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PAROISSE SAINTE FAMILLE de PAU

 

 

Premier Jour : en marche avec Abraham « le nomade de l'amour »

Extraits :

« Ok, je marche ! » dit Abraham. Pas question de rester assis à son âge. Il a trois quart de siècle et toujours aussi soif d’aventures et de découvertes, un désir irrésistible de prendre la route et le voilà, une fois de plus, parti vers l’inconnu. Certains sont vieux à vingt ans, ils ont tout vu, tout entendu, ils ne pensent qu’à s’installer, à consommer et à jouir. Abraham, à soixante-quinze ans, est toujours prêt pour un nouveau départ.
Abraham part …
Il était pourtant heureux avec sa famille, sur les rives verdoyantes du fleuve Euphrate, du côté de Haran. Ses affaires prospéraient et il aurait pu être tenté de s’installer. Son père, qui avait aussi une âme de nomade, l’avait obligé à faire huit cents kilomètres à pied à travers le désert de Syrie pour quitter Ur en Chaldée où il était né. Peut-être cette migration avait-elle été rendue nécessaire pour des raisons politiques ou économiques : guerre ou famine. Mais trouverait-il mieux ailleurs ? Pourquoi toujours partir ?
C’est que Dieu était entré dans sa vie. Comment Abraham l’avait-il entendu ? Cela restera son secret. Mais la voix était ferme et précise, et elle disait : « Pars ! » Et Abraham partit.

Prière de pèlerinage

O Dieu qui as fait partir Abraham de son pays
Et l’as gardé sain et sauf à travers ses voyages,
Accorde à tes enfants la même protection.
Soutiens-nous dans les dangers et allège nos marches.
Sois-nous une ombre contre le soleil,
Un manteau contre la pluie et le froid.
Porte-nous dans nos fatigues et défends-nous contre tout péril.
Sois le bâton qui évite les chutes
Et le port qui accueille les naufragés :
Ainsi guidés par Toi, nous atteindrons avec certitude notre but
Et reviendrons sains et saufs à la maison.

Abraham ne savait pas encore où Dieu le conduirait, mais il faisait confiance.
Avec lui, la vie, ça promet !...

Dieu lui avait fait une Promesse « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 2-3) ».

« Ok, je marche ! » dit Abraham. En disant je marche, il disait je crois. Il disait sa foi avec ses pieds. Il faisait confiance à cette voix intérieure qui l’invitait à prendre la route. En sortant de lui, il se trouvait lui-même. En marchant vers Dieu, il marchait vers sa terre. Dieu et l’homme ne sont pas concurrents mais alliés. Avec ses pieds, Abraham disait sa foi en cette alliance.
Textes : Genèse (12, 1-9) et Évangile selon Saint Jean (8, 30-59)

Mais quand on part, « Qu'emporter avec soi ? Tout soi-même et rien de moins (...) En partant, il faut mettre sur son âne tout ce qu'on possède et partir avec tout ce qu'on est, il faut tout prendre, les grandeurs et les faiblesses, le passé de péché, les grandes espérances, les tendances les plus basses et les plus violentes, tout, tout, car tout doit passer par le feu. Tout doit être finalement intégré pour faire un être humain capable d'entrer corps et âme dans la connaissance de Dieu (...) Dieu veut devant lui un être réel qui sache pleurer, crier sous l'effet de sa grâce purifiante... » P. Yves RAGUIN, « Chemins de la contemplation », Col. Christus N° 29, p. 28-30

Nous voilà partis nous aussi pour une aventure de la foi... avec quelques imprévus.

Oui, 1er Jour avec Abraham et avec une joyeuse équipe de prêtres : André, Louis et Benoît,
(ici accompagnés par Pierre) presque 3 générations, mais tous aussi jeunes d'esprit qu'Abraham !

 

  
La très belle chapelle funéraire, romane, d'Eunate.

