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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

 

Jeudi 14 novembre

Présentation du thème par le Pasteur Michel Jacob

Plan :

1 - L'œcuménisme, un cheminement avant tout personnel
2 - Protestantisme(s)
3 - Dernières décisions prises par l’Église Réformée de France au sujet de l'œcuménisme
4 - Plaidoyer pour un œcuménisme vécu et toujours en débat
Conclusion

Ci dessous quelques points forts extraits de chacune des parties (par écrit),
quant aux vidéos (faciles à écouter), elles vous donnent l'intégralité de l'intervention
comme le texte qui est à la fin de cette page.

Le 17 octobre dernier Mgr André DUPLEIX  faisait une introduction générale, et je rajouterai magistrale, à notre thématique. Dans la mesure où nous disposons de son exposé je ne reviendrai pas sur tout ce qu’il a dit, notamment tout ce qui concerne l’émergence du mouvement œcuménique et la création du COE le 23 août 1948.
Un peu trop facilement on pense et on dit que l’œcuménisme c’est l’affaire des Églises et par Églises ont entend le clergé, ceux qui exercent un ministère et ont souvent des responsabilités de direction. Peut-être ! Mais les Églises c’est vous et moi ! Tôt ou tard ce qui se vit et se dit « en haut » redescend jusqu’à nous, le peuple chrétien, les membres du corps du Christ.

1 - L'œcuménisme, un cheminement avant tout personnel :

(Un parcours qui explique bien son investissement dans l’œcuménisme)

Je suis un luthérien qui, faute de communauté luthérienne implantée dans la région dans laquelle j’ai grandi, a mûri sa foi dans une communauté évangélique de type baptiste. C’est dans cette communauté que j’ai reçu un appel à « entrer au service du Seigneur », selon l’expression consacrée dans ce milieu, appel qui a été confirmé et accompagné par le Conseil d’Anciens de ma paroisse. J’ai fait mes quatre premières années d’études dans une faculté de théologie évangélique avec des étudiants en grande majorité français et représentant bien la diversité des Églises évangéliques de France puis, fréquentant avec mon épouse l’Église réformée de France, elle et moi avons fait le choix de devenir pasteurs dans cette Église qui nous avait accueillis. Du coup il m’a fallu compléter mon cursus universitaire à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier, en milieu luthéro-réformé, et comme les études m’aimaient bien j’ai poursuivi mes recherches pendant deux ans à l’Institut Catholique de Paris. Je peux vous assurer qu’un tel parcours vous oblige à vous poser bien des questions sur le frère en Christ qui ne fréquente pas la même Église que vous. Ces études m’ont aussi permis de rencontrer des chrétiens venant des quatre coins du monde, ayant d’autres théologies, une autre culture religieuse, d’autres façons de vivre le culte avec d’autres liturgies et d’autres rituels.

J’ai été nommé en premier poste à Amiens dans la Somme. J’y étais le seul pasteur réformé ; mon collègue le plus proche était à  80km ! Donc « naturellement » j’ai travaillé avec des collègues évangéliques et, je dois le reconnaître et vous le confesser, surtout avec mes frères catholiques. Avec ces derniers nous faisions de la théologie et du travail biblique, organisions des conférences et animions des émissions radio, vivions des célébrations et nous avons accueilli avec la communauté juive une magnifique exposition sur la Bible. Je peux dire que j’ai vécu de belles années œcuméniques avec un beau travail de réflexion et de franches et fraternelles amitiés.

Puis j’ai été nommé à l’aumônerie militaire ici à Pau avec une très grande zone à desservir et un rythme de projections opérationnelles assez effrayant ! Et là je dois le reconnaître ça a été la douche froide œcuménique. Très peu de relations avec les collègues catholiques, voire une franche animosité avec certain d’entre eux et je ne vous parlerai pas du mépris manifesté par certains officiers catholiques à mon égard. Aucun témoignage commun, aucune célébration de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, rien ! Je n’ai aucun beau souvenir œcuménique à partager avec vous de cette période-là qui a duré 24 ans tout de même ! 

A présent je suis à nouveau en paroisses ici à Pau et à Oloron. Deux situations très différentes.
- A Pau, le gros des relations œcuméniques se vit dans le cadre du « Groupe Œcuménique de Pau » anciennement « Écriture et Cultures » au rythme des possibilités d’engagement  des uns et des autres. Actuellement il me semble que nous avons un peu le nez dans le guidon des activités de nos communautés et que nous consacrons peu de temps au développement de nos relations intercommunautaires et à un témoignage commun.
- A Oloron, à côté de la célébration du Vendredi Saint et de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous nous retrouvons tous les mois en groupe de partage biblique. Cette année nous travaillons ensemble le livre de Job. Je suis heureux des relations que nous avons à Oloron et en Vallée d’Aspe où, à côté des relations institutionnelles, nous sommes arrivés à nous engager ensemble et avec d’autres  (musulmans et autres associations) pour accueillir et accompagner les migrants et avons réussi, avec la Mairie et la Préfecture à signer une Charte de la Fraternité.

