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L'équipe d'Avent dans la ville, la sœur Claire-Marie de Bruxelles, les frères Rémi et Adrien du Caire, le frère Jean-Paul d’Oran, le frère Xavier de Rennes, Denis Tillinac en Corrèze, Élisabeth Bourgois et Chœur dans la ville à Lille, les Équipes du Rosaire vous remercient pour votre communion dans la prière pendant ces jours de préparation à Noël.

Aux côtés de Marie, Joseph, de Jean-Baptiste, des anges et des bergers, accueillons aujourd’hui Celui qui vient habiter parmi nous. Il a besoin de nos gestes et de nos paroles pour faire rayonner sa bonne nouvelle : oui, chaque homme, chaque femme, chaque enfant est aimé de Dieu ! Soyons les prophètes de cet amour !

Pendant cette retraite de l'avent, nous avons rassemblé 101.000 inscrits et avons ainsi pu faire rayonner le message de Noël à un public toujours plus large.
Vos nombreux remerciements laissés sur le site nous vont droit au coeur. Parmi ceux-ci, nous vous partageons celui de Denise : « Votre ministère répond à la vie d'aujourd'hui : besoin d'intériorisation, besoin de se nourrir de la Parole. Je suis heureuse que vous soyez là avec le message que vous recevez de Dieu. Vous semez de l'espérance. Par ce que vous êtes et faites, vous nous rendez visible la présence de Dieu.
Merci et que Dieu vous révèle toujours sa présence. »

Merci pour tous vos témoignages de sympathie qui nous encouragent à poursuivre notre prédication sur internet.

Dimanche dans la ville vous attend dès aujourd'hui, Matthieu pas à pas reprendra son rythme, celui du temps ordinaire, à partir du 6 janvier 2020. Si vous ne l'avez pas encore fait, vous pouvez vous inscrire à ces deux propositions nourrissantes pour découvrir la Bible et mieux vivre la liturgie dominicale.
Que l'enfant-Dieu nous garde dans sa paix !

frère Philippe Verdin
Responsable de Avent dans la ville

Si certains veulent aider « Prière dans la ville »
à continuer de faire rayonner le message d'amour du Christ, cliquer ICI.

Quatrième semaine de l'Avent

Avec le frère Jean-Paul Vesco est dominicain depuis 2001
et évêque d'Oran depuis le 1er décembre 2012

Mercredi 25 décembre

« Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous »
Évangile selon saint Jean 1, 14

Cette nuit dans la cathédrale d’Oran, comme chaque année, des amis musulmans, connus ou inconnus, se sont joints à nous pour la messe de Noël. Il m’a donc fallu prêcher un Dieu qui s’est fait homme par amour pour tous les hommes, devant des croyants pour qui cette affirmation est un blasphème.

Passé la tentation de minimiser le scandale de Noël pour le rendre plus acceptable, leur présence m’a poussé à rendre compte plus radicalement encore de ma foi en ce Verbe qui s’est fait chair. Il s’est fait homme pour habiter parmi nous, les humains, hommes et femmes de toute condition, tout peuple, toute race et toute religion. En deçà, Noël n’est pas Noël !
Mais annoncer ce Dieu qui a pris chair pour que toute chair soit sauvée, à des croyants dont la foi ne peut pas s’exprimer par ces mots, réclame aussi l’humilité de reconnaître qu’on n’a pas le dernier mot sur l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Des parents n’ont jamais le dernier mot sur leur enfant qui jamais ne cessera de les surprendre.
Marie et Joseph en feront la douloureuse expérience lorsque, l’ayant perdu, ils retrouveront l’Enfant Jésus assis au milieu des maîtres de la loi, dans le temple de Jérusalem.
De même, nous, chrétiens, en cette nuit de Noël, il nous faut résister à la tentation de trop vite savoir qui sera cet enfant qui nous est confié, ce que sera son plan de salut pour ne perdre aucun de ceux qui lui ont été confiés. Vivre en témoin du Christ au milieu de croyants qui ne confessent pas la même foi, c’est être témoin de son œuvre au cœur d’une humanité en travail qui ne le reconnaît pas.
C’est aussi cela être prophète pour notre temps. 

Joyeux Noël !

Mardi 24 décembre

Avec la Vierge-Marie, accueillons l’enfant-Dieu !

Ce soir, dans la nuit, l’enfant-Jésus va naitre de Marie. Merveille d’un Dieu qui se fait si petit et fragile ! La prière de Chœur dans la ville est ce soir une action de grâce avec l’ange Gabriel et un éblouissement d’admiration pour la jeune mère de Dieu.
Les mots et l’harmonisation du frère André Gouzes, dominicain, porte jusqu’au ciel notre reconnaissance pour Marie, la terre de la Promesse, la mère de l’Emmanuel. C’est un magnifique poème de foi et d’espérance qui retentit dans l’église des dominicains de Lille, près de la crèche et dans notre cœur : « Tu es Marie, le paradis nouveau ! En toi le soleil a établi sa demeure. »

Avec Marie, dans la douce nuit de Noël, laissons-nous gagner par l’émotion : « Il vient à nous, le créateur du monde, la lumière et la vie ! »

Que notre cœur soit lui aussi la terre où l’Esprit-Saint veut planter la vie même de Dieu. Que la grâce de Noël nous donne de semer l’amour de Jésus. Soyons prophètes de l’incroyable nouvelle : cette nuit, grâce à une Vierge, nous est né un enfant : c’est lui qui vient tout réconcilier dans le monde et dénouer dans nos vies.
 

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux,
et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ! »
Évangile selon saint Luc 2, 14

J’ai eu le bonheur de célébrer ma première messe de Noël en tant que prêtre à Bethléem, au lieu-dit du champ des bergers. Les bergers étaient-ils dans ce champ la nuit de Noël ou dans celui d’à côté ? Peu importe, c’est là qu’ils ont entendu retentir le chant des anges qui chaque année nous annonce Noël : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime !

Être physiquement sur les lieux donne réalité à ce qui peut vite apparaître comme une belle histoire pleine de merveilleux. Ce qui nous est dit de cette nuit de Noël s’est réellement passé. Le Ciel est vraiment descendu sur la terre dans ce coin perdu et un peu désolé. Les anges l’ont bien annoncé en premier à ces moins que rien qui dormaient dehors avec leurs bêtes.
Dans ce chant des anges, il est un mot, tellement discret qu’on l’oublierait presque dans le retentissement des trompettes célestes : et. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ! Pas de gloire dans le ciel sans paix sur la terre entre frères, entre États, au sein de nos familles, de nos communautés, en nous-mêmes aussi peut-être.

