses frères. Par ce don total de lui-même, il les arrache au pouvoir de la mort, et le salut de Dieu parvient à toutes les nations. Toute l’activité de Jésus a été au service de son peuple, qui s’étend aussitôt et très largement à tout le monde. Et son geste apporte le salut à l’humanité entière.

En nous accueillant les uns les autres comme le Christ nous accueille, sans distinction ni exclusion, nous sortons par le haut des tensions et des conflits. En nous mettant patiemment et fidèlement au service les uns des autres, c’est la fidélité et la miséricorde de Dieu que nous vivons et proclamons jusqu’aux extrémités du monde.

* Évangile selon saint Jean 13, 1-16.
** Évangile selon saint Marc 10, 45.

♦ Mercredi 9 février

Serviteur fidèle

Texte biblique : Matthieu 24, 44-47

Tenez-vous prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Amen, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens.

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Relation durable

Ce texte de l’évangile de saint Mathieu évoque la venue du Fils de l’Homme à la fin des temps. Pouvons-nous rester à l’attendre les bras croisés ? Que faisons-nous de la maison qu’il nous a confiée ? À l’heure des locations entre particuliers, nous savons qu’on ne prête pas sa maison à n’importe qui. Il nous faut des garanties, ou trouver quelqu’un en qui nous avons confiance. Eh bien c’est la même chose : Dieu nous fait donc assez confiance pour nous donner les clés de sa maison, mais il attend en retour que nous la respections.
Dans Laudato si’, le pape François lance à tous un appel à la responsabilité. Notre maison commune est menacée par les dégâts que nous lui causons, il devient urgent de la sauvegarder*. Cette maison commune est bien concrète : notre environnement, la terre et tous ceux qui l’habitent. Ce n’est pas une location de vacances. Dieu nous a donné cette terre pour que nous la cultivions. En la respectant, elle donnera par notre travail de bons fruits. Alors nous la garderons en bons et fidèles serviteurs**.

La maison commune n’est pas seulement un lieu d’habitation, mais elle est habitée par une maisonnée. Le serviteur fidèle et sensé fait fructifier les talents qu’il a reçus : ses aptitudes, son intelligence, son énergie…, il les met au service du bien commun et de ses frères et sœurs, toujours disposé à leur donner la nourriture en temps voulu. 
Dieu nous a confié et sa maison et les gens de sa maison, inséparablement : l’écologie intégrale. Elle est de la responsabilité de tous et de chacun. Le pape le répète à volonté : « Il faut reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde. »*** Voilà un chemin de bonheur pour l'accueillir lors de sa venue.

* Lettre encyclique Laudato si’ du pape François n°13.
** Cf. livre de la Genèse 2, 15.
*** Lettre encyclique Laudato si’ du pape François n°229.

♦ Lundi 7 février

Un ami fidèle

Texte biblique : Siracide 6, 14-17

Un ami fidèle, c’est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, sa valeur est inestimable. Un ami fidèle est un élixir de vie que découvriront ceux qui craignent le Seigneur. Celui qui craint le Seigneur choisit bien ses amis, car son compagnon lui ressemblera.

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Élixir de vie

La crainte de Dieu est ce qu’on éprouve devant sa grandeur, ce sentiment d’adoration avec le Tout Autre. Comment cette attitude, évoquée dans notre texte, peut-elle nous introduire à une relation d’égal à égal avec un ami  ? Comme dans la relation avec Dieu, l’amitié suppose la proximité et la distance, la patience et elle se vérifie sur la durée, sur notre capacité à nous parler et à nous taire ensemble. Comment trouver l’ami fidèle ?

« Si tu veux acquérir un ami, dit le sage  »* Étonnant, à quelques siècles de distance le poète-aviateur dit pratiquement la même chose  : « Il n’existe point de marchands d’amis… Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! »** Si les réseaux sociaux peuvent multiplier les « amis » à l’infini et jusqu’à saturation, rares sont les vrais amis. Dans nos temps de prière, sachons aussi présenter nos proches au Seigneur.
Les amis fidèles, sur qui on peut compter dans les moments heureux comme dans les épreuves, savent être à nos côtés pour rire ou pleurer avec nous, parler et écouter, être là tout simplement. La Bible l’exprime bien : « Il y a celui qui est ton ami quand cela lui convient, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse. »*** L’amitié fidèle fait du bien, elle rallonge les jours. Baume, élixir de vie que découvriront ceux qui craignent le Seigneur, ceux qui restent reliés à lui dans l’écoute et la confiance. Pour aimer, nous n’avons qu’un cœur pour aimer Dieu et les autres. La vie avec Dieu nourrit la relation avec nos amis, même les incroyants.

* Livre de Ben Sira 6, 7.
** Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince XXI.
*** Livre de Ben Sira 6, 8.

♦ Vendredi 4 février

Toi, mon épouse pour toujours

Texte biblique : Osée 2, 16-22

Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor (c’est-à-dire « de la Déroute ») la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte. En ce jour-là – oracle du Seigneur –, voici ce qui arrivera : Tu m’appelleras : « Mon époux » et non plus : « Mon Baal » (c’est-à-dire « mon maître »). J’éloignerai de ses lèvres les noms des Baals, on ne prononcera plus leurs noms. En ce jour-là je conclurai à leur profit une alliance avec les bêtes sauvages, avec les oiseaux du ciel et les bestioles de la terre ; l’arc, l’épée et la guerre, je les briserai pour en délivrer le pays ; et ses habitants, je les ferai reposer en sécurité. Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse ; je ferai de toi mon épouse dans la loyauté, et tu connaîtras le Seigneur.