Première ville étape : Puente La Reina, point de départ du "Camino Francès"
marqué par ce grand pèlerin

Et pendant que les "éclaireurs" visitent la ville et ses merveilles,
les "marcheurs" montent à l'ermitage Nuestra Señora de Arnotegui (≈ 200m de dénivelé !)

 
Hélas, l'ermite est absent ou... en prière...

En 2007 et 2010, lors de camps avec des jeunes, nous avions eu la chance de le rencontrer et il nous avait raconté l'histoire, liée au pèlerinage, qui s'était passée à Obanos, qui est à l'origine de l'ermitage et qui en décore les murs.

 

Puis tout le monde se retrouve pour les vêpres devant le "Christ en Gloire"

Deuxième Jour : dans le désert avec Moïse

Mais avant le désert, arrêt à Santo-Domingo de la Calzada pour les Laudes chantées...

... pas que par nous !!! (Encore une légende du Chemin, représentée sur cette mosaïque de la crypte)

Moïse (extraits)

Que de titres ! Élu de Dieu, prophète, médiateur de Dieu, libérateur, législateur… mais aussi « Homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3)
La Bible est avare de détails sur la personnalité de Moïse, mais elle permet de reconnaître en lui un homme doté d'une grande autorité, à la fois profondément bon et épris de justice, courageux, mais également doué d'une grande humilité et dénué de toute ambition personnelle. Ces vertus le prédisposent au rôle de messager de Dieu auprès des hommes. Moïse occupe une place à part dans la Bible, parce que deux dimensions généralement dissociées se rencontrent en lui, l'une politique et l'autre religieuse : il est fondateur à la fois d'un peuple et d'une religion. (...)

Pour les traditions monothéistes juive et chrétienne, Moïse est l'auteur sous inspiration divine du Pentateuque, ces cinq livres qui constituent la Torah juive et qui sont appelés « Loi de Moïse » dans ces deux religions. Moïse y apparaît comme le prophète et le guide qui conduit le peuple hébreu hors d'Égypte, où il vivait dans la servitude. Il est le premier personnage à être nommé « Homme de Dieu » dans la Bible.

« Le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme on se parle d’homme à homme » (Ex 33, 11) C'est ce qui se passe quand le Seigneur lui demande de monter vers lui sur la montagne (SinaÏ) afin de lui donner « les tables de pierre » : la Loi, le commandement à enseigner et à respecter pour que ne soit pas rompue son Alliance avec le Peuple. Après avoir vu sa gloire dans la nuée, Moïse y resta 40 jours et 40 nuits (Ex 24, 12-18) Il y reçu toutes les instructions pour organiser le culte à Dieu (Arche…) (...)

Mais le désert est le lieu de l'épreuve, des tentations, mais aussi d'une présence...
pour Moïse et son Peuple pendant 40 ans (Exode 32*), pour Jésus et pour nous-mêmes

(*Un bel épisode où l'on voit ce face à face quand Dieu se met en colère contre le Peuple (Veau d'or), et Moïse qui essaie de l'apaiser, avant de se mettre lui-même en colère... et finalement demande à Dieu « Hélas ! Ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait des dieux en or. Ah, si tu voulais enlever leur péché ! Ou alors, efface-moi de ton livre, celui que tu as écrit. »)

Dans le désert, l’homme se sent démuni, petit, vulnérable, il perd ses repères. Or le désert n’est pas qu’un lieu, il désigne aussi toutes ces expériences qui nous mettent à l’épreuve de nos limites, de nos échecs, de notre pauvreté, de notre finalité, ces moments nommés parfois « traversée du désert ». Ce désert peut faire peur, nous révolter, d’où la tentation de le fuir, d’aller vers de fausses issues qui donnent l’illusion de pouvoir être délivré de l’épreuve du manque…
Mais notre vulnérabilité fait partie de notre condition humaine, donc pour nous, croyants, dans le désert, retentit l’invitation à accueillir et rencontrer dans la prière, au creux de ces manques, la présence de notre Dieu, ce Dieu d’Amour miséricordieux.

