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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU
 
Deux méditations d'un prêtre écrivain béarnais : Jean Casanave

La première en lien avec ce "Temps ordinaire" de la liturgie,
qui est le "Temps de l'Esprit"

« Le vent souffle où il veut »

Il caresse quand il se fait légère brise du soir.
Il siffle quand il se faufile dans la ruelle étroite.
Il chante à midi quand il annonce la pluie.
Il tourbillonne avec les feuilles mortes quand la bourrasque s’annonce.
Il décoiffe brusquement quand il rase le sommet d’un col.
Il hurle quand il s’engouffre dans la forêt nue.
Il enrage quand la vieille bâtisse paisible lui résiste.

« Tu ne sais ni d’où il vient ni où il va.
Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit »
répondait Jésus à Nicodème (Jn 3, 8).

Oui, ainsi en est-il de la religieuse cloîtrée qui, toute habitée de ses frères humains, s’enfonce un peu plus chaque jour dans le silence de Dieu pour capter son souffle créateur et lui ouvrir les portes des emmurés.

Ainsi en est-il de la jeune maman qui chantonne le soir au creux de l’oreille de son enfant. L’orage peut tonner, il ne bouchera pas la flûte des anges.

Ainsi en va-t-il des besogneux de tous les jours, de ces hommes et femmes du devoir répété et au mieux accompli qui soutiennent et fortifient la vie de leurs frères.

Ainsi en va-t-il du cœur blessé par l’injustice et le mépris, qui hurle sa douleur à la face de la terre et au visage du crucifié planté au carrefour des chemins.

Ainsi de celui ou de celle qui peine sur les sentiers escarpés, qui renverse les murs et contourne les ruines et qui découvre au bout du chemin qu’un autre sommet l’attend.

Ainsi en ira-t-il du prophète qui aura passé nos idées reçues au fil de sa parole acérée mais qui sera transpercé par les flèches de notre suffisance arrogante.

Ainsi en sera-t-il du sage, assis devant sa porte, dans la ruelle étroite, qui restera aux aguets pour écouter, ne serait-ce qu’un instant, le son insaisissable du sens qui passe.

Ainsi de celui ou de celle qui se croyait chrétien et qui n’en finit pas de le devenir en sachant qu’il n’y parviendra jamais…

Tous, je vous le dis, sont nés de l’Esprit
parce qu’ils ne cessent jamais de naître et de renaître…

 


La deuxième méditation qu'il a écrite pour la Journée Mondiale des Réfugiés.
Cet été sera peut-être l'occasion de faire de belles rencontres
et d'y découvrir la présence aimante du Seigneur...

« Gagnent à être connus »

Présentation impeccable, diction parfaite, barbe soignée, une légère intonation de la voix qui ouvre sur l’ailleurs, des explications précises et détaillées données à l’apprenti, tout laisse deviner l’ouvrier qualifié.

Il ne faut pas trop insister pour apprendre qu’il est argentin, qu’il a été professeur d’école, qu’il a vécu en Allemagne, qu’il a travaillé dans la restauration, qu’il est parti aux USA, qu’il est venu à Paris, qu’il parle 4 langues et a déjà fait plusieurs métiers. Et tout cela, raconté avec le sourire, le plus naturellement du monde. Partout chez lui, il a décidé de se fixer en Béarn pour que sa fille prenne racine dans un endroit stable et il a choisi le métier d’électricien. Jeune et avenant Fernando gagne à être connu.

Trois jours après l’intervention du technicien venu de la pampa, visite de Maurice. Avec lui, c’est l’Inde, le Rwanda, l’Afrique du sud, le Tchad, la Grèce, le camp des réfugiés de Moria, et enfin Dunkerque, qui se donnent rendez-vous dans ce trou de nulle part entre gave et coteaux.

Il a passé sa vie à côtoyer la misère et à répercuter la voix des réfugiés qui ont tout perdu sauf l’espoir enfoui de retrouver leur dignité. Il suffit que quelqu’un veuille bien les écouter et leur adresser la parole comme à des êtres humains qui vivent une aventure terrible et exceptionnelle pour que leurs yeux délavés brillent de nouveau. Maurice Joyeux n’est fixé nulle part sinon dans la compagnie du Christ : il est jésuite. Il gagne à être connu.

L’électricien et le jésuite font mentir le proverbe : « Boule qui roule, n’amasse pas mousse ». Pourquoi ? Parce qu’ils sont des hommes de « trajet » plus que de projet comme le souligne Raphaël Buyse en présentant le message de Madeleine Delbrêl (1), cette intellectuelle devenue assistante sociale dans une banlieue anonyme de la région parisienne, au début du siècle dernier. Elle n’a pas parcouru le monde. Sans bouger, elle a compris qu’en allant au plus profond d’elle-même, elle rejoignait chacun dans ce qu’il a de plus essentiel, cette part d’humanité qui reflète le désir que Dieu projette sur lui.

A sa façon, l’argentin voyageur a trouvé son port d’attache comme le jésuite nomade son puits sans fond. Eux et Madeleine gagnent à être connus et c’est nous qui sommes gagnants.

(1)     Raphaël Buyse « Toute cette foule dans notre cœur » Bayard


Les 10 dernières prières (en pdf)

63-Le vent souffle où il veut et Gagnent à être connus
62-Savoir dire Merci et prendre le temps
61-Comme les Mages... Se mettre en route...
60-Prière devant la crèche avec le coronavirus + méditation sur Noël
59-Prières sur la fraternité
58-Tu es le soleil éclaté de l'Amour du Père
57-Prière pour les assassinats à Notre-Dame de Nice
56-Prière de la Journée Mondiale Missionnaire
55-Ma prière porte le monde
54-Prières de sainte Teresa