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Amoureux

Avec Abraham, Dieu a scellé une alliance indéfectible avec son peuple. La preuve, il s’est engagé à ses côtés pour le libérer de l’esclavage d’Égypte. La fidélité nous libère. Dieu ne laissera pas tomber son peuple quand il traversera des temps difficiles et incertains. Même lorsqu’il sera tenté de s’éloigner de Dieu, d’aller chercher ailleurs le réconfort et la sécurité, au risque de se faire avoir et de se perdre, Dieu restera fidèle.
Dieu tient à son peuple. Il est comme un époux qui tient à son épouse bien-aimée, dit le prophète Osée. Il va la rechercher quand elle s’égare, et ne va pas hésiter à tout faire pour qu’elle revienne à lui et soit son épouse pour toujours. Mieux que cela, Dieu est tenu par son peuple comme une mère est tenue par l’enfant qu’elle porte en elle : « Vais-je t’abandonner et te livrer Israël ? Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps mes entrailles frémissent. »* Dieu tient aussi à nous comme un amoureux qui ne peut pas se passer de nous. « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime. »** Voilà la seule et unique raison : Dieu est fidèle, il tient à nous parce qu’il nous aime.

C’est pourquoi le Seigneur notre Dieu veut nous sortir de la vallée de la Déroute pour que nous marchions avec lui comme des amoureux vers la porte grande ouverte de l’Espérance.

* Livre d’Osée 11, 8.
*** Livre d’Isaïe 43, 4.

♦ Mercredi 2 février

Chanter la fidélité du Seigneur

Texte biblique : Psaume 88, 2-8

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.
« Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours,
je te bâtis un trône pour la suite des âges. »
Que les cieux rendent grâce pour ta merveille,
Seigneur, et l’assemblée des saints, pour ta fidélité.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Amen

Si la fidélité se limitait à l’envoi de vœux une fois par an, coutume respectable, cela n’irait pas très loin. Appuyons-nous sur notre expérience. La fidélité est le propre de ces personnes qui inspirent la confiance, sur qui on peut compter et s’appuyer en toute tranquillité parce qu’elles sont fiables et « tiennent la route ». Dieu est là, présent aussi dans le frère ou l’ami fidèle qui se tient à nos côtés.
Pour la Bible, ce mot fidélité pourrait aussi bien être traduit par vérité, solidité, stabilité. En hébreu, Amen est de la même racine que fidélité, il exprime notre adhésion, notre foi en Dieu, un Dieu fidèle à ses promesses, parce qu’il nous aime. Amour et fidélité sont souvent liés dans les psaumes, car la fidélité est une dimension forte de l’amour. Sur Dieu comme sur un ami, nous pouvons prendre appui sur son amour et sur sa fidélité dans notre existence de chaque jour, et comme avec un Dieu nous croyons en lui. Notre psaume a sans doute été écrit pendant ce temps très éprouvant de l’exil à Babylone, quand le peuple se demandait si Dieu ne l’avait pas oublié. C’est dans ces moments difficiles que nous avons peut-être le plus besoin de chanter l’amour de Dieu et sa fidélité.
Au couvent, chaque jour à l’office liturgique, par le chant et la prière nous faisons mémoire de la présence indéfectible de Dieu. Pas seulement pour nous, mais pour toute cette belle ville de Marseille. Là où nous sommes, dans cette fidélité à la louange, appelons cette présence aimante de Dieu. Que les cieux te rendent grâce, Seigneur, pour ta merveille et ta fidélité.

♦ Lundi 31 janvier

Fidélité à la Loi

Texte biblique : Jacques 5, 14-16

Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Fidèle à la joie

La question de la fidélité est posée au peuple, à chacun d’entre nous, et donc à moi aussi. Sans la grâce de Dieu, est-ce que je suis sûr de pouvoir rester fidèle à mon engagement religieux « jusqu’à la mort », comme je l’ai promis en 1987 ? La vie est tellement incertaine et fragile, changeante et imprévisible. Pourtant, la Bible nous exhorte sans cesse à rester fidèles. Nous remarquons aussi qu’au regard de la Bible l’infidélité conduit en général à des catastrophes, Dieu veut donc les éviter. Il veut que nous soyons fidèles et il nous donne sa propre fidélité à lui pour l’être et le rester. C’est ce que le prophète Ézéchiel vient dire au peuple d’Israël alors qu’il est en exil, déporté à Babylone. C’est une situation dramatique, mais Dieu est fidèle*. Il s’engage auprès de son peuple pour le libérer, le ramener sur sa terre. Enfin, à l’infidélité du peuple Dieu répond en changeant ce qui est à la racine de cette infidélité : « Je vous donnerai un cœur nouveau, un esprit nouveau. »

Avec cette transformation, l’homme renouvelé est comme une nouvelle créature qui peut marcher dans la fidélité à la Loi, c’est-à-dire confiant en la Parole de Dieu. Il ne s’agit pas de marcher sous l’autorité contraignante d’un chef tout puissant qui nous donnerait des ordres. Non, la Loi de Dieu, c’est sa Parole qui nous renouvelle et nous fait du bien. Chemin du bonheur**, ses préceptes réjouissent le cœur***. Là où l’infidélité nous faisait errer, le cœur triste, la fidélité nous maintient dans l’alliance vivifiante avec Dieu, et les uns avec les autres. Et cela, j’ai pu le découvrir et le vivre depuis plus de trente ans.