- Le désert est devenu pour le peuple hébreu l’espace-temps de la conversion au Dieu de l’Alliance. Lui, « à la nuque si raide », il a dû apprendre à se laisser construire par Dieu. Appelé à entrer dans une relation de pleine confiance avec lui, à travers sa soif d’eau et sa faim dans le désert, une autre faim et soif est née : celle de la vie même de Dieu. Donc, au lieu de signer la fin du Peuple de Dieu, les temps de désert puis d’exil à Babylone vont provoquer en lui un extraordinaire renouvellement, à tel point que c’est à cette époque que seront écrits le plus grand nombre et les plus célèbres pages de la Bible.

- Quant à Jésus, nouveau Moïse dans le désert des tentations, en réponse à sa faim pendant 40 jours, il médite, empli de l’Esprit Saint, la Parole de Dieu qu’il va opposer à l’interprétation du diable : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Mt 4,4). Il suivra l’Écriture jusqu’au don de sa vie, pour nous donner la Vie.

- Dans le désert du Carême, nous avons, nous aussi, été appelés à creuser notre faim de Dieu, à nous renouveler en le rencontrant : « Convertissez-vous et croyez en l’Evangile » (Mc 1, 15). Dans la traversée des déserts de nos vies, choisir de vivre selon la Parole de Dieu est chemin d’espérance, passage de la mort à la Vie. Le désert : une mort à soi-même pour mieux renaître. (...)

Alors chacun des deux groupes du pèlerinage a été invité à vivre un temps de désert :
une invitation à 3 rencontres : avec les autres, avec soi-même et avec le Seigneur
sur le Plateau de Castille où les "éclaireurs" ont pu le vivre dans le beau village d'Hontanas,

avec son petit oratoire, son église et son coin prière, lieu de passage de milliers de pèlerins

 

Pour les "marcheur" : 11 km dont 10,5 sans voir l'arrivée qui est au creux du plateau !
Donc une impression de "désert" au milieu des blés...

 
Des rencontres... dans un petit jardin au milieu de l'immensité des champs de blé ; des pèlerins...


Temps de prière avant de repartir en solitaire pour un temps de désert personnel...

Vers l'inconnu... Puis enfin voilà le village !

Messe à Hontanas avec d'autres pèlerins français. Évangile (Mc 6, 30-33) Jésus dit à ses apôtres :
« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. »

Et pour terminer ce riche après-midi visite de la Cathédrale de Burgos. Tout petit aperçu :

Avec le privilège d'une interprétation d'un passage du Cid en soirée !!!... Avant les Complies.

 

Troisième Jour : marcher à la suite des "grands" prophètes Isaïe,
Jérémie, Ézéchiel et Daniel et du "petit" prophète Michée.

Cantique de Jérémie (31, 10. 11-12ab. 13)

Refrain: Il est l'agneau et le pasteur, Il est le roi, le serviteur !

Écoutez, nations, la parole du Seigneur !
Annoncez dans les îles lointaines :
« Celui qui dispersa Israël le rassemble,
il le garde, comme un berger son troupeau. R

« Le Seigneur a libéré Jacob,
l’a racheté des mains d’un plus fort.
Ils viennent, criant de joie, sur les hauteurs de Sion :
ils affluent vers les biens du Seigneur. R

« La jeune fille se réjouit, elle danse ;
jeunes gens, vieilles gens, tous ensemble !
Je change leur deuil en joie,
les réjouis, les console après la peine. »

Mais avant de parler de Michée, visite de la cathédrale de Léon
 de ses sculptures dans la pierre ou dans le bois et de ces magnifiques et nombreux vitraux.

