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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

J.François est né en 1939, et a été ordonné en 1965 à St Martin de Pau.

Son père était originaire de St Palais, sa mère a été cofondatrice de « l'Association des Veuves civiles du Béarn ».

- Jean-François a été longtemps professeur au collège Saint-Joseph d'Oloron

- aumônier au collège et lycée de Nay

- curé de Serres-Castet

- curé de Coarraze avant d’être 

- auxiliaire à la paroisse de la Sainte Famille de Pau où il resté 6 ans.

- puis il a été résident à l’Ehpad Sainte-Marie de Pau, rue Péboué.

Il s’est investi pleinement dans sa mission, en particulier auprès des divorcés remariés et dans l'accompagnement spirituel de toute autre personne comme celles du Mouvement Chrétien des Retraités, car il était dans l'esprit du Concile Vatican II.

Lundi 17 août 2020 n l'église Sainte Bernadette

Certains de ceux qui l'ont accompagné et apprécié pendant sa vie n'ont pu être là ce jour-là, mais leurs témoignages et leurs mercis ont rempli le livre des condoléances lors d'une dernière visite dans sa chambre des Pompes Funèbres Générales.

C'est l'abbé Jean Casanave, qui l'a bien connu, qui a retracé, lors des obsèques, la personnalité peu banale et entière du père Jean-François, soulignant aussi sa volonté de vivre à fond sa vocation sacerdotale... (texte imprimable en PDF)

Jean François Barthaburu

Frères et sœurs vous me pardonnerez si mes propos prennent un accent très personnel mais ce qui paraît parfois intime et incommunicable rejoint souvent ce qui nous est le plus commun.

Plus de 50 ans d’affrontements virils, de discussions passionnées souvent houleuses et toujours compliquées. Si j’ai accepté de prendre la parole devant Jean-François, ce n’est pas parce que je ne crains plus d’essuyer une rebuffade de sa part mais parce que j’ai une dette envers lui : La dette d’un ultime signe de fraternité.

Jean-François ou l’inlassable sondeur des complexités de la vie des hommes, ses frères.

Nous l’appelions Jef. Il aimait les débats. 1968 à Toulouse ; assidu des assemblées générales et des prises de paroles, du collage des affiches et de la distribution des tracts. C’était le temps ou l’on défaisait et refaisait l’université française trois fois par jour. Jef, le citadin, habitué à la foule, s’aventurait, comme Simon Pierre, sans peur aucune, sur les eaux tumultueuses du lac déchaîné. Rattrapé par mes gènes terriens, je m’étais accordé une brève escapade pour retrouver la permanence des choses et la paix des champs. Il m’a souvent reproché ce qu’il considérait comme un abandon de poste.

L’homme était entier. Pas de compromis au risque de la compromission. Là encore, il s’était senti trahi quand avec quelques camarades nous avions présenté une liste en vue des élections universitaires. Pas de pacte avec le mal embusqué dans ses retranchements.

Jean-François prenait, petit à petit, les traits de ces fulgurants prophètes de la première Alliance. Ceux-ci élevaient la voix parce qu’ils étaient d’abord des voyants à la manière de Jérémie, le guetteur. « Heureux les serviteurs que le maître trouvera en train de veiller ». Veilleur scrupuleux, il ne laissait rien passer de tout ce qui pouvait faire obstacle à l’Esprit et de tout ce qui pouvait favoriser son action. Descendu de son poste de vigie, il lui arrivait de faire une lecture spirituelle lumineuse des évènements vécus souvent dans la confusion.


Pêcheurs de haute mer ou des rivages rassurants, nos différentes approches ne nous empêchaient pas de le suivre dans une salle de sport où il excellait à donner le rythme du rameur et où, revêtu de son maillot de marin, il haranguait les piètres matelots que nous étions. Plus tard, il s’éclatera sur le lac de Sanguinet avec des équipiers plus expérimentés.


Il était précis. Rien ne valait un texte dûment voté et paraphé. On ne passait jamais au b tant que les arcanes du a n’étaient pas épuisées.

Précis et rigoureux. Curieusement, il ne plaisantait pas avec le protocole et le droit. Lors d’une visite pastorale à Serres Castets, il remit le vicaire épiscopal que j’étais à sa place c’est-à-dire à côté de l’Évêque. Pas question de fuir ses responsabilités ou de les diluer dans la foule. Curé de paroisse, il ne laissait rien au hasard.


Le prêtre, qu’il restait toujours, exultait quand il constatait que les promesses de Vatican II fleurissaient ici ou là. Il se désolait et enrageait quand on voulait réduire ce Concile à une simple répétition des assemblées précédentes. On pardonnait ses exigences parfois excessives car, en fait, elles trahissaient chez lui un besoin constant de s’ajuster lui-même à sa propre foi et à sa mission sacerdotale. Il se savait consacré entièrement par le Christ à l’œuvre du Père et cette consécration le brûlait. « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même ». Conforté par les paroles du Pape François, le cléricalisme lui était insupportable. Mais il était assez lucide pour savoir que nous avons tous goûté à ce poison. Et c’est pourquoi, autant il pouvait pourfendre les déficiences de ce qu’il appelait l’Institution , autant il faisait preuve de mesure, de compréhension et d’empathie dans l’accompagnement de ses frères chrétiens et en particulier de ceux et celles qui avaient connu une rupture conjugale.


Toutes ces arêtes vives de son personnage n’entament en rien cependant la fraternité en profondeur que nous ressentons tous en ce moment et dont notre présence est le signe. Cette fraternité qui se fortifie dans les affrontements vrais et les oppositions fécondes, qui ne se résout jamais à la défaite, qui se remet en jeu constamment, cette fraternité-là vient d’ailleurs.

Et voilà que Jef est tombé lourdement sur le carrelage de notre maison alors que j’avais le dos tourné : malaise vagal. Cet avertissement n’a pas entamé sa détermination à chercher encore et encore comment l’Eglise pouvait mieux répondre aux aspirations de nos contemporains. Par la suite, il a dû faire l’expérience douloureuse de la fragilité, du handicap de la parole et de la marche. Expérience de la finitude qui nous dit à la fois le dérisoire de nos combats et l’extrême utilité d’avoir été ce que nous sommes, là où nous étions.


« Jean-François, tu sais maintenant combien la réalité du Royaume de Dieu dépasse tout ce que nous pouvons en dire ou penser, toutes nos options, opinions, affirmations et surtout nos prétentions à savoir. Tous, ici, parvenus, un jour, à la porte du Royaume, nous aurons besoin d’un avocat convaincant, rompu à la recherche des circonstances atténuantes, pour plaider la cause des pécheurs que nous sommes. Avec Marie, implore pour nous la miséricorde divine, comme nous le faisons pour toi ».

Jean Casanave – 17 août 2020 – Eglise Sainte Bernadette

Message d'un paroissien - 16/08/2020

Nombreux sont ceux rencontrés ou joints au téléphone qui partagent notre émotion à la disparition de cet ami commun et lui rendent hommage. Voici, ma contribution personnelle :

À Jean-François.

De Vatican 2 au pape François, tel est, pour reprendre le sous-titre d’un livre dont tu connaissais le groupe d’auteurs prêtres et laïcs, le témoignage que tu laisses auprès de ceux que tu as accompagnés dans les dix à quinze dernières années de ton ministère.

Une attitude d’écoute et de silence. Des silences ponctués de quelques phrases bien pesées et de références bibliques.

Un engagement pour ces orientations de Vatican 2 dont tu regrettais qu’elles soient parfois oubliées aujourd’hui.
Un soutien permanent à la pensée du Pape François que tu savais approfondir et commenter.