Cette paix ne tombe pas du ciel, elle se construit jour après jour. Elle est de Dieu, mais Dieu ne peut rien sans nous. C’est aussi cela Noël, la fin de la toute-puissance de Dieu.
Donner naissance à un enfant, c’est bien sûr être placé en position de toute-puissance sur un être qui ne peut pas survivre par lui-même. Mais en même temps, donner naissance à un enfant, c’est accepter de ne plus jamais avoir la maîtrise sur sa propre vie, définitivement dépendante de la vie et de la liberté de son enfant.
C’est vrai pour des parents, c’est vrai aussi pour Dieu, Lui le Père qui se livre à nous sous la forme d’un enfant.
Incroyable nuit de Noël !

Lundi 23 décembre

« Comme la jeune mariée fait la joie de son époux,
tu seras la joie de ton Dieu.
 »
Livre d'Isaïe 62, 5

Qu’elle devait être belle, Marie, enceinte de Jésus ! Qu’elle devait être belle, illuminée de cette lumière propre aux jeunes mariées et aux femmes enceintes, elle qui était à la fois l’une et l’autre ! Une femme enceinte, même dans la boue ou dans la chaleur d’un camp de réfugiés, porte en elle l’éclat de l’invincible espérance en une vie plus belle et plus forte que toutes les épreuves.

Chaque maternité est une prophétie, et tout au long de notre âge, nous vivons de cette énergie prophétique de la mère qui nous a portés. Marie sent le créateur de l’univers prendre chair en elle, prendre chair de sa chair. Mais pour elle, Jésus le Christ, c’est d’abord son enfant, son unique, comme chaque enfant du monde est unique dans le regard de sa mère. Le mystère de sa conception n’y change rien.
Marie, comme toutes les mères du monde, brille du trésor qu’elle porte en elle.
Et Joseph, comme tous les pères du monde au moment d’une naissance, est là, à la fois acteur et spectateur. Il ne voit rien de ce qui se vit dans l’intime du corps et du cœur de Marie. Il ne voit rien, sauf le reflet dans les yeux de son épouse, et ce seul reflet lui emplit le cœur.
Y a-t-il plus grand bonheur que d’attendre un enfant de la femme qu’on aime ? Et si la prophétie posée sur chacune de nos vies n’était pas seulement une promesse de salut ? Et si cette prophétie nous désignait comme la joie de notre créateur, ainsi qu’une jeune épouse enceinte est la joie de son époux ?
Et si Dieu s’était fait homme simplement pour connaître ce bonheur de se noyer dans chacun de nos regards, comme jadis Joseph se noyait dans le regard de Marie, enceinte du créateur du ciel et de la terre ?
Noël, c'est la promesse de pouvoir un jour, plonger notre regard dans le regard de Dieu infiniment.

Dimanche 22 décembre

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. »
Évangile selon saint Matthieu 1, 20

Ne crains pas. C’est par ces mots que l’Ange du Seigneur s’adresse à Joseph en songe, alors qu’il a le projet de renvoyer Marie en secret. Ne crains pas, c’est par ces mêmes mots que l’ange Gabriel s’était adressé à Marie pour lui annoncer qu’elle porterait en elle le Messie. C’est encore par ces mots que les anges s’adresseront aux bergers dans les environs de Bethléem pour leur annoncer la naissance de l’enfant Dieu. 

Et nous, qu’entendons-nous dans ce ne crains pas ? Quelles sont nos craintes ? La crainte d’échouer, de ne pas être à la hauteur ? La crainte de ne pas être aimé(e) ? d’être quitté(e) ? La crainte de perdre un être cher ? un enfant ? La crainte de souffrir ? de vieillir ? de mourir ? Toutes ces craintes sont légitimes, elles disent le risque de la vie. La plus insidieuse est celle qui ne dit pas son nom. Elle plane sur la fragilité de nos vies qui ne tiennent qu’à un fil. Elle se tient tapie dans l’ombre, toujours prête à distiller son angoisse comme le serpent distille son venin.

À la crainte de Joseph de s’être trompé sur sa fiancée, ou simplement à sa crainte du regard des autres, l’ange répond de ne pas craindre d’accueillir Marie, celle qui porte l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Cette promesse dont Marie est porteuse n’éteint pas la source de nos légitimes craintes. Mais ces craintes n’ont pas le dernier mot, car désormais plus rien ne sera jamais tragique.

Au lieu de nous paralyser, nos craintes peuvent nous mettre en mouvement, comme Joseph, comme Marie, comme les bergers se sont mis en mouvement. Noël, c’est faire le choix de la confiance. Noël, c’est choisir, chaque matin, de se jeter dans la vie comme un enfant se jette dans les bras de son père.

Troisième semaine de l'Avent
Avec le Frère Xavier Loppinet, dominicain au couvent de Rennes
docteur en théologie spirituelle.

Samedi 21 décembre

Un témoin

Dans l’Eglise catholique en France, le frère Adrien Candiard est sans doute l’un des prophètes les plus marquants et les plus jeunes ! Ses livres ont rencontré un étonnant succès. Il trouve les mots forts justes, profonds et parfois drôles pour témoigner de la bonne nouvelle avec un ton singulier. «Veilleur, où en est la nuit ?» sur l’espérance, a reçu le prix de littérature religieuse en 2017 et «A Philémon», le prix de la Liberté intérieure en 2019.

Spécialiste de l’Islam, il a également publié « Comprendre l’Islam... ou pourquoi on n’y comprend rien ». Il est chercheur à l’IDEO, institut des Dominicains au Caire.
Il nous raconte comment il a rencontré le prophète Jérémie et pourquoi cette lecture a changé sa vie. Il nous confie sa confiance : les chrétiens sont prophètes aujourd’hui quand ils inventent la fraternité.

Vendredi 20 décembre

« Il y a ici bien plus qu'un prophète ! »
Évangile selon saint Matthieu ch 11, v 9

À force de les voir, chacun avec ses disciples, on oublierait presque que Jésus et Jean-Baptiste sont des cousins. Quelle famille ! On a peut-être en mémoire les tableaux, surtout de la Renaissance, où on les voit jouer ensemble : Jean avec déjà un bâton rugueux et Jésus avec une croix à la main. Comme si tout se jouait depuis l’enfance.
De fait, très tôt leur rencontre a eu lieu.

Il y a bien des parallèles à faire entre l’enfance et la prophétie, entre les enfants et les prophètes. Les deux groupes sont détenteurs des mystères du Royaume. « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

Dans ces derniers jours de l’Avent, nous nous approchons de Jésus enfant. Cette prochaine rencontre réveille l’enfant en nous.
Pour être prophète, il faut avoir été prophétisé. Il faut avoir rencontré celui qui est la Parole par excellence, le Verbe fait chair.

Jeudi 19 décembre

« Jean est son nom » Évangile selon saint Luc 1, 57

J’ai beaucoup d’amitié spirituelle pour les parents de Jean-Baptiste, Zacharie et Élisabeth, deux personnes âgées intègres qui attendaient le salut d’Israël. Si c’est dur, dur d’être prophète, ce n’est apparemment pas moins difficile d’être parents de prophète.