La météo s'annonçait mauvaise mais nous avons eu beaucoup de chance

  


Des vitraux parfois sur 3 hauteurs et en continue sur 3 côtés de la cathédrale,
au point qu'à une époque, il y a eu la peur qu'elle s'écroule, d'où la reconstruire ou la consolider !

Sur la route qui mène au lieu le plus haut du Chemin, la célèbre Croix de Fer, Cruz de Hero,
lieu chargé de l'histoire de milliers de pèlerins, nous faisons la connaissance de Michée, avec Benoît.

Tout d'abord une Parole : lecture du livre de Michée (6, 6-5)

« Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ?, demande le peuple. Comment m’incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocaustes ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ? Donnerai-je mon fils aîné pour prix de ma révolte, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ?
– Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »

(Extraits) Mais qui est ce Michée qui répond à cette question ? Son nom, Michée ou Michel ou Michaël, est lui-même une question : « Qui est comme Dieu ? » On sait qu'il vient d'un petit village au sud-ouest de Jérusalem, Moreshet-Gat, dans une région frontière qui a beaucoup souffert des massacres de la guerre, avec les deux grandes nations voisines, l'Assyrie et Babylone. C'est un prophète, un porte-parole de Dieu, il a vécu au 8e siècle avant Jésus-Christ, et est contemporain d'Amos et d'Osée.

Il fut des temps où l'on croyait que des sacrifices humains pouvaient satisfaire ou apaiser la divinité ! Or YHWH n'est pas une "divinité", Il est Celui qui vint au devant d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, en leur parlant comme à des amis (Gn 18, 17-18), qui se fit nomade en Égypte, affronta Pharaon, ouvrit la mer et scella alliance avec Israël. Il est Celui qui affirme avec vigueur, par la bouche du prophète Osée : « C'est la miséricorde, la loyauté, la tendresse que je veux ! C'est l'amour qui me plait et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes ! » Mais oublier les idoles et le « Je te donne pour que tu me donnes » prend qu temps... Comment l'homme peut-il marchander la miséricorde de Dieu ? Et la Bible ouvre la brèche d'une révélation, pour sauver l'homme de ce marché impossible auquel il serait toujours tristement perdant.
Dieu montre son amour, le peuple répond par des pratiques rituelles ; Michée donne une liste  d'actes liturgiques... Mais d'où vient cette pensée que l'homme peut apaiser la colère de Dieu par des sacrifices sanglants ? Comment tombons-nous sans la culpabilité, sans entendre l'appel à la conversion ? Alors le Seigneur répond, par l'intermédiaire de son prophète, non pour condamner mais pour lancer un dernier appel à la conversion morale, à la fidélité de toute la vie.

Donc, face à l'homme venu crier son angoisse, Michée a dès lors peut-être la parole la plus lumineuse pour dire l'attitude attendue par Dieu de la part de celui qui désire le suivre. Il affirme en langage extrêmement humain, avec des mots d'une clarté limpide et d'une simplicité étonnante, ce que Dieu attend de l'homme, exigence à la fois simple et radicale : « On t'a fait savoir, ô homme, ce qui est bien ! », autrement dit, comme disait Jésus au jeune homme riche qui voulait obtenir la vie éternelle, « tu connais les commandements », « Tu sais ce qui est bien ». « Rien d'autre que ». L'essentiel tient en trois verbes d'action :
Pratiquer la justice.
Aimer la miséricorde, ou plus précisément la fidélité. Le mot hesed, que l'on peut traduire par bonté, loyauté, fidélité. 
Marcher humblement avec ton Dieu. 

Or cette question du Livre de Michée (Mi 6, 6-7) :  « Avec quoi dois-je me présenter devant le Seigneur ? » est une vraie question que chacun de nous peut se poser aujourd'hui. Seigneur, qu'attends-tu de moi ? Que veux-tu que je fasse ? Comment veux-tu que je me présente devant toi ?...

