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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

 

Quatrième semaine

« Une marche de nuit »

« Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.» (Jn 4)

Le virus Covid-19 qui traverse la planète provoque une crise profonde dans nos sociétés mondialisées. Nous sommes comme plongés dans la nuit, perdant nos repères habituels... Tout devient flou d'autant que nous n'avons pas choisi de vivre cette nuit ! Nous rejoignons ainsi un peu l'aveugle de l'évangile ; lui qui a appris à vivre autrement, sans la vue.
Jésus, lumière du monde, nous aide en affirmant que notre confiance en lui nous permet de voir clair. La foi en Christ nous permet de traverser bien de nuits et bien des épreuves. "Ayons foi en notre foi. "
Que cette foi en Dieu soit notre "guide véritable" cette semaine pour nous aider à grandir dans l'épreuve et à prendre soin des autres. Courage et confiance ! (L'équipe des retraites en ligne)

Évangile : Jésus, lumière du monde, guérit un aveugle (Jn 9)

« En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : “Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?” Jésus répondit : “Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.” Cela dit, il cracha à terre et, avec de la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : “Va te laver à la piscine de Siloé” – ce nom se traduit : envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint il voyait. […]

Jésus apprit que [les pharisiens] l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : “Crois-tu au Fils de l’homme ?” Il répondit : “Et qui est-il Seigneur pour que je croie en lui ?” Jésus lui dit : “Tu le vois et c’est lui qui te parle.” Il dit : “Je crois, Seigneur !” Et il se prosterna devant lui. »

1. La méditation de la semaine : une confiance aveugle

  • « Nuit des sens » et « nuit de l’esprit »

Notre chemin vers le Carmel a pris un tournant décisif avec la rencontre de la Samaritaine autour de la Source de Jacob. Nous avons découvert que cet itinéraire est en fait un chemin intérieur vers le centre de nous-même. Et pour entrer dans ce cheminement au-dedans, il est nécessaire d’apaiser et de réformer notre sensibilité extérieure. Jean de la Croix appelle ce double mouvement de pacification et de conversion une « nuit ». 

« Nous appelons ‘nuit’ le renoncement à la saveur recherchée en toutes choses. En effet, de même que la nuit n’est rien d’autre que la privation de lumière et, par conséquent, de tout ce qu’on peut voir grâce à elle (ce qui laisse la capacité visuelle à l’obscur et sans rien), ainsi peut-on appeler ‘nuit’ le renoncement à l’attirance pour toutes choses car, privée de la saveur qu’elle recherche, l’âme demeure comme à l’obscur et sans rien. » (I MC 3, 1)

Le carême est un temps privilégié pour vivre de petites nuits sensibles : choisir de limiter mon temps de connexion quotidien peut produire une frustration affective. Mon affectivité expérimente le manque et perd ses repères. Mais en plaçant volontairement mon affectivité dans la nuit, loin de la lumière de l’écran, je choisis de m’éclairer d’une autre lumière, plus intérieure, même si ma sensibilité continue de réclamer sa part de lumière artificielle… Je comprends que le dépassement de mon ressenti est nécessaire pour grandir dans la vie spirituelle et devenir plus libre. Sans cette « nuit des sens », je resterai toujours dans des enfantillages spirituels ! Mais il me faudra aussi peut-être vivre une « nuit de l’esprit », une transformation plus profonde de mon intelligence, de ma volonté et de ma mémoire qui devront être éclairées par la foi, la charité et l’espérance. Dieu veut me transformer intégralement, corps et âme ou selon le vocabulaire de Jean de la Croix, « sens » et « esprit ». Il me faut donc vivre la nuit des sens et la nuit de l’esprit pour ressembler davantage au Christ au jour de la lumière de Pâques.

