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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU
Toujours raviver la flamme de la Diaconie...
En ce samedi 7 février, le Conseil Diocésain de la Diaconie-Solidarité recevait, pour sa récollection annuelle, des témoins et le Père Alain Pérez, Lazariste et aumônier du Secours Catholique, pour prolonger notre réflexion sur l'envoi de Diaconia 2013 : « Va trouver mes frères »

Après un accueil toujours chaleureux, le diacre Michel Goicoechea a animé un temps de prière soutenu par la Parole de Dieu (Mt 25, 31-46), et en union avec les membres du groupe « Place et Parole des Pauvres » :

  • Quand je regarde quelqu'un, Seigneur, donne-moi ton regard pour que je vois la personne, alors je pourrai la saluer.
  • Seigneur, apprends-moi à voir les richesses que tu as mises au cœur de l'autre pour que je l'aide à les mettre en valeur.
  • Seigneur, apprends-moi à écouter ce que mon frère me révèle de TOI. Donne-moi ton regard.
  • Accueille, Seigneur, en ce jour mon désir de te servir : je t'offre ce que je suis. Ta grâce me suffit.
  • Je ne demande rien d'autre afin de vivre selon ton Evangile, uni à tous, celles et ceux qui, dans la Diaconie de ton Eglise, cherchent à faire ta volonté.

L'abbé Joachim Jauregui, délégué Diocésain à la Diaconie, a introduit cette journée.

« Dans l’un des livres du Père Etienne GRIEU, Jésuite, intitulé « Une Foi qui change le monde »... (Je précise que le Père GRIEU travaille beaucoup avec DIACONIA), le chapitre III est intitulé : « les petits et les humiliés : force de retournement »
Etienne GRIEU nous dit que la figure du pauvre, que l’on retrouve souvent dans la tradition chrétienne, nous appelle à trois retournements :

  • Le premier retournement : pour tourner la tête du côté que l’on n’a pas envie de voir
  • Le deuxième retournement : pour voir  dans  ces visages, les visages des frères et des sœurs qui nous manquent.
  • Le troisième retournement : pour découvrir que rien d’important, rien de décisif pour une existence véritablement humaine, ne peut se jouer dans l’ignorance ou dans l’oubli de ceux qui d’habitude ne comptent pas.
    Leur rencontre peut devenir une expérience de liberté... »

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Plusieurs actions menées dans le diocèse ont été présentées.

 Marie-Josée Marquès de la Paroisse Saint-Michel-Garicoïts du Lagoin - Coarraze.

 A la fin du « Cycle de Formation des animateurs de communautés chrétiennes » C.F.A.C.C. j'ai reçu ma mission de Mgr l'évêque : animer l'équipe Solidarité en union avec les associations existantes, créer une nouvelle communauté sans appropriation des biens (Diaconia).
 Nous sommes 9 personnes dans l'équipe en plus du prêtre. Le but : d'abord se connaître et que chacun puisse librement ouvrir son cœur. Mes priorités : accueil, joie et humilité. « Le pauvre est celui à qui on ne demande rien » Dans les villages, les personnes n'osent pas dire leur solitude. Nous ne sommes pas dans l'agir mais dans l'accompagnement. Une grande difficulté : nous n'arrivons pas à rejoindre la communauté gitane.
 Pour nous aider, nous avons aussi le livre "La force de la Fraternité" et des écrits de Guy Aurenche.

 Charles de la Paroisse Sainte-Marie-du-Hameau et du relais Saint Vincent de Paul.

 Chaque année, nous fêtons Saint Vincent de Paul. Nous y avons invité les personnes que nous visitons. Pendant la préparation, notre souci était l'organisation car, qui allait venir ? Dans cette journée, il y aura l'Eucharistie, le repas partagé puis la rencontre pour échanger.
 L'Eucharistie : le but était que les personnes visitées participent au maximum (procession des offrandes). En fait il y a eu un certain flottement car, quand les premiers avaient terminé, les derniers n'avaient pas encore démarré...
 Pour le repas, surprise : les invités tenaient à participer.
 Nous avons réalisé que l'idée de bien cadrer est un souci de "riche" car ces personnes n'avaient pas l'habitude d'être organisées.
 L'échange s'est fait sur ce qui motivait cette fête de Saint Vincent de Paul. On attendait presque une reconnaissance, mais très vite, les personnes invitées ont dit avoir été mises en confiance dès l'Eucharistie. Elles ont aimé être acteur, et d'autres auraient aimé l'être. Dans l'échange, certaines personnes ont aussi exprimé leur misère, leur ressenti, alors qu'elles ne l'avaient jamais dit. On sent maintenant chez elles une libération.
 Conclusion : toujours agir dans la simplicité sans chercher une organisation parfaite - simplicité dans la relation - se mettre au service de la personne, pour que ce soit elle qui exprime son ressenti. Souvent ce sont nos peurs qui nous empêchent d'aller vers l'autre.