* Livre d’Isaïe 49, 7.
** Psaume
119, 1.
*** Psaume 18, 9.

♦ Introduction

Chaque semaine, nos prédicateurs méditent 3 textes choisis dans la Bible pour vous guider dans votre vie spirituelle et aussi vous permettre de trouver davantage Dieu dans votre vie quotidienne.

 


♦ Thème : la force

« Il ne faut pas lire la Bible, il faut l’écouter,
et ce n’est pas pour rien que nous sommes invités
à chaque tournant de page à prêter l’oreille. » Paul Claudel

Depuis lundi 10 janvier, pendant 3 semaines, les lundis, mercredis et vendredis, nous méditons les textes bibliques sur ce thème avec sœur Marie-Théo Manaud de la Congrégation Romaine de Saint-Dominique. Elle méditera des textes choisis dans l'Ancien et le Nouveau Testament pour nous guider dans notre vie spirituelle et nous permettre de trouver Dieu dans notre vie quotidienne.

♦ Vendredi 28 janvier

La force de la prière

Texte biblique : Jacques 5, 14-16

L’un de vous est malade ? Qu’il appelle les Anciens en fonction dans l’Église : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. Cette prière inspirée par la foi sauvera le malade : le Seigneur le relèvera et, s’il a commis des péchés, il recevra le pardon. Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres afin d’être guéris. La supplication du juste agit avec beaucoup de force.

Écouter Parole de Dieu + méditation

Course de relais

Une course de relais particulière, force de communion fraternelle, véritable témoin passé de main en main pour franchir la ligne d’arrivée, victoire finale, vie en plénitude et salut des frères.
Un semi-marathon en relais, par groupes de trois pour notre équipe de l’Athletica Vaticana. Habituée aux distances plus longues, sept kilomètres me semblaient un jeu d’enfant. Une particularité pourtant me mettait déjà le cœur et les jambes en mouvement. Le témoin que nous allions nous transmettre, fil conducteur de communion, n’était pas banal. Rien à voir avec ce bâton symbolique ; il avait pour nous le visage, le sourire éclatant de Sara, douze ans, atteinte d’une forme de myopathie, que nous allions pousser dans son fauteuil tout au long de nos 21 kilomètres. Je n’avais encore jamais éprouvé à ce point cette capacité à puiser en moi l’énergie pour courir, pousser, continuer, durer. Mais d’où me venait-elle ? Double source ! Sara se révélait un véritable coach, conseillant, encourageant, exultant, cherchant à épouser chaque mouvement, chaque courbe pour ne faire qu’un seul corps avec moi et son fauteuil. Percevant ma fatigue, ma difficulté, elle actionnait ses roues pour m’aider : force conjointe, unie, démultipliée, force reçue alors que je pensais donner. J’avais « reçu » Sara dans l’élan d’une course, commencée à plein régime, des mains de notre ami Gianpaolo et j’allais la transmettre à son papa pour passer la ligne d’arrivée : force de l’amour ouvert à la communion, engagé, appelant en responsabilité. Il ne m’était pas possible de m’arrêter ou de ralentir le rythme de cette course pour la vie. Quelle puissance dans la communion, vrai catalyseur d’une force qui relève et exulte en pleine vie !

♦ Mercredi 26 janvier

S’en remettre à Dieu

Texte biblique : Philippiens 4, 10-13

J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur à voir maintenant refleurir vos bonnes dispositions pour moi : elles étaient bien vivantes, mais vous n’aviez pas occasion de les montrer. Ce ne sont pas les privations qui me font parler ainsi, car j’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force.

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Entre tes mains

De l’abondance au dénuement, de la pleine force à la grande faiblesse, de la jubilation à l’angoisse, de tout à rien, il y a un Tout-en-Lui, la force de Dieu enracinée au cœur de notre existence.

Une simple poignée de main et tout était dit : « Je peux tout en celui qui me donne la force. » Une main amie serre la mienne, me révélant une rare puissance par une pression si faible. Une main dans l’étau d’un début de paralysie : plongeant son regard dans le mien, là où amour et vérité se manifestent sans voile où le pieux mensonge n’a pas sa place, elle me demande : « Tu sens comme je serre fort ? » Avec émotion, serrant avec tendresse sa main, je réponds : « Je sens toute la force que tu y mets ». Ce n’était pas une façon de la rassurer – elle est bien consciente de cette force qui s’échappe – mais l’expression de ce que je percevais. Puissance d’une vie enracinée à la Source de la force, dans le Nom du Dieu-fort. Face à la détresse, à la maladie, à cette faiblesse qui limite, il y a une saine révolte, mouvement de refus, force de la volonté, de la colère même. Une force précieuse, mais qui ne dure pas et porte vite à l’épuisement si elle ne s’alimente pas à une Source plus profonde. Dans ce cœur plongé dans le Christ, force de l’Amour offert, un autre mouvement peu à peu, une alliance dans la faiblesse. Ce n’est pas une soumission contrainte, passive, mais un abandon sans cesse à re-choisir dans une confiance travaillée, sculptée par l’amour fort, sûr. Un amour accueilli en chaque respiration, en chaque étincelle d’une plénitude en action. Amour offert, manifesté dans la force d’une vie concentrée sur l’essentiel : transmettre la force de sa Parole, amour incarné pour la vie éternelle !

♦ Lundi 24 janvier

La force dans la faiblesse

Texte biblique : I Corinthiens 1, 24-29

Pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien  : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages  ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est  ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.

