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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

Jeudi 17 octobre :

Présentation des rencontres et par Mme Isabelle Pommel,
responsable du Service Œcuménique
et présentation du thème par Mgr Dupleix

Plan :

Introduction
1 - Un peu d'histoire
2 - Les trois dimensions de l’œcuménisme
          l’œcuménisme spirituel
          l’œcuménisme doctrinal (le Groupe des Dombes - Foi et Constitution)
          l’œcuménisme pratique
3 - Le baptême, élément stable ou l'unité acquise
4 - Des accents singuliers ou l'unité différenciée
5 - Ce qui a progressé ou l'unité avancée
6 - Ce qui résiste le plus ou l'unité freinée
Conclusion : comment poursuivre ?

Ci dessous quelques points forts extraits de chacune des parties (par écrit),
quant aux vidéos, elles vous donnent l'intégralité de l'intervention.

Introduction :

Georges Augustin dans son ouvrage « L'âme de l’œcuménisme, l'unité des chrétiens comme processus spirituel »

« L’œcuménisme ne peut réussir que si nous recherchons une figure contemporaine de l'Église issue du centre de la foi chrétienne, mais conforme aux nécessités Œcuméniques actuelles et à la situation mondiale actuelle, plus qu'aux catégories confessionnelles traditionnelles et aux causes des divisions du passé. Il nous faut une grande force spirituelle pour abandonner une partie de notre propre histoire et de notre identité strictement confessionnelle et acquérir une identité chrétienne commune plus grande et plus vaste. Cette identité plus grande devient visible là où l’œcuménisme est vécu comme un processus spirituel dans l'échange des charismes. »

Donc plutôt que d’enjeu je parlerai des défis de l’œcuménisme.

A la suite du Concile Vatican II, le pape Paul VI, évoquant l'œcuménisme dira : c'est « La tâche la plus mystérieuse et la plus importante de mon pontificat ».  Il indiquait ainsi combien le souci maintenu de l'unité des chrétiens pouvait conduire sur des voies imprévues et ouvrir, sous l'impulsion de l'Esprit, des perspectives dépassant les logiques institutionnelles et les oppositions séculaires.
L'encyclique Ut unum sint de Jean-Paul II (1995) sur l'engagement œcuménique, a confirmé l'intuition de son prédécesseur en reconnaissant, à la fin du second millénaire, un progrès incontestable et irréversible du dialogue entre les diverses confessions chrétiennes, quels que soient par ailleurs le poids encore lourd du passé et les différences et divergences maintenues.
Le Pape François, quand à lui, écrivait au début de son pontificat : « Si nous, nous ne marchons pas ensemble, si nous ne prions pas les uns pour les autres, si nous ne collaborons pas dans beaucoup de choses que nous pouvons faire ensemble dans ce monde pour le Peuple de Dieu, l’unité ne viendra pas » . Et il précisera dans l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium sur la Joie de l’Évangile : « Elles sont tellement nombreuses et tellement précieuses, les réalités qui nous unissent ! Et si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous ».

Qu'est-ce qui a, de fait, changé ? La disparition des condamnations réciproques et des soupçons systématiques qui pouvaient conduire certains chrétiens, dans les cas extrêmes, à considérer les autres comme des croyants d'une autre religion... Les rencontres et les dialogues qui se sont multipliés ont permis — sans lever tous les obstacles — de réaffirmer la base solide du baptême commun en Christ. La semaine de prière pour l'unité a donné l'occasion de prier ensemble, d'entrer dans d'autres lieux de culte et de participer à d'autres liturgies sans se sentir menacé dans sa foi.

Cette reconnaissance mutuelle a permis également de mieux comprendre les distinctions à faire entre division, séparation et différence. Les débats portent aujourd'hui sur la conception de l'Église et, en conséquence, sur le contenu de l’unité et la façon dont nous pourrions la vivre en gardant des traditions et des sensibilités différentes. Par ailleurs, l'urgence d'un témoignage commun des chrétiens face aux changements de société et aux nouvelles menaces sur la paix et les grands équilibres du monde, a aidé à dépasser un grand nombre de conflits internes et de contentieux, relevant d'une vision passéiste et stérile de la religion ou du comportement croyant. Mais il nous faut maintenant détailler les aspects les plus importants de cette quête d'unité qui, si elle a pris, au long du siècle écoulé, une dimension institutionnelle plus forte, caractérise le christianisme depuis ses origines.