On s’en souvient : Zacharie douta de la parole de l’ange annonçant la naissance de Jean-Baptiste. Correction immédiate : Zacharie sort de la rencontre muet. À ne pas écouter la parole d’un ange, on en perd son latin. Lui le père de celui qui se présentera plus tard comme « la voix dans le désert » en perd la voix. Jean-Baptiste ne donne sa voix que pour annoncer la Parole, comme le dit si magnifiquement saint Augustin.

Pour l’heure, au moment de la naissance « on fit signe au père pour savoir comment appeler l’enfant ». Zacharie répond sur une tablette : « Jean est son nom. » C’est bien le nom donné par l’Ange. Notons bien : « Jean est son nom » et non « son nom est Jean ». C’est comme si le nom – cette parole première posée sur un petit d’homme – précédait, et que les parents n’avaient qu’à valider ce choix. Généralement, c’est le père qui va « déclarer » à l’état civil. La mère donne la vie, le père donne le nom. J’imagine des parents aujourd’hui : pourquoi ne pas, lors du passage à l’état civil, user de cette formule « … est son nom », comme pour dire que l’enfant – et ses parents – sont déjà sous la mouvance de Dieu ?

Mercredi18 décembre

« Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile ! »
Première lettre au Corinthiens 9, 16

On sait que les prophètes n’ont jamais eu la vie facile : c’est même un critère pour les reconnaître. Ils ne sont pas bien accueillis chez eux. Pourquoi ? Leur parole, au sens strict, dé-range. On peut même dire qu’elle rompt, dénonce les « petits arrangements entre amis ». La routine, la compromission, les pactes : ce sont des mots qui leur sont étrangers. Il n’y a pas plus libre qu’un prophète. Et ce n’est pas facile d’être libre…

Combien de personnes vraiment libres avons-nous rencontrées dans notre vie ? Quand on rencontre une telle personne, totalement libre dans sa parole, provocante, mais ne cherchant pas la provocation pour elle-même, on s’en souvient. La parole de feu laisse toujours des traces.
Chers amis, comptez le nombre de personnes libres que vous avez eu dans votre vie !

Cette parole de feu, les prophètes en sont les dépositaires, pas les propriétaires. Les prophètes sont pris dans un tourment : comment dire Dieu et comment serait-il possible de se taire ? 
Comment dire Dieu – c’est la difficulté de toute vie mystique – et comment taire Dieu : c’est l’impossibilité de tous ceux qui ont été touchés par Dieu.
« Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! » Ne pas parler de Lui leur semblerait une infidélité, un mensonge sans nom.

Mardi 17 décembre

Dans sa magnifique prière de consécration, mère Térésa demandait au Seigneur de la guider vers les pauvres : « Viens ! Sois ma lumière ! Porte-moi dans le cœur des pauvres, des malades, des mourants ! » Pour elle, il s’agissait d’être missionnaire avec les plus déshérités, les rebuts, les abandonnés : « Allume la flamme de mon amour ! » C’est ainsi qu’elle créa « les Missionnaires de la Charité ».
Avec elle, en écoutant Chœur dans la ville, nous pouvons demander au Seigneur qu’il souffle sur la flamme de notre amour pour que nous mettions le feu autour de nous ! Le feu de la tendresse, le feu de la passion pour la vérité, le feu brûlant du pardon et de l’humilité.

Ce dont l’Église a besoin, c’est que nous soyons missionnaires de l’amour et de la fraternité comme le proposera samedi le frère Adrien Candiard. Comme sainte mère Térésa, dont les mots magnifiques sont chantées par la voix pure et bouleversante de la jeune soliste, « je ne suis qu’un petit instrument », un serviteur inutile... Mais comme nous le disait Elisabeth Bourgois samedi dernier, chacun peut, avec son humble talent, devenir prophète d’un Dieu qui se fait humble et petit.
Oui Seigneur, nous prions avec Chœur dans la ville : « Sois ma lumière », guide-moi dans l’obscurité, embrase-moi pour que je transmette cette lumière que j’ai reçue. Alors je serai prophète dans ma famille, dans mon quartier, dans mon travail...

« En ce jour-là, les sourds entendront la Parole du Livre »
Livre d'Isaïe ch 29, v 18

Jésus répond aux interrogations des disciples de Jean-Baptiste en citant Isaïe : « Les aveugles retrouvent la vue […] et les sourds entendent. » C’est comme une sorte de code entre Jésus et Jean-Baptiste : « Tu vois, cher Jean, cette fois, c’est arrivé. »

Entre prophètes, on se comprend !
Le livre d’Isaïe est rempli d’aveugles et de sourds. Ce n’est pas un hasard : aveugles et sourds sont des personnages frontière : les uns dans les ténèbres, les autres dans le silence. Qu’advienne la lumière et la parole, et alors, c’est sûr, une création nouvelle est à l’œuvre.
Depuis quelques années, la Providence m’a mené à prêcher dans le monde des sourds et des malentendants. Pour un prêcheur, que d’enjeux ! J’entre peu à peu dans la beauté de leur langue, faite de signes. Or Dieu ne cesse de parler par ses prophètes, justement, par des signes.

Quand Jésus guérit des sourds, il accomplit le grand geste attendu depuis des siècles et annoncé par Isaïe : « En ce jour-là, les sourds entendront la Parole du Livre ». Ce sera donc le signal : dès que vous le verrez, c’est que le Messie est bien là. « Les sourds entendent », fait dire Jésus aux messagers de Jean-Baptiste. Les sourds deviennent signes.

Nous tous, nous avons, par toute notre vie, à être signes.
Tout notre être doit être ouvert à la Parole de Dieu pour que tout notre être soit Parole.

Lundi 16 décembre

« Je t'exalte, ô mon Père : ce que tu as caché aux savants,
tu l'as révélé aux petits
»
Évangile selon saint Matthieu 11, 25

Dieu n’a jamais cessé d’envoyer des prophètes à son Église.

Quand je rencontre des personnes dans le marasme, complètement perdues, je partage volontiers une conviction personnelle, née d’une expérience maintes fois vécue : « Si vous ne savez plus où vous en êtes, fréquentez les pauvres. Ce sont eux nos prophètes. Ils vous diront qui vous êtes et où vous devrez aller. »
Ce sont eux qui « reçoivent la Bonne Nouvelle », disait hier l’Évangile. Les pauvres ont une sensibilité à la vérité et au sens profond de la vie. Quand on leur demande une « parole de vie », ils vont droit au but.