  • Le choix de la confiance

Nous rencontrons ce dimanche un nouveau personnage, lui aussi anonyme, un homme aveugle de naissance. [...]
Pourtant cet homme choisit de faire confiance à l’inconnu et voici que ses yeux s’ouvrent au contact de l’eau de la piscine de Siloé. Cette eau communiquée par l’Envoyé qu’est Jésus évoque la grâce du baptême : le sacrement du baptême donne la foi, la capacité de voir comme Jésus voit. L’aveugle devient un voyant. Un premier acte de confiance en Jésus l’entraîne sur un chemin de foi qui va être éprouvé par le scepticisme des pharisiens. Mais la foi de l’ex-aveugle va s’affirmer de plus en plus jusqu’au moment où il verra enfin Jésus, le Fils de l’homme, les yeux dans les yeux et pourra se prosterner devant lui.

  • La foi plus loin que la raison

Pour cheminer vers la sainteté et unir notre volonté à celle du Seigneur, il ne suffit pas de dépasser notre ressenti et vivre ainsi la nuit des sens. Il importe aussi d’aller vers plus de profondeur et de dépasser aussi la prétention de notre intelligence. Dieu est toujours au-delà de ce que nous en ressentons, mais aussi de ce que nous en comprenons...
Il ne s’agit pas de ne plus réfléchir (puisque Jean de la Croix valorise par ailleurs la raison) mais de faire attention à ce que notre capacité rationnelle n’enferme pas Dieu dans une idole humaine. C’est le piège dans lequel tombent les Pharisiens : « Il ne vient pas de Dieu cet homme-là, puisqu’il n’observe pas le sabbat. (…) Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »...
Leur savoir religieux devient un obstacle à leur chemin spirituel, en raison de leur orgueil.

  • La lumière de la foi

[...] Pour grandir dans la foi, il faut accepter de mettre en quelque sorte notre intelligence dans les ténèbres. Certes la foi ne peut jamais contredire la raison mais elle ouvre la raison à plus grand. Elle nous révèle des réalités inconnues

Voilà un paradoxe : la lumière la plus sûre se trouve dans la nuit liée à la foi ! En effet, le moyen le plus adapté à notre marche vers Dieu n’est ni notre ressenti, ni notre capacité d’analyser, notre force de volonté mais c’est notre foi, liée aux deux autres vertus théologales, l’espérance et la charité. La foi touche Dieu en plein cœur et est donc la source de lumière la plus fiable. Certes elle désoriente ma sensibilité et ma manière de penser mais c’est pour les convertir. Concrètement, cela signifie que, dans ma vie de prière, je dois accepter de ne pas ressentir et de ne pas comprendre immédiatement les chemins par lesquels le Seigneur me fait passer, même si je les trouve pénibles et longs. Ma seule arme est de croire, comme un aveugle, que Dieu me conduit sur le bon chemin, tout en discernant avec un accompagnement spirituel les appels de Dieu et ce que vivent ma sensibilité et ma raison.

  • La foi comme guide

[...] Notre meilleur guide n’est pas extérieur à nous-mêmes. Il nous est intérieur : c’est notre foi en Jésus. Cette foi qui est un don de Dieu reçu à notre baptême est une force intérieure à laquelle nous devons recourir chaque jour pour avancer sur notre chemin de vie. Bien sûr, cette foi n’est pas magique : elle a besoin d’être nourrie par la Parole de Dieu et par les sacrements ; elle doit être mise en pratique dans notre vie de chaque jour car elle ne concerne pas que notre intériorité. Mais elle est notre bien le plus intime et le plus précieux. Prenons en soin et « ayons foi en notre foi » comme le dit Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus.

Cliquer sur la photo ci-dessus pour écouter l'essentiel de la méditation
ou cliquer ICI pour la lire (elle y est plus complète)

2. Les trois pistes de mise en pratique de la semaine

  1. Est-ce que je remercie régulièrement le Seigneur pour le don de la foi et celui du baptême ?
  2. Je peux faire mémoire de moments où l’orgueil du savoir m’a éloigné du Seigneur.
  3. Est-ce que je commence chacun de mes temps de prière en posant un acte de foi dans la présence et l’action secrète de Dieu, au-delà de ce que je sens et comprends ?