Toutes ces invitations des "grands" prophètes et du "petit" prophète Michée, entendues dans le car, nous les avons mises dans les mains du Seigneur lors de l'Eucharistie célébrée à côté de la croix et de la petite chapelle.

Mais avant, petite marche vers la Croix de Fer, au milieu des bruyères en fleur

La Croix de fer où le pèlerin déposait une pierre, symbole de ses péchés
mais où, actuellement, chacun dépose un souvenir...

ou, pour certains pèlerins, un objet, un symbole de la raison qui les fait marcher...
"No war" sur le drapeau de l'Ukraine.

 

Après le soleil, la pluie ne s'est manifestée que lorsque nous étions dans le car...
Vêpres à Ô Cebreiro, haut lieu du Chemin en raison d'un miracle eucharistique au XIVe siècle.

Quatrième Jour : Jésus marche...

et Il nous met en marche...

Dans les Évangiles, le nombre de verbes de mouvement est impressionnant : aller, venir, marcher, sortir, entrer, monter, descendre, se rendre, faire route…
Marcher : 36 fois dans les évangiles ! et 22 fois le mot route…
Mais la marche de Jésus n’est pas une errance. Et nous aussi, il nous met en marche.

Jésus marche...

On voit plusieurs aspects de la marche de Jésus :
- Il marche pour trouver un endroit tranquille où prier. C’est dans la solitude qu’il peut être en tête à tête avec le Père.
- Il marche pour échapper à ceux qui voudraient le retenir, le garder pour eux. A Capharnaüm, où il a prêché et guéri des malades, il est connu, il loge dans la maison de Pierre. En somme, à Capharnaüm, son succès est assuré. Mais ce n’est ni le confort d’une vie sédentaire, ni le succès personnel qu’il cherche.
- Il marche pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle du salut.  « Le Royaume de Dieu est proche, repentez-vous et croyez à la Bonne nouvelle ». ( Mc 1, 15) . C’est le sens de sa prédication itinérante.  Plus tard on le verra même dans des régions non juives, au-delà du Jourdain, à Tyr, en Samarie et bien sûr en Judée.
La marche de Jésus est toute entière tournée vers le Père. Jésus est tout entier au service du Père.

Lc 9, 51 «  Or, comme approchait le temps où il devait être enlevé de ce monde, il prit résolument le chemin de Jérusalem »
Ici, il n’est plus question ni de prière ni de prédication. C’est vers la confrontation avec les autorités juives que marche Jésus. Jésus a déjà, par deux fois, annoncé sa passion à ses disciples qui n’ont pas compris Lc 9, 22 : « Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être mis à mort et le 3°jour, ressusciter. »

C’est vers cela que Jésus « marche résolument ». Rester en Galilée eut été plus tranquille. Mais il faut aussi annoncer la Bonne Nouvelle à Jérusalem, cœur de la vie religieuse des juifs. Même si Jésus sait que son message ne sera pas bien reçu des autorités en place, dont Jésus bouscule les certitudes, la bonne conscience, le pouvoir. Jésus, par fidélité au Père, va se confronter à ceux qui ne bougent pas, à ceux qui sont installés. Figés dans leur immobilisme confortable, dans leur suffisance, ils n’attendent plus rien, ils veulent surtout que rien ne change. Pour eux le pouvoir est justifié par le savoir, l’application littérale et rigoureuse de la Loi. A Jérusalem ils ne vivent pas au service du Seigneur, ils sont trop occupés à se servir eux-mêmes grâce au Temple.

A Jérusalem, Jésus, lui, va vivre jusqu’au bout l’Amour du Père.
C’est là que se passera le seul moment où Jésus ne marche pas : Il entre à Jérusalem « monté sur un âne ». Mais c’est là aussi qu’aura lieu sa dernière marche, la montée au calvaire.

Jésus nous met en marche...