Il faut donc fréquenter les pauvres, les petits. Je l’ai souvent constaté : il y a chez eux un don de double vue sur la réalité. Ce sont nos « voyants » d’aujourd’hui.
Trois fois, dans ma vie, des pauvres, des petits, m’ont dit qui j’étais et ce que je devais faire. Je ne l’ai jamais oublié.
Les pauvres, les petits, aspirent au Salut et au Sauveur autant que les prophètes de la Bible. Ils savent donc ce qu’il en est. Ce sont des experts de la parole de vie, de la parole qui fait mouche.

Pour bénéficier de leur clairvoyance, il faut avoir une juste relation avec les pauvres : ni rejet, ni fuite, ni condescendance, ni admiration a priori. En un mot, il faut avec eux être au plus près de la réalité, de notre incarnation mutuelle : qui ils sont et qui je suis.
Quand la rencontre a lieu, quelque trait du visage du Christ peut apparaître. 
Interrogez-les, vous verrez : vous ne serez pas déçus !

Dimanche 15 décembre

« Allez annoncer ce que vous entendez et voyez ! »
Évangile selon saint Matthieu 11, 2

Jean-Baptiste est un prophète grand et petit à la fois. Les évangiles ne cessent d’évoquer sa taille ! « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Lui-même dit qu’il doit « diminuer ».

Pour nous, tous appelés à être prophètes (et on ne peut refuser cet appel impérieux quand il arrive), cette double dynamique est essentielle : petitesse et grandeur. C’est être grand que petit serviteur du Dieu très haut. Regardons les humbles, regardons quelle grandeur émane d’eux : une sorte de classe « hors catégorie », au-dessus de toutes les vanités de ce monde que peuvent représenter le rang social, les diplômes, la reconnaissance (tout cela étant bien sûr utile, quand c’est à sa place, au service du bien commun). Les humbles sont les grands de ce monde !

Cette humilité n’a pas son origine en elle-même : elle se nourrit de la contemplation de ce qui est plus grand. On est humble parce que l’on voit grand et juste. C’est parce que l’on sait qui est Dieu que l’on peut être soi, petit… et heureux de l’être.

Deuxième semaine de l'Avent

Avec la Sœur Marie Monnet, dominicaine à Bruxelles,
docteur en théologie et en droit.

Samedi 14 décembre

Un témoin

Élisabeth Bourgois est devenue célèbre par ses romans qui aborde avec franchise mais aussi une infinie délicatesse les drames contemporains : le divorce, les addictions, la maladie, le viol, l'immigration, l'euthanasie, le divorce, les sectes, l'avortement…Elle est aussi metteur en scène : elle a réalisé un somptueux spectacle inspiré de son livre "Je m'appelle Marie".
En écho aux méditations de sœur Claire-Marie Monnet, elle nous fait percevoir la singularité du souffle prophétique des femmes. L'accueil de l'autre, le soin pour la vie… "
Ce que nos contemporains attendent, c'est une parole d'espérance. Nous pouvons tous redonner espoir. Alors nous serons prophètes. On est prophète en ce que l'on est, en ce que l'on fait.

Vendredi 13 décembre

« Le Seigneur comble de bien les affamés ! »
Évangile selon saint Luc 1, 53

Le désir profond de Jésus est de nous communiquer sa vie, « sa vie en plénitude ».

La bonne nouvelle est que l’initiative vient de lui. Sa promesse va donc se réaliser. Et c’est énorme : nous sommes appelés à partager rien moins que la vie de Dieu. Il faut donc essayer de le comprendre et s’y préparer.
- Au plan naturel tout d’abord. Sans faire de miracle, nous pouvons libérer le potentiel de ce qui se trouve autour de nous. Ce qui est possible, simplement si nous le désirons ensemble, devient considérable.
- Au plan surnaturel ensuite. Si nous accueillons ce que l’Esprit saint nous inspire, le monde, l’humanité peuvent être transformés, guéris, régénérés.*

Prophétiser, c’est manifester que les choses peuvent aller mieux et diagnostiquer lucidement que le monde ne tourne pas rond, que la situation présente ne correspond pas au désir de Dieu. Prophétiser, c’est souhaiter que les choses changent, que les choses soient remises d’aplomb, comme elles devraient être, à l’endroit.
Marie n’a pas peur de souhaiter de toutes ses forces autre chose que ce qu’elle voit.

« Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides ».
La prophétie introduit une vie bouleversante. Elle fait exploser le train-train quotidien et communique un souffle et un élan, un enthousiasme et une joie communicatifs.

Prophétiser, c’est être en colère contre le mal, en étant habité par la vie de Dieu. Et si l’on subit des échecs, ils ne peuvent être que passagers car ce n’est pas notre échec à nous mais d’abord celui de Dieu. Il s’agit d’épreuves à franchir, en sachant que l’imprévu va se manifester.
La prophétie éveille la foi, la confiance. Comme le dit l’ange de l’Annonciation : par la venue de Dieu, l’impossible devient possible. Il n’y a plus de malédiction, il n’y a plus de fatalité. Il n’y a plus de raison d’avoir peur ni de désespérer. Le mouvement de la vie est irréversible.

Jeudi 12 décembre

« Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile ! »
Première épitre au Corinthiens 9, 16

La parole prophétique est un acte. Elle n’a rien d’un discours. Elle touche les auditeurs, Il y a un avant et un après. Elle change la situation, elle ouvre des perspectives, elle impose un choix. La parole prophétique est analogue à la parole créatrice. « Dieu dit… et il en fut ainsi ».

S’il faut des exemples, nous pouvons en dresser une liste, qui pourra être contestée bien sûr. On ne fera référence aussi qu’à des événements historiques exceptionnels alors que le prophétisme, le prophétisme de tous, est vivant à un niveau quotidien et dans des circonstances qui ne sont pas toujours d’exception.
Quand Jean XXIII convoque le Concile, il marque l’histoire de son siècle et plus encore. Quand Charles De Gaulle lance son appel du 18 juin, il provo­que une résilience nationale à contre-courant de tous les « réalistes » du moment. Nous ne développerons pas ce qu’ont fait, ce qu’ont dit Jeanne d’Arc, les deux Simone Weil, Anna Arendt. Mais quand une jeune fille de 16 ans apostrophe l’assemblée nationale française, n’y a-t-il pas là aussi quelque chose d’imprévisible et la manifestation d’une force qui n’est pas seulement naturelle ? Le message est simple, il est d’une puissance totale puisqu’il ne fait que rappeler l’urgence de la plus stricte réalité. On connaît les envolées électorales, les paroles bien choisies, faites pour charmer. Les prophètes ne parlent pas ainsi. Parler, pour eux, c’est agir. C’est ce que Greta demande aux députés : des actions et pas des applaudissements.

