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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

Pâques, fête de la Résurrection du Seigneur

En cette nuit bienheureuse ...

« Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez
Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit...»
(Mt 28, 1-10)

Les femmes n'en croient pas leurs oreilles... et elles partent en courant ! Voilà la surprise : Jésus était confiné dans un tombeau et il a disparu. La vie a jailli là où la mort semblait régner. Parole d'espérance pour tous les défunts de cette période de confinement !
Saint Jean de la Croix parle aussi en ces termes de ceux qui ont suivi Jésus dans sa passion d'amour : Leur "mort a été changée en vie du Christ." Et la personne qui rejoint le Ressuscité "chemine toujours comme en fête, au-dedans comme au-dehors." Elle ne se reconnaît plus et affirme que la nuit obscure traversée est devenue "bienheureuse", comme le proclame le chant de la Vigile pascale : "Ô nuit de vrai bonheur !" Avec le recul, peut-être nous sera-t-il donné la grâce de voir que ce carême était une heureuse aventure ...

Christ est ressuscité, alléluia ! ...

Évangile : Le tombeau vide et les apparitions (Mt 28, 1-10)

« Après le sabbat, à l’heure où commence à poindre le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts.
L’ange prit la parole et dit aux femmes : “Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là vous le verrez. Voilà ce que j’avais à vous dire.”
Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vient à leur rencontre et leur dit : “Je vous salue.”
Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : “Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront.” »

La méditation pascale : « en tuant, tu as changé la mort en vie»

  • La vie sur le lieu de la mort

Les femmes n’en croient pas leurs oreilles. Elles sont tellement bouleversées par les paroles de l’Ange qu’elles semblent ne pas même prendre le temps d’entrer dans le sépulcre ; elles partent en courant ! Elles croient vraiment que le crucifié qu’elles cherchaient a rejailli de la mort ; non pas une fois comme Lazare, mais définitivement. Le lieu de la mort est transformé en lieu de vie ; le lieu de la fin de l’histoire de Jésus anéanti dans la mort devient le point de commencement d’une nouvelle aventure pleine de vie.
Il en est de même dans la vie spirituelle : ceux qui ont participé à la mort d’amour de Jésus participent aussi de sa résurrection. Ils sont désormais profondément unis au Christ mort et ressuscité. Ils peuvent s’approprier la parole de l’âme croyante dans la Vive Flamme d’amour :

« En cette vie nouvelle, celle de l’âme parvenue à la perfection de l’union avec Dieu, toutes les tendances de l’âme et toutes ses facultés avec leurs attraits et de leurs activités qui, de soi, sont activités de mort et privation de vie spirituelle, deviennent divines. (…) Sa mort se change en vie, à savoir sa vie animale en vie spirituelle. (…) Tous les mouvements, les inclinations et les actions qui trouvaient leur source et leur force dans la vie naturelle de l’âme sont désormais, par cette union, transformés en mouvements divins, morts à leur activité et leur attrait naturels et vivants pour Dieu, car l’âme, en véritable fille de Dieu, est entièrement mue par l’esprit de Dieu, comme l’enseigne saint Paul : ceux qui sont mus par l’esprit de Dieu sont fils de Dieu même (Rm 8, 14).

Il résulte de ce qui vient d’être dit que l’intelligence de l’âme est intelligence de Dieu, sa volonté est volonté de Dieu, sa mémoire est mémoire de Dieu, sa jouissance est jouissance de Dieu. (…) Ainsi l’âme est morte à tout ce qu’elle était de par sa nature car tout cela était une mort pour elle et elle est vivante à tout ce qu’est Dieu en soi-même. C’est pourquoi, parlant d’elle-même, c’est à bon droit qu’elle dit : ‘en tuant, tu as changé la mort en vie.’
Si bien que l’âme peut dire avec saint Paul : Je vis, non pas moi, mais Christ vit en moi (Ga 2, 20). La mort de cette âme a été changée en vie du Christ et la parole de l’Apôtre : La mort est engloutie dans la victoire (1Co 15, 54), concorde bien avec celle que le prophète Osée met dans la bouche de Dieu : Ô mort, je serai ta mort (Os 13, 14 Vulgate). C’est comme s’il disait : Moi qui suis la vie, je suis une mort pour la mort et la mort sera donc engloutie par la vie.
L’âme est donc engloutie dans la vie divine, étrangère à tout ce qui est mondain. (…) En cet état de vie si parfaite l’âme chemine toujours comme en fête, au-dedans comme au-dehors, et la connaissance de son bienheureux sort lui fait très souvent goûter, au palais de son esprit, une grande allégresse divine, comme un cantique nouveau, toujours nouveau, empreint de joie et d’amour. » (Vive Flamme B 2, 33-36)