En conclusion de cette première partie je dirais qu’en 36 ans de ministère en des lieux et dans des circonstances divers, j’ai vécu des relations œcuméniques inégales, riches en paroisses, pauvres et souvent tendues en aumôneries. Les années qui ont précédé mon ministère ont été des années de prise de conscience de la diversité du protestantisme, de sa petitesse qui n’est pas forcément fragilité et de son formidable potentiel de croissance. J’ai pris conscience que l’on est jamais chrétien seul et qu’il y a une véritable volonté du Christ à ce que ses frères construisent une authentique communion fraternelle.

2 - Protestantisme(s)

En un second temps je voudrais faire remonter à votre mémoire ce qu’est le protestantisme et ce qu’il est dans notre Béarn. L’expression « le protestantisme » n’est pas adéquate à la réalité qu’elle prétendrait décrire. Autant il y a bien un unique catholicisme romain présent quasiment partout sur notre globe et placé sous l’autorité de l’évêque de Rome, autant il n’y a pas un protestantisme pas plus d’ailleurs qu’une orthodoxie. Il nous faut donc parler de protestantismes au pluriel. Et ce sont ces protestantismes qui constituent la partie la plus importante du Conseil Œcuménique des Églises (aujourd’hui présent dans 110 pays et  regroupant + ou – 500 millions de chrétiens pour 350 Églises ou dénominations) [...]

Tous les protestantismes présents en France, ou quasiment tous, se regroupent au sein de la Fédération Protestante de France ou/et au sein du Conseil National des Évangéliques de France. Je dis « ou/et » car certaines dénominations évangéliques participent avec des statuts différents aux deux instances.
Fondée en 1905, la Fédération Protestante de France (FPF) regroupe 25 Unions d’Eglises + 7 Eglises associées + 73 institutions, œuvres et mouvements + 11 communautés. C’est la Fédération Protestante de France qui accompagne les services d’aumôneries (militaire, hospitalière, de prisons).

A Pau et en Béarn, sont membres de la FPF, l’Église Évangélique Libre, l’Église Adventiste, l’Église du Jubilé, l’Église Protestante Unie de France et Vie et Lumière (assemblée Tzigane).

Donc, vous l’aurez compris, il est impossible de dire ce que   le protestantisme » comprend de l’œcuménisme et comment il s’y engage  Les engagements des Églises sont très divers et le poids de l’histoire peut jouer ici alors que dans une autre dénomination ce sera l’exigence de la mission.
Si des protestants sont engagés au sein du Conseil Œcuménique des Églises et y sont majoritaires, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui encore la moitié des protestants, soit près de 500 000 000, se tiennent à distance de cette instance à laquelle ils ne reconnaissent aucune autorité. Cela ne veut pas dire que ces Églises ou ces communautés ne sont pas en dialogue. En effet les dialogues bilatéraux ou les dialogues de responsables de communautés sont très nombreux et font, en fin de compte, bouger les positions des uns et des autres et nous l’espérons vers toujours plus de reconnaissance réciproque et d’unité.

3 - Dernières décisions prises par l’Église Réformée de France

au sujet de l'œcuménisme (décisions toujours d'actualité)

A ce point de mon exposé je voudrais partager avec vous la dernière décision prise par le Synode National de l’Église Réformée de France au sujet des « dialogues œcuméniques et accords théologiques ». Ce texte n’est pas récent puisqu’il date de 1994, mais il est toujours d’actualité puisque depuis nous n’avons eu aucun synode national qui traite de ces sujets. [...]

La démarche œcuménique a besoin d’une permanente conversion au Christ dans nos vies comme dans celles de nos Églises. Elle n’a pas d’autre fondement que la grâce qui nous a  été faite. Nous avons à mettre cette grâce en œuvre dans le pardon demandé et donné, l’écoute bienveillante et l’accueil réciproque.
Dans cet esprit, le synode propose ses convictions aux membres de l’Église réformée de France et à ses partenaires, comme sa contribution dans un champ œcuménique ouvert à d’autres demandes et d’autres initiatives.