Pour nous aussi parfois, parler, c’est agir. Et nous le savons bien car nous avons peur de nous y risquer. Nous pouvons avoir le trac. Parler est un acte qui me fait "responsable" au sens où je dois rendre compte de ce que je dis. Ce que je suis, ce que je fais, donne leur poids aux paroles prononcées. Elles pèsent le poids de mon engagement.

La parole prophétique est un acte et elle désigne un corps. Car il y a quelqu’un qui parle. Quelqu’un qui s’expose.
La parole prend chair, une chair vulnérable, qui vibre et qui frémit, sur laquelle on va frapper, pour ne pas l’entendre, pour l’étouffer. Pour la faire taire, il faut tuer la chair qui la porte. « Qui cherchez-vous ? C’est moi, je suis ! »
Parler est un devoir, une vocation, une ordination, pour toutes, pour tous. Y renoncer serait plus que perdre sa dignité, ce serait comme refuser d’exister.

Mercredi 11décembre

« Vous êtes un peuple prophétique ! »
Première épitre de St Pierre 2, 9

Étre prophète n’est pas une aventure isolée. Aussi curieux que cela paraisse : même si le prophète ressent une immense solitude, il agit pour tous et il est finalement rejoint par tous. En ce sens, il anticipe l’avenir. Visionnaire, il propose sa vision à ceux qui l’écoutent en sorte que ce qu’il entrevoit devient progressivement une réalité.
Le prophète est quelqu’un qui parle et qui cherche le dialogue. Il ne sait pas tout. Il sent le problème mais il cherche, par le débat, les éléments de solution. Ensuite il a besoin des autres pour que cela prenne forme, prenne corps. Il a besoin que les autres deviennent prophètes avec lui…

Affirmer que nous sommes tous prophètes, c’est dire que nous sommes « un peuple de prophètes », et peut-être même « un peuple prophétique », comme le dit saint Pierre. Il y a une dimension sociale au prophétisme et même une dimension institutionnelle, aussi étonnant que cela paraisse. Comme s’il s’agissait d’institutionnaliser le prophétisme, de le favoriser au maximum, comme l’essentiel du groupe que nous formons.
Car c’est évident : pour enseigner, une université va beaucoup plus loin qu’un sage même exceptionnel. Pour communiquer, un journal ou une radio, les médias sociaux sont bien plus efficaces qu’un seul communiquant. Pour soigner, un hôpital fait beaucoup mieux qu’un thaumaturge isolé.

C’est ensemble qu’il s’agit d’être « tous prophètes ». C’est comme peuple, comme communauté croyante, comme Église, qu’il s’agit de prophétiser. C’est évidemment plus difficile mais c’est aussi beaucoup plus durable et intéressant.
Nous en sommes loin ? C’est vrai. Les scandales du cléricalisme nous appellent à renaître, à sortir des multiples systèmes d’abus. Alors il faut retrousser nos manches. Nous y sommes toutes et tous, appelés.

Mardi 10 décembre

Ce mardi, la prière de Chœur dans la ville reprend les mots mêmes du prophète Jean-Baptiste entendu dimanche à la messe : « Préparez les chemins du Seigneur » car il vient, le Sauveur.
Pour cette deuxième semaine de l'avent, Chœur dans la ville veut affermir notre vocation baptismale de prophète en nous faisant chanter avec eux l’appel de Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes. Être prophète, c’est donc préparer le chemin du Seigneur dans notre cœur mais aussi faciliter l’accès des autres à la venue de Jésus dans leur vie : aplanir les sentiers...
Comme les disciples de Jean-Baptiste, préparons-nous à accueillir Jésus dans notre vie !
Que notre écoute devienne méditation.
Que la louange soit notre prière.
Que notre prière nous donne la force des prophètes !

« Alors Dieu dit à Jonas : "Lève-toi, va à Ninive
et annonce sa destruction à la grande ville ». Livre de Jonas 3, 2

Il ne s’agit pas d’être « prophète de malheur ». Le dernier prophète est ridiculisé. C’est une caricature et il s’agit de Jonas. Il part à l’opposé de la ville où Dieu l’envoie. Il est sauvé par le poisson qui l’engloutit pour le vomir sur le rivage – On rit en écoutant l’histoire de Jonas –. Il prophétise le malheur et puis il est frustré parce que ce malheur ne se produit pas. Il est déçu que les habitants se soient convertis. Comme s’il s’était déplacé pour rien.
Mais si le prophète annonce la destruction, c’est justement pour qu’elle n’arrive pas. S’il annonce la colère de Dieu, c’est pour qu’elle n’éclate pas… S’il annonce le malheur c’est pour faire comprendre que ce malheur n’est pas une fatalité. Bonne nouvelle : si nous changeons de vie, nous pouvons vivre le bonheur.

Il faut annoncer la destruction nucléaire pour la conjurer. Il faut annoncer l’épuisement des ressources naturelles pour que l’humanité apprenne à les respecter. Il faut annoncer une crise financière pour que des dispositions soient prises pour l’éviter. On ne doit pas juger le prophète sur la réalisation de ses prophéties mais sur la pertinence de ses avertissements. Il faut vivre des conversions, pour ne pas vivre des catastrophes.

Le prophète donne à imaginer un monde meilleur. Gandhi fait entrevoir l’indépendance de son pays. Martin Luther King rêve la fin de ségrégation, et Mandela communique sa vision d’une réconciliation. Ce à quoi personne n’aurait pensé, ce que personne n’aurait osé espérer, ce qui jadis aurait paru complètement fou devient par la suite banal et quotidien. La liberté d’expression, l’égalité devant la loi, devant l’impôt, les congés payés, l’accès pour tous aux hôpitaux… On peut penser plus loin, à l’égalité de salaire entre hommes et femmes...

Il y a encore beaucoup à faire, pour les personnes handicapées, les personnes âgées, les enfants… Ce sont les faibles, les petits, les exclus qui perçoivent le mieux l’avenir qu’il faut rêver pour le réaliser. Ce sont eux qu’il faut écouter, ce sont eux qui prophétisent le mieux.

Lundi 9 décembre

« Et maintenant, va ! Je t'envoie. »
Livre de l'Exode 3, 9

Il y a un paradoxe dans le prophétisme : Dieu entend et il voit. Mais il ne dit rien directement et il ne se manifeste pas.

Comme Moïse quand il se solidarise avec les opprimés, nous devons faire l’expérience d’un Dieu qui entend les cris et qui voit. Et qui nous dit que c’est insupportable, inacceptable. « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer (…) Et maintenant, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple».

Le prophète est celui qui se risque à dire que cela doit changer.