  • « Ô nuit bienheureuse »

Le croyant qui est parvenu à cet état d’union à Dieu est alors capable de se retourner et de saisir en un regard l’unité de sa vie et la Providence qui l’a conduit, à travers ombres et lumières, jusqu’à cet état de sainteté. Il peut relire le poème de Jean de la Croix Dans une nuit obscure envoyé dans l’introduction de cette retraite en ligne et reconnaître la transformation intérieure. Désormais, tout est pour lui devenu grâce car en toute chose, il discerne le passage de Dieu pour faire concourir tous les évènements à un plus grand bien. Même ses épreuves et les zones sombres de sa vie prennent un nouveau sens : l’âpre nuit, si éprouvante quand il la traversait, devient dorénavant dans sa bouche une « nuit bienheureuse », « plus aimable que l’aurore » car cette nuit l’a « guidé » jusqu’à aujourd’hui. Il chante le chant de l’Exultet de la vigile pascale de façon existentielle : « Ô nuit de vrai bonheur … » Il comprend « le pouvoir sanctifiant de cette nuit » qui transforme la mort en vie et la nuit en lumière. Il chante aussi le psaume 138 en relisant sa propre histoire sainte : « J’avais dit : ‘Les ténèbres m’écrasent !’, mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre et la nuit comme jour est lumière ! » (Ps 138, 11-12)

Celui qui perçoit en son cœur la divine flamme de l’Esprit ne regrette pas d’avoir osé « l’heureuse aventure » de cette sortie de nuit ; en suivant le Bien-Aimé dans la nuit, il s’est quitté lui-même. Il est devenu tout autre et ne se reconnaît plus dans ses mauvais penchants. Il ressemble désormais à celui qu’il a tant cherché, Jésus. La joie est parfaite et il nous faudra bien cinquante jours pour la célébrer et la laisser se répandre autour de nous.

Christ est vraiment ressuscité, alléluia ! Lumineux temps pascal à tous !

fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd (couvent d’Avon)

Il est maintenant temps de relire notre chemin et d'entrer dans la joie pascale. Exceptionnellement en ce temps de confinement et à l'occasion des 100 ans de notre couvent d'Avon, nous vous proposons ci-dessous de continuer à méditer chaque jour avec la joie de Pâques. Mais nous attendons vos témoignages dont nous vous enverrons une sélection lors de notre dernier message dimanche 19 avril, au terme de l'octave de Pâques.

L'équipe des retraites en ligne :
Frère Jean-Alexandre de Garidel, ocd (couvent d’Avon), le ­Carmel de Plappeville,
Dominique, Raphaëlle et Marie-Noëlle

 

Semaine Sainte

Le vrai Spirituel

« Il s'est anéanti lui-même. » (Ph 2,5-11)

Étrange semaine que celle qui commence... Au moment de l'entrée en carême, nous n'avions pas imaginé vivre la semaine sainte en étant privé des célébrations centrales pour notre foi. C'est rude. Et pourtant, il y a quelque chose à vivre à travers ces évènements : consentir à vivre ce qui nous est demandé avec le plus d'amour possible. C'est exactement ce que fait Jésus dans sa Passion. Cherchons donc à l'imiter de l'intérieur.
Jean de la Croix nous montre que c'est dans ce consentement par amour que Jésus réalise sa plus grande œuvre et nous sauve. Dans sa passivité apparente sur la croix, le Christ est déjà vainqueur par son obéissance au Père. "Le vrai spirituel" comprend ainsi que pour accéder au sommet du Mont Carmel, il faut s'abaisser très bas par amour. Descendons en silence avec Jésus cette semaine pour être élevés très haut dans sa résurrection !