1 - Un peu d’histoire

S'il convient de faire commencer réellement l'histoire de l’œcuménisme dans les premières décennies du XXe siècle, le souci d'une communion dépassant toutes les divisions ou déchirures internes remonte aux origines mêmes du christianisme. Celui-ci est, par nature et en référence au Dieu-Trinité, communion en Christ ressuscité et différence. « En effet le corps est un et pourtant il a plusieurs membres » (1 Co 12,12). Il y a quatre évangiles qui disent la même Bonne Nouvelle. Les Actes des Apôtres relatent des débats, parfois vifs, toujours conclus par un accord (Ac 15 ; Ga 2,9)

(Suite à écouter ou à lire sur le document complet à la fin de l'article)

2. Les trois dimensions de l’œcuménisme

Elles sont exprimées par trois mots : spirituel, doctrinal et pratique. Trois aspects du mouvement œcuménique que l'on peut distinguer, même s'ils ont été et restent profondément articulés.
 
L’œcuménisme spirituel 

Le concile Vatican II le rappelle : « Il n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure. En effet, c'est du renouveau de l'âme, du renoncement à soi-même et d'une libre effusion de charité que partent et mûrissent les désirs de l'unité » (DOE 6). On peut dire sans erreur que le souci de l'unité chrétienne a été porté tout au long de ces décennies par la prière des responsables à tous niveaux et des communautés chrétiennes.
L'unité est d'abord une affaire de conversion et d'humilité, une forme de dépouillement institutionnel et personnel. Comme a su le rappeler Jacques Desseaux, la référence de toute démarche œcuménique est aussi le Christ de la Passion, à l'orée de laquelle saint Jean place la grande prière dont est extraite l’exhortation qui est un peu la charte de l’œcuménisme : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi... afin que le monde croie tu m'as envoyé » (Jn 17,21).

Avoir la même profession de foi, dire ensemble le Notre Père et confesser un seul baptême, c'est bien le signe qu'avant tout débat doctrinal ou tout contentieux douloureux du passé, nous pouvons prier le même Dieu Père, Fils et Esprit saint, d'un même cœur. L'abbé Paul Couturier l'a bien compris, lui qui fonde en 1935 ce qui deviendra la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens, une prière en commun pour « l'unité que le Christ veut, par les moyens qu'il voudra »...

L’œcuménisme doctrinal

II a réalisé pendant le siècle écoulé — depuis les Conversations de Malines entre catholiques et anglicans — des avancée considérables. Non seulement par les dialogues officiels, mais aussi par de multiples initiatives complémentaires qui ont vu le jour : groupes de réflexion travaillant sur la Bible ou sur des questions théologiques, création et développement de centres de formation et de recherche, en particulier dans le cadre d'universités catholiques comme Paris, Lyon ou Toulouse, sessions, colloques et rencontres annuelles. De véritables foyers de l’œcuménisme ont tenu une place importante et poursuivent leur mission, comme les abbayes du Bec-Hellouin, de Chevetogne et de Belloc ; à Paris, l'Institut supérieur d'études œcuméniques (ISEO); Lyon, le centre Saint-Irénée et le centre Unité chrétienne ; mais aussi la réunion tous les trois ans des délégués et responsables œcuméniques, catholiques, protestants et orthodoxes de France.

Ces initiatives ont été concrètement dans le sens ardemment souhaité par le concile Vatican II, cité, repris et encouragé par Jean-Paul II dans l'encyclique Ut unum sint : le dialogue œcuménique a une importance primordiale. « Par ce dialogue, tous acquièrent une connaissance plus conforme à la vérité et une estime plus juste de la doctrine et de la vie de chacune des communautés ; ces communautés en viennent aussi à une collaboration plus large dans toutes les tâches visant le bien commun, selon les exigences de toute conscience chrétienne » (US 32).
Deux témoins majeurs de ce dialogue doivent être cités : le Groupe des Dombes et Foi et Constitution, organe théologique officiel du Conseil œcuménique des Églises...