Nous avons déjà vu, en Mc 1,36, Simon-Pierre qui part à la recherche de Jésus. Chercher Jésus, mais pourquoi ? Simon voudrait le faire revenir à Capharnaüm, l’y installer, l’avoir chez lui, se sentir bien avec lui. Cette tentation, bien compréhensible, c’est tout de même celle de l’immobilisme : rester dans ce qu’on connaît, dans ce qui nous va, dans le « c’était mieux avant », dans le « on s’installe là où on est bien».
Cette tentation de faire durer l’instant merveilleux, Pierre la revivra lors de la Transfiguration, quand il veut faire 3 tentes.
C’est la tentation de tout chrétien et celle de L’Église. Mais Jésus nous dit « Allons ailleurs ». On ne cherche pas Jésus pour le garder, pour en profiter, pour s’en satisfaire. Il nous met en marche.

Alors, comme ses disciples, nous le suivons. Attention tout de même à la marche machinale, car là aussi il y a un risque.
Mc 9, 33 « De quoi discutiez-vous en chemin ? Eux se taisaient, car ils avaient discuté en chemin qui était le plus grand » Ils avaient perdu de vue la raison de leur marche : Pourquoi suivaient-ils Jésus ? Si c’est pour eux-mêmes, ils ont tout faux. C’est une 2° tentation de tout chrétien, et de l’Église.
Jésus les reprend, leur redonne leur feuille de route : servir les autres, servir le Père.
Et les disciples reprennent leur marche. Sans cesse nous avons besoin d’être corrigés par Jésus.

Jésus nous envoie en mission
Dans l’évangile de Luc, Jésus envoie d’abord les 12, puis les 72 disciples pour préparer son arrivée dans les villages.
En Mat 28, 19-20, c’est l’envoi final : Jésus ressuscité apparaît aux disciples en Galilée : «  Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde »

Jésus nous met en route, l’annonce est universelle. L’annonce a deux facettes :
- croire, c’est ce qui conduit au baptême
- observer tout…c’est le commandement de l’amour.
La mission repose désormais sur les apôtres, elle repose sur nous. Tâche écrasante ? Mais nous ne sommes pas seuls, Jésus nous accompagne à chaque instant ! A nous de ne pas l’oublier, parfois en croyant que nous faisons cela par nos seules forces, ou d’autres fois en désespérant de ne pas y arriver. C’est une 3° tentation, pour tout chrétien et pour l’Église.

Jésus nous a rejoints, il a marché avec nous. Il nous a dit « je suis le chemin, la vérité, la vie ». Maintenant il nous envoie. Comme aux paralytiques de Capharnaüm et de Bézatha, il nous dit « lève-toi et marche ».

DIEU SEUL

Dieu seul peut donner la foi,
Mais tu peux donner ton témoignage.

Dieu seul peut donner l’espérance,
Mais tu peux rendre confiance à tes frères.

Dieu seul peut donner l’amour
Mais tu peux apprendre à l’autre à aimer.

Dieu seul peut donner la paix,
Mais tu peux semer l’union.

Dieu seul peut donner la force,
Mais tu peux soutenir un découragé.

Dieu seul est le chemin,
Mais tu peux l’indiquer aux autres.

Dieu seul est la lumière,
Mais tu peux la faire briller aux yeux de tous.

Dieu seul est la vie,
Mais tu peux rendre aux autres le désir de vivre.

Dieu seul peut faire ce qui paraît impossible,
Mais tu pourras faire le possible.

Dieu seul se suffit à Lui-même
Mais il préfère compter sur toi.