Les frères vous seront particulièrement unis en ces jours saints. N'oubliez pas que vous pouvez toujours confier vos intentions aux sœurs du Carmel de Metz : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .
L'équipe des retraites en ligne.

Évangile : Passion du Seigneur (Mt 27,11-14.45-49)

« On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : ‘Es-tu le roi des Juifs ?’ Jésus déclara : ‘C’est toi qui le dis.’ Mais tandis que les chefs des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : ‘Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ?’ Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur étai très étonné. (…)
A partir de midi, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à trois heures. Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte ‘Eli, Eli, lama sabactani ?’, ce qui veut dire ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’ Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l’entendant : ‘Le voilà qui appelle le prophète Elie !’ Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres dirent : ‘Attends ! nous verrons bien si Elie va venir le sauver.’ Mais, Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. »

1. La méditation de la semaine : « Il s'est anéanti »

Jésus est entré à Jérusalem publiquement et les foules l’ont acclamé comme leur messie : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mt 21,9). Mais les foules sont versatiles et crieront quelques jours après à Pilate : « Crucifie-le ! » (Mt 27,22) Jésus devient l’objet d’un déchaînement de la violence humaine dans les cris et les coups. Le contraste est saisissant : face à la haine violente, il reste doux et il entre dans le silence.

  • Le silence parlant de Jésus

L’Agneau est désormais cerné par les loups voraces, ceux qui veulent sa mort par jalousie ou par cupidité. Et Jésus ne se défend pas. Il a choisi d’aller au bout dans la nuit terrible de Gethsémani et il ne reprendra pas la parole qu’il a donnée à son Père : « Non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt 26, 39) Il restera le Christ doux et humble de cœur face à des interlocuteurs qui ne comprennent pas. A commencer par Pilate qui « était très étonné » face à ce mystérieux prisonnier qui restait maître de lui-même et ne cherchait pas à sauver sa vie.

Le silence est souvent pour nous négatif : une absence de paroles, un vide proche du néant, un état absurde. Pourtant, il est ici lourd de sens : ce silence de Jésus dans sa Passion n’est pas une marque de fatalisme (‘ah quoi bon répondre, ils ont décidé ma perte’) ; il est un acte de communication au-delà des mots. Car comment la Parole de Dieu en personne peut-elle dire quelque chose dans un tel climat de haine et de soupçon ? Sa parole sera son agir ; et un agir paradoxal puisqu’il sera passif. Comme l’écrit Jean de la Croix, la plus grande action de Jésus sera sa passion. Il réalise sa plus grande œuvre au moment même où il semble le plus passif, sur la croix. Le silence de la Croix devient une parole qui traverse le temps et l’histoire. Il dénonce tous nos bavardages et nos paroles creuses ; tant de discours inutiles et nocifs pour nous mettre en avant, abaisser les autres, nous justifier, manipuler autrui, … Tout ce que nous entendons aussi autour de Jésus dans sa Passion. Mais Jésus se tait. Il avance résolument. Il renvoie Pilate à la responsabilité de sa parole, et nous avec : « C’est toi qui le dis. » ‘Assume ce que tu dis.’ Désormais, Jésus ne dira plus un mot aux hommes. Sa dernière parole sera un cri envers son Père, avec les mots du psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné. »

  • Le cœur tout déchiré par son amour

Jean de la Croix, si amoureux de Dieu, a profondément médité la Passion du Seigneur, notamment quand lui-même y communie lors de ses neuf mois de prison et de nuit intérieure dans le cachot du couvent des carmes de Tolède. [...]

  • Être un vrai ami de Jésus

Jean de la Croix comprend que la Passion d’amour de Jésus n’est pas un accident mais est la clef de lecture de l’existence du Seigneur. Toute la vie de Jésus s’intensifie dans une tension maximale qui va révéler la densité de son amour pour nous. Cela a forcément des conséquences pour notre vie spirituelle. Comme nous l’avons vu dans la 2ème semaine, Jean de la Croix affirme clairement que le chemin de la sainteté est un chemin d’imitation intérieure de Jésus. C’est une voie d’amour qui nous entraîne au bout de notre capacité de donner la vie. Mais cela suppose de vivre comme Jésus une forme de passion et de résurrection. Aussi Jean de la Croix montre-t-il que les obscurités de notre vie, ses épreuves, ne sont pas des choses absurdes mais peuvent être vécues comme des participations au mystère pascal du Christ...

