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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

Avant toute parole c’est une magnifique prière qui a lancé cette 14e récollection « La prière pour les naufragés de la mer, les exténués de la route de l’exil ». Une rencontre très riche, comme chaque fois, et qui, cette année, nous a plongés dans la dure actualité véhiculée chaque jour par les médias « L'accueil des migrants et réfugiés nous interpelle ». 


 

Laissons-nous donc interpeler de nouveau par cette magnifique prière et par la Parole de Dieu introduites par nos fidèles diacres, Bertrand et Michel. Ils portent cette Diaconie avec toute une équipe dont son délégué diocésain, l'abbé Joachim Jauregui qui, hélas, n'a pu être parmi nous, en raison du décès de l'abbé Sébastien Ihidoy, qui a marqué de très nombreux pèlerins par son sens de l'ACCUEIL quand il était à Navarrenx.

Ils sont vingt et cent, ils sont des milliers, embarqués, innocents
engloutis par les eaux de l’angoisse, anonymes,
frères humains de l’attente et du courage, les vaincus des abîmes de folle indifférence.
Réveille-nous Seigneur, Seigneur tiens-nous en éveil.
Leur rêve, leur audace, leur désir, leur peur ne sont pas  des «mirages »,
ils sont des nôtres ces humains, assoiffés de terre d’espérance.
Voici nos mains, nos intelligences, nos mémoires et vouloirs ;
voici nos cœurs, qu’ils ne  s’endurcissent, paralysés de leurs mille raisons ;
que l’Esprit Créateur que tu as mis en nous
les guide pour agir de ta Sagesse et  Miséricorde, qu’avec d’autres, ils s’engagent !
Ta résurrection est protestation d’existence,
ta vie est délivrance des gouffres du mourir, des naufrages.
Relève les Seigneur,
relève nous,
renfloue leur corps, nos corps du souffle de Ta Vie.
Sortez, Lazares de vos eaux sans tombeaux,

criez, noyés, crucifiés de nos mers sans mères
et vous que l’on rejette de frontières en frontière,
parqués dans nos jungles lugubres et qui risquez votre vie dans les fonds de camions,
donnez de la voix, vous, les sans voix !
Que nous servions avec toi, Seigneur, la paix sur leurs visages,
la paix déjà là, non loin, pour eux, sur un rivage d’un océan de fraternité.

Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu (Mt 25, 31-40)

« ... "Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” »

Dieu  de miséricorde, aide-nous à ouvrir nos cœurs, nos maisons et nos églises aux étrangers, aux réfugiés, et à tous ceux qui cherchent un asile politique. Qu’ils puissent se sentir accueillis et intégrés. Que la communauté chrétienne née de la Pentecôte, dans la « différence des cultures », soit ouverte à nos frères venus d’ailleurs, non seulement pour les accueillir, mais surtout pour créer une « communion » entre tous et ainsi vivre l’universalité de l’Eglise. Nous te le demandons par Jésus Christ, Ton Fils notre Seigneur, lui qui était un réfugié et qui a planté sa tente parmi nous, qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles, Amen.



Pour répondre à ces appels, dans un premier temps, Nicole Amrouche, qui représentait plusieurs mouvements de solidarité (CCFD-Terre Solidaire et CIMADE), nous a aidés à mieux comprendre la dure réalité vécue par tous ces « Frères venus d’ailleurs », qu’on les nomme étrangers ou réfugiés ou demandeurs d’asile ou migrants : « Quand on a migré, on reste migrant toute sa vie

Étranger :personne qui n'a pas la nationalité française
Réfugié : personne qui a obtenu une protection
Demandeur d'asile : personne qui a demandé une protection

La France a ratifié le Droit International dont le but est de réguler le flux de toutes ces personnes, car les demandeurs d’asile – ceux qui ont demandé une protection – craignent avec raison d’être persécutés pour leur race, leur religion, pour des motifs politiques… pour ce qu’ils sont. On compte parmi eux de plus en plus de femmes, d’enfants et même des mineurs seuls, ils sont aussi de toutes religions et de tous continents. Chacun porte une histoire personnelle, d'où le choix d'aller vers tel ou tel pays (Ces demandeurs ne veulent pas venir en France en général). L’exil est une déchirure, mais il est aussi porteur d’espérance, en particulier pour leurs enfants. La majorité des réfugiés/déplacés sont dans des camps en Afrique ou au Moyen Orient, il y en a peu en Europe ; exemple au Liban, déjà fin 2014, il y en avait 1,1 million pour 4 millions d’habitants ! »