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Douce-Puissance de Dieu

Douce-Puissance de Dieu* : une toute-puissance divine reformulée. Dieu n’est pas ce Tout-Puissant terrifiant qui dirige et gouverne le monde et ses créatures par une force devant laquelle l’homme devrait trembler et tomber à genoux. Non ! Dieu n’a pour seule puissance que l’Amour. Il ne sait rien d’autre qu’aimer, infiniment, totalement, sans jamais se reprendre. Un élan permanent dans le don de tout son « être-Dieu » pour et en l’homme. Douce-Puissance d’un amour qui ne cesse de passer en chaque créature et pour toujours. Puissance de la faiblesse qui ne peut que se proposer sans jamais s’imposer : Dieu nouveau-né s’offre à nous, en attente de notre amour, pour venir habiter nos vies de sa plénitude.

Ce qui est faible, ce qui est fou, ce qui n’est pas ou n’est plus renferme une puissance, intensité de désir, de présence, élan en don permanent, source d’une vie que rien ne peut éteindre.
Qui n’a jamais fait l’expérience de la force du regard d’un malade qui n’a plus que ses yeux pour dire sa vie et son amour ou celle d’un homme à l’heure de son passage en Ciel passant le témoin dans un souffle-en-mots. « Donnez, donnez, donnez » ont été les derniers mots de mon père quelques jours avant sa mort. Quelle résonance aujourd’hui encore dans ma vie, ardeur d’un amour qui ne peut et ne sait rien d’autre que s’élancer vers le frère. Force dérisoire et pourtant puissance transformante, renversante. Douce-Puissance de Dieu en chacune de nos existences, au creux de nos faiblesses, de nos pauvretés, de nos folies mêmes. Il est là, tout là, simplement là ! Osons avec lui cette folie d’être des doux-puissants !

* Florin Callerand, fondateur de la Communauté de la Roche d’Or.

♦ Vendredi 21 janvier

Vous recevrez une force

Texte biblique : Actes des apôtres 1, 7-9

Jésus répondit aux apôtres : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.

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Dans le vent

Route du Rhum, Vendée Globe : prestigieuses courses en solitaire où le marin est au défi de la mer et du vent. Seul maître à bord, il ne pourra rien malgré l’extrême précision de son matériel s’il ne fait alliance avec le vent, brise légère ou bourrasque violente. Une vigilance continue est requise pour interpréter les instruments de bord comme les éléments naturels. Ses victoires et ses échecs lui sont ses premiers alliés, mais il ne décidera jamais de la présence du vent, de sa force, ni de son orientation. Il doit être à l’affût du moindre signe pour orienter son bateau et choisir ses voiles, être prêt à accueillir ce souffle avec gratitude et efficacité. Il ne s’agit pas d’une béate passivité dans l’attente de l’Esprit qui fait toute chose. Si le marin ne veut pas être ballotté par les flots et les vents, il lui faut être éveillé, préparé pour que le vent s’engouffre dans des voiles tendues et orientées. Il offre la force qui devient alliance entre le Souffle, la voile et la dextérité de l’homme.

Être envoyés dans la force de l’Esprit pour rendre témoignage au Christ nous demande pleine collaboration. L’Esprit, pour souffler dans nos voiles et donner envergure à notre vie, nécessite notre adhésion. Faire des choix, poser des actes qui engagent notre liberté et notre responsabilité. C’est le chemin des béatitudes, des hommes marcheurs au souffle de l’Esprit. Dans cette alliance créative entre l’Esprit et nos talents, nous devenons témoins actifs et engagés.

Notre vie déployée au grand vent de Dieu, voile gonflée de sa présence s’offrant à tout homme. Grand-voile, foc, génois, spi, blanches immaculées ou bigarrées pour exprimer et offrir la présence du Christ au cœur de nos vies. Chacun sa voile, chacun sa béatitude !

♦ Mercredi 19 janvier

Une force sortie de lui

Texte biblique : Luc 8, 43-48

Une femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tous ses biens chez les médecins sans que personne n’ait pu la guérir, s’approcha de lui par-derrière et toucha la frange de son vêtement. À l’instant même, sa perte de sang s’arrêta. Mais Jésus dit : « Qui m’a touché ? » Comme ils s’en défendaient tous, Pierre lui dit : « Maître, les foules te bousculent et t’écrasent. » Mais Jésus reprit : « Quelqu’un m’a touché, car j’ai reconnu qu’une force était sortie de moi. » La femme, se voyant découverte, vint, toute tremblante, se jeter à ses pieds ; elle raconta devant tout le peuple pourquoi elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant même. Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix. »

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Appel d'air

Un petit souffle pour une grande flamme ! Un appel d’air : c’est tout simple, mais impressionnant. Un petit souffle de rien du tout sur une flamme moribonde et il nous faut bondir en arrière pour ne pas avoir un retour de flamme tant elle se ravive avec ardeur et puissance.Elle a fait tout ce qu’elle pouvait cette pauvre femme, cherchant désespérément, dépensant tous ses biens pour colmater la brèche par où s’enfuyait la vie et ranimer ce souffle en elle. Ajouter du papier ou du bois sur une petite flamme mourante ne donne rien, pire encore, cela l’asphyxie, étouffe la vie. Il faut au contraire ouvrir, laisser entrer l’air, ce passage a priori insignifiant du souffle sur le feu. Ce simple contact et le courant passe, un appel d’air ravive la flamme et produit cette soudure : effet chalumeau !
Voici cette femme raccordée à la source. Son désir de vivre la pousse encore dans un dernier mouvement. Elle n’a plus rien à perdre, elle a déjà frappé aux portes des plus grands pontes. Un geste simple, humble pourtant audacieux que son cœur et sa foi lui dictent. Il lui faut passer outre les interdits rituels, se faufiler, se baisser même pour simplement, mais avec quelle force, toucher, non Jésus, ni même son vêtement, mais la frange du manteau. Appel d’air, souffle puissant, elle est atteinte en plein cœur par la force de la vie qui coule à nouveau en cette femme, non plus à sa perte, mais replacée dans le courant de la source. Elle s’échappait sans contrôle et la portait à la mort, elle est raccordée, réorientée, et lui donne vie nouvelle, établie dans la paix.