- Être prophète, c’est entrer, comme Martin Luther King, dans le « rêve de Dieu » (« I have a dream »), dans un songe inspiré, pour qu’il devienne réalité.  C’est faire cause commune avec le Dieu exigeant qui se révèle dans l’histoire sainte, en Jésus Christ, avec ce Dieu qui se révèle dans la multitude des saintes et saints qui font que ce monde est respirable.
- Être prophète, c’est accueillir la vie, la percevoir dans ses potentialités, et participer à son développement : lutter contre les forces de mort, contre les inerties.
- Être prophète, c’est vivre passionnément, communier profondément, au désir de Dieu qui souhaite nous voir heureux. C’est être convaincu que le bonheur est possible et qu’il est possible d’accéder au sens, à la joie.

Dans ce monde triste et résigné, c’est la Bonne Nouvelle que nous annonçons, une véritable révélation. Parole de Jésus : « Je dis ces choses dans le monde, afin qu'ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés ».* Nous sommes tous prophètes : exprimons avec clarté, « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé ».**

* Évangile selon saint Jean 17, 13
** Première lettre aux Corinthiens 2, 9

Dimanche 8 décembre

« Celui qui vous accueille, c'est moi qu'il accueille » Matthieu 10, 40

Jésus n’a pas fait tout le travail ; il n’a rien résolu ; on aurait bien aimé qu’il soit le messie et qu’il trouve toutes les solutions : qu’il donne à manger, qu’il guérisse tout le monde, qu’il résolve les conflits. A chaque fois qu’on élit quelqu’un, on attend le messie.

Pourquoi Jésus a-t-il déçu ? Pourquoi a-t-il refusé d’être roi ? Pourquoi nous dit-il qu’il est bon qu’il s’en aille ? Pourquoi son silence ? Jésus répond lui-même à cette question. « Il vous est bon que je m’en aille, sinon vous ne recevrez pas l’esprit saint ». Le Christ est ressuscité, c’est vrai, mais tout reste à faire ! Et nous recevons l’Esprit saint pour avoir la force de l’accomplir.

Nous sommes chrétiens, c’est-à-dire Christ, c’est-à-dire prophète et roi. Il nous met à sa place. Il nous envoie en mission. Celui qui vous accueille m’accueille. Celui qui vous écoute écoute celui qui m’a envoyé. Nous sommes tous prophètes : tous et… donc, toutes ! Nous avons été baptisés « prêtres, prophètes et rois », tous. « Prêtresses, prophétesses et reines » : il faut l’entendre aussi au féminin. Pour nous, prophétiser, annoncer la bonne nouvelle de justice et de vie, ce n’est pas seulement permis, c’est d’abord un devoir. Personne ne peut nous en empêcher. Pas plus que personne ne pouvait empêcher les apôtres de parler.
Vous avez la Parole. Encore faut-il que vous la preniez. C’est comme la liberté, çà se gagne. On ne peut pas donner la Parole, au sens de la donner toute faite, déjà mâchée, déjà formulée, à répéter telle qu’elle, sans rien y ajouter. Non, la Parole, c’est à vous de la prendre, à vous de la concevoir, parce que c’est votre parole qu’il faut prononcer, votre parole que l’on a besoin d’entendre. C’est ce que vous allez dire qui est « inouï », dans sa manière d’être simple et de jaillir de votre cœur à vous.

Première semaine de l'Avent

Avec le frère Rémi Chéno du Caire (Égypte)
Régent des études dans la province dominicaine de France

Samedi 7 décembre

Un témoin

L'écrivain Denis Tillinac est l'une des voix singulières de la littérature française aujourd'hui. Essayiste, romancier, poète, il chante la verdeur du monde, le courage des petits et la beauté des visages. Le chemin qu'il emprunte est celui d'un christianisme bucolique, d'une résistance spirituelle aux violences de l'argent, du ricanement et de la technique.
Il a publié notamment un Dictionnaire amour du catholicisme, un Dictionnaire amoureux de la France et prépare le Dictionnaire amoureux du Général De Gaulle (Plon).

Dans ce dialogue avec un ami dominicain,
il parle des prophètes qu'il a connus - le philosophe Jacques Ellul et le pape Benoit XVI -
il proclame que les prophètes sont déjà à l'œuvre : ils  annoncent un Dieu plein de jouvence
il nous partage son espérance que l'individualisme s'épuise et que "par delà le ciel étoilée, il y a un autre monde".
Quand la foi et la poésie s'allient, le prophète surgit : Denis Tillinac n'est-il pas, lui aussi, à sa manière, un prophète ?

Vendredi 6 décembre

«  Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé.
Tout exulte et chante ! » Psaume 64 (65) 14

« Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur. »*
Le psalmiste avait-il bu quand il composa ce psaume ? A-t-il vu les arbres des forêts danser de joie ? Mais peut-être est-ce moi aussi qui me laisse enivrer quand dans une forêt je sens cette puissance de vie dans les troncs des grands chênes, quand je les vois osciller au vent comme s’ils voulaient caresser le ciel ?

Les psaumes, souvent, nous invitent à voir les éléments naturels participer de la fête : « Que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie, à la face du Seigneur ! »** Le progrès technologique, l’industrialisation, nous ont sans doute fait oublier la nature créée et sa splendeur. La prise de conscience écologique nous y renvoie, et c’est heureux. Car il y a beaucoup à apprendre du monde créé par Dieu, de cette magnificence généreuse, de cette profusion merveilleuse de formes de vie différentes.
Je n’ai jamais pu retrouver le passage où saint Augustin explique que les vaches dans leurs pâtures redressent parfois la tête vers le ciel pour louer Dieu. On peut se moquer de cette naïveté du grand théologien. Pourtant, j’aurais tendance à partager son point de vue. Il y a dans cette abondance de vie un témoignage rendu à son Créateur. J’aime croire que toute la nature danse à la face de Dieu, animaux et végétaux, et même les astres du ciel. Seul l’homme, souvent, oublie d’entrer dans cette danse d’action de grâce.

Nous commençons aujourd’hui à déchanter de nos « progrès » et nous redécouvrons une nature que nous avons spoliée, épuisée, usée jusqu’à la ruine. Notre responsabilité est immense, nos modes de vie doivent changer. Comme croyants, nous avons aussi à nous remettre à l’écoute du vivant, à devenir attentifs à l’attestation qu’il porte envers le Créateur, à cette action de grâce qu’il ne cesse d’adresser à Dieu : qui peut s’habiller de plus belle manière que les lis des champs ?***  Qui peut rivaliser en grâce avec la panthère ? Ou en musicalité avec le torrent qui jaillit d’un glacier ?
« Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante ! »****  La création tout entière se fait ainsi prophète de Dieu.