N. Amrouche nous a aussi expliqué la lourdeur du système administratif français et les difficultés des demandeurs d’asile : pas ou peu d’accompagnement, dossier de vie écrit en français + oral, obligation de se déplacer à Bordeaux ou à Paris pour certaines démarches alors que l’obligation d’hébergement n’est pas toujours respecté… La question du logement est un gros problème, heureusement, quelques organismes ou associations sont là pour les aider mais, si leur demande de statut de réfugié est refusée et si leur recours n’aboutit pas (70% d’entre eux), au bout de 30 jours, ils perdent leur droit, leur allocation et leur logement même s’ils ont des enfants, même si c’est l’hiver (la trêve hivernale n’existe pas pour les étrangers). De plus, face au nombre réduit de places dans les hébergements solidaires, il ne reste souvent dans les grandes villes que la rue… sans oublier qu’en dehors des demandeurs d’asile qui ont un statut, il y a tous les autres !... « Quand on dit clandestins, ce ne sont pas forcément des personnes dangereuses, ce sont souvent des personnes à qui on a refusé une protection et qui sont souvent exploitées, par ce refus on génère la misère. Alors, où aller ??? On peut contester leur renvoi dans leur pays, ils y étaient en danger de mort, mais il est difficile de trouver un pays qui veuille les accueillir. Il est aussi dangereux pour eux de rentrer chez eux car s’ils y repartent, c’est sans rien : ayant juste une bouteille d’eau, certains meurent de soif, et n’ayant plus d’argent, ils ont des problèmes avec les passeurs… »

(cliquer sur sa photo pour voir son montage ci-dessus
et avoir ainsi
des explications très concrètes : les chiffres, les démarches, les organismes)


 

Abbé André Etcheverry (Quelques extraits. Pour l'intervention complète, cliquer sur sa photo) :

En quoi l’accueil du Frère venu d’ailleurs, en quoi notre foi chrétienne est concernée
et comment vivre la référence au Christ

L’accueil de l’étranger est au cœur du message biblique :la première alliance, vient rappeler la solidarité du peuple de Dieu, ce peuple à qui la terre a été donnée comme un bien commun. L’année du Jubilé cherche à rétablir, au plus près des possibilités du moment, l’égalité initiale voulue par Dieu pour les membres de son peuple, c’est-à-dire faire en sorte que les plus petits, les plus écrasées du peuple ne soient pas exclus pour toujours. Les auteurs bibliques étaient quand même réalistes, ils savaient très bien qu’ils ne pouvaient pas offrir tout à tout le monde, mais, ils rappelaient quand même sans cesse cette volonté divine d’offrir, autant que l’on peut, la dignité et l’espoir nécessaire. Cet appel utopique est d’abord à la dimension de l’amour et de l’ambition de Dieu vis-à-vis des hommes. Le Jubilé est donc le signe prophétique du salut de Dieu offert à tous. On peut dire que le souci de l’étranger, du frère venu d’ailleurs, nous l’avons au plus profond que l’on cherche dans la Bible, dans les gènes de notre foi chrétienne : « Tu ne porteras pas atteinte aux droits de l’étranger et de l’orphelin (Dt 24, 17). Lorsque tu feras la moisson dans ton champ si tu oublies une gerbe ne revient pas la chercher elle sera pour l’étranger (Dt). L’étranger qui réside avec vous sera comme un compatriote, tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été (Lv 19,34). L’accueil de l’étranger du frère venu d’ailleurs implique un accès égal au même droit. Cette place centrale de l’étranger dans l’écriture nous situe donc comme chrétien sur une hiérarchie de valeurs qui s’oppose à un certain nombre de normes dans la société, c’est le décalage du royaume de Dieu.

Hier, comme aujourd’hui, on ne devient pas migrant ou réfugié par attrait pour le voyage, on le devient parce que les conditions de vie sont insupportables, parce qu’elles ne permettent pas de faire vivre dignement une famille. Parce que les conditions de vie d’un pays ne permettent pas de jouir de liberté, une liberté suffisante. Aujourd’hui, il y a la présence des africains, des vietnamiens, des latino-américains, et s’ajoutent ceux qui viennent du Proche-Orient, du Moyen-Orient, de l’Extrême-Orient, ceux qui fuient la barbarie. Aujourd’hui on est dans un contexte où tout se sait, tout se dit et tous les drames nous sautent régulièrement à la figure aux informations.