Ayons l’audace des petits gestes, folie de la confiance, laissons passer le souffle de vie, appel d’air aux creux de nos asphyxies.

♦ Lundi 17 janvier

L'aimer de toute sa force

Texte biblique : Marc 12, 29-33

Jésus fit cette réponse au scribe : « Voici le premier commandement : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »

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Sans mesure !

Mesure tes forces ! Conseil prévenant pour éviter la fatigue et atteindre le but. Oui, mais l’Amour appelle un engagement de tout l’être : « La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure. » Saint Augustin a fait l’expérience d’une passion désordonnée, éphémère comme l’écume des vagues laissant un goût d’amertume. Il est alors saisi par l’amour brûlant, qui monte du plus profond du cœur, prend toute la personne et se donne sans mesure, un amour en sortie permanente. De l’écume à la lame de fond. Cette puissance de vie se reçoit branchée à la source. Dans cet embrassement total au Seigneur, cette relation de profonde intimité au Dieu de la vie, je reçois cette puissance d’aimer, cette force pour franchir les montagnes et soulever les obstacles les plus impressionnants. Combien d’actes héroïques accomplis dans la force d’un amour qui ne peut accepter de baisser les bras devant la souffrance ou le drame ? 
Puissance de l’amour qui ne peut se limiter, le Cantique des cantiques nous le chante : « L’amour est fort comme la mort. Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves l’emporter. » * Au-delà même de la mort, l’amour persiste. Aussi vrai que la mort est au rendez-vous de la vie, tel est l’amour que rien ne peut arrêter quand il engage tout notre être.

Je me souviens du récit d’une maman, ni wonder woman, ni magicienne, qui a vu son enfant pris au piège sous une roche éboulée. Sans réaliser l’inutilité de ses efforts, elle s’arc-boute pour soulever cette pierre et parvient à dégager sa petite. Elle n’a jamais pu par la suite bouger d’un millimètre ce rocher ! Miracle ? Assurément celui d’un amour qui déploie au-delà du possible et du raisonnable toute la puissance de nos forces.

* Cantique des cantiques ch. 8, v. 6.7.

♦ Vendredi 14 janvier

Soyez forts

Texte biblique : Psaume 30, 25

Soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez le Seigneur !

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Allez, Allez !

Ce matin d’automne et de confinement, derrière ma fenêtre, je regarde la pluie tomber légèrement sur l’herbe d’un beau vert tendre. Une certaine mélancolie habitée d’une lumière particulière, il y a quelque chose d’appelant, d’invitant, quelque chose qui susurre la vie plus forte. 
Ce matin, c’est le 1er novembre et la farandole de tous les saints m’apparaît, danse lumineuse d’un bonheur à pleins poumons. J’entends alors cette invitation comme un encouragement adressé personnellement à chacun de nous : oui, toi qui cours la course de la vie, toi qui espères le Seigneur à chaque pas de cette danse, sois forte, prends courage ! Depuis plusieurs années, je participe, à Rome, à la « corsa dei Santi » le jour de la Toussaint. Les derniers mètres, le dernier sprint nous met en droite ligne de la place Saint-Pierre.

Une expérience unique, franchir ces derniers mètres, en cette fête de tous les saints, les yeux fixés sur « l’Église universelle ».
J’imagine tous les saints, petits et grands, connus et inconnus, d’hier et d’aujourd’hui, de tous lieux et de tout temps, rassemblés là dans les bras que forment les colonnades de la place. Je me sens portée, galvanisée par une joie puissante, celle de mes frères et sœurs aînés qui ont parcouru la route et sont aujourd’hui en pleine lumière. Leur joie contagieuse, promesse assurée, espérance garantie, m’appelle en avant, elle vient faire jaillir en moi cette énergie pour ce dernier effort avant de franchir la ligne d’arrivée ! Force de l’espérance, force de la fraternité entre ciel et terre ! Ils ne se limitent pas à nous attendre « là-haut », ils viennent nous donner le rythme de la course, le pas de la danse !

♦ Mercredi 12 janvier

 

La force du Seigneur

Texte biblique : 1 Samuel 2, 6-10

Le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre à l’abîme et en ramène ; le Seigneur rend pauvre et riche ; il abaisse et il élève. De la poussière, il relève le faible, il retire le malheureux de la cendre pour qu’il siège parmi les princes, et reçoive un trône de gloire. Au Seigneur, les colonnes de la terre : sur elles, il a posé le monde. Il veille sur les pas de ses fidèles, et les méchants périront dans les ténèbres. La force ne rend pas l’homme vainqueur : les adversaires du Seigneur seront brisés. Le Très-Haut tonnera dans les cieux ; le Seigneur jugera la terre entière. Il donnera la puissance à son roi, il relèvera le front de son messie.