3. Prier chaque jour de la semaine

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Troisième semaine

« Jusqu'au cœur »

« L'heure vient - et c’est maintenant – où les vrais
adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité.
» (Jn 4)

Jésus rencontre maintenant une femme samaritaine que les Juifs considèrent comme une hérétique. Pourtant le Christ ne la repousse pas ; il éveille sa soif spirituelle pour lui révéler que Dieu demeure aussi en elle. Dieu s'y prend de la même façon avec chacun de nous : "Dieu conduit l’âme de degré en degré jusqu’au plus intérieur"  affirme saint Jean de la Croix.
Le Seigneur nous conduit sur un chemin d'intériorité qui va jusqu'au cœur : c'est là que nous pourrons cette semaine l'adorer dans son Esprit de vérité !

Évangile : Entretien avec la Samaritaine (Jn 4)

« En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit : “Donne-moi à boire.”[…] La Samaritaine lui dit : “Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ?” […] Jésus lui répondit : “Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive.” La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. […]

Jésus lui dit : “Femme, crois-moi, l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne, ni à Jérusalem pour adorer le Père. […] Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité.”»

1. La méditation de la semaine : un chemin d’intériorité

Nous avons contemplé le Seigneur transfiguré sur le Tabor puis nous l’avons suivi, comprenant que c’est en marchant à sa suite que nous parviendrons de manière sûre au but de notre voyage, la montagne du Carmel. Mais la route est longue. Jésus est fatigué et nous commençons à ressentir la soif. Comme le peuple au désert, nous sommes tentés de nous plaindre auprès du Christ : « Donne-nous de l’eau, que nous buvions ! » (Ex 17,2) Heureusement nous nous arrêtons auprès d’une source, en Samarie.
. La quête d’une source
Nous pouvons aisément nous retrouver dans la quête de cette anonyme qui vient chercher de l’eau en plein midi. Cette femme qui a multiplié les liaisons amoureuses est en quête de dignité, tout en étant probablement désabusée par la vie et le mépris des hommes. Nous pouvons de même être parfois déçus par l’existence, tentés par le fatalisme, tout en attendant quand même secrètement un évènement qui changera notre vie. Cet évènement, c’est la rencontre avec Jésus.
Jésus se place devant cette femme, et donc devant nous, en situation de dépendance : « Donne-moi à boire. » Habile manière de démonter l’ensemble des préjugés religieux et culturels qui rendaient cette rencontre entre un homme juif et une femme samaritaine impossible. Mais Jésus franchit les frontières et s’abaisse pour nous toucher ; il fait céder nos résistances marquées par la peur ou le mépris de l’autre. Il nous rend capables de lui donner. Etonnement : moi, je suis capable de donner quelque chose à Jésus ! « Donne-moi à boire. » Mais où vais-je donc lui trouver de quoi lui donner ? Où donc est cette source qui pourrait abreuver le Seigneur ? Saint Jean de la Croix vient ici à notre aide avec son magnifique poème de La Source (trad. J. Ancet). Il sait où se trouve cette source cachée :

Je sais bien la source qui coule et fuit,
malgré la nuit

Cette éternelle source bien est cachée
moi je sais bien le lieu d’où elle surgit
malgré la nuit

Jean a composé ce poème alors qu’il était en prison à Tolède ; le seul bruit qu’il entendait quand la ville s’endormait était le flot du Tage qui coulait au pied du couvent des carmes. Dans la nuit, il distinguait un signe de vie à travers cet écoulement continu. Rappel ténu de la présence cachée de Dieu, au sein même de l’épreuve de l’échec complet. Cette source, Jean la discerne particulièrement dans le sacrement de l’Eucharistie comme le révèle la fin du poème :

Cette éternelle source elle est enfouie
en ce pain vif pour nous donner la vie
malgré la nuit

Dans la Montée du Carmel, Jean oriente notre recherche de la source vers le dedans. L’eucharistie reçue dans la communion nous entraîne vers les profondeurs de notre cœur… C’est là que réside la source que nous cherchons… [...]

Le chemin spirituel est une voie d’intériorisation qui nous conduit vers les profondeurs de notre être : c’est là que nous rencontrons Dieu en vérité en même temps que nous nous trouvons nous-même. Le cœur profond est ainsi à la fois le lieu de notre plus grande intimité, le sanctuaire de notre conscience, mais aussi l’espace où Dieu demeure. Ainsi plus je me fais proche de Dieu en moi, plus je deviens vraiment moi-même. [...]