Des réalités qui heurtent et qui appellent : Il n’est pas étonnant et même normal de se sentir d’abord déstabilisés, embarrassés, ennuyés devant ces situations criantes, face à tous ces verrous. Ces situations nous renvoient en partie à nos peurs, elles réveillent en nous ce qui faible, ce qui est pauvre et il s’agit de se laisser déranger, se laisser déstabiliser, pour réagir et repartir. Il y a quelque chose de gênant chez ces hommes et chez ces femmes et c’est notre bien-être qui est questionné. Le dramatique des situations, les complications administratives font d’abord surgir en nous la pensée de pouvoir faire bien peu de choses ; mais n’est-ce pas ainsi que le Christ, à l’image de son Père, taille et élague les rameaux de la vigne ! Il est venu pour libérer la sève de sorte que la vigne puisse porter des fruits (Jean 15)

C’est là que se joue notre conversion aux appels du Seigneur, nous sommes convoqués au courage, à la patience et à la force de combattre. Il y a des seuils à franchir : se laisser toucher par ces situations, mais pour y répondre en réseau, en se soutenant ; faire que la réflexion prenne le relais de nos émotions afin de ne pas se laisser paralyser par tant de drames. Une liberté intérieure peut alors surgir et devenir source d’audace face à ce qui est répugnant, comme François d’Assise dans le baiser du lépreux. Nous avons à réapprendre à regarder l’autre : face à ce qui se passe à Calais, les évêques de France nous interpellent : « Les migrants ne sont pas des problèmes, ce sont des hommes. Ils ne doivent pas d’abord être considérés comme un risque… il faut sortir d’une vue exclusivement sécuritaire », ils ne sont pas responsables des maux sociaux, ils en sont les victimes.

Dans la rencontre avec les frères venus d’ailleurs, quelle est notre manière de suivre le Christ, lui qui « est venu pour servir et non pour être servi » (Mc 10) ? Envisager l'autre comme une personne. Pour cela, servir avec amour et par amour. Pour aller vers les hommes, le Christ s’est déplacé, il s’est glissé dans la foule des pécheurs pour rejoindre leurs aspirations, il est libre, c’est l’Esprit, ce lien d’amour au Père, qui le guide : on est appelé à prendre de la distance sur nos manières de penser, de vivre pour mieux comprendre les autres, à être à l’écoute de Dieu et du monde, à nous laisser guider pour discerner, mûrir, approfondir les solutions mises en place, mais servir ne consiste pas à s’aliéner des gens, ni à se laisser aliéner par eux. Servir à la manière du Christ, c'est servir le règne de Dieu, c'est donner chair aujourd'hui aux gestes et aux paroles du Fils, c'est tisser avec amour son corps dans le monde.
Il nous faut aussi se rendre compte que servir est un travail qui prend de l'énergie et qui passe par un savoir-être, un savoir-faire (Bon Samaritain Lc 10, 21-35) : se laisser arrêter en chemin par celui qui est en danger, c'est se laisser mobiliser pour solliciter un accueil, des soins, un financement. Ainsi le service de l’Évangile par chacun de nous s'inscrit dans l'épaisseur ou la complexité de la vie sociale. Le service du prochain concours à rendre la vie plus désirable, plus juste pour ceux qui la subissent. Il tend à défaire les entraves, renouer des liens de vie, retrouver des fécondités sociales, cela donne d’accueillir dans sa vie chacun, que ce soit l’accueillant ou l’accueilli.