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Force arc-en-ciel

D’une extrémité à l’autre de la vie, du plus profond de la terre au plus haut dans les cieux, du plus petit des hommes au plus puissant, le Seigneur déploie la force de sa présence tel un arc-en-ciel traçant un pont entre ciel et terre, à l’horizon de nos paysages. « Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici. Je prends les ailes de l’aurore et me pose au-delà des mers : même là ta main me conduit, ta droite me saisit. »* Rien en dehors de lui, rien qui ne puisse être traversé, pénétré, enveloppé, renversé par cette présence aimante et puissante. Rien à voir avec une omniprésence inquisitrice, cette sensation oppressante d’être sous surveillance permanente, dans l’œil du cyclone, non, c’est la puissance d’un Amour qui est. Le Seigneur « est » et tout est pétri de la permanence de son être qui remet en justice par le simple fait « d’être-en-lui ». Non, ce n’est pas par une puissance guerrière, obtenue à la force des poignets ou par son bras armé que l’homme trouvera justice et victoire, mais accueillant la puissance d’une Présence qui se lève en lui comme sur toute la terre, arc-en-ciel au cœur de sa vie. « O Seigneur notre Dieu qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire. »**Voilà sa force : le chant de confiance des enfants, des tout-petits devant la splendeur de sa Présence enveloppant la terre et la vie de tout homme. Puissance désarmante de la confiance du petit, il lance son regard vers la source de l’Amour et nous invite à nous laisser traverser par cet arc-en-ciel en terre !

* Psaume 138, 8-10.
** Psaume 8, 2.3.

♦ Lundi 10 janvier

 

 La force de sa main

Texte biblique : Exode 13; 3

Moïse dit au peuple : « Souvenez-vous de ce jour, le jour de votre sortie du pays d’Égypte, la maison d’esclavage, car c’est par la force de sa main que le Seigneur vous en a fait sortir. On ne mangera pas de pain levé, ce jour-là. »

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Stop, je passe !

Quelle est donc cette main qui libère les Hébreux du pays d’Égypte ? Main levée, étendard arrêtant l’ennemi, ouvrant la mer en deux pour laisser passer le peuple choisi. La force d’une main qui se fait autorité, arrête, force le respect et dicte une loi de liberté, une loi pour la vie. Il serait pourtant si facile de passer outre, abaisser, renverser. Une main n’est qu’une main et aussi forte qu’elle soit devant la puissance d’une armée, que peut-elle ? Elle est l’expression et le prolongement d’une intention, la main tendue se place dans l’alignement du cœur, elle en indique l’intention et en devient la manifestation. C’est bien par la force de son Amour que le Seigneur libère son peuple de l’esclavage, puissance de l’amour manifestée à main nue et bras tendus.
Il me vient le récit d’une maman d’une jeune fille trisomique en apprentissage d’autonomie : Lucrezia s’apprête à traverser une rue, elle lâche la main protectrice de sa maman, se place bien en vue sur le passage piéton et étend largement les deux bras de chaque côté, les mains bien tendues pour manifester avec autorité son intention de traverser, forcer l’attention et s’assurer ainsi une traversée en toute sécurité ! Magnifique geste de puissance, pleine manifestation de sa volonté d’atteindre son but et pourtant, ce ne sont que deux bras tendus, il ne faudrait qu’une seconde d’inattention pour réduire à néant son désir de vivre libre, autonome et heureuse ! Lucrezia s’est ouvert là un chemin de liberté, confiante et sûre de la force de ce geste transmis et appris. Oui, la main du Seigneur est forte, car son Amour est puissance de vie.

À mains tendues, forts de cet Amour, forçons le passage, ouvrons les chemins de liberté.

♦ Introduction

Depuis deux ans, l’équipe de Lumières dans la Bible souhaite donner aux croyants d’aujourd’hui le goût d’écouter l’Ecriture. Il faut que s’établisse un contact vivant avec un être vivant. Le christianisme est la religion d’une parole à entendre, suivant l’ordre du Seigneur : « Écoute Israël ».

Pour faciliter cette écoute, nous veillons à soigner particulièrement la lecture des passages bibliques par des comédiens très expérimentés dans les studios de RCF. La qualité doit être irréprochable. De la même manière, nous avons fait le choix de l’audio pour l’enregistrement des méditations. N’est-il pas vrai que « la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ. » (Romains 10, 17) ?

En mars 2022, Lumières dans la Bible laissera la place à la retraite de carême et reprendra à la Pentecôte 2022 avec huit nouveaux thèmes: la création, l’amitié, l’intelligence ... Quatre prédicateurs passionnés sont déjà au travail : deux frères, une sœur apostolique dominicaine et une laïque dominicaine.
Dans la joie de vous retrouver autour de la Bible, je vous souhaite une année comblée de la lumière étincelante qui vient de Dieu !

Je suis sœur Marie-Théo de la Congrégation Romaine de saint Dominique de la Province Italo-Suisse. Je vis à Rome où j'exerce la charge de prieure provinciale.
A mes heures perdues, ou plutôt pour reprendre force et souffle, pour accueillir le rythme de la vie, le rythme de Dieu au cœur de ma vie, je m'adonne à la course à pied. Oui, à la course à pied, alors je vous invite à prendre le départ avec moi et à me suivre ces 3 semaines durant dans cet esprit, dans cet élan de la course, au rythme de cette vie qui pulse dans nos artères.