L’œcuménisme pratique

On pourrait tout aussi bien parler de la dimension « diaconale » de l’œcuménisme dont toutes les recherches et avancées sont au service du bien de l'humanité. En vis-à-vis de l'appel de Jésus à l'unité (Jn 17) pourrait être commenté l'autre grand récit de saint Jean sur le lavement des pieds et l'appel lancé : « Ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi... » (Jn 13,15).
Cet aspect n'est pas le moins important, étant même considéré par beaucoup comme le plus immédiatement réalisable. Il s'agit — les premiers obstacles étant levés et les soupçons mutuels écartés — d’œuvrer ensemble et de donner un témoignage commun de baptisés, au nom du Christ et dans la société actuelle.
L'urgence d'une parole forte et d'un engagement des Églises dans les problèmes aigus de société et face à l'évolution des contextes internationaux conduit à des prises de position fidèles à l'Évangile du Christ, sans attendre que soient résolues toutes les questions doctrinales qui opposent encore les chrétiens.

Pour illustrer cet effort, nous pouvons rappeler les quatre engagements de l'assemblée internationale de Séoul (1990) organisée par le COE avec la contribution de l'Église catholique :
- travailler à l'établissement d'un ordre économique équitable et à la libération de l'asservissement de la dette extérieure ; - travailler à l'instauration d'une sécurité authentique de tous les peuples et de toutes les nations et d'une culture de la non-violence ;
- travailler à la préservation de ce qu'est l'atmosphère terrestre et à l'édification d'une culture qui respecte la création ;
- travailler à l'élimination du racisme et de la discrimination envers tous les êtres humains et à tous les niveaux et aussi à l'élimination des modes de comportement qui perpétuent le péché de racisme.

3 - Le baptême, élément stable ou l’unité acquise

Marqués comme nous le sommes par le passé et le poids institutionnel et psychologique de nos divisions, nous ne mettons pas suffisamment en valeur ce qui nous rassemble effectivement. Pour reprendre une expression chère à Jean-Marie Tillard, si nous ne sommes pas encore une Église une (ecclesia una) rassemblée par l'eucharistie, nous sommes tout de même une Église unique (ecclesia unica) dont le signe majeur est le baptême...
Le baptême est donc l'élément stable, la base commune de référence et d'une certaine façon le signe de l'unité acquise et donnée par le Christ, en deçà des divisions qui restent encore effectives.

Il y a un ensemble d'éléments de convergence et un accord de fond sur les données de la foi formulées par les premiers conciles, en particulier celui de Nicée-Constantinople (381). La charte de fondation du Conseil œcuménique des Églises le dit à sa manière en définissant cette assemblée comme « une communauté fraternelle d'Églises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et sauveur selon l'Écriture et s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit »...

Accord complet donc sur l'affirmation trinitaire, sur Dieu le Père créateur, sur Jésus, fils de Dieu et sauveur, sur l'Esprit saint. Accord également sur une base théologique minimale des quatre aspects de l'Église.
- Elle est une et unique en elle-même, par son lien au Christ qui en est la tête...
- Elle est sainte par le Christ et l'action de l'Esprit saint...
- Elle est catholique au sens étymologique d'universelle. Appelée à annoncer l'Évangile jusqu'aux limites du monde et aux hommes et femmes de toutes nations et cultures. Au sens également d'intégralité de la foi : elle annonce tout ce qui importe au salut.
- Elle est apostolique par fondation et par structure au sens où elle s'appuie sur le témoignage, la foi et la mission donnée par le Christ aux apôtres.