Jésus a déjà vécu pour nous et avec nous toutes les épreuves qui jalonnent notre vie spirituelle. Si nous voulons être ses disciples, il nous faut donc l’imiter jusqu’au bout par amour. Car c’est au moment des difficultés que se révèlent les vrais amis. Voulons-nous vraiment être les amis de Jésus ? Ou le voulons-nous simplement quand cela nous fait plaisir et nous flatte ? L’amitié véritable suppose d’aimer l’ami et non de s’aimer nous-mêmes à travers le vécu de l’amitié. Cherchons-nous le Seigneur ou nous cherchons-nous plutôt en lui ? …
« On ne peut progresser qu’en imitant le Christ qui est le chemin, la vérité et la vie, et personne ne va au Père que par lui, selon ce qu’il dit lui-même en saint Jean (14, 6) ; et ailleurs il dit : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé (10, 9). De sorte que tout esprit qui chercherait douceurs et facilité et refuserait d’imiter le Christ, je ne le tiendrais pas pour bon.

Si j’ai dit que le Christ est le chemin, et que ce chemin c’est mourir à notre nature, tant sensible que spirituelle, c’est pour faire comprendre que ce sera à l’exemple du Christ, parce qu’il est notre exemple et notre lumière.
En ce qui concerne le domaine du sensible, il est vrai qu’il y mourut en esprit tout au long de sa vie et, corporellement, en sa mort. En effet, comme il l’a dit, il n’eut pas, pendant sa vie, où reposer sa tête (Mt 8, 20) et encore moins lors de sa mort.
En ce qui concerne le domaine spirituel, il est certain qu’au moment de sa mort son âme aussi se trouva anéantie, sans aucune consolation et sans aucun soulagement, le Père le laissant ainsi dans une sécheresse profonde, selon sa nature humaine. C’est pourquoi il en fut réduit à s’écrier : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27, 46). Ce fut le plus grand délaissement sensible de sa vie.

Dans ce délaissement, il fit la plus grande œuvre de toute sa vie, plus grande que tous les miracles et que toutes ses œuvres faites sur la terre et dans le ciel et qui fut de réconcilier et d’unir par grâce le genre humain avec Dieu. Et cela se réalisa juste au moment où ce Seigneur fut le plus totalement anéanti : quant à l’estime des hommes qui, le voyant mourir, se moquaient de lui sans l’avoir en la moindre estime ; quant à sa nature humaine que la mort anéantissait ; quant au secours et à la consolation spirituelle du Père puisque, à ce moment-là, il l’abandonna, le laissant ainsi anéanti et réduit à rien pour que soit totalement payée la dette et que l’homme s’unisse avec Dieu. [...]

  • Pour monter, il faut descendre !

Ainsi le « vrai spirituel » découvre que le chemin vers Dieu passe par un anéantissement de son moi égoïste (et non de son humanité !). Notre vieil homme doit passer par la mort pour que l’homme nouveau vive. La réduction au néant de notre moi égoïste ouvre l’accès au tout de Dieu. « Pour arriver à posséder tout, cherche à ne rien posséder. » (I MC 13, 11) Et nous découvrons alors que notre sainteté ne consistera pas dans le cumul d’actions héroïques mais dans le consentement à vivre ce qui nous est demandé avec le plus d’amour possible. Nous pensions que pour rejoindre le Seigneur il fallait monter toujours plus haut vers les sommets du Carmel ; et nous comprenons qu’il s’agit en fait de descendre toujours plus bas, pour rejoindre Jésus dans son abaissement d’amour. La 2ème lecture du Dimanche de la Passion nous l’a pourtant dit : « Il s’est anéanti lui-même. (…) Il s’abaissa plus encore. » (Ph 2,5-11) C’est en rejoignant Jésus dans sa « kénose », son anéantissement que nous serons finalement élevés et exaltés comme lui par le Père. Mais c’est Dieu qui s’occupera de notre élévation, pas nous ! C’est dans la mesure où nous sommes des enfants dociles, comme l’est le Christ, que nous participerons à sa glorification. « Qui s’abaissera sera élevé ! » (Mt 23,12) Jésus fut le premier. De nombreux saints l’ont suivi et attendent qu’on les rejoigne. Alors, en faisant nôtres les « sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2,5), entrons avec amour dans sa Passion pour, dans l’amitié, nous unir avec lui dans sa Résurrection. Sainte semaine à tous !