· Les moyens du recueillement pour adorer en esprit et vérité

Pour avancer sur ce chemin d’intériorité, il faut choisir les moyens appropriés. Jean de la Croix affirme qu’il est normal au début de la vie spirituelle de s’appuyer sur des lieux porteurs pour nous aider à rejoindre le Seigneur. Mais il convient de veiller à ce que nous ne nous attachions pas davantage aux lieux eux-mêmes qu’à la présence du Seigneur elle-même. Il importe de choisir des endroits porteurs pour notre vie de prière et non pour notre plaisir visuel.

« Bien qu’il soit meilleur de prier dans le lieu le plus convenable, on doit, malgré cela, choisir le lieu où la sensibilité et l’esprit seront le moins encombrés pour aller vers Dieu. À ce sujet, il convient de nous servir de la réponse que fit notre Sauveur à la Samaritaine qui lui demandait quel était le lieu le plus favorable pour prier, le temple ou la montagne ; il lui répondit que la véritable prière n’était pas liée à la montagne ni au temple, mais que les adorateurs agréables au Père étaient ceux qui l’adoraient en esprit et en vérité (Jn 4, 23-24).
Par conséquent, bien que les temples et les lieux tranquilles soient destinés et adaptés à la prière, pour une relation d’amitié aussi intérieure que celle qui s’établit avec Dieu on doit choisir l’endroit qui attire et occupe le moins le sensible. (…) C’est pourquoi, afin de nous donner l’exemple, notre Sauveur choisissait d’ordinaire, pour prier, des lieux solitaires (Mt 14, 23) et ceux qui n’accaparaient guère les sens mais qui élevaient l’âme vers Dieu, comme le sont les montagnes qui s’élèvent de terre et sont habituellement dépourvues de ce qui peut distraire les sens (Lc 6, 12). (…)
L’Apôtre nous en avertit en disant : Considérez que vos corps sont des temples vivants de l’Esprit-Saint qui demeure en vous (1 Co 3, 16). Cela nous renvoie à la citation du Christ : pour les vrais adorateurs, il convient d’adorer en esprit et en vérité (Jn 4, 24). » (III MC 39-40)

Veillons donc cette semaine à intensifier notre soif spirituelle et à chercher Dieu non pas dans des murs mais au centre de nous-même. Et là, dans notre cœur, adorons-le en esprit et en vérité.

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2. Les trois pistes de mise en pratique de la semaine

  1. Quelle est l’image qui me parle le plus de ma soif spirituelle ?
  2. Je prends le temps de regarder les lieux où je prie habituellement : m’aident-ils à m’intérioriser ? Serais-je prêt(e) à en changer ?
  3. Quelle place est-ce que j’accorde au ressenti dans ma prière ? Comment puis-je grandir dans la foi ?

3. Prier chaque jour de la semaine

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Deuxième Semaine

« Jésus seul »

Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie : écoutez-le
!” (Mt 17, 1-9)

Nous arrivons à un premier sommet, le Thabor, où Jésus est transfiguré : son être entier irradie une lumière qui vient d'ailleurs. Et dans le silence, surgit la voix mystérieuse du Père : Il dit une seule Parole, qui est son Fils. Saint Jean de la Croix a été profondément marqué par cet évangile qui nous désigne Jésus comme la seule Parole à écouter. Il en tire une célèbre méditation pour montrer que Jésus est le Tout qui nous suffit. La sainteté, c'est de lui ressembler ! Travaillons y cette semaine !