 4. Des accents singuliers ou l’unité différenciée

Si l'on veut exprimer la singularité actuelle de chaque confession chrétienne à partir de la base commune que nous venons de rappeler, il faut tenir compte, dans le mouvement œcuménique actuel, de trois aspects devenus indissociables. Le premier relève de la différenciation culturelle qui marque le christianisme, en raison de son développement dans le monde. C'est le cas dans les rapports entre l'Orient et l'Occident, comme ce peut l'être dans les rapports entre l'Europe et l'Afrique ou l'Asie. Le deuxième aspect relève de la nature même de la foi chrétienne et de sa source trinitaire qui lui confère, dès l'origine et en permanence, une grande diversité d'expressions et de formes. Le troisième aspect relève des contentieux directement liés aux événements de l'histoire et aux divisions qui se sont produites. Les contextes ont changé. Une part des dialogues engagés et des recherches poursuivies a permis d'écarter un certain nombre de raisons de rester séparés. Pour beaucoup cependant, un retour à la communion des Églises devrait tenir compte des deux premiers aspects, les différences n'étant plus, comme ce fut le cas dans le passé et dans le cadre d'oppositions institutionnelles ou de conflits, de véritables sources de rupture.

(Suite dans la vidéo avec la singularité de chacune des Églises)

5. Ce qui a progressé ou l’unité avancée

Il est possible d'affirmer qu'à la suite des multiples initiatives prises par les Églises, en particulier le grand nombre de dialogues engagés, l'unité entre chrétiens a réellement progressé, fût-ce à des niveaux différents. Étant acquis les engagements communs évoqués plus haut au service de l'humanité, quatre domaines peuvent être évoqués.

- Premier grand domaine, particulièrement dans les relations avec le protestantisme, c'est la place donnée à l'Écriture. La Parole de Dieu occupe désormais une place essentielle non seulement dans les célébrations communes mais dans la recherche théologique, où une réelle collaboration s'est établie entre spécialistes de la Bible. La nouvelle perspective ouverte par le concile Vatican II sur les liens étroits entre l'Écriture et la Tradition, a joué sur ce plan un rôle déterminant.

- Le second domaine est celui de la prise en compte de l'histoire et des contextes dans lesquels se sont produites les séparations successives. Les dialogues théologiques et les recherches historiques les plus sérieuses aidant, les Églises historiquement divisées ont appris à mieux mesurer le poids des circonstances, sociales ou politiques, dans lesquelles se sont produites les divisions, autant que le nouvel environnement religieux et culturel dans lequel s'est développé le mouvement œcuménique. Cela a conduit à des « gestes » institutionnels significatifs de la part des plus hauts responsables : En 1965, ce fut la levée simultanée des anathèmes et excommunications lancés entre Rome et Constantinople en 1054, par le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras. L'année suivante, lors de la visite à Rome du primat de la communion anglicane, le Dr Ramsey, le pape, en signe du lien entre leurs deux ministères apostoliques, lui mit au doigt son propre anneau pastoral. Par ailleurs, un certain nombre de recherches et de déclarations — dont celle issue du dialogue entre l'Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale sur « Martin Luther témoin de Jésus Christ » (1983) — permirent de lever quelques malentendus ou idées fausses tout en appréciant mieux les raisons réelles et les conséquences de l'attitude des réformateurs.

- Un troisième domaine est celui de la théologie et de la liturgie. Nous n'en retenons consciemment ici que quelques traits saillants. Parmi les avancées les plus notables du dialogue avec les Églises de la Réforme, il y a — sans que les divergences soient toutes levées — une meilleure compréhension de l'eucharistie et de la Cène du Christ. Cela apparaît particulièrement dans la mise en valeur du thème biblique du « mémorial », c'est-à-dire du « signe vivant et efficace du sacrifice du Christ » et la reconnaissance — différemment exprimée cependant — de la présence réelle du Christ par l'action de l'Esprit saint. Avec l'orthodoxie, un élément favorable du rapprochement est l'effort maintenu pour mieux reconnaître chaque tradition dans sa richesse théologique, liturgique et spirituelle propre et dans une optique de communion n'excluant pas la perspective d'un pôle d'unité. Sur ce dernier aspect il faut signaler, du côté anglican, l'ouverture envisagée par la commission mixte ARCIC II « Nous croyons que la primauté de l'évêque de Rome peut être affirmée comme une partie du dessein de Dieu pour la Koinonia (communion) universelle, dans des tenues compatibles avec nos deux traditions. » On peut également et sérieusement penser que les difficultés avec l'orthodoxie, liées aux débats dogmatiques sur le « Filioque », ont été en partie levées. Avec les luthériens, la déclaration commune de 1999 sur la « justification » a été saluée comme une avancée œcuménique considérable.