* Psaume 95 [96]
** Psaume 97 [98]
*** Évangile selon saint Matthieu chap. 16, v. 28
**** Psaume 64 [65]

Jeudi 5 décembre

« Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. »
Jean 16, 13

La main de Khadija était plus sûre que la mienne qui maintenait la chèvre. Bismillah ! Le geste précis ouvrit la carotide, le sang jaillit, le regard de l’animal devint vide, la chèvre mourut sans un cri. Honorant son devoir d’hospitalité, Khadija tuait la chèvre pour moi, l’ami de son fils, son hôte. Comme le père fait tuer le veau gras pour l’enfant prodigue revenu vers lui. Il fallut la dépouiller ; j’aidais, maladroitement, en tirant la peau pour que la mère de mon ami pût la détacher des muscles. Alors le couteau me taillada deux phalanges que j’avais trop approchées. Catastrophe ! Khadija blesse son hôte. Ce n’était presque rien, mais quel embarras pour elle, et pour moi quelle gêne ! Nous mangeâmes la viande le soir même. J’en ai gardé la brûlure des épices dans la bouche ; j’en ai gardé surtout la brûlure de l’hospitalité dans le cœur.
Ce sacrifice d’une chèvre en mon honneur, au nom de l’hospitalité dû à l’étranger, dans l’islam, signé dans mon corps par deux petites cicatrices à la main droite, m’a marqué comme l’expérience inaugurale de ma relation à l’islam. Un islam noble, généreux, hospitalier. Loin des caricatures jihadistes.

J’ai aussi découvert la vie de Siddhârta, celui qui allait devenir l’Éveillé, le Bouddha. Histoire d’un prince que son père avait voulu protéger du monde, mais qui, un jour, fait l’expérience de la souffrance de son peuple à travers quatre rencontres : celle d’un vieillard, d’un malade, d’un cadavre incinéré et d’un sage ermite. Il va chercher dans la méditation comment répondre à cette souffrance.

Nous n’avons besoin ni de l’islam ni du bouddhisme pour construire notre relation à Dieu. Nous la recevons du Christ, dont l’Esprit nous enseigne toute chose et nous conduit à la vérité tout entière (voir Jean, chap. 15, v. 13). Mais, à moins de penser que les autres religions sont l’œuvre du Tentateur ou de simples simulacres de vie spirituelle, pourquoi ne pas y reconnaître une présence de Dieu, un rayon de sa vérité ? Le concile Vatican II l’affirme : « On trouve quelque chose de la vérité et de la grâce aussi [chez eux], comme une présence secrète de Dieu. »* Et : « Un rayon de cette Vérité qui illumine tous les hommes. »**
Le regard, le langage est différent, peut-être étrange et déconcertant. Il nous initie à d’autres fécondités de l’unique Esprit dans le cœur des hommes. C’est comme un cadeau supplémentaire, un don de Dieu qui ne nous est pas nécessaire pour le connaître, mais qu’il fait à ceux qui veulent s’en approcher. Les croyants des autres religions deviennent ainsi, par la grâce mystérieuse du Christ, prophètes pour nous chrétiens.
* Ad gentes, 9.
** Nostra ætate, 2 § 4.

Mercredi 4 décembre

 « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ;
l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie
il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. » Matthieu 13, 44

Connaissez-vous les sculptures de Giacometti ? Je pense à L’Homme qui marche, la représentation d’un homme filaire, très allongé, penché vers l’avant… Un homme fragile, presque douloureux, amaigri, penché sous le poids des peines, mais aussi opiniâtre, qui avance malgré tout. J’y reconnais les peines humaines et la force intérieure, la fragilité mortelle et la puissance de la volonté. En l’admirant, je me sens plus humain et aussi plus proche de mes semblables, partageant la même condition.


Je pourrais citer d’autres chefs-d’œuvre. Comme une toile de Mark Rothko, un aplat de trois couleurs, vibrantes, vivantes, chaleureuses et paisibles à la fois. J’admire l’artiste capable d’une telle puissance, d’une telle émotion en jouant seulement de trois couleurs. J’y vois un cœur battre, je sens mon propre cœur battre autrement, j’expérimente un nouveau sens, plus intérieur.
 Il y a aussi la musique, le roman et la poésie, l’architecture, bref, tous les arts qui savent m’emporter vers des contrées intérieures que j’ignorais. Baudelaire écrivait : « La musique souvent me prend comme une mer ! […] Je mets à la voile ; la poitrine en avant et les poumons gonflés comme de la toile… »

Chacun de nous pourrait composer la liste des œuvres d’art qui dilatent son cœur. Quels sont les vingt premiers chefs-d’œuvre qui vous viennent à l’esprit ? Pas forcément les plus connus, mais ceux qui modifient le rythme de votre respiration et le battement de votre cœur, ceux qui éveillent en vous sérénité ou violence, grande paix ou grand désarroi.
Les arts nous dévoilent un monde vibrant, ils nous font trouver le trésor enfoui dans le champ, la perle rare, cette vie de l’Esprit en nous. Ce pour quoi nous serions prêts à tout vendre pour le conserver.* Bien sûr, les arts religieux sont plus explicitement un chemin de vie spirituelle. Mais qu’est-ce qu’un art religieux ? L’art profane, s’il nous touche, est déjà spirituel.
Certains dessins d’enfants peuvent être profondément spirituels, les paroles d’une chanson peuvent devenir pour nous une prière, la photo d’un reporter de guerre peut nous renvoyer au Christ souffrant. Ces œuvres nous invitent à regarder plus loin, plus profond, plus à l’intérieur, au-delà du bout de notre nez.

Rendons grâce pour ces artistes qui nous éclairent et nous ouvrent la porte d’un monde nouveau. Vous les artistes, nos compagnons prophètes !

Mardi 3 décembre

Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir une hymne interprétée par Chœur dans la ville. Ces choristes sont réunis spécialement pour notre retraite. Sous la direction d’Armelle, une fidèle retraitante de Retraite dans la ville, ils veulent non pas nous offrir un récital mais nous entrainer dans leur prière.

Pour cette première semaine de l'avent, ils portent les mots du saint pape Jean-Paul II qui déclarait aux jeunes : « Ecoutez, Dieu vous appelle ! Ne craignez pas de marcher avec lui. Quittez les chemins de l’indifférence. Proclamez à vos frères l’évangile de la paix ! »
C’est le frère Jean-Baptiste, carme, qui a composé cette hymne gonflée par l’audace prophétique. Nous sommes tous prophètes ! Que ni la peur, ni la timidité ne nous retiennent : l’Évangile est urgent !

Comme les anges aux bergers, disons « oui » à la venue de l’Enfant-Dieu dans notre vie ! Que notre écoute devienne méditation. Que la louange soit notre prière. Que notre prière nous donne la force des prophètes !

« Mais d’autres grains sont tombés dans la bonne terre ;
ils ont donné du fruit en poussant et en se développant,
et ils ont produit trente, soixante, cent, pour un. »
Marc 4, 8

« Connais-toi toi-même ! » C’est l’un des trois préceptes qui étaient gravés à l’entrée du temple de Delphes. Platon l’a mis dans la bouche de Socrate. Cet adage résume l’objectif de la philosophie occidentale.