 Janine de la Paroisse Saint-Michel-Garicoïts du Labour.

 Ma mission du C.F.A.C.C. : constituer une équipe qui aurait le souci des personnes isolées.
 Nous avions déjà organisé quelque chose pour marquer Noël en 2013 (30 personnes) et une sortie à Lourdes. Temps de Noël 2014, notre difficulté : comment rejoindre ces personnes isolées, car elles ne se montrent pas ? L'A.D.M.R. (aide à domicile en milieu rural) nous y a aidé et, nous avons mis aussi des feuilles d'invitation à la pharmacie et à la boulangerie.
 Nous avons ensuite visité chaque personne sollicitée ou inscrite, chacun a exprimé sa condition : solitude... D'autres se sont montrées plus réticentes, mais petit à petit, elles se sont ouvertes.
 Le repas a été très animé et joyeux : « La musique nous a changé de la monotonie du quotidien. - Nous étions en communion ». Depuis, certains se retrouvent, l'isolement a un peu diminué. Chacun s'est senti reconnu. C'est du bonheur quand quelqu'un s'attarde sur eux et on aimerait se retrouver plus souvent. Il y a eu beaucoup d'émotion devant l'expression de ces vies cabossées. Beaucoup disent leur joie, le bonheur quand on s'adresse à eux en dehors de l'aspect financier.

 Bénédicte de la Paroisse du Christ Sauveur.

 Lors de la journée paroissiale sur le thème de la famille, parmi les ateliers du jeu, je tenais celui de : « L’Église, une famille ». Un constat : la pauvreté n'est pas que sociale. Après en avoir parlé avec notre curé, deux propositions ont été faites pour sortir des personnes de leur solitude :
- Un pique-nique partagé le 14 décembre où, en plus de quelques habitués de la paroisse, sont venues des personnes en fragilité.
- Un repas le jour de Noël pour les personnes seules ou isolées : la difficulté a été de trouver un traiteur ou un restaurant car, ce jour-là, beaucoup désiraient rester en famille. De plus, c'était l'inconnu sur le nombre : 5, 10 ou plus ? Finalement 18 personnes se sont retrouvées au restaurant dans la famille de... l'Église. Un vrai moment de partage dans les tables de six car, plus que la charité, c'est à des liens que beaucoup aspirent. Depuis, les relations ont changées. A noter aussi l'aide des paroissiens pour financer les repas.
 D'autres projets devraient voir le jour : un autre pique-nique partagé et une Table Ouverte Paroissiale (T.O.P.)

 Ce sont souvent des choses simples qui sont réalisables.

Intervention du  Père Alain Pérez

Des paroles fortes illustrées d'exemples et de paroles
de Saint Vincent de Paul et d'autres hommes d’Église.

 « Si nous voulons apprendre à vivre la fraternité avec les pauvres, c'est du côté des pauvres qu'il nous faut regarder, car bien souvent ce sont eux qui seront nos meilleurs formateurs... Pour aimer les pauvres et voir en eux des frères, il y faut d’abord une grande foi... Pour servir les pauvres et les aimer comme des frères il faut aussi beaucoup d’amour dans le cœur !... "Passer de l’amour affectif à l’amour effectif"... Être chrétien, vouloir vivre la fraternité avec les pauvres, c’est avoir le courage de vivre la spiritualité de la périphérie à la manière de Jésus.  C'est se mettre du côté de la pierre angulaire qu’ont rejeté les bâtisseurs, et commencer à considérer comme important ce que le monde méprise et considère comme sans valeur. Vouloir vivre la fraternité avec les pauvres, c'est s’engager dans un projet de vie où l’on donne sa vie par amour des autres : les petits, ceux qui ne comptent pas aux yeux du monde, ceux qui campent à la périphérie. Être à la périphérie, mais à la façon de Jésus Christ... Ne pas se pencher sur les Pauvres (lumbago caritatif) car on ne peut regarder de haut celui à qui on dit "je t'aime"... L'humilité est la meilleure garantie de la Fraternité...

 Il nous faut admettre notre propre vulnérabilité, notre fragilité, accepter la pauvreté de notre propre  cœur ou la blessure qui  nous met du côté des plus pauvres... Nous ne voulons pas que les autres voient nos blessures, notre pauvreté, c'est dommage ! Parce que nous écartons en même temps une des composantes les plus essentielles pour vivre la fraternité avec les pauvres ! C’est-à-dire : enlever notre masque de "sauveur" et accepter d'être aussi pauvre que les pauvres et aussi faible que les faibles...

