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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

Jeudi 6 mai, dans le cadre du jubilé de l'église Saint-Martin, dont le patron saint Martin est un exemple de charité gratuite, le père Vincent Bauman, aumônier des Sans-Abris dans le diocèse de Nanterre, est venu nous parler de saint Martin et, à côté de ses reliques, il nous a aussi parlé de sa mission auprès de ceux qui sont dans la rue, et comment il arrive à les rencontrer avec beaucoup d'écoute, de patience, d'humilité et d'amour... mission pas toujours évidente !... 

Histoire de Saint Martin

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Un jour, au milieu d’un hiver dont les rigueurs extraordinaires avaient fait périr beaucoup de personnes, Martin, n’ayant que ses armes et son manteau de soldat, rencontra à la porte d’Amiens un pauvre presque nu. L’homme de Dieu, voyant ce malheureux implorer vainement la charité des passants qui s’éloignaient sans pitié, comprit que c’était à lui que Dieu l’avait réservé. Mais que faire ? il ne possédait que le manteau dont il était revêtu, car il avait donné tout le reste ; il tire son épée, le coupe en deux, en donne la moitié au pauvre et se revêt du reste. Quelques spectateurs se mirent à rire en voyant ce vêtement informe et mutilé ; d’autres, plus sensés, gémirent profondément de n’avoir rien fait de semblable, lorsqu’ils auraient pu faire davantage, et revêtir ce pauvre sans se dépouiller eux-mêmes. La nuit suivante, Martin s’étant endormi vit Jésus-Christ[iii] revêtu de la moitié du manteau dont il avait couvert la nudité du pauvre ; et il entendit une voix qui lui ordonnait de considérer attentivement le Seigneur et de reconnaître le vêtement qu’il lui avait donné. Puis Jésus se tournant vers les anges qui l’entouraient leur dit d’une voix haute : « Martin n’étant encore que catéchumène m’a revêtu de ce manteau. » Lorsque le Seigneur déclara qu’en revêtant le pauvre, Martin l’avait vêtu lui-même, et que, pour confirmer le témoignage qu’il rendait à une si bonne action, il daigna se montrer revêtu de l’habit donné au pauvre, il se souvenait de ce qu’il avait dit autrefois : « Tout ce que vous avez fait au moindre des pauvres vous me l’avez fait à moi-même. » Cette vision ne donna point d’orgueil au bienheureux ; mais, reconnaissant avec quelle bonté Dieu le récompensait de cette action, il se hâta de recevoir le baptême, étant âgé de dix-huit ans. Cependant il ne quitta pas aussitôt le service ; il céda aux prières de son tribun, avec qui il vivait dans la plus intime familiarité, et qui lui promettait de renoncer au monde aussitôt que le temps de son tribunat serait écoulé. Martin, se voyant ainsi retardé dans l’exécution de ses projets, resta sous les drapeaux et demeura soldat, seulement de nom, il est vrai, pendant les deux années qui suivirent son baptême.

Sulpice Sévère. Vie de Saint Martin.

« Le Sacrement du Frère »

Y -a-t-il un huitième sacrement ?

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Saint Luc est le seul parmi les quatre évangélistes à nous rapporter la parabole de l’intendant malhonnête. Ce n’est pas un hasard, car son évangile retient beaucoup d’épisodes de la vie de Jésus où dominent le souci du pauvre, la dénonciation des injustices, le danger des richesses. C’est ainsi que l’on retrouve dans l’Evangile selon Saint Luc des enseignements de Jésus ignorés par les autres évangélistes. Pensons à la parabole du bon Samaritain, celle du publicain Zachée, du riche et du pauvre Lazare, la parabole du riche insensé qui veut tout engranger ses avoirs, sans oublier les célèbres paraboles de la miséricorde que sont celles de la brebis perdue, de la drachme perdue et du fils prodigue. C’est le poète italien Dante au XIVe siècle, qui disait au sujet de l’évangéliste Saint Luc qu‘il était le « scribe de la miséricorde de Dieu. »

Dès les débuts du christianisme, les Pères de l’Église ont été attentifs à cette question des inégalités sociales et de l’exploitation des plus pauvres, de l’indifférence à leur endroit. Pour traiter de cette question, ils ont employé une expression inédite, inspirée par l’action de Jésus lors de la dernière Cène, alors qu’il lavait les pieds de ses disciples au cours du dernier repas. Ils ont appelé ce geste de Jésus le « sacrement du frère », prolongement tout naturel du sacrement de l’Eucharistie.

Saint Jean Chrysostome, évêque de Constantinople, un homme réputé pour sa droiture et la qualité de sa prédication, mort en exil en l’an 401, a beaucoup développé ce thème, car il avait un grand souci des pauvres. Il affirmait que donner aux pauvres n’était pas un acte de charité, mais un acte de justice. Et dans une homélie célèbre, il disait : Tu veux honorer le corps du Sauveur ? Ne le dédaigne pas quand il est nu. Ne l’honore pas à l’église par des vêtements de soie, tandis que tu le laisses dehors, transi de froid, et qu’il est nu. Celui qui a dit : Ceci est mon corps, et qui a réalisé la chose par la parole, celui-là a dit : Vous m’avez vu avoir faim et vous ne m’avez pas donné à manger. Ce que vous n’avez pas fait à l’un des plus humbles, c’est à moi que vous l’avez refusé ! » Honore-le donc en partageant ta fortune avec les pauvres : car il faut à Dieu non des calices d’or, mais des âmes d’or. »