Connais-toi toi-même, parce que tu ignores encore beaucoup de choses, de toi, du monde, et de Dieu. 
Tu peux encore apprendre… telle la jeune femme qui attend son premier-né et découvre l’intensité de l’amour maternel.
Tu peux apprendre, tel le jeune homme amoureux pour la première fois et qui veut chanter, crier, rire, exploser de joie.
Tu peux apprendre, tel le paraplégique qui, affrontant sa condition, perçoit le prix de sa vie pourtant clouée au lit et le goût qu’elle prend, et ses prodigieuses possibilités. 
Tu peux apprendre, tel l’époux tendre qui ne savait pas qu’on pouvait autant aimer et être aimé.
Tu peux apprendre, tel le coureur de fond qui trouve un deuxième souffle et, avec lui, une plénitude, une puissance inattendue en lui.
Tu peux apprendre, tel le jeune enfant qui joue du langage qu’il maîtrise assez pour déjà s’en amuser.
Tu peux apprendre de tout ce que tu ne sais pas encore, mais qui est tien davantage encore que ce que tu penses avoir acquis de haute lutte.

Connais-toi toi-même ! Car il y a tout ce que tu as patiemment christianisé, patiemment évangélisé, ces vertus que tu as laissé se développer à l’école du Christ. Tout ce qui est devenu chrétien en toi. Mais il y a encore tout le reste, tout ce qui n’a pas encore été touché par la grâce de Dieu, mais qui t’a pourtant déjà été donné. La grâce t’habite là où tu ne l’as pas encore découverte, la grâce de Dieu, sa force, sa paix et sa joie. Il y a de la sainteté en toi, prête à bourgeonner et à donner un beau fruit.

Connais-toi toi-même ! Laisse-toi la chance de découvrir tes terres enfouies. Le Semeur est sorti pour semer, et il a semé dans tous tes terrains,* dans ton cœur, dans ton intelligence, dans tes « tripes ». Tu n’as encore rien vu des récoltes qui s’annoncent. Tu ne sais rien encore des fruits savoureux qui mûrissent en toi.

Connais-toi toi-même, et tu te découvriras prophète de ta propre vie !

Lundi 2 décembre

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »
Jean, 15, 13

J’ai un souvenir étonnamment précis de cette visite. Jeune frère, en formation à Lille, j’étais allé fêter l’anniversaire d’une vieille sœur dominicaine. Toutes ces sœurs étaient retraitées, après une longue vie de labeur au service des plus pauvres, à faire des ménages, des courses, des lessives…
Dans leur petit appartement, nous partageâmes un café (nous sommes dans le Nord !) et des biscuits. Beaucoup d’affection circulait entre les sœurs et nous. J’avais l’impression d’embrasser mes grands-mères. Des visages fatigués, des mains usées, mais des yeux vifs, joyeux. Toute une vie de service illuminait les regards.
Après un peu de temps, une fois le café bu et les gâteaux engloutis, arriva le moment des cadeaux. Les sœurs n’offrirent pas à leur aînée une icône, un vêtement ou un livre, mais elles lui remirent une enveloppe avec de l’argent.

J’étais un peu choqué. Bien sûr, on peut offrir de l’argent à quelqu’un pour qu’il puisse s’acheter ce qu’il veut plutôt que choisir pour lui au risque de se tromper et de ne pas lui faire totalement plaisir. Mais n’y a-t-il pas justement dans le choix du cadeau un lien plus intime qui manifeste que l’on connaît celui qu’on veut célébrer ? Le choix peut être difficile, mais s’il est bien fait, c’est l’occasion de prouver son affection, qui compte peut-être encore davantage que le cadeau lui-même.
J’interrogeai discrètement une sœur et lui fis part de mon étonnement.
‒ Vous lui donnez de l’argent ?! Pourquoi pas plutôt un joli cadeau ?
‒ Mais c’est elle qui l’a demandé. Elle n’a jamais accepté de cadeau de toute sa vie. Elle a toujours réclamé qu’on lui offre de l’argent.
‒ Mais pourquoi ? Elle n’est tout de même pas aussi attachée à l’argent !
‒ Mais non, voyons ! Cet argent, elle peut le donner aux pauvres.
Je me suis retrouvé confus d’avoir imaginé que cette vieille sœur eût pu être intéressée par l’argent, honteux d’avoir été incapable d’imaginer combien elle vivait l’Évangile.

J’y ai souvent repensé depuis. L’attitude de cette sœur aînée est devenue pour moi un repère, une balise précieuse. Elle me rappelle que la mesure de l’Évangile, c’est d’être sans mesure. On n’est jamais arrivé au bout. À chaque fois elle réveille et réactive mon ambition de conversion. Cette vieille sœur est décédée. Mais elle reste prophète pour moi. Et sans doute pour beaucoup.

Dimanche 1er décembre : 1er jour de l'Avent

« Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard. »
Psaume 18, 9

Parmi les aventures de Tintin, j’aime beaucoup L’Étoile mystérieuse. Vous rappelez-vous ce singulier personnage ? Philippulus, un prophète fou, vêtu d’un drap et qui frappe gong et annonce la fin du monde. Hagard, il parcourt les rues de Bruxelles avec son message terrifiant.

Est-ce ainsi que nous imaginons les prophètes ?
Noé par exemple, je l’imagine comme un prophète solaire, avec un grand sourire qui réchauffe le cœur, un regard qui brille d’une joie communicative. Le récit du déluge nous dit que les hommes avaient le cœur mauvais : « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. » (Genèse 6, 5)
Dans l’Évangile, Jésus est moins sévère ; il nous dit tout simplement : « On mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien… » Ces hommes et ces femmes étaient dans l’insouciance, ils ne regardaient pas plus loin que le bout de leur nez. Ils étaient englués dans leurs vies, comme des ados qui jouent à la console pendant des heures dans une chambre obscure. Noé, lui, voit bien plus loin… Il a le regard clair, le visage lumineux parce qu’il a ouvert son horizon sur celui de Dieu.

Philippulus, lui, ne fait que retranscrire la frayeur de ses contemporains. Une météorite a percuté la Terre. La chaleur est infernale. Les gens sont hébétés. Philippulus dit les mots qu’on n’osait pas prononcer : c’est la fin du monde ! Noé, c’est le contraire : il est celui qui regarde vers Dieu, celui qui écoute sa Parole, qui est attentif à ce qui vient, aux promesses de Dieu. Il est le signe du nouveau, de l’inouï, et non pas les mots de l’angoisse enfouis en chacun de nous.

Au seuil de l’avent, fuyons les Philippulus et autres oiseaux de malheur qui nous enferment sur nous-mêmes, sur nos peurs et nos dérives. Recherchons les prophètes au cœur clair et joyeux, qui nous conduisent vers l’Arche du Seigneur.