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2. Les trois pistes de mise en pratique de la semaine

  1. Je choisis un moment de ma semaine pour vivre un temps de silence avec Jésus
  2. Je prie avec le poème Le pastoureau en m’identifiant à la bergère
  3. Jusqu’où suis-je prêt(e) à aller pour vivre une amitié vraie avec le Fils de Dieu ? Est-ce que je désire être un « vrai spirituel » ?

3. Prier chaque jour de la semaine

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Cinquième Semaine

Revivre

« Seigneur, celui qui tu aimes est malade ». (Jn 11)

Nul doute que cette phrase résonne de façon particulière pour beaucoup d'entre nous : avec la propagation du virus Covid-19, nous sommes presque tous en lien avec une personne atteinte. Il est beau de voir Jésus qui pleure son ami Lazare dans l'évangile. Cela nous permet d'intensifier notre prière en communion avec le Seigneur qui nous comprend.
Jean de la Croix nous invite à nous ouvrir à l'espérance au-delà des souffrances traversées : nous recevons de Dieu autant que nous en espérons ! Le Christ qui est la Résurrection et la Vie peut tout transformer, même s'il nous semble que c'est la mort qui domine et impose sa loi. Pour expérimenter cela, Jean de la Croix nous parle d'une autre maladie, la "maladie d'amour" envers Dieu qui nous conduira à la vraie santé. Car "la santé de l'âme, c'est l'amour de Dieu." Avançons dans la confiance, avec courage, en communion de prière. (L'équipe des retraites en ligne)

Évangile : Résurrection de Lazare (Jn 11)

« En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était donc son frère Lazare qui était malade. Donc les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : “Seigneur, celui qui tu aimes est malade”. En apprenant cela, Jésus dit : “Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié.” […]
Marthe dit à Jésus : “Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.” Jésus lui dit : “Ton frère ressuscitera.” Marthe reprit : “Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour.” Jésus lui dit : “Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?” Elle répondit : “Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde.” »

1. La méditation de la semaine : « Seigneur, celui que tu aimes est malade »

La rencontre de Jésus avec l’aveugle nous a aidés dimanche dernier à méditer sur le mystère de la foi. Croire, c’est accepter de faire confiance à un Dieu que nous n’avons jamais vu mais qui se rend visible à nous par l’Eglise et le témoignage des apôtres ; c’est regarder la réalité autrement, avec plus de profondeur et de hauteur. Le chemin de la sainteté que nous imaginions prendre au début n’est peut-être pas celui que nous rencontrons aujourd’hui à la suite de Jésus. Il nous faut accepter de nous laisser conduire comme des aveugles là où nous ne savons pas … Seule la confiance rend possible cet acte d’abandon ! Mais il peut arriver aussi que nous nous trompions dans notre diagnostic et que nous dramatisions l’état de maladie de quelqu’un. Ainsi Marthe pense-t-elle qu’elle ne reverra plus son frère.

  • L’heureuse maladie d’amour

Lazare est malade et ses sœurs sont assez inquiètes pour faire prévenir Jésus. Mais celui-ci affirme : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Il pose un autre diagnostic sur l’état de Lazare : cette maladie ne conduit pas à la disparition de Lazare mais offre l’occasion de manifester la gloire de Dieu qui donne la vie. Dans un premier temps, ce sera la déception pour les sœurs car Lazare va bien mourir et être mis au tombeau. Mais Jésus va faire ce qu’il a dit. Et Marthe et Marie devront reconnaître leur erreur de diagnostic. Il peut ainsi arriver que nous appelions ‘maladie’ ce qui est ‘santé’, par exemple dans la vie spirituelle. Quand quelqu’un commence à s’engager dans sa foi et à vivre l’Evangile, des proches peuvent lui dire : ‘tu es devenu malade ; tu n’es pas bien !’ Ou comme sa famille l’a dit à Jésus : « Il a perdu la tête. » (Mc 3,21) D’après le monde, suivre Jésus, c’est tomber malade en se comportant étrangement ! D’après l’Evangile, suivre Jésus, c’est recouvrer la santé spirituelle ! Mais on peut aussi utiliser l’image de l’état amoureux. Ainsi Jean de la Croix dit-il que pour aller à Dieu, il faut gravir dix échelons de l’échelle d’amour et le premier consiste à devenir malade, mais malade d’amour […]