Évangile : La transfiguration (Mt 17, 1-9)

« En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.”
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le !”Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : “Relevez-vous et soyez sans crainte !”Levant les yeux, il ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : “Ne parlez de cette vision à personne avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.” »

1. La méditation de la semaine : le regarder et l’écouter

Extraits : Saint Jean de la Croix a été profondément marqué par cet évangile qui nous désigne Jésus comme la seule Parole à écouter. En Jésus seul, nous trouvons le Père. Aussi écrit-il ces pages célèbres dans lequel il ose faire parler Dieu le Père, ce qui est remarquable pour un auteur si attentif à souligner combien Dieu est insaisissable et différent de nous. Dans ce texte, Jean nous invite à cesser nos curiosités religieuses et à ne pas chercher d’autre objet de contemplation que le Christ. Lisons et relisons cette méditation théologique et spirituelle puissante :

« En nous donnant, comme il l’a fait, son Fils qui est son unique Parole, car il n’en a pas d’autre, il nous a tout dit en une seule fois par cette seule Parole et il n’a pas à parler davantage. (…) ‘Ce que Dieu a dit autrefois à nos pères par les prophètes, souvent et de bien des manières, maintenant en dernier lieu, et de nos jours, il nous a tout dit en une fois dans le Fils’ (He 1, 1-2). L’apôtre donne à entendre par là que Dieu est resté comme muet et qu’il n’a plus rien à dire car ce qu’il disait autrefois partiellement aux prophètes, désormais il l’a dit totalement en nous donnant le Tout qui est son Fils.
Celui qui voudrait maintenant questionner Dieu ou demander quelque vision ou révélation ferait non seulement une sottise, mais encore injure à Dieu en ne regardant pas uniquement le Christ sans vouloir ni autre chose ni quelque nouveauté que ce soit. Et Dieu pourrait ainsi lui répondre :

Puisque je t’ai déjà dit toutes choses en ma Parole qui est mon Fils et que je n’en ai pas d’autre, que puis-je maintenant te répondre ou te révéler qui soit plus que cela ? Ne regarde que lui, parce qu’en lui je t’ai tout dit et tout révélé et tu trouveras en lui encore plus que tout ce que tu demandes et désires. En effet, tu demandes des paroles et des révélations partielles et, si tu le regardes bien, tu trouveras tout en lui parce qu’il est toute ma parole et ma réponse, toute ma vision et toute ma révélation, tout ce que je vous ai déjà dit, répondu, manifesté et révélé en vous le donnant pour Frère, pour Compagnon et pour Maître, pour Prix et pour Récompense...

Si Dieu nous donne son Fils comme Frère, Compagnon et Maître, c’est pour que nous marchions à ses côtés. Inutile de regarder le ciel pour avancer : Jésus est là qui marche vers Jérusalem. Il est redescendu du Thabor et il faut le suivre. Peut-être que comme Pierre, nous préfèrerions rester tranquillement sur la montagne, histoire de faire une pause. Non, il faut reprendre la route et suivre le Maître sur les routes de Galilée. La sainteté n’est pas dans la contemplation ou dans l’action ; elle est dans l’accomplissement fidèle de la volonté de Dieu et l’obéissance à sa Parole. C’est donc bien en regardant Jésus et en l’écoutant jour après jour que nous devenons saints. Nous aurons beau multiplier les jeûnes et les actes généreux pendant ce carême, si nous ne prenons pas le temps de regarder et écouter ce que Jésus attend de nous, nous n’en aurons fait qu’à notre tête ; et nous n’aurons pas grandi dans l’amour. Le plus important est de nous décider à imiter la vie de Jésus. Aussi Jean de la Croix donne-t-il un conseil très simple pour nous montrer comment convertir notre sensibilité égocentrique : « Le premier conseil est d’avoir un souci habituel de ressembler au Christ en toutes choses, se conformant à sa vie qu’il faut regarder afin de pouvoir l’imiter et se comporter en tout comme il l’aurait fait lui-même. »...

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2. Les trois pistes de mise en pratique de la semaine

  1. Quelle est la représentation artistique du Christ qui me rejoint le plus ? Est-ce que je l’utilise pour ma prière personnelle ?
  2. Je fais mémoire d’un moment important où j’ai compris que Jésus était une personne vivante à qui je peux parler et confier ma vie.
  3. Je prends un temps pour regarder et écouter Jésus de la manière qui me convient : chez moi, dans une chapelle, dans la nature, etc.