a – Convictions.
L’unité est don de Dieu le Père, réalisée en Jésus-Christ et manifestée par l’Esprit-Saint. Nous confessons que l’Église est une, comme elle est sainte,  universelle et apostolique. L’unité n’est donc pas une donnée seconde, mais elle fait partie de l’être même de l’Église. L’Église réformée de France se comprend comme une expression de l’Église une de Jésus- Christ, laquelle a de nombreux visages.
La mission de l’Église est d’annoncer à tous l’Évangile en paroles et en actes. Le mouvement œcuménique  participe  à  cette  mission  fondamentale : il  n’est  pas  seulement  souci d’accommodation entre les diverses identités chrétiennes, mais volonté de témoigner ensemble de Jésus-Christ...
Cette manifestation de l’unité passe de manière égale par le dépassement des conflits en vue de la réconciliation par l’affirmation actuelle de la communion de toutes celles et tous ceux qui confessent Jésus-Christ comme leur Seigneur dans la diversité de leurs expressions, et par l’engagement solidaire des chrétiens dans des actes qui rendent compte de leur foi. Même si le synode a centré sa réflexion sur les relations et accords théologiques, il souligne que le mouvement œcuménique ne saurait être sans la tension créatrice entre réflexion doctrinale et engagement concret, tension vécue dans la prière, tension inhérente à toute vie chrétienne. [...]

Le but n’est pas  la recherche d’une uniformité qui serait mutilante et écrasante, mais la manifestation de la foi commune dans le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ et qui nous appelle à être Église dans une diversité réelle : parvenir à se reconnaître mutuellement comme visage et expression authentique de l’Église une de Jésus-Christ avec son histoire, sa piété, ses accents théologiques et ses situations particulières. Cette reconnaissance mutuelle dans une légitime altérité autorise la communion ecclésiale. [...]

L’engagement dans le mouvement œcuménique est irréversible et riche en promesses comme l’indique par exemple l’engagement avec d’autres traditions européennes issues de la Réforme sur la base de la Concorde de Leuenberg.

b – Réception.
Le synode encourage la réception des résultats des dialogues œcuméniques au sein de l’Église réformée de France La réception est l’effort par lequel chaque Église s’approprie les accords œcuméniques : il ne s’agit ni d’une simple information, ni d’un simple consentement, la réception comporte une part de jugement et de mise en œuvre originale où s’exprime la vie de chaque Église avec ses ressources particulières.
Le synode demande à chacun de veiller à ce que les accords ainsi reçus soient pris en compte de manière concrète dans la vie des Églises, œuvres et Mouvements : dans le travail biblique, la pastorale, la catéchèse, la liturgie, les engagements communs et les services partagés. [...]

c- Engagements œcuméniques
Le synode national confirme l’engagement œcuménique de l’Église réformée de France : le synode national confirme la mission du conseil permanent luthéro-réformé (CPLR) et demande que la communion [...] soit approfondie, développée, concrétisée et rendue plus visible. Il se réjouit de ce que cette communion européenne envisage de s’élargir  aux  Églises méthodistes de tous les pays européens. Il décide de tout mettre en œuvre pour parvenir à un témoignage commun des Églises protestantes d’Europe.
Il souhaite que le dialogue avec la communion anglicane permette de parvenir bientôt à la pleine reconnaissance mutuelle et à la communion dans la célébration de la Parole et des Sacrements. Il souhaite renouer le dialogue avec les Églises Réformées Évangéliques Indépendantes. Il confirme son engagement au sein de la Fédération Protestante de France, avec les Églises baptistes et les familles évangéliques qui en sont membres.
Il veut poursuivre, au travers des comités mixtes, la recherche de l’unité avec l’Église catholique et les Églises orthodoxes, et promouvoir un témoignage commun dans le cadre du Conseil d’Églises chrétiennes en France.

Avec ces Églises la pleine communion ecclésiale n’est pas encore possible dans l’état actuel des dialogues. Cependant, le synode national se réjouit des signes de communion qui sont déjà donnés et souhaite que tout soit mis en œuvre pour parvenir à manifester avec ces Églises l’unité du corps du Christ.

d- Envoi.
La démarche œcuménique est difficile. Beaucoup parmi nous, et particulièrement ceux qui vivent en couple mixte, sont impatients de progrès significatifs, et ressentent les prudences excessives et les lenteurs comme des obstacles inadmissibles. La fidélité à l’Évangile de Jésus-Christ rend urgentes la restauration de la fraternité entre chrétiens là où elle a été brisée et l’action commune des Églises.

4 - Plaidoyer pour un œcuménisme vécu et toujours en débat

Après ce passage par les dernières décisions officielles, que rien n’est venu démentir par la suite, je voudrais, pour nous acheminer vers la fin de ce temps de monologue, revenir au niveau d’engagement qui est le mien, celui de pasteur de paroisse, afin d’évoquer ce que nous pourrions essayer de vivre sur un chemin de communion.