Jean de la Croix précise dans son Cantique spirituel la portée de cette maladie d’amour :
« La maladie d’amour n’a pas d’autre remède que la claire présence du Bien-Aimé, parce que le mal d’amour étant différent des autres maladies, son remède est différent aussi. (…) C’est que la santé de l’âme, c’est l’amour de Dieu et donc, tant qu’elle n’est pas accomplie en amour, elle ne jouit pas d’une parfaite santé et par conséquent, elle est malade, car la maladie n’est pas autre chose que le manque de santé. De sorte que si l’âme n’a aucun degré d’amour, elle est morte ; lorsqu’elle possède quelque degré d’amour de Dieu, si minime soit-il, elle est désormais vivante, quoique bien faible et malade à cause de son peu d’amour ; mais plus son amour augmentera, plus elle aura de santé et quand elle parviendra à l’amour parfait, elle jouira d’une pleine santé. » (Cantique spirituel B 11, 11)

  • Espérer la vie divine dès aujourd’hui 

Jésus se présente ici comme Celui qui est « la Résurrection et la Vie ». Avec lui, il n’y a plus d’impasse. Aucune situation douloureuse n’est définitive, pas même la mort. Mais pour cela, il faut croire et espérer : espérer au-delà de ce que nous pouvons comprendre et imaginer. L’espérance est une vertu théologale aussi importante que la foi et la charité. Jean de la Croix nous montre combien nous manquons d’espérance parce que nous enfermons l’avenir dans notre mémoire du passé. Nous imaginons ce qui va arriver à partir de ce que nous avons vécu d’agréable ou de désagréable. Si nous avons vécu des choses douloureuses, nous préférons ne rien attendre de l’avenir pour ne plus souffrir et ne pas être déçus. Dans la vie spirituelle, nous sommes menacés par le manque d’espérance, c’est-à-dire par le manque de disponibilité à l’inattendu. Comme si Dieu n’était pas assez puissant ou libre pour inventer, avec nous, un avenir autre que celui que nous pouvons échafauder ! Ainsi, nous lisons de beaux textes spirituels et nous pensons : ‘c’est magnifique mais ce n’est pas pour moi ; je n’en suis pas capable, ne rêvons pas !’. C’est la tentation de Marthe dans l’évangile quand Jésus lui demande : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Au lieu de dire : ‘Oui, Seigneur, je crois que tu peux ressusciter mon frère dès aujourd’hui’, elle fait une confession de foi ‘minimale’ : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Il en est de même pour nous : Dieu nous promet la vie éternelle dès aujourd’hui. Et nous disons poliment : ‘merci, mais je garde cela pour après ma mort’. Et ainsi, nous manquons de poser un acte d’espérance. Or dit Jean de la Croix, « au sujet de Dieu, plus l’âme espère, plus elle l’atteint. » (III MC 7,2) Nous recevrons de Dieu autant que nous en espérons !

Il est donc important de garder de grands désirs pour notre vie spirituelle et une espérance vive qui se dispose à recevoir les dons de Dieu les plus inattendus. Nous croyons au Dieu vivant qui ne peut donner que la vie et ce qui est bon. Et il veut le faire dès maintenant à travers les sacrements et la prière.