Ensemble, en parcourant la Parole, nous allons découvrir le secret de la « Force ». A l'école des petits, avec tendresse, avec humour, au creux de l'impuissance, de l'amour, de la passion, du rêve, de la joie, dans le vent de la course, nous allons cueillir le tonus de la faiblesse.

Un élan qui nous traverse, qui nous appelle, qui nous entraîne dans ce mouvement permanent, ce souffle de l'amour.
Alors, prenez votre souffle, respirez c'est parti ! On y va, en avant, en élan !

 



 

Pourquoi le mal ?

♦ 6 février 2022 : 5e et dernière semaine

(Reprise de ThéoDom au moment du Carême)

D'où vient le mal ?

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Dans d’autres vidéos, on a abordé le problème du mal d’un point de vue théorique, maintenant, on va l’aborder grâce à des récits. En effet, la Bible nous explique beaucoup de choses par des histoires, comme celle du début de la Genèse par exemple. Et quand l'Écriture n’explique pas tout, les chrétiens y voient une invitation à un dialogue qui ne s'arrête jamais.

Le récit originaire a encore quelque chose à nous dire :

la Genèse commentée

Je voudrais vous parler de deux épopées sur l’origine du mal, qui s’inspirent du livre de la Genèse :  l’Histoire Spirituelle, un poème en latin écrit par un évêque gaulois au Ve siècle, Avit de Vienne ; et Paradise Lost (le Paradis perdu), le chef-d’œuvre d’un poète anglais au XVIIe siècle, John Milton.

Trois livres, trois époques, trois langues, trois contextes très différents : et pourtant, ils vont tous dans le même sens, ils partagent une même réponse chrétienne à la question de la Théodicée.
Théodicée, ce mot signifie : « la justification de Dieu », ou « comment dédouaner Dieu de la responsabilité du mal dans le monde qu’il a créé ? »

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Le Anges et démons influencent-ils nos choix ?

Vous en voyez dans des films, certaines bandes dessinées en sont remplies, peut-être qu’ils vous font peur la nuit… Je parle des démons. Et pourtant, la théologie n’en parle quasiment plus, l’Église éventuellement un tout petit peu… Il est donc temps de reprendre en main la question du  diable et des démons. Je vous propose un début, de voir qui ils sont et comment ils agissent.

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♦ 30 janvier 2022 : 4e semaine

Que devons-nous faire face au mal ?

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Y-a-t-il des "guerres justes" ?

Le Pape François dans son discours d’Hiroshima de 2019 a condamné la possession d’armes atomiques, qu’il juge immorale et criminelle. Mais vous me direz, qui est le pape pour condamner la guerre et ses pratiques ?

En 2021, frère Etienne est frère étudiant au couvent de Lyon. Avant d'entrer dans l'Ordre des Dominicains, il travaillait comme analyste marketing dans l'industrie de la défense.

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Le Christ nous invite-t-il à nous soumettre ou à lutter ?

Contre le mal, fatalité ou liberté ?

Frère Matthew : Le mal est partout dans le monde, mais qu’est-ce que j’y peux ? Je ne peux pas faire advenir la paix dans le monde ou soigner toutes les maladies ! Je ne peux pas grand-chose. Au fond, je dois peut-être accepter mon impuissance et faire confiance à Dieu.

Souvent, à la messe, quand nous écoutons les lectures, la vie de Jésus nous apparaît remplie de contradictions ! 
Dans le Temple de Jérusalem, il chasse les marchands avec des fouets et des cordes ; à l'inverse, il se laisse faire lors de son arrestation, demandant à Pierre de ranger son épée. Le Christ a envoyé ses disciples libérer avec puissance les possédés mais c'est par sa faiblesse qu'il nous sauve sur la croix.
Quels exemples de la vie du Christ devons-nous imiter ? Comment pouvons-nous essayer de traduire la vie du Sauveur dans notre vie personnelle ?

Dans cette vidéo, les frères Matthew Jarvis et Filip-Maria Ekman échangent leurs arguments : une discussion passionnante !

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Les chrétiens et la guerre

Lors du tournage de la série sur le mal, les frères ont passé une soirée à parler de la guerre : en voici les meilleurs moments.

♦ 23 janvier 2022 : 3e semaine

Le mal, est-il un parasite ?

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Le mal n'existerait pas... sans le bien ?

D’où vient le mal ? Si Dieu est le Créateur de tout l’univers, il a aussi créé le mal.  Alors, il n’est pas bon... S'il n'a pas créé le mal, alors il n'est pas unique et tout-puissant... L'énigme semble impossible à résoudre.
Et pourtant, depuis l'Antiquité, les Pères de l'Eglise y réfléchissent. A l'école de l’Écriture, ils nous aident à comprendre que le mal ne tient pas devant le bien absolu qu'est Dieu.

Frère Matthew Jarvis, frère anglais qui a déjà nourri plusieurs réflexions sur notre site, nous éclaire sur cette question philosophique et nous aide à nous tourner résolument vers le bien.

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La psychologie et Catherine de Sienne

nous aident à accepter le mal en nous

Loin d'être abstrait, le mystère du mal nous touche au plus intime de notre vie. Comment acceptons-nous le mal qui est en nous ? 

L’Évangile le dit bien : nul n'est bon que Dieu seul. Un homme, une femme ne peuvent être totalement bons, purs de tout mal. Si Dieu est totalement bon, alors devons-nous nous sentir coupables du mal qui est en nous ?
Au XXe siècle, le célèbre psychiatre suisse Carl Jung aimait s'entretenir avec son ami dominicain anglais Victor White sur ce sujet. Frère Filip-Maria Ekman, frère suédois, formé aux États-Unis, nous rapporte leurs échanges puis nous fait rencontrer la mystique dominicaine Catherine de Sienne (XIVe siècle) : cette sainte nous invite à mieux nous connaître, en toute vérité, avec nos ombres et nos lumières.