Suivre le Christ, c’est aussi s’ouvrir à cette vie dont il témoigne, cette vie qu'il est venu communiquer. La référence et la contemplation du Christ réajuste souvent notre regard, elle peut donner une ardeur nouvelle, une audace à nos initiatives car le Seigneur habite le cœur de la relation et la travaille (Jn 5, 17). En identifiant le plus petit au Christ, la foi nous remet à notre juste place, celle du frère ; on ne se décrète pas frère, on le devient en se laissant renouveler. Avec le Christ qui relève, qui purifie la foi des gens qu'il rencontre (Les 10 lépreux Lc 17, 19), nous avons à consentir à un travail d’engendrement pour que des hommes et des femmes vivent debout.
Un autre élément, c'est l'inventivité de Jésus, ce qui est lié à sa liberté : Jésus choisit de parler ou de se taire (La femme adultère Jn 8, 11). Il y a un temps pour tout. Ce que cherche Jésus, ce que nous avons aussi à chercher, c'est ce qui manifestera la Miséricorde du Père : "Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10). Il dénonce donc les chemins de mort, tout ce qui détruit l'espérance, et, par sa parole et ses actes imprégnés de l'amour du Père, il témoigne de cette vie qui vient de Dieu.

Le Christ enfin nous unit totalement à lui-même avec l’Eucharistie, signe de sa vie totalement donnée, sa vie mêlée à la nôtre pour que la Miséricorde l’emporte sur les blessures, les morts. Dans le service de l’autre le Seigneur nous attend, il nous donne rendez-vous pour se révéler encore à nous. Son Esprit travaille discrètement à fortifier la confiance, à résorber les peurs, à susciter et à créer des liens de paix, à laver les cœurs du ressentiment, à aider ce qui fait croitre la bonté et réduire les agressivités. Fixons le regard sur le Christ parce que tout dans sa vie respire de cette vie qui est en Dieu.


Qu'ils soient accueillants ou accueillis, des témoins nous ont livré leur expérience avec simplicité et vérité.

Gaxuxa Etchelet porte-parole de Marco qui n'a pu rester :

Au Pays Basque, Marco et sa femme ont accueilli une famille d'Irakiens début août. C'est l'AECMO qui leur a adressé cette famille (Association d'Entraide aux Chrétiens du Moyen Orient créée en 2009 à l'initiative de Bernard Krouchner pour l'accueil de 500 réfugiés). Il est allé les chercher à la gare de Bayonne et les a amené chez lui. Il a une grande maison. Il a fait appel au curé du village qui est allé les visiter et on a constitué un petit groupe de personnes pour les aider. Il  fallait tout faire : des couches des enfants aux papiers administratifs, en passant par la nourriture et les habits... Ils sont resté trois mois et demi chez Marco, gratuitement évidement, et ensuite nous leur avons trouvé un logement à Saint Palais, que nous avons meublé, et là où ils sont, ils apprennent le Français. Le Secours Catholique, les Restos du Cœur et la Croix Rouge les aide. Ils ont le statut de Réfugiés et tous les papiers qu'il faut, tout le côté administratif a été fait par Marco et ça n'a pas été une mince affaire. Maintenant les parents de ces gens ont rejoint Pau. Entre temps, Marco et sa femme Anne les ont accompagnés à Moulins pour visiter leurs parents, frères et sœurs. Maintenant ils rêvent de venir à Pau, c'est normal. Ils ont deux petits enfants et, pour l'instant, nous continuons de les entourer. Le Pays Basque est un pays frontalier qui a l'habitude d'accueillir.

Michel : Je rencontre de temps en temps cette famille, ils sont rayonnants, ils ne m'ont pas dit qu'ils comptaient partir, mais je comprends très bien qu'ils aient envie de rejoindre leurs parents. Ces réfugiés ne sont la propriété de personne, les comprendre, les servir quand on peut et ensuite passer la main s'il faut passer la main. Le Pays Basque est une terre d'accueil, c'est vrai, j'ai moi-même franchi la frontière, quand j'avais 18 mois, dans les bras de ma maman, je sais de quoi je parle.

 

Christiane Berthelot, secrétaire de l'Association "Bienvenue 64" en Béarn :