  • Comme du bois tout en feu
Pour exprimer ce processus de divinisation que Dieu nous offre, Jean de la Croix utilise une image qu’il développe dans la Nuit obscure et la Vive Flamme d’amour : celle du bois enflammé. Cette image est certainement celle qui rend le mieux compte de l’enseignement du Docteur mystique sur la pédagogie de Dieu. L’être humain est comparable à un morceau de bois. Il est destiné à participer de la vie de Dieu symbolisée par le feu. Le travail de l’Esprit-Saint est donc de transformer le bois de notre humanité en feu divin et cela se produit à travers différentes étapes, plus ou moins agréables, plus ou moins claires :

« Cette lumière divine, agit dans l’âme, en la purifiant et en la disposant pour se l’unir parfaitement, de la même manière que le feu agit sur le morceau de bois pour le transformer en soi. En effet, quand le feu matériel s’attaque au bois, il commence par le sécher, le débarrassant de son humidité en lui faisant pleurer l’eau qu’il contient. Ensuite, le feu le rend noir, terne et laid, et même malodorant ; le desséchant peu à peu, il met en évidence tous les éléments ternes et laids de ce bois qui lui sont contraires et il l’en débarrasse. Finalement, le feu se met à l’enflammer de l’extérieur, à le chauffer et il parvient à le transformer en soi, le rendant aussi beau que lui-même. Arrivé à ce point, le bois perd toutes ses propriétés actives et passives, excepté le poids et le volume plus importants que ceux du feu, et il possède en lui-même les propriétés actives du feu : il est sec et il assèche, il est chaud et il réchauffe, il est lumineux et il éclaire, il est beaucoup plus léger qu’avant car le feu a mis en lui ses propriétés et leurs effets.
Nous devons raisonner de la même manière en ce qui concerne le divin feu d’amour de la contemplation. Avant de s’unir à l’âme et de la transformer en soi, il la purifie d’abord de tous les éléments qui lui sont contraires ; il met en évidence ses laideurs, montre sa noirceur et ce qu’elle a de terne, et elle paraît ainsi pire qu’auparavant, plus laide et plus abominable que de coutume. En effet, cette purification supprime peu à peu toutes les tendances mauvaises et faussées que l’âme ne percevait pas tant elles étaient enracinées et ancrées ; c’est pourquoi elle ne savait pas qu’il y avait tant de mal en elle. Mais maintenant, afin d’extirper ses tendances et de les réduire à rien, on les lui met sous les yeux ; alors, éclairée par l’obscure lumière de la contemplation divine, elle les voit très clairement, bien qu’elle ne soit pas pire qu’avant, ni en elle-même, ni aux yeux de Dieu. Comme elle perçoit en elle ce qu’elle ne percevait pas avant, il lui semble évident qu’elle est bien ainsi, que non seulement elle n’est pas digne que Dieu la regarde, mais qu’elle mérite son aversion et que déjà il l’a en horreur.
Par cette comparaison du bois enflammé nous pouvons (…) comprendre comment cette lumière de Sagesse amoureuse qui doit s’unir à l’âme et la transformer est la même qui, au début, la purifie et la prépare, de même que le feu qui transforme en soi le bois en s’incorporant à lui est celui-là même qui, au début, l’a préparé pour cela
. » (II Nuit obscure 10, 1-3)

Notre chemin de vie consiste ainsi en une transformation intérieure parfois agréable, parfois douloureuse qui nous conforme à Jésus jusque dans ses sentiments profonds. Au début, le Seigneur nous séduit par des grâces sensibles dans la prière, comme le feu réchauffe le bois et le caresse. Puis vient un travail plus profond et intérieur qui ressemble parfois à une opération chirurgicale pour mettre à mort notre vieil homme et donner vie à l’homme nouveau. Dieu fait l’essentiel du travail mais nous devons y consentir et y collaborer à notre mesure.
Vivre à plein, c’est laisser Dieu nous transformer et nous redonner vie comme Lazare. Ce n’est pas encore la résurrection mais un avant-goût. D’ailleurs, ne nous y trompons pas : Jésus ne ‘ressuscite’ pas Lazare car Lazare mourra plus tard, comme nous. Mais c’est un signe qui annonce sa future résurrection, et la nôtre avec ! Alors, offrons-nous cette semaine à la flamme de l’Esprit-Saint qui nous rendra plus vivants !
fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd (couvent d’Avon)

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2. Les trois pistes de mise en pratique de la semaine

  1. Je prie avec plus de ferveur pour les personnes atteintes par le virus Covid-19 et pour ceux qui les soignent.
  2. Quel acte d’espérance pourrais-je poser cette semaine ?
  3. Je pourrais essayer de prier devant un feu de cheminée ou avec l’image d’une bûche enflammée…

3. Prier chaque jour de la semaine

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