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♦ 16 janvier 2022 : 2e semaine

Quand rien ne va plus, où est Dieu ? Que fait Dieu, face au mal ?

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Job, le juste touché par la souffrance. Pourquoi le mal ?

Dans la Bible, le livre de Job nous invite à réfléchir à la question du juste confronté au malheur. Comment un homme bon, père de famille, entouré d'amis peut-il être aussi éprouvé ? Tout le livre nous montre son attitude avec ses proches et même avec Dieu pour nous interroger sur l'origine du mal.

Catherine Vialle, professeur d'Ancien Testament à la faculté de théologie de l'Université Catholique de Lille, nous résume ce livre de sagesse, avec une exceptionnelle clarté. Elle présente les grandes tensions qui traversent le livre : aucun mal ne peut remettre en cause l'immense bonté et la toute-puissance de Dieu.

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Les derniers mots du Christ : Dieu aussi a souffert

Jésus nous apporte sa Bonne Nouvelle : en lui, nous avons la certitude que Dieu n'est pas indifférent au mal. Dans cette deuxième vidéo, Frère Pierre de Marolles nous montre que, sur la croix, les dernières paroles du Christ sont porteuses d'une espérance inouïe.

 

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L'espérance de la Cananéenne et la nuit obscur de Tauler

ThéoDom vous propose cette semaine une troisième vidéo originale du frère Filip-Maria Ekman : le récit de la Cananéenne dans l'évangile de Matthieu (Mt 15, 21-28) nous aide à donner un sens au «silence de Dieu», que nous avons l'impression de vivre parfois. Déjà au XIVe siècle, le mystique dominicain Jean Tauler s'appuyait sur ce récit de guérison pour aider ses auditeurs à tenir bon dans les épreuves. 

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♦ 9 janvier 2022 : 1ère semaine

Face au mal, la prière de l'exorciste ?

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Pourquoi le Christ fait-il des exorcismes ?

Nous parlons aujourd'hui du mal, de Satan, de possession et d'exorcismes, ce sont là des choses étranges. Est-ce que vraiment Jésus a fait des exorcismes ? Dans cette vidéo, sœur Caroline, exégète, nous aide à distinguer ce qui est de l'ordre de la guérison et de la maladie, de ce qui est de l'ordre de l'exorcisme et du démon.

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Rencontre avec frère Reginald Blondeel, exorciste. 

On ne trouve pas seulement des exorcismes dans les Évangiles, les romans fantastiques ou les films d'horreur ! Dans chaque diocèse, un prêtre exorciste est mandaté par l'évêque pour exercer ce ministère.
A Nancy, l'exorciste diocésain est, depuis deux ans, un frère : frère Reginald est exorciste du couvent de Nancy et Toul depuis 2019. Il a longtemps été aumônier d’hôpital, aumônier de prison, aumônier militaire, directeur régional du pèlerinage du Rosaire...

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Introduction et Programme

A vous et vos familles, nous souhaitons une bonne et sainte année 2022. Avec un tout nouveau site beaucoup plus intuitif, nous serons à vos côtés pour vous accompagner et vous aider à approfondir votre foi.

Dès le 9 janvier 2021, ThéoDom aborde un sujet grave : le mal. Nous traversons tous des épreuves personnelles et collectives, et sommes parfois bouleversés par elles : pourquoi le Dieu de toute bonté permet-il ces souffrances ? Cette énigme préoccupe les auteurs de la Bible, les théologiens et les croyants depuis des siècles.
En 12 vidéos, l'équipe ThéoDom puise des éléments dans l’Écriture et la tradition pour nourrir notre réflexion et nous aider à garder confiance.

Cette année encore, vous découvrirez de nouveaux prédicateurs et en retrouverez d'autres. Chacun abordera le thème du mal avec son expérience et sa formation. Sœur Caroline Runacher, Catherine Vialle et frère Pierre de Marolles, biblistes vous aideront à scruter la Parole de Dieu : la Bible nous montre Dieu présent au côté du souffrant. Frère Réginald Blondeel témoignera comme exorciste du diocèse de Nancy et Toul. Les frères Etienne d'Ardhailon, Filip-Maria Ekman et Matthew Jarvis sont étudiants à Lyon et nous proposeront un dialogue entre la foi et différents domaines de réflexion (philosophie, littérature, psychologie, et même gestion de conflits).

 11 vidéos sur « le mal »

1) Face au mal, la prière de l'exorciste ?

Pourquoi le Christ fait-il des exorcismes ?

Rencontre avec frère Reginald Blondeel, exorciste.



2) Que fait Dieu face au mal ?

Job, le juste touché par la souffrance : pourquoi le mal ?

Les derniers mots du Christ : Dieu aussi a souffert.

L'espérance de la Cananéenne et la nuit obscure de Tauler



3) Le mal est-il un parasite ?

Le mal n'existe pas... sans le bien.

La psychologie et Catherine de Sienne nous aident à accepter le mal en nous.



4) Que devons-nous faire face au mal ?

Y a-t-il des "guerres justes" ?

Le Christ nous invite-t-il à nous soumettre ou à lutter ?



5) D'où vient le mal ?

Le récit originaire a encore quelque chose à nous dire.

Anges et démons influencent-ils nos choix ?