Méditation de saint Augustin (d'après Adalbert-Gautier Hamman) :

« L'homme, avant de croire au Christ, n'est pas en route, disait saint Augustin. Il erre, il cherche sa patrie mais il ne la connaît pas. Que veut dire : il cherche sa patrie ? Il recherche le repos, il cherche le bonheur. Demande à un homme s'il veut être heureux, il te répondra affirmativement sans hésiter. Le bonheur est le but de toutes nos existences. Mais où est la route, où trouver le bonheur, voilà ce que les hommes ignorent. Ils errent.
Errer est déjà une recherche. Mais le Christ nous a remis sur la bonne route : en devenant ses fidèles par la foi, nous ne sommes pas encore parvenus à la patrie, mais nous marchons déjà sur la route qui y mène. L'amour de Dieu, l'amour du prochain sont comme les pas que nous faisons sur cette route. »

En attendant, comme les milliers de pèlerins, avançons vers le Monte del Gozo, lieu duquel l'on voit
pour la première fois les flèches de la cathédrale Saint Jacques de Compostelle.

Après les Laudes, nous voilà partis à la recherche du sommet où avait été érigé ce monument pour commémorer les premières JMJ, hors de Rome, avec Jean-Paul II et 500 000 jeunes, en 1986. Mais difficile de trouver ce haut monument car il a été remplacé par un monument "en creux" !...


sur lequel, nous avons célébré l'Eucharistie, face aux flèches qui jouaient avec le soleil et les nuages.

 

 Un beau moment malgré le froid où les textes (Is 61, 1-3), Ps 25(24) etl’Évangile de la Résurrection
(Mt 28, 1-2. 5-8. 16-20) ont été l'occasion d'un partage en petits groupes et d'une invitation :

« Chacun pourra réfléchir à des moments de sa vie où il s'est mis en marche, et qu'est-ce qui se passe
 quand je me mets en marche, entre mes doutes, mes espoirs, mes craintes, mes joies ?
Que Devrait me donner l'assurance que Jésus est toujours avec moi ?
Quels sont les obstacles à ma conscience de sa présence à mes côtés ?
Qu'est-ce qui me permet au contraire d'en rester conscient ? »

Heureusement, le soleil est venu nous réchauffer lors du pique-nique

Nous voilà enfin devant la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, but de notre pèlerinage
où nous retrouvons déjà beaucoup de pèlerins pour cette période de l'année

 
Il y a ceux qui ont beaucoup marché... et ceux qui ont fait les derniers kilomètres comme ces jeunes.

Après un temps de prière dans un petit coin de l'immense place, visite guidée, extérieur et intérieur


Sur cette place, chose étonnante et rare : des saints souriants, dont Saint Jacques et saint Pierre...
puis derrière la cathédrale nous rentrons par la Porte sainte qui n'est ouverte que les années saintes,
années où la fête de saint Jacques est un dimanche (2021 annulée Covid) reportée à cette année 2022


Le transept et les explication de notre jeune guide, l'immense encensoir et la châsse de Saint-Jacques

Dernier soir où notre sympathique Franck nous offre l'apéritif au nom de sa société de car

Cinquième et dernier Jour : le retour...

comme les pèlerins d'Emmaüs...

Tout d'abord la messe dans une pièce de l'hôtel, une messe d'envoi
comme le dit la 1ère lettre de Jean (1, 1-7)

Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons.
Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Or nous sommes, nous aussi, en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ.
Et nous écrivons cela, afin que notre joie soit parfaite. Tel est le message que nous avons entendu de Jésus Christ et que nous vous annonçons : Dieu est lumière ; en lui, il n’y a pas de ténèbres. Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous sommes des menteurs, nous ne faisons pas la vérité.
Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché.

ou comme l'ont compris les pèlerins d'Emmaüs quand Jésus s'est révélé à eux
par la fraction du pain et après qu'il eut disparu : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous,
tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 1-36)

 
Mille mercis à nos prêtres pour tous ce qu'ils nous ont apporté ou plutôt offert d'eux mêmes.

Et chacun a reçu son "diplôme" de pèlerin

Il est temps de reprendre la route avec le commentaire du tableau d'Arcabas sur les pèlerins d'Emmaüs

 

Merci beaucoup aussi Franck et à toi benoît qui, en plus du prêtre que tu es,
de ton humour bien partagé avec Louis, as eu l'initiative de ce pèlerinage et l'a animé.
Merci beaucoup aussi à tous ceux qui l'ont préparé et animé,
y compris ceux qui l'ont fait avec un chant, une information, une histoire...