- Un quatrième domaine, qui peut sembler plus discret institutionnellement mais n'en a pas moins joué jusqu'à ce jour un rôle significatif, est le développement et le témoignage des « foyers mixtes ». Pour ces couples, vivant concrètement la double appartenance religieuse au sein de leur foyer chrétien, il y a, au-delà des difficultés qui peuvent demeurer dans la position respective des Églises concernant en particulier l'éducation religieuse des enfants, un véritable signe de communion réalisée dans l'amour. C'est un œcuménisme concret au cœur de « l'Église domestique » que représente tout foyer chrétien. Sans que tout soit toujours facile, les couples mixtes font l'expérience de l'accueil et de la connaissance de l'autre, de la mise en commun de leurs singularités et d'une prière attestant le fondement le plus solide de la foi en Christ qu'ils proclament ensemble.

Comment ne pas enfin évoquer ici, complémentairement au travail considérable réalisé par le Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, l'encyclique de Jean-Paul II Ut unum sint, sur l'engagement œcuménique, évoquée en tête de ce chapitre, et qui marque, selon les mots mêmes du pape, le caractère « irréversible » de la recherche œcuménique. Jean-Paul II prend acte des progrès substantiels réalisés : « Le Seigneur a permis aux chrétiens de notre temps de réduire le contentieux traditionnel. » Il dit sa confiance dans le mouvement oecuménique, particulièrement dans les dialogues théologiques, et se positionne sur son propre ministère d'unité de manière nouvelle et interpellante pour les autres confessions dans une forme d'appel qui a déjà eu des retentissements très positifs : « C'est une tâche immense que nous ne pouvons refuser et que je ne puis mener à bien tout seul. La communion réelle, même imparfaite, qui existe entre nous tous ne pourrait-elle pas inciter les responsables ecclésiaux et leurs théologiens à instaurer avec moi sur ce sujet un dialogue fraternel et patient, dans lequel nous pourrions nous écouter, au-delà des polémiques stériles, n'ayant à l'esprit que la volonté du Christ pour son Église, nous laissant saisir par son cri, « que tous soient un... afin que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jn 17,21) » (US 96).

6 - Ce qui résiste le plus ou l’unité freinée

Tous ces accents et ces éléments positifs ne doivent pas nous masquer les points de divergence qui demeurent. Ils apparaissent même dans certains cas comme des blocages résistants sans que l'on puisse parler pour autant d'une unité menacée. Là encore nous n'indiquerons que les aspects les plus saillants. Ils se rapportent essentiellement à la conception de l'Église et du ministère ordonné mais aussi — aspect conséquent — à l'ouverture de la table eucharistique et à la possibilité ou non de communier ensemble lors d'une même célébration.

(Suite des divergences selon les Églises dans la vidéo)

Conclusion : comment poursuivre ?

Cette conclusion, plus longue que d'habitude pose une question commune et intégrée par les Églises engagées aujourd'hui dans la démarche œcuménique. A la fin de l'encyclique Ut unum sint, Jean-Paul II, comme en écho des paroles de Paul VI rappelées en ouverture de ce chapitre, écrit : « J'affirme que pour moi, évêque de Rome, l'engagement œcuménique est "une des priorités pastorales" de mon pontificat. » Force est de constater que les trente dernières années ont été marquées par une quantité impressionnante d'initiatives tant sur le plan des relations institutionnelles que des recherches engagées, qu'elles aient abouti ou non à des déclarations ou accords. Il n'est que de lire régulièrement les comptes rendus sur l'actualité œcuménique donnés par la revue Unité des chrétiens pour se rendre compte de l'extraordinaire vitalité du mouvement œcuménique, à tous les niveaux possibles.