Un premier lieu où je pense nous pourrions faire plus est celui de la formation initiale de nos « clergés ». [...] Je ne veux pas tout réduire à l’argent, mais enfin, quel coût pour nos Églises ! Je crois que l’expérience d’Al Mowafaqa, cet institut œcuménique de théologie au Maroc devrait être comme un exemple pour nous  La devise de cet institut est « s’accorder et servir ». Nous pouvons étudier ensemble de grands pans de ce qui fait le contenu des études de théologie. Tout le domaine biblique (étude des langues, exégèse, théologies de l’ancien et du nouveau testament, la géographie biblique, l’archéologie biblique, l’histoire du peuple hébreu) mais aussi une grande partie de la théologie  systématique, l’histoire de l’Église, des Missions et de l’œcuménisme, la psychologie, la cure d’âme...
Et ce qui est spécifique pourrait se faire en dialogue et là je pense à l’ecclésiologie, à la théologie des sacrements ou à la liturgie. 

Un deuxième lieu plus proche de nos paroisses, la formation continue de toutes celles et tous ceux qui exercent un ministère  A trop cultiver l’entre soi on risque le repli identitaire et un appauvrissement intellectuel et spirituel.

Un troisième lieu celui de ce qu’on appelle chez nous les pastorales. Il faut maintenir des pastorales dans chaque Église pour ce qui est de l’organisationnel, mais pour tout ce qui touche au métier je crois que des échanges seraient bénéfiques. Prêtres et pasteurs, catéchètes, animateurs de célébrations vivent de plus en plus les mêmes problématiques pour ne pas dire les mêmes difficultés et relèvent les mêmes défis.
Une partie de la catéchèse pourrait aussi être vécu ensemble comme cela se fait dans certaines paroisses lyonnaises.

Les couples mixtes ? Où en sont-ils aujourd’hui ? Souvent largués. Les jeunes couples mixtes ne sont plus mixtes en tout cas trop souvent ils ne sont plus présents dans nos communautés après leur mariage.
Enfin je pense au témoignage commun dans la cité. En 1983 nous animions ensemble des émissions sur les radios libres ! Qu’en est-il aujourd’hui ?

Tout ce dont je viens de parler ne me semble pas poser d’énormes problèmes. Il y faut des convictions et de bonnes volontés. C’est ce qui me semble le plus facile à vivre.
Mais, aujourd’hui comme hier, quel dialogue sur les sujets éthiques ? Que de tensions ou de silences dans ce domaine ! [...] Ces sujets éthiques sont des sujets aujourd’hui bien plus brûlants et ravageurs que la
justification par la foi. Tous ces sujets nous renvoient à notre lectures des Écritures, à notre herméneutique, notre clé d’interprétation de ces textes transmis par et dans l’Église.

5 – Conclusion.

... A l’origine de « l’œcuménisme des temps modernes », au XIX siècle, il y a un constat : dans les champs de mission les Églises sont en concurrence et au lieu de se rencontrer, elles s’affrontent. Et cela est perçu par certaines comme un scandale. Près de deux siècles plus tard, qu’en est-il ? Dieu merci les choses ont bougé et dans le bon sens. Mais l’esprit de clocher est toujours là comme la quête de « sa » réussite.

Je laisserai le dernier mot à l’Evangile de Marc (ch 9, 33-41)
Ils arrivent à Capernaüm. Quand ils sont dans la maison, Jésus demande à ses disciples : « De quoi est-ce que vous avez discuté en marchant ? » Mais les disciples se taisent. En effet, sur le chemin, ils ont discuté entre eux pour savoir qui était le plus important. Alors J sus s’assoit, il appelle les douze apôtres et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il doit être le dernier de tous et le serviteur de tous. » Ensuite il prend un enfant, il le met au milieu du groupe, l’embrasse et il dit aux disciples : Si quelqu’un reçoit un de ces enfants à cause de moi, c’est moi qu’il reçoit. Et cette personne qui me reçoit, ce n’est pas moi qu’elle reçoit, elle reçoit celui qui m’a envoyé. Jean dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chasse les esprits mauvais en ton nom. Nous avons voulu l’empêcher de le faire, parce qu’il n’est pas avec nous. » Jésus lui dit : « Ne l’empêchez pas. En effet, si quelqu’un fait un miracle en mon nom, il ne peut pas dire du mal de moi tout de suite après. Celui qui n’est pas contre nous, est pour nous. Je vous le dis, c’est la vérité : si une personne vous donne à boire un verre d’eau parce que vous appartenez au Christ, elle recevra sa récompense. »

Texte complet de l'intervention du pasteur Michel Jacob