  

Et un immense merci à Marie Line ... à la hauteur de l'immense travail qu'elle a fait (2 carnets !)
et qu'elle a parfois continué de faire dans le car...


et bravo car nos deux bergers de la Formation Permanente n'ont perdu aucune brebis !!!

Et un grand merci à chacun du groupe car la bonne ambiance et l'entraide
ont été aussi des facteurs de la réussite du pèlerinage.

Une autre route est maintenant à continuer et le Seigneur est là à nos côtés pour nous y aider.

Le Pèlerinage intérieur (Jacques Nieuviarts (La marche dans la Bible - Bayard 2018)

Mais on ne peut imaginer la marche seulement chaussures aux pieds et bâton à la main. Il en est d'autres figures, pour autant que l'on souhaite les découvrir et que l'on s'y ouvre. En effet tout lieu peut être habité autrement que de façon purement sédimentaire. Avant le corps, c'est le cœur qui est pèlerin. Ils le savent, ceux qui se mettent en marche, travaillés en amont par un désir parfois long. Mais le savent aussi tant de gens qui ne seront jamais marcheurs ou pèlerins, à la façons dont nous avons parlé ici, parce que des obligations (mot qui vient du verbe lier) familiales, de santé, de métier, ou de multiples évènements de la vie, ne le permettent pas. De fait, cela n'empêche pas d'être pèlerin. Le pèlerinage est un voyage intérieur, qui ouvre à un regard nouveau sur soi-même, sur les autres, sur le monde. Qui ouvre aussi à la Parole de Dieu, qui façonne en nous un être nouveau. La marche est une attitude. Elle inscrit dans le corps le désir profond de la Rencontre, et c'est elle qui est l'enjeu essentiel.

Pour le chrétien, les temps liturgiques marquent dans le temps ce que la marche inscrit dans l'espace. Le temps travaille l'homme. Les temps liturgiques contri­buent à inscrire dans le cœur du croyant le temps de Dieu. Durant ces temps, en particulier le carême et l'Avent, l'Église invite au désert, à reprendre l'esprit et le pas nomades, à quitter nos terres très habitées et nos sentiers battus, pour réapprendre à vivre d'essen­tiel et reprendre un pas de vie intérieure plus alerte, un pas auquel chaque avancée est découverte, écoute, attention portée aux signaux discrets donnés pour le chemin.

Il faut alors alléger sa monture, retrouver l'être inté­rieur, partir pour le silence comme on choisit une des­tination pour le voyage. Il épellera les mots intérieurs. Il faut se livrer à la Parole. Et sur ce chemin, le chré­tien part Bible en main, pour y murmurer et accueillir la Parole de son Dieu. Le carême est appel au désert sur les pas de Dieu ! Il inscrit dans le temps ce lent passage intérieur depuis ces terres d'au-delà du fleuve où l'on adorait d'autres dieux, pour suivre le Dieu unique, celui qui fait passer de la terre d'esclavage à la terre de liberté, et qui inscrit dans le cœur de l'homme son Alliance.

Prière d'envoi : Sois toujours présent !

Seigneur, reste avec nous !
La prière des disciples d’Emmaüs,
Mets-la sur nos lèvres aujourd’hui.
Reste avec nous tous les jours,
Selon le désir de mon cœur.

Que jamais ne cesse ta présence dans l’Eglise ;
Que tous réalisent qu’elle est ta maison,
Ta demeure au milieu des hommes.

Reste avec nous, Seigneur !
Que nous puissions Te rencontrer
Dans une prière d’adoration et de remerciement,
Dans notre intercession pour le monde.

Que ton Corps et ton Sang que tu nous as laissés
Attestent qu’est venue la Rédemption du monde.