C'est une association, loi 1901, laïque, ouverte à tous. Ses statuts ont été déposés en 2014, mais elle a été précédée par un an et demi de travail en réseau. C'est parti d'une initiative généreuse d'une personne qui a contacté d'autres personnes dans les "Cercles de silence", et petit à petit nous avons construit cette association. Le règlement intérieur a été validé en octobre 2015, c'est tout récent.
Nous avançons au fur et à mesure, et notre grande volonté est de ne pas laisser des familles dans la rue., mais, comme nous avons des moyens limités, ce sont surtout des familles avec de jeunes enfants que nous essayons d'aider.
L'action de "Bienvenue 64" ne doit venir et ne vient que lorsque les services officiels ont fait leur travail, mais, s'il n'y a plus de place au CADA, si les gens sont dans la rue, le CRDE (Collectif pour le Respect des Droits de l'Étranger) ou la Cimade nous avertissent. Donc, à ce moment-là, nous essayons de voir comment les prendre en charge. Le travail de "Bienvenue 64", c'est la mise en relation de familles à accueillir avec des familles accueillantes. Ces familles accueillantes, nous les avons trouvées petit à petit, ce sont des familles qui, au départ, n'osaient pas trop - chacun de nous a des peurs, parfois inconscientes - et il faut beaucoup parler, ça fait avancer. Nous avons actuellement 23 familles. C'est très important d'en parler si vous êtes intéressés. Les périodes d'accueil vont d'une semaine à quatre semaine en général. La 1ère fois qu'on accueille, c'est une semaine, puis 2, et, pour l'accueil des familles avec de jeunes enfants, au fur et à mesure, il a fallu évoluer.
Quand on accueille chez soi, c'est pour l'hébergement, mais il faut bien que les gens fassent leur cuisine ; la famille qui accueille n'a pas du tout à fournir de nourriture, cependant, il lui faut gérer un temps qu'elle offre à la familles accueillie pour qu'elle puisse faire sa cuisine, manger... Il n'est pas question de forcer à prendre tous les repas ensemble, et même, nous avons tendance à le déconseiller : nous avons vécu une expérience au début avec une famille très généreuse qui a voulu tout partager et, lorsque la famille est partie - à l'époque on n'avait pas de famille relais - ça a été un véritable déchirement. ça fait partie des choses qu'il faut prendre en compte, il faut préserver l'intimité de chaque famille, le respect. La nourriture est fournie par les organismes : Secours Catholique, Secours Populaire, Restos du Cœur...
Actuellement, nous avons 23 familles qui hébergent. Pour une familles accueillie, il faut prévoir une rotation sur cinq familles, pour que ce ne soit pas toujours les mêmes qui accueillent. Cette idée de la rotation peut paraitre bizarre, mais on s'est rendu compte qu'elle est très importante à deux niveaux :- pour que la relation famille accueillie/famille accueillante ne s'use pas trop et se renouvelle.
- et puis parce que la famille accueillie trouve enfin un peu de confort après tous ces déplacements qu'elle a vécu pour arriver là, or il faut qu'elle sente que ce confort est précaire, car il faut qu'elle lutte pour les papiers, pour mettre les enfants à l'école, pour apprendre la langue française, et ça, c'est très important pour donner du poids dans la demande d'insertion.
Notre recherche à nous, c'est de répondre aux besoins évolutifs et de mises en place de solutions évolutives aussi. Actuellement, on cherche à mettre en place des accueils de 3 à 6 mois, et plus, pour des familles qui sont à jour dans leur situation administrative et leur offrir un logement plus longtemps. C'est le cas de deux familles qui sont un peu sorties d'affaire et que nous avions accueillies dès le début. Nous nous occupons de deux autres familles actuellement. L'association doit rappeler les organismes officiels pour qu'ils assurent les choses ; on ne voudrait surtout pas prendre leur place. Elle fait aussi des démarches pour obtenir l'agrément fiscal. Nous avons bénéficié de dons mais nous en aurons besoin d'autres. Ces dons vont aider les famille à s'insérer au plan social : payer le bus quand les familles sont un peu loin, mais c'est mieux quand la famille est dans un village où il y a une école.