Pour saint Jean Chrysostome et les Pères de l’Église, on ne peut dissocier le sacrement de l’eucharistie du service du frère ou du pauvre. Le sacrement du pauvre est comme une extension de l’offrande que Jésus fait de lui-même. Il y a une continuité entre les deux actions et c’est pourquoi « nul ne peut recevoir dans l’Eucharistie le pardon et la paix de Dieu sans devenir un homme ou une femme de pardon et de paix. Nul ne peut partager le banquet eucharistique sans devenir un homme ou une femme de partage »

C’est dans cette voie que nous entraîne la parabole du gérant malhonnête. Jésus, avec la pédagogie qui est la sienne nous invite à tromper le dieu argent, en nous faisant des amis avec l’argent malhonnête, en le donnant aux plus nécessiteux, de sorte que ces amis soient là pour nous accueillir quand nous serons introduits, au-delà de notre vie ici-bas, dans les demeures éternelles. Il est question ici du ciel et de notre salut.

Jésus par sa parabole nous parle du rendez-vous ultime dans les demeures éternelles. Il veut nous faire comprendre qu’il y a une profonde unité entre nos vies ici-bas et la vie dans l’au-delà. Une profonde continuité.

La vie éternelle, et le voyage qui y mène sont déjà commencés. Nous sommes tous et toutes membres d’une communion qu’on appelle la communion des saints et notre avenir se construit déjà dans ce présent qui est le nôtre. Jésus, par sa parabole, vient nous rappeler que le sacrement du frère est au cœur de cette communion. Le ciel qui nous attend, cette vie éternelle avec Dieu, est un monde nouveau où ceux et celles que nous avons aimés nous seront rendus un jour, où tous ceux et celles que nous avons aidés, soutenus, accompagnés, seront là pour nous accueillir, alors que nous serons invités à notre tour à entrer dans la joie de notre maitre.

Mais si nous voulons être reconnus, il faut pour cela avoir aimé nous dit Jésus, être allé au-devant des autres, avoir donné de soi-même, ne pas avoir mis un frein à notre générosité, ne pas avoir méprisé le pauvre.

Alors y a-t-il un 8ème sacrement ?

Les sept sacrements font, renouvellent et nourrissent notre vie chrétienne. Cette vie chrétienne anticipe, envisage l’avenir du temps : la vie éternelle. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6,54). L’eucharistie dit bien que cette relation personnelle voulue par Jésus – lui qui appelle chaque brebis par son nom (Jean 10,1-18) – est une relation ecclésiale. L’Eucharistie est source et sommet de la vie d’une Église qui se comprend au concile Vatican II comme « peuple de Dieu, corps du Christ et Temple de l’Esprit » (Constitution Lumen Gentium).

Le Jeudi Saint nous recevons le don de l’eucharistie pour que la vie soit donnée en abondance. Saint Jean écrit après la description du dernier repas du Seigneur, il donne le sens même de l’eucharistie pour le peuple de Dieu dans le lavement des pieds. Les deux expressions du repas et du lavement des pieds se correspondent : « Faites ceci en mémoire de moi (1Co 11, 25) « Faites ceci en exemple de moi (Jn 13, 15) Et après la sortie de Judas dans la nuit, Jésus donne le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). L’Évangile, c’est à dire toute la vie de Jésus, nous apprend à aimer aujourd’hui comme « Jésus a aimé les siens qui étaient dans le monde et les a aimés jusqu’au bout » (Prière Eucharistique n°4). Voilà pourquoi le sacrement du frère largement décrit à la fin des temps (Mt 25,31-46), dans ce jugement dernier où Jésus viendra dévoiler le temps de la rencontre entre le temps de l’évangile et le temps du Peuple de Dieu en marche vers le Royaume. Le temps de notre vie chrétienne sur terre est dévoilé comme le temps de la rencontre vivante de la présence de Jésus dans le pauvre concret, l’affamé, le prisonnier, l’étranger. L’énergie de la résurrection de Jésus est dévoilée dans la miséricorde de Dieu déployée comme un manteau sur toute l’humanité. Le sacrement du frère, le huitième sacrement, comme le huitième jour, le jour après le Shabbat, ouvre le temps de la charité quotidienne, témoignage majeur de la vie chrétienne. Ce sacrement du frère ne s’ajoute pas à la liste des sept sacrements de l’Église. Il indique le sens, la finalité visée par l’ensemble des sacrements auxquels rien ne s’ajoute.

« Qui pratique l’aumône exerce une fonction sacerdotale. Tu veux voir ton autel ? Cet autel est constitué par les propres membres du Christ. Et le Corps du Seigneur devient pour toi un autel. Vénère-le. Il est plus auguste que l’autel de pierre où tu célèbres le saint Sacrifice… Et toi, tu honores l’autel qui reçoit le Corps du Christ. Cet autel-là, partout il t’est possible de le contempler, dans les rues et sur les places ; et à toute heure tu peux y célébrer ta liturgie » (St Jean Chrysostome)

En 1662, le philosophe Blaise Pascal est à l’agonie. Il demande à son entourage la communion eucharistique mais ses difficultés de déglutition les empêchent d’accéder à sa demande. Il répond alors : « Faites entrer dans ma chambre un pauvre de la rue. Ainsi, puisque je ne peux pas communier avec la Tête, je pourrai communier avec un membre de son Corps. »

(vidéos du témoignage en préparation)