3. Prier chaque jour de la semaine

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Première Semaine

« L'obstacle en nous »

Évangile : Tentations de Jésus au désert (Mt 4, 1-11)

« En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : “Si tu es le Fils de Dieu ordonne que ces pierres deviennent des pains.” Mais Jésus répondit : “Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : “Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre.” Jésus lui déclara : “Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : “Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi.” Alors, Jésus lui dit : “Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte.
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent et ils le servaient. »

1. La méditation de la semaine : devenir libre comme le Fils de Dieu

Extraits : Nous voici donc en route pour nous approcher de la montagne du Carmel et l’Esprit nous conduit pour commencer au désert avec Jésus. Halte peu agréable puisqu’elle va nous révéler les obstacles à notre progression, obstacles non pas extérieurs mais intérieurs. Mais saint Jean de la Croix nous révèle en même temps les attitudes salutaires qui nous permettront de reprendre pied et de marcher avec plus de prudence...

« Celui qui ne se considère pas comme propriétaire jouit de toutes choses comme s’il les possédait toutes, tandis que cet autre qui les considère comme sa propriété perd le plaisir que procure toute chose. Le premier, qui n’en retient aucune dans son cœur, les possède toutes, comme le dit saint Paul, avec une grande liberté (2Co 6,10) ; le deuxième qui, volontairement, en a saisi quelques-unes n’a rien et ne possède rien parce que ce sont elles qui lui possèdent le cœur et il souffre comme un captif. Par conséquent, plus il veut avoir de jouissances dans les créatures, plus il devra nécessairement subir afflictions et peines en son cœur enchaîné et possédé.
Les soucis ne gênent pas celui qui est détaché, ni pendant son oraison ni en dehors, et ainsi sans perdre de temps et avec facilité, il amasse une grande fortune spirituelle. » (III MC 20,2-3) 

Dans ce texte très moderne, Jean de la Croix nous fait pressentir à quelle liberté nous sommes appelés, celle des enfants de Dieu : la capacité à profiter de toute chose et à ne pas être submergé par nos soucis. Par contraste, celui qui n’entre pas dans ce travail de détachement reste esclave de ce à quoi il est attaché. Son cœur est possédé et il souffre terriblement. Il pense être libre et il n’est en fait qu’un esclave de ses passions. Seul l’attachement à Dieu nous rend libres et semblables à Jésus. Face au diable, Jésus se montre un homme profondément libre ; il affirme son identité en refusant tous les pièges de l’adversaire. Il le peut car il est détaché de tout sauf de son Père...

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2. Les trois pistes de mise en pratique de la semaine

  1. Je m’efforce de repérer mes lieux d’attachement où se révèle mon instinct de propriétaire. Quel acte puis-je poser cette semaine pour devenir plus libre ?
  2. Je cherche un passage ou un verset de l’Ecriture qui peut m’aider à combattre des pensées nocives qui m’éloignent de la paix.
  3. Est-ce que je prends les moyens de me former pour bien connaître et comprendre ma foi ?

3. Prier chaque jour de la semaine

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Introduction au Carême :

voyages vers les sommets avec Saint Jean de la Croix

Vous êtes plus de 23.000 francophones à oser entreprendre « l’heureuse aventure » de la recherche de Dieu avec saint Jean de la Croix ! Nous nous unissons aux 30.000 autres personnes qui vont vivre cette retraite dans d'autres langues...

Pendant ce carême, nous sommes invités à nous recentrer sur l'essentiel : notre relation à Dieu. Jean de la Croix (1542-1591) nous accompagnera sur des chemins de montagne pour grandir et avancer vers l’union avec Dieu. D'emblée, il nous dit que le chemin de la sainteté est parfois déstabilisant... parce que nous avons du mal à nous laisser conduire par Dieu. En ce mercredi des Cendres, demandons la grâce d'une confiance renouvelée pour que cette période soit vraiment pour nous un temps de transformation !

La suite : déroulé de la retraite

Vendredi 28 février, vous recevrez le message avec le contenu de méditation de la 1ère semaine de Carême. Et de même tous les vendredis de Carême, jusqu’à Pâques.
Pour ceux qui sont très connectés, sachez que nous publierons quotidiennement les courtes méditations « Prier chaque jour » en images sur nos réseaux Facebook, Twitter, Hozana.

Bon chemin de Carême !