Nous cherchons :
- Des bénévoles avec des voitures qui veuillent bien jouer le rôle de coordinateur : amener la famille accueillie chez la famille accueillante, puis aller la rechercher pour l'amener dans une autre famille. C'est très important que ce ne soient d'autres personnes que la famille accueillante car les coordinateurs sont aussi ceux qui expliquent les règles, même si la famille accueillante dira ses propres règles dans sa maison, afin que tout le monde trouve sa place et se respecte.
- Des bénévoles qui pourraient aider au niveau de la langue française. Bien sûr, il y a les organismes qui font déjà ce travail de façon collective, mais nous nous sommes rendus compte à l'usage que ce n'est pas toujours facile pour une personne qui arrive d'aller directement dans un endroit collectif. Ce contact de personne à personne permet quelque chose de plus. C'est très important, dans un premier temps, de voir où la personne a des problèmes dans la langue, d'aller avec elle faire les courses... et après elle pourra aller dans le système collectif.
- D'autres familles pour accueillir, car s'il y a une grande arrivée, nous serons vite en difficulté.
Ce qui nous a surpris :
- La rapidité des contacts, l'humanité et l'amitié qui s'y vivent ; ça peut paraitre cruel de les changer de familles, mais ça agrandit le cercle de leurs relations . De plus, chaque famille va vivre les choses à sa façon, et il y aura des familles qui auront plus d'affinités avec telle famille qu'avec telle autre.
- Nous avons eu à limiter l'accès à internet car il y avait parfois de grosses factures... Les familles ont toutefois besoin de contact avec leur famille, leurs amis, il vaut donc mieux favoriser Skip et le téléphone.
- La Générosité : le Pape François a fait un gros travail en parlant des migrants. On a beau être chrétien, on voit le frère à côté de nous, mais ceux qui sont loin... on s'habitue !
Un souhait : que les familles aidées qui ont vécu avec nous la solidarité, en offre à une famille qui arrive et l'aide dans diverses choses. Si en plus, c'est la même langue, c'est super ! (Par contre les familles n'ont pas le droit de travailler et c'est très cruel) Le contact mutuel, c'est important même si au début, certains ne peuvent que recevoir, mais après ils pourront donner.

Geneviève, accueillante de l'association :
Nous nous sommes occupés d'un couple de Géorgiens, elle est pharmacienne, il est journaliste et ont deux enfants. Ils sont arrivés en France avec un enfant il y a presque 5 ans : imaginez ce couple avec leurs enfants et leurs sacs changeants d'accueillants, c'était extrêmement dur. Quand ils sont venus, mon appartement était disponible, ils ont donc passé 3 mois à la maison : ils ont soufflé en famille, sans personne autour. Cet été, comme j'étais absente, ils ont aussi passé 3 mois à la maison et ont eu une vie tranquille. Ils ont eu les papiers cet été, mais ne croyez pas que le combat est fini, ils rament énormément, il faut vraiment qu'ils bagarrent, bagarrent... Ils ont enfin trouvé un logement que monsieur D. leur a donné le temps de trouver un travail et de pouvoir payer leur loyer et leurs charges. C'est le boulot qui manque, ils cherchent désespérément du travail et ont eu des complications avec les allocations familiales qui ont été coupées pendant 3 mois, or pour eux, 140€, c'est énorme ! Ce n'est pas facile mais ils ont beaucoup de courage. On a passé Noël ensemble, ça a été une très belle fête de famille avec les enfants et eux. C'était une expérience très enrichissante, ça a créé des liens, c'est la fraternité vécue, et c'est bien.

Conclusion de Christiane : En plus du témoignage de Geneviève, c'est important ce que disait une autre famille qui a accueilli : « Après le 1er accueil, nous avons été remplis de joie et d'admiration pour ce couple de Kosovars qui se battaient avec la vie, avec les administrations... Nous avons vécu ensemble avec beaucoup de respect et de délicatesse les uns envers les autres, même s'il a fallu réguler des petites questions d'ordre matériel. C'est un cadeau du ciel ! Et ils ont rajouté : nous avions mis un frigidaire spécialement à leur disposition, c'est nécessaire y compris avec les histoires de porc avec les familles musulmanes, de même nous leur avons installé une télé à l'étage. La télé, on ne s'était pas aperçu au début que c'était très important, mais quand on ne travaille pas et qu'on ne parle pas bien la langue pour aller dehors »
Maintenant, nous n'avons pas beaucoup de familles qui viennent, mais celles qui ont obligation de quitter le territoire français se retrouvent au bout d'un mois dans la rue, nous aidons ces familles là, elles font un recours et on va les aider à trouver une solution pour voir s'ils peuvent vraiment rester. Par exemple, une famille a ses deux fils qui travaillent bien, ils font un CAP d'électricité et ils s'y donnent ; il faut les soutenir aussi, on ne peut laisser les familles dans la rue, même si on ne pourra pas aider tout le monde, si ceux de Calais descendent, on fera appel à vous !...

Dominique Benhan Aziz et Émile Al Sayegh de l'Association des Chaldéens de Pau et de l'Association d'Aide aux Réfugiés Chrétiens du Moyen Orient :

Dominique : L'Association des Chaldéens de Pau a été créée en 2009, on l'a appelée ainsi parce qu'on n'avait pas prévu qu'un jour nous allions accueillir d'autres chrétiens, d'autres personnes. C'est une association culturelle pour préserver l'identité culturelle de la communauté chrétienne et l'aider à s'intégrer dans la société française
En 2014, quand l'état islamique a pris la première ville d'Irak, Mossoul, et après l'annonce de la France d’accueillir des chrétiens persécutés qui ont fui, quitté leur maison pour aller vers le nord de l'Irak ou Bagdad, nous avons voulu aider tous ces chrétiens, ils sont 20 000, ce sont nos frères et nos sœurs. On a mis en place une équipe, déplacés, qui vivent dans des camps, dans la rue... La première famille est arrivée en octobre 2014 et la dernière ce 13 janvier, le papa est là, il a cinq enfants ; depuis octobre, ça fait 30 familles.
Nous, ce n'est pas la même chose que Bienvenue 64, on travaille avec le Consulat à Erbil et l'Ambassade de France à Bagdad, mais plus particulièrement Erbil car la plupart des réfugiés y sont. Nous, c'est comme un parrainage : il y a une famille en France, à Pau ou ailleurs, qui remplit une dossier de parrainage pour une famille qui est en Irak et qui est déplacée ; on envoie tous ces documents au Consulat de France à Erbil, celui-ci étudie de dossier et contacte la famille. Ensuite, un entretien se fait et, suite à cela, le Consulat donne son avis par rapport à l'histoire de la famille, et envoie le dossier en France, au Ministère de l'Intérieur, qui prend la décision finale de leur attribuer l'asile, oui ou non. Toutes les familles que nous accueillons sont des familles déplacées, aujourd'hui ou depuis la guerre de 2003 : les chrétiens sont persécutés depuis une trentaine d'année, et surtout depuis 2003, à la chute de Saddam Hussein. Le Consulat rappelle alors la famille pour leur annoncer qu'ils sont acceptés. Et nous, l'association et la famille d'accueil ou d'autres personnes ici ou là-bas, on essaie d'acheter les billets d'avion pour les faire venir en France.
Ils viennent avec un visa D, c'est le visa de l'installation et non un visa touristique, et malgré ce visa et l'attribution d'asile, il faudra refaire les papiers une fois qu'ils sont là, mais sans l'aide de l’État, c'est à la famille qui a signé l'attestation de l'aider : déplacements, administratif, logement, nourriture, tout !... L'association vient donc en aide à cette famille qui accueille. Avec un groupe de quelques personnes, on fait les déplacements et on les accompagne pour les dossiers. Au début, tout se faisait à Pau, mais maintenant, on est obligé d'aller à Bordeaux, voire Paris, pour refaire toutes les démarches déjà faites à Erbil... ça change tout le temps ! Nous sommes maintenant 70 familles et nous attendons encore une vingtaine de familles ou plus.
On continue d'aider les familles qui sont dans les camps, certains ont de la chance et sont dans des bungalows un peu modernes, mais avec 15 personnes dans une pièce de 10 m2, et d'autres sont dans des tentes, et avec l'hiver, ce n'est pas facile ! Notre 1er objectif est d'aider ces familles, pour qu'elles puissent avoir une vie meilleure, même si elles n'avaient pas l'intention de venir ici, mais, elles y sont obligés. Quand elles arrivent, elles sont paumés, pas très à l'aise, mais ce n'est qu'une étape. Depuis la réforme du droit d'asile du 1er novembre 2015, malgré le visa et l'obtention du droit d'asile, les démarches sont à recommencer auprès de l'OFPRA. De plus, au début , les réfugiés n'ont pas de revenus, ils doivent attendre 3, 4... 6 mois ou plus, tout dépend du dossier, et sans revenu, on ne peut leur trouver un logement... Sur les 30 familles, 4 sont chez les sœurs dominicaines, 2 dans les familles et les autres dans des HLM, 5 par Habitat-Humanisme et 1 par AGIR.
On a aussi une équipe pour leur apprendre la langue française, on essaie aussi de les meubler, d'équiper tout ce que l'on peut avec ce que l'on nous a donné (on ne demande rien à l'état, ce que l'on reçoit vient de vous). On a aussi une équipe pour le travail. L'objectif : les sortir de la misère, leur donner une autre chance. Il faut vraiment se battre pour qu'ils aient une autre vie, car sur 120 000 chrétiens déplacés, il y a eu, jusqu'à fin 2015, seulement 1500 visas attribué à Erbil et 300 à Bagdad. Donc si certains d'entre vous peuvent les accueillir chez vous, on prend la responsabilité de tout : démarches administratives, déplacements même jusqu'à Paris, tout ce qui est matériel et aide à la famille qui accueille.