 Peut-on vraiment rejoindre les Pauvres sans partager quelque chose de leur nuit et reconnaître nos blessures, sans savoir les écouter et recevoir d'eux, d'avoir besoin d'eux... La mission est authentique quand on donne et on reçoit... Seul l'échange confiant permet de donner sans asservir et de recevoir sans s'aliéner... Le don n'est pas à sens unique... »

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Quelques questions, réactions et précisions après un partage en petits groupes :

- Comment être avec les gitans ? - Onfait ce qu'on peutJ'ai été aumônier des gitans et, pendant un an et demi, j'étais perdu. Une religieuse m'y a amené et, petit à petit, en suivant, quelque chose s'est passé. Il ne faut pas chercher à faire, il faut simplement être là ; il ne faut pas venir avec nos valises... On ne peut faire l'économie de ce temps perdu du début. Ce sont eux qui vont nous dire ce qu'on doit faire : être avec, au milieu d'eux, et après, faire quelque chose avec eux et non pour eux.

- Tout se vérifie dans la durée. Il faut de la patience, ne pas viser tout de suite à l’efficacité, savoir attendre.

- Nous n'avons pas le monopole de la Charité, mais ce qui la fonde pour nous, c'est que Dieu est notre Père à tous et que l'homme est à l'image de Dieu.
Nous n'avons pas non plus le monopole de la présence de Dieu, de l'Esprit, mais on peut en repérer les signes. Certains ne savent pas qu'il y a cette présence, mais nous, nous le savons et nous lui donnons un nom. Parmi les élus, il n'y aura pas que des chrétiens. Mutualisons nos efforts.

- Comment aborder l'autre en vérité ? Que de résistance ! - On a peur car on est différent. Il faut aussi reconnaître qu'on ne peut pas tout, qu'on ne sait pas tout. Le pauvre, il peut être analphabète et pourtant, dans l'écoute et en lui faisant confiance, on s'aperçoit qu'il rentre parfaitement dans la Parole de Dieu.

L'Eucharistie, d'autres moments de partage et la conclusion de l'abbé François Bisch, vicaire général,
ont prolongé cette matinée très riche.

Dans ce temps de partage de l'après-midi, le très beau témoignage de Nanou et Jean-Michel, où le pauvre aidé est vraiment devenu le frère aimé :

Nanou : « Nous avons accueilli Jean-Michel dans notre groupe de réflexion, suite à la demande d'un membre du groupe qui porte une attention particulière aux personnes en grandes difficultés... Au fil des rencontres, la confiance s'est installée. Nous avons écouté Jean-Michel, même si parfois son élocution n'était pas très claire... Nous avons ri et nous avons pleuré en écoutant ses galères.
Le partage de la PAROLE a pris tout son sens, et notre Nouvel Ami n'a pas eu peur de disséquer tel mot ou telle phrase de l’Évangile, lui qui se disait alors pas trop croyant... Plusieurs fois je suis allée le chercher, la peur au ventre : dans quel état j'allais le trouver !... Les craintes sont passées, les liens se sont tissés, solides... nous découvrions Notre Ami, son Être...
Il y a quelques temps, il a réuni chez lui, pour un goûter, des personnes qui l'ont aidé dans son parcours chaotique... Nous étions de milieu social très différent, nous ne nous connaissions pas... les témoignages ont été bouleversants... Nous avons prié spontanément. Quel temps fort !!! Je reste persuadée que l'Esprit Saint était avec nous.
Parce que je vis cette expérience d'accueil avec Jean-Mi, je vois l'Homme et plus le SDF. Les cabossés, les mal-aimés de la vie que je croise dans la rue, je m'oblige à leur dire un Bonjour Monsieur, à avoir une attitude plus affable, un regard bienveillant...
2tant en vacances près de chez Jean-Michel, nous lui avons rendu visite. Ces jours-ci encore, il me disait : "J'ai apprécié votre visite, mais pourquoi ?... Je ne le mérite pas !" - "Tout simplement parce que nous t'aimons..." Telle est ma conclusion. »
 Jean-Mi : « La première rencontre : J'y suis venu en spectateur, je n'y croyais pas trop, je pensais trouver des grenouilles de bénitier... J'ai trouvé des personnes qui n'avaient aucun jugement sur ma personne et ma vie. Je suis revenu à ces rencontres, content de rencontrer des gens joyeux, sans arrière-pensée. Quelques réponses à mes questions ont été apportées...
J'ai reçu de la chaleur en côtoyant des personnes qui ne sont pas indifférentes à la pauvreté du cœur. Lors de ma cure de désintoxication, j'ai eu des coups de fil réguliers, à ma sortie, on m'attendait et depuis il y a un suivi régulier... J'ai redécouvert l'Amour... J'ai vécu Diaconia, à Lourdes, avec mes amis.
Aujourd'hui je suis heureux de vivre ce que je vis... mais je suis conscient que j'ai des démons qui me hantent et m’empêchent d'être entièrement heureux, ce qui rejaillit parfois sur les personnes que j'aime... Grâce à Dieu, j'espère m'en sortir... »