Mais alors, et concrètement, comment poursuivre ce qui est engagé, de manière, semble-t-il, irréversible ? Au point où nous sommes parvenus et sans nier la permanence d'obstacles encore présents sur le chemin de l'unité, trois ensembles de souhaits peuvent être formulés.
- Le premier relève de la conscience spirituelle des Églises, de leurs communautés et des chrétiens qui les constituent. Conversion, patience et confiance en sont les maîtres mots. Si la dimension spirituelle de l’œcuménisme fut la prise de conscience majeure des décennies passées, elle demeure la plus profonde dynamique des temps à venir. Conversion, patience et confiance sont indissociables. L'emblématique souhait de l'abbé Couturier, déjà cité, garde toute sa valeur : «L'unité que le Christ veut, par les moyens qu'il voudra. » Mais cela suppose de la part des personnes mais aussi, par elles, de la part des institutions, la capacité de se situer en vérité face aux exigences évangéliques d'amour et de pardon, de conversion et de détachement. Cela, dans le seul intérêt de la mission confiée par le Christ et dont l'urgence apparaît de plus en plus nettement au commencement de ce nouveau siècle. Sans se précipiter dans des consensus qui ne seraient que de surface, en alliant patience et volonté effective de mettre définitivement fin aux divisions, les Églises n'ont jamais été aussi près d'une communion visible tout en conservant leur originalité culturelle et spirituelle.

- C'est d'ailleurs là le second ensemble de souhaits : comprendre la pleine communion des Églises non comme une fusion ou une absorption ni comme une forme de retour au bercail d'origine que représenterait l'une ou l'autre des Églises. Le catholicisme tient, certes, à la formulation conciliaire du « subsistit in » : « Cette unique Église du Christ... c'est dans l'Église catholique qu'elle se trouve (subsistit in)... bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures qui, appartenant proprement par don de Dieu à l'Église du Christ, appellent par eux-mêmes l'unité catholique » (LG 8). Mais il s'agit de comprendre l'expression — objet de longs débats à Vatican II — dans la perspective d'une ecclésiologie de communion dont Dieu est l'unique source. Chaque Église est donc appelée à situer sa démarche à partir, non point seulement de l'héritage passé mais d'une communion constamment à construire et à maintenir, par le don de la grâce et « l'ampleur de la bienveillance divine » (cardinal Willebrands).

La recherche se poursuit aujourd'hui sur les « modèles d'unité » ou les formes que pourrait prendre cette pleine communion, dans le respect des différences. Les expressions d'« unité plurielle » ou de « communion différenciée » ont été utilisées mais elles sont insatisfaisantes. Le mot « communion » est en tout cas plus apte à rendre compte de la richesse trinitaire qui doit demeurer la source du lien entre les Églises, le concept d'« unité » étant encore et souvent lié — fût-ce à tort — à celui d'« uniformité ». Une pleine communion devra nécessairement se traduire sur la base d'un accord plénier concernant la confession de la foi, la vie sacramentelle et l'institution ecclésiale. La qualité des dialogues engagés laisse espérer, malgré les résistances, une progression décisive dans les années à venir.

- Le dernier ensemble de souhaits peut être formulé à partir de ce que René Girault appelait, de manière fort intéressante, les « questions croisées » ou la reconnaissance du point sur lequel chaque Église accepte d'être interpellée par toutes les autres.
L'Église catholique peut être interpellée par les autres Églises sur la forme du ministère d'unité et l'exercice de l'autorité de l'évêque de Rome.
Les Églises de la Réforme peuvent être interpellées par les autres Églises sur leur conception de l'Église et du ministère apostolique.
L'Église orthodoxe peut être interpellée par les autres Églises sur son rapport au monde et à l'histoire et sur le fonctionnement de la communion entre les patriarcats.
La communion anglicane peut être interpellée par les autres Églises sur sa cohérence institutionnelle et son principe interne d'unité.

Ces questions et la façon dont elles sont acceptées procèdent bien évidemment de l'attitude de conversion précédemment évoquée. Mais aussi de l'aptitude qu'aura chaque Église à comprendre et à permettre que soient relevés ensemble, au nom du Corps du Christ dont tous les baptisés sont les membres, les défis géants du monde actuel et de l'histoire à venir.

Texte complet de l'intervention de Mgr Dupleix