Émile : Avant, c'était plus facile, après les démarches à Erbil et l'obtention du droit d'asile, à leur arrivée, on faisait les papiers à Pau puis à Bordeaux, ce qui ouvraient aussitôt le droit au RSA, à l'APL, à la CAF. Maintenant il faut tout faire en double, aller deux fois à Bordeaux, après on ne sait pas ce qui se passe et, sans le RSA et l'APL, c'est plus difficile pour la famille qui parraine... Qui a changé tout cela et pourquoi ? C'est comme ça, on tient maintenant mais on ne sait pas pour combien de temps.
On a parlé de ceux qui vivent dans les camps de réfugiés, mais, sans le matériel, l'espoir il est où ? Leur croyance est où ? Tous ces gens qui sont déplacés, ils perdent leur espoir et il y a pas mal de monde qui pense mettre fin à leur vie, on ne peut pas vivre comme ça. La vie ce n'est pas que se nourrir, manger, il y a d'autres choses plus importantes. Je répète ce que le père André m'a demandé :"Comment vous avez trouvé la France ?" Je ne juge personne, on pense que la France est un pays chrétien, mais on n'y voit pas le Christ, la laïcité a poussé à la déchristianisation, on ne voit pas beaucoup de rôles pour l’Église, on juge beaucoup l’Église... et chez nous, on détruit les églises. Heureusement la France nous aide, on aime la France, la langue est très jolie mais très difficile.
Après la Palestine, le Christianisme est venu chez nous. Je suis né à Mossoul, mais chez nous, il n'y a plus le père André qui accueille.
Dominique : On a toujours vu la guerre, la guerre... Je n'ai pas eu la chance d'aller à l'école à cause de la guerre. A Mossoul, il y avait 3 évêques et plus de 200 prêtres, tous sont partis...

Stéphane Péronnin à Bayonne : une association d'associations (Secours Catholique, Cimade, ACAT...) « Avec l'autre » a été créée pour ceux qui ont eu un premier refus et qui font un recours. On s'occupe de tout jusqu'à l'autonomie, c'est-à-dire avoir un travail, pouvoir payer un loyer... On les prépare à l'apprentissage du droit commun et du français. Nous sommes très exigeants. Chez nous, l’accueil est inconditionnel, il y a des chrétiens, des musulmans... Chez les Ursulines de Bayonne, il y a des musulmans et « entre voilées, il y a de belles histoires qui se vivent »...

Carrefours

Après les témoignages, les carrefours font remonter questions et souhaits :
Avoir un fichier avec toutes les associations qui aident.
Comment connaitre les méandres administratifs ?
Et les Chaldéens qui restent là-bas ?...

 

Aux côtés de Dominique, le père d'une des familles arrivées en janvier.

Notre Père en Araméen

Le mot de la fin

Abbé François Bisch, vicaire général :

La seule chose sur laquelle je veux conclure, une sorte d'invitation : on ne parle pas de notions abstraites, un Réfugié, un Migrant, c'est d'abord une personne humaine. Rencontrer des personnes, ça ouvre des horizons différents... de la télévision... Soyons, en tant que chrétien, attentifs à toutes personnes. Ce sont des rencontres, rien ne remplace cela, le Christ a vécu des rencontres. Rien n'est facile, mais, quand on ne se parle pas, les collines deviennent des montagnes infranchissables.

Abbé André Etcheverry :

La logique est de répondre à ces appels, mais posons-nous la question : Qu'est-ce qu'on reçoit d'eux ? Est-ce qu'on grandit ? A l'image de ce que nous avons vécu avec le conte de Pâques des Chaldéens, ça élargira notre manière